BADAUD
On s’y laisse duper autant qu’en lieu de France;
Et, parmi tant d’esprits plus polis et meilleurs,
Il y croit des badauds autant et plus qu’ailleurs, Et dans le Pourceaugnac de Molitre, joué en 1669 : « Eh! messieurs les badauds, faites vos affaires! » Notez bien que c’est un sot provincial qui traite ainsi les Parisiens. Une comédie anonyme, intitulée le Badaud , en un acte et en prose, fut jouée au Théatre-Frangais en 1687 : comme elle n’a pas été imprimée, nous ne pouvons pas dire si c’est un Parisien qui en est le’héros,
Le caractére du badaud répond bien a ’idée qu’en donne son portrait. Ce n’est ni un bénét, ni un niais, ni un nigaud, ni un imbécile, ni un sot; c'est un homme simple et crédule, qui, n’ayant jamais rien vu, croit tout, admire tout et s’étonne de tout. C’est un petit esprit dont Pavide curiosité ne porte que sur les objets qu’il ne connait pas, et qui se laisse séduire par les apparences. Le Parisien qui n’a jamais quitté ses foyers, qui n’a vu le monde que par un trou, s’extasie de tout. Tel est le héros du Voyage & Saint-Cloud par mer. Tel est encore dans la délicieuse comédie du Voyage & Dieppe ce digne M. d’Herbelin , qui, transporté du quai de Hopital dans la rue Charlot, se croit arrivé sur les cétes de France et y respire l’air pur de la mer. Ce portier de la rue Montmartre, prés des Messageries, qui ne connait pas le Palais-Royal; ce Parisien qui en mer se fait éveiller de grand matin pour é¢tre témoin du passage de son yaisseau sous la ligne ; ce marquis qui, arrivant trop tard avec des dames pour voir une éclipse de soleil, leur dit qu’il espére que l’astronome sera assez complaisant pour recommencer son expérience; cet autre innocentin de la capitale qui, n’ayant jamais vu que la Seine, trouve que la Loire est une assez belle riviére pour une riviére de province; ce marchand de la rue Saint-Denis qui se désole de ne pouvoir plus expédier ses soieries a Constantinople, parce qu’une des échelles du Levant s’est rompue, et qu’une des arches du Pont-Euxin a été emportée; et cet honnéte M. de Matignon qui croit qu’avec des noix on fait de Phuile @olive; qui 4 dix heures du soir dit 4 son domestique d’aller voir ’heure au cadran solaire ; qui, faisant coucher prés de lui son valet de chambre, lui crie : « Georges, suis-je endormi? — Oni, monsieur. — C’est bon. »
N’en yoila-t-il pas des badauds pour tous les godts? Il y a des bourgeois de Paris qui, d’aprés des tableaux, des statues et des gravures, croient fermement a l’existence des sphinx , des sirénes, du phénix et des licornes. Cette crédulité parisienne est exploitée non-seulement par les charlatans et les saltimbanques sur les places publiques, ot l’on voit toujours stationner la foule des badauds, mais encore dans la société par les mystificateurs et dans les maisons de commerce par les escrocs. Voulez-vous éprouver s'il y a plus de badauds a Paris qu’en province? arrétez-vous dans une rue, sur un pont; regardez en lair ou sur la riviére : dans cinq minutes vous serez entouré de plus de cinquante badauds qui croiront voir ce que vous ne voyez pas, ou ce que yous leur direz avoir vu. Faites en province la méme expérience, elle n’aura pas le mémerésultat. H. AUDIFFRET.
BADE (Grand-Duché de), enallemand Baden. Le grandduché de Bade est situé 4 l’extrémité sud-ouest du territoire de \'Allemagne. Il s’étend sur une superficie de 14,149 kilométres carrés, depuis le coude que le Main fait au sud de Wertheim jusqu’au lac de Constance, et est borné 4 lest et au nord par la Baviére et par le Wurtemberg, par le pays de Hohenzollern et le grand-duché de Hesse- Darmstadt. Le Rhin le sépare & J’ouest du Palatinat bavarois et de l’Alsace, comme, au sud, de la Suisse. Il est divisé en 11 cercles: Constance, Villingen, Waldshut, Fribourg, Lorrach, Carlsruhe, Offenbourg, Bade, Manheim, Heidelberg et Mosbach.
Au point de yue physique, le pays de Bade se divise en |
— BADE
partie occidentale, formée par la vallée de la rive droite dy Rhin, et en partie orientale, contrée montagneuse qui 4 ’égard de Vautre est dans le rapport de 4 a 1. La Forét- Noire est le point culminant de ces montagnes. Elle appartient, sur une étendue de 13 myriamétres, depuis Seckengen jusqu’a Pforzheim, presque exclusivement au grand-duché ; ses contre-forts escarpés vont s’abaissant toujours dayantage a ouest, et rejoignent le plateau du Neckar wurterbergeois au moyen de plaines d’une grande élévation. La Forét-Noire, dont la hauteur moyenne varie du sud au nord de 900 4 1300 métres, est groupée de la maniére la plus diverse par de profondes vallées de Vaspect tantot le plus sauvage et tantot le plus romantique. Les pics les plus élevés sont au sud le Feldberg et le Belchen. L’abaissement du pays de montagnes du grand-duché de Bade, au nord de la Murg, est généralement désigné sous le nom de montagne de Neckar, jusqu’é la coupure transversale qu’y fait la vallée du Neckar, au dela delaquelle s’éléve ’ Odenwald, qui prolonge ses ramifications presque jusque dans le grandduché de Hesse, et qui n’appartient guére au sol badois que par ses limites orientales aux environs de la Bosse-du-Chat ( Katzenbuckels ), non loin d’Eberbach. Dans la partie sud du grand duché, dans le cercle de Constance, s’élévent les longs plateaux plats du Jura allemand.
Le Rhin et le Danube partagent le grand-duché de Bade en deux bassins. Aprés s’étre grossi des eaux des laes dle Constance , d’Uberling et de Zell, le Rhin, souvent interrompu dans son cours placide par des prolongements du territoire suisse, forme la limite du territoire badois au sud, au-dessous de Bale et jusqu’au-dessous de Manheim; il lui sert de frontiére a l’ouest. Caractérisé par un cours riche en tles et serpentant de la maniére la plus capricieuse, ce fleuye devient susceptible, a partir de Bale jusqu’a Strasbourg , de porter des embarcations de 5 4 600 quintaux; a partir de Strasbourg , des batiments de 2,500 quintaux ainsi que des bateaux a vapeur. Sur sa rive droite il regoit les eaux de la Wiese, de lElz et de la Treisam, de la Kinzig et de la Schutter, de la Murg, de la Pfinz et du Neckar.
En raison de la différence existant entre ces points extrémes (le Felberg atteint une élévation de 1,533 métres, tandis que Manheim n’est qu’ $4 métres au-dessus du niyeau de l’océan), il doit naturellement exister dans le grandduché une grande variété de climats. Ainsi la température moyenne des pays de plaines est de 8°, tandis que celle des pays de montagnes n’est que de 5° Réaumur; cependant on peut considérer la vallée badoise du Rhin comme la contrée la plus chaude de toute l’Allemagne. Elle en est aussi l'une
des plus heureusement douées sous le rapport de la richesse —
du sol, qui fournit en abondance les plus belles récoltes en céréales et en fruits de toute espéce , en méme temps que la vigne prospére sur les terrasses occidentales de la Forét-
Noire. Le noyer y réussit jusqu’a une élévation de 333 mé- :
tres, la vigne 4 366 métres, les autres fruits, comme le pommier , le cerisier, etc., 4666 métres, et méme la cerise
sauvage 4 866 métres, toujours accompagnés de la culture la —
plus productive des céréales. L’avoine, entre autres, y croit encore a une élévation de 1,200 métres.
La population, a la fin de 1867, s’élevait & 1,434,970 habitants; elle n’avait pas beaucoup augmenté depuis 1816, ov elle atteignait & peine un million. De 1846 a 1855 le chiffre en diminua sensiblement chaque année au profit de l’émigration aux Etats-Unis, qui compta dans cette période 62,000 individus. Depuis 1855, Ja population a repris une marche ascendante. Elle se compose presque exclusivement d’Allemands de la race alémanique dans les hautes contrées de la Forét-Noire jusqu’a la Murg, de race franconienne a partir de cetie riviére dans la direction du sud-est, et de race souabe dans les plateaux qui environnent le lac de Constance. Les Huguenots et Jes Vaudois constituent une race étrangére , qui depuis longtemps s'est fondue dans 1a
BADE
population, et a bien dire il n’y a gure que les juifs qu’on puisse y considérey comme des étrangers. L’église catholique romaine, qui sur 1,000 habitants compte 671 individus professant ses dogmes, constitue la religion de la majorité. Le reste se divise ainsi : 312 protestants, 16 isradlites et { mennonite. L’industrie agricole est celle qui occupe le plus grand nombre de bras. Beaucoup de gens de métier se consacrant en méme temps A la culture de la terre, on peut dire que sur 1,000 familles, 666 se consacrent a l’agriculture, tandis que 169 seulement s’occupent exclusivement @industrie, par conséquent que sur 1,000 familles il y en a 835 qui appartiennent a la seule classe des producteurs, La culture du sol est récompensée par les produits les plus nombreux et les plus riches. 55 myriamétres carrés sont cow yerts de champs de blé et de jardins. Plus de la moitié produisent de |’épeautre, et le reste de l’avoine, du seigle, deVorge, du froment, dumais, des pommes de terre, des 1é gumes et des fruits de toute espéce. 22 myriam. carrés sont consacrés a des cultures diverses, notamment a celles du chanvre, dont te produit annuel est de 145,000 quintaux, et du tabac (150,000 quintaux) pour une valeur de 2 millions de florins; enfin d’une magnifique espece de houblon et de colza. Par contre, le lin n’est cultivé que dans les pays ce montagnes, oi) la culture des arbres a frait, par exemple des différents fruits 4 noyanx, des amandiers, des chataigniers, des noyers, elc., donne les résultats les plus satisfaisants. Prés de trois myriamétres carrés sont consacrés a la culture dela vigne, dont les crds d’Affenthal, de Wertheim, de Bergstreess, de Mark graff et de See donnent des produits appréciés par les connaisseurs, et trouvent un facile débit 4 Pé= tranger : on peut en évaluer la récolte annuelle a plus de 400,009 muids. 14 myriam. carrés environ appartiennent aux plus riches paturages qu’on puisse voir, el 11 se composent de patis et de pacages qu’on ne féconde qu’a de longs intervalles. La sylviculture a pris de larges développements dans le grand-duché de Bade, atlendu que prés Wun tiers de la totalité de son sol (45 myriam. carrés environ) se compose de foréts. La Forét-Noire est une des contrées boisées de Pallemagne les plus riches en essences d’arbres a feuilles aciculaires ; on y trouve d’immenses étendues de terrains uniquement plantés de sapins blancs, lesquels atteignent souvent une élévation de 160 4 180 pieds, ef qu’on exporte dans les Pays-Bas pour les besoins de la marine. Des chiffres que nous venons de citer, il résulle que trois ou quatre myriamétres seulement de la superficie totale du grande duché de Bade sont demeurés rebelles 4 la culture. L’éléve du bétail est encore un des notables éléments de richesse de Vagriculture badoise, et les chiffres suivants pourront donner une idée de son importance. On compte en effet dans le grand-duché 72,200 chevaux, 700 Anes, 481,000 bwufs, 189,000 moutons, 22,100 chévres et 480,000 porcs ; 4 quoi il faut ajouter 14,000 ruches d’abeilles. La Société centrale d’Agriculture de Carlsruhe et les Sociétés de Heidelberg, de Wertheim, de Friburg et de Donaueschingen, qui correspondent avec elle , contribuent activement au perfectionnement de l’agriculture, en vulgarisant tous les procédés nouveaux dont s’enrichit la science, en méme temps que les haras de Carlsrulie, de Bruchsal et de Waghzusel sont d’un puissant secours pour améliorer Pespéce chevaline.
exploitation des richesses minérales du grand-duché n’y a point encore pris tous les développements auxquels elle semble appelée ; cependant I'activité que déploie la Société métallurgique de Carlsruhe est chaque année mieux récompensée des efforts qu’elle fait dans l’intérét de cette belle industrie. Les chiffres suivants peuvent étre regardés approximativement comme le produit annuel de l’exploitation des taines : or, 7 marcs; argent, 600 marcs; cuivre, 900 quintaux ; plomb, 1900; fer, 173,770; manganése, 500; ~obalt, 159; sel marin, 300,000; houille, 300,000. D’abon- DICT. DE LA CONVERS. ~ P.O
Dede dantes mines ae ca.amine ont été récemment découvertes a Wiesloch. Le lavage des sables du Rhin produit un peu Wor. Autrefois, quand on frappait encore des ducats portant ces mots pour exergue : Sic fulgent littora Rheni, on en trouvait dans tout le cours de ce fleuve depuis Bale jusqu’a Manheim; mais de nos jours on n’en rencontre plus qu’A Wittenweier, dans le bailliage de Lahr, et 4 Philippsburg. Les deux principales salines sont celles de Ludwig, prés de Rappenau dans le cercle du Bas-Rhin, et celle du méme nom prés Durrheim, dans le cercle de See. Le grand-duché de Bade posséde une grande richesse de sources minérales, dont prés de soixante sont ou sulfureuses ov ferrugineuses et encore acidulées, Aussi les localités ou l’on va prendre les eaux abondent-elles ; nous citerons entre autres: Baden- Baden, Badenweiler, Antogast, Griesbach, Freiersbach , Pethersthal, Rippoltsau, Glotterthal, Langenbrucken, Nordwasser, Rappenau et Uberlingen.
Les manufactures et usines, au nombre d’environ 300, ef occupant au dela de 9,000 ouvriers, livrent 4 la consommation pour plus de 14 millions de florins de produits. Depuis 1835, époque ou le grand-duché de Bade est entré dans Ie Zollverein, le nombre des manufactures s’est accru de soixante, en méme temps que le chiffre des travailleurs s’aug: mentait de mille cing cents et celui de la production géné« rale de plus de 3,300,000 florins. Voici les principaux objets sur lesquels s’exerce Vindustrie : manufactures de rubans et d’étoffes de laine (les plus considérables sont a Saint- Blaise ), bijouterie et fabrication du tabac (de toutes les industries manufacturiéres la plus importante); fabrication des cuirs, du papier, des draps, du café-chicorée, de la biére; enfin, comme industrie spéciale au district de la Forét- Noire, et dont les produits sont connus du monde entier, la fabrication des horloges de bois et des objets de sparterie. Les principaux articles d’exportation sont les vins et surtout les bois, dont l’écoulement a lieu pour la plus grande partie dans les Pays-Bas, et dont on peut évaluer le produit net 4 au moins 3 millions de florins. Vienneat ensuite les grains, le chanvre, le tabac, les fruits divers, ’huile, le kirschwasser, le sel, les toiles, les étoffes de coton, les horloges de la Forét-Noire, les objets de sparterie et les ustensiles ou jouets en bois, les articles de bijouterie, le papier, etc. Les denrées coloniales, les fruits du Sud, les médicaments, les chevaux, la laine, le coton, les étoffes de soie, le fer, Pacier et les articles de luxe constituent les principaux articles d’inportation. Le titre des monnaies de Bade est de 24 florins au marc d’argent; et le florin 4 60 kreutzer. Les poids et mesures en usage sont diyisés suivant le systéme décimal. Si partout le développement de l'industrie correspond A celui de la culture de lesprit, cet axiome est surtout vrai quand on l’applique au grand-duché de Bade, dont la population est arrivée 4 un développement des Jumiéres et de Vinstruction générale qui lui permet de représenter dignement |’Allemagne a cet égard. L’organisation de |’instruction publique y est telle en effet que chacun peut y acquérir les notions les plus vastes en tout genre, grace a existence d’une foule d’institutions libérales, telles que musées , biblinthéques et galeries de tout genre, qui tontes témoignent du haut degré de civilisation auquel le pays est parvenu. °
La souveraineté du grand-duché de Bade, indivisible et inaliénable dans toutes ses parties, est héréditaire d’aprés Pordre de primogéniture dans la ligne male, et A défaut de celle-ci dans la ligne féminine. L’héritier du tréne prend le titre de grand-duc héréditaire; les autres princes et princesses recoivent la qualification de margraves de Bade. Le souverain est lié par une constitution représentative. L’assemblée des états, qui est convoquée tous les deux ans en session extraordinaire, se compose de deux chambres, et par son action, exercée , tantét d’accord avec le gouvernement, tantot comune opposition représentant et défendant
les intérts du pays avec autant d’énergie que de dignité , non-seulement elle a obtenu Jes plus heureux résultats par ses efforts, mais encore elle a conquis Vestime générale méme dans les plus lointaines contrées. La premiére chambre se compose des princes de la maison régnante, des chefs des familles médiatisées (deux princes et trois comtes) et de quelques grandes familles aristocratiques auxquelles le grand-duc confére des titres et des priviléges de noblesse du moment ou elles possédent une fortune territoriale dau moins 300,000 florins ; de l’évéque catholique , des prélats protestants, de deux députés des universités du pays, et de huit membres nommés par le grand-duc sans condition @ordre ni de naissance. La seconde chambre se compose de goixante-trois députés élus pour huit ans , dont vingt-deux élus par les villes et quarante et un élus par les arrondissements électoraux des bailliages , de sorte qu'il y a environ un député par 16,000 Ames. La propriété a moins été prise & Bade que partout ailleurs pour base du droit électoral. Tout citoyen domicilié et tous les fonctionnaires publics peuvent prendre part aux élections. Seulement on exige des dépatés qu’ils payent un impot répondant a Vintérét dun capital de 10,000 florins, ou bien qu’ils possédent un emploi, soit ecclésiastique, soit civil, d’au moins 1500 florins. Le ministére d’Etat est le pouvoir supréme exécutif et délibératif. Il est présidé par le grand-duc, et se compose des ministres de Ja maison du grand-duc et des affaires étrangéres, de la justice, de l’intérieur, de la guerre et des finances. Aux termes du projet de loi soumis en 1851 a la législature , le budget des dépenses était évalué a 17 millions et demi de florins; et depuis environ vingt ans il a toujours été en augmentant & chaque nouvelle période financiére. Le produit brut des recettes est évalué & 17,500,000 florins, et le produit net du budget ordinaire A 9,165,000 florins , chiffre dans lequel ne sont point comprises les ressources extraordinaires du trésor, par exemple, ni les revenus de la poste ni ceux des chemins de fer, La dette publique (sans y comprendre la dette spéciale contractée pour la construction des chemins de fer ) s’est augmentée de 26 millions et demi de florins a Ja suite des événements des années 1848 et 1849. L’armée se recrate en vertu d’une loi qui déclare le service militaire obligatoire pour toutes les classes de citoyens, a exception des membres des familles seigneuriales; elle fournit 4 Parmée de la Confédération germanique un contingent de 10,400 hommes avec uneréserve de 3,333 hommes. Il y a dans le grandduché de Bade trois ordres de chevalerie, 4 savoir ; 1° Pordre de la Fidélité, fondé en 1715; 2° ordre du Mérite de Charles- Frédéric, fondé en 1807, et auquel est attachée une pension annuelle; 3° l’ordre du Lion de Zaehringen, fondé en 1812. Il existe encore une médaille du Mérite militaire et quelques autres signes honorifiques analogues.
Carlsruhe est la capitale du grand-duché; les chefslieux de ses quatre cercles sont Constance, Fribourg, Carlsruhe (autrelois Rastadt) et Manheim.
Histoire ( jusqu’en 1819, c’est-a-dire jusqu’a I'éiablissement du gouvernement représentatif ).
Quand les Alemans eurent été assujettis dans le pays de Bade par les Franks, les Jumiéres du christianisme se firent bientot jour parmi eux. Diverses tentatives qu’ils firent pour recouvrer leur indépendance, notamment sous les ordres de leur duc Gottfried, de qui la maison aujourd’hui régnante tire son origine , demeurérent infructueuses, En 748 Pépin le Bref anéantit le duché d’Alemanie; mais les descendants de Gottfried, entre autres un certain Gerold et son fils 3erthold, conservérent le titre de gaugraves et de margraves de Baar, contrée possédée aujourd'hui par les princes de Furstenberg sous la souveraineté de la maison de Bade. Plus tard on trouve comme comte dans le Brisgau un certain Gebhard, qui prétendait descendre d’un Berthold de Baar. Il fut le pére du duc Berthold, qui construisit le cha-
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teau de Zeehringen en Brisgau, ef avec qui commence la suite non interrompue depuis lors des princes de la maison de Zehringen. Ce Berthold, 4 qui l’empereur Henri III accorda la survivance du duché de Souabe, dans le cas ow le duc Othon de Schweinfurt, vieillard déja avancé en age, viendrait 4 mourir, prit le titre de duc du vivant méme de ce prince, et le transmit & son fils ainé Berthold II, en 1078, avec ses différents domaines dans le Brisgau , ’Ortenau, la Forét-Noire et le Neckargau, aprés avoir subi diverses alternatives de perte et de récupération. Les descendants males de celui-ci arrivérent en possession du duché de Bourgogne, mais n’en purent conserver qu’une partie, et s’éteignirent en l’an 1218 dans la personne de Berthold V. Ce dernier eut pour héritiéres ses deux filles, dont une, Agnés, mariée au comte d’Urach, eut pour sa part la plus grande partie des domaines de Zehringen dans la Souabe avec Fribourg en Brisgau ; et l'autre, Anne, mariée au comte de Kybourg , recut les biens libres situés en Suisse et en Bourgogne. Le reste des possessions fit retour a empire. Le fils cadet de Berthold 1", Hermann I*, possédait déja du vivart de son pére Hochberg en Brisgau, dont dépendait également le pays de Bade, et prit le titre de margrave. Plus tard il se retira dans l’abbaye de Cluny, od il mourut avant son pére, en année 1074. Il eut pour héritier son fils Hermann IJ, qui prit d’abord le titre de margrave de Bade, et qui est la tige de la maison de Bade encore existante aujourd’hui, mourut en 1130, aprés avoir rendu d’essentiels services aux empereurs Conrad et Frédéric I de la maison de Hohenstaufen, et avoir été créé par le second de ces souverains duc de Vérone.
Ce titre passa a son fils Hermann III, l’'un des favoris de l’empereur Frédéric I**, mort en 1160, 4 Antioche, pendant une croisade. Les fils de ce prince, Hermann IV et Henri, opérérent entre ecx le partage du pays vers l’an 1190, et fonderent deux lignes, le premier celle de Bade, et le second celle de Hochberg. Hermann IV, en échange de Ja moitié de la ville de Brunswick, dont avait héritésa femme, recut del’empereur Frédéric IT !a ville de Durlach, ancienne propriété des ducs de Zehringen, comme bien libre, et Ettlingen a titre de fief. De ces deux fils Rodolphe fut celui qui continua la ligne de Bade. Mais l’atné, Hermann VY, recut de sa femme Gertrude, duchesse d’Autriche, des droits & ce duché, en possession duquel il entra effectivement ; mais deux années plus tard il mourait empoisonné, et son fils Frédéric fut décapité a Naples, en 1268, avec Conradin de Souabe. Ce riche héritage se trouva encore une fois vacant. Mais Elisabeth , niéce de Hermann V, épousa Albert, fils de l’empereur Rodolphe de Habsbourg, qui, d’aprés les idées généralement admises a cette époque, ne posséda qu’alors seulement un droit complet sur l’Autriche. Le frére de Hermann V, le margrave Rodolphe de Bade, réunit la seigneurie d’Eberstein a ses tats , et pendant linterrégne s’empara de divers domaines de la maison de Hohenstaufen, que l’empereur Rodolphe I** lui reprit ensuite. Il eut pour successeur Hermann VI, dont les fils Frédéric et Rodolphe IV fondérent deux lignes nouyelles. Celle de Frédéric ne tarda point a s’éteindre; celle de Rodolphe au contraire, s’est perpétuée jusqu’a nos jours. L’histoire ultérieure de Bade offre une longue série de partages qui eurent pour le pays les résultats les plus déplorables.
Le margrave Christophe , mort en 1527, qui réunit sous son autorité les diverses parties du pays de Bade, le partagea de nouveau entre ses trois fils, dont l'un mourut d peu de temps de la. Les deux autres fondérent les lignes de Baden-Baden et de Baden-Durlach. Bernard, mort en 1557, fondateur dela maison de Baden-Baden, introduisit la réformation dans ses Etats. Son petit-fils Philippe fut placé sous Ja tutelle du due de Baviére, qui mit 4 profit Pautorité dont il était investi pour y abolir la religion évangélique, Philippe mourut en 1588, et ses Etats éclurent & son cousin Edo lequel embrassa le catholicisme. Edouard se preoocupa
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des soins du gouvernement, et a la suite de la vie de plaisirs contracta des dettes considérables. En conséquence Yempereur Rodolphe 11 confia administration du pays aux ducs de Baviére et de Lorraine. Le margrave Ernest-Frédéric s’opposa Ace décret impérial, et prit possession du territoire, en 1599. Ce ne fut done qu’en 1629 que cession en fut faite au margrave Guillaume, fils d’Edouard. La ligne de Baden-Baden s’¢teignit en 1771, et toutes les anciennes possessions de la maison de Bade se trouvérent & ce moment réunies sous les lois du méme souverain.
Ernest, fils cadet de Christophe I*, mort en 1553, fonda la ligne de Baden-Durlach. Il embrassa la religion protestante , qui fut introduite dans tout le pays par son fils Charles [1. Le fils de ce dernier, Charles-Ernest, partagea de nouveau en 1584 le territoire badois avec ses fréres Jacques et Georges-Frédéric. 1] abandonna aussi l’Eglise luthérienne pour!’ glise réformée, vendit , au grand dommage de ses peuples, en 1590, les bailliages de Besigheim et de Mundelsheim, puis en 1603 ceux d’Altensteig et de Liebenzell au Wurtemberg, et mourut en 1604, sans enfants. Son frére Georges-Frédéric , qui lui succéda, confia le gouvernement & son fils ainé F rédérie V, tandis qu’il se mettait lui-méme en campagne & la téte d’une armée nouvellement recrutée contre l’empereur Ferdinand II, a l’effet de défendre !’électeur palatin, Frédéric V.
A Frédéric V, qui hérita des francs-alleux de Hohengeroldseck , mais sans pouvoir les conserver, succéda son fils Frédéric V1, qui, & son tour, eut pour successeur son fils Frédéric Magnus, en 1677. A la suite de Vinvasion frangaise, celui-ci dut résider A Bale jusqu’en 1697. Aprés la paix de Ryswick il s’effor¢a de rappeler la prospérité dans ses Etats, et mourut en 1709. I] eut pour successeur son fils Charles 111, qui en 1715 fonda la nouvelle capitale, Carlsruhe, et créa, en commémoration de cet événement, l’ordre de la Fidélité. Son fils unique, Frédéric, mourut avant lui, mais laissa deux fils, dont Painé, Charles-Frédéric, né en 1728, monta sur le tréne en 1748. Sous le régne de ce prince, si remarquable a tous égards, et qui fut secondé par les excellents ministres de Hahn et d’Edelsheim, le pays de Bade obtint de notables accroissements. Au moment de la conclusion de la paix de Lunéville, en 1801, sa superficie totale était de 77 milles géogr. carrés avec une population de 210,000 habitants. Ce traité de paix lui enleva 8 milles carrés et 25,000 babitants, mais lui accorda, comme compensation, 60 milles carrés avec une population de 245,000 ames; aprés quoi le margrave prit en 1803 le titre d’électeur. La paix conclue 4 Presbourg en 1805 valut a l’électorat de Bade le Brisgau, antique berceau de la maison de Zehringen. C’est a son accession a la Confédération du Rhin qu’il dut son titre de grand-duché, la souveraineté de la plus grande partie des Etats de la maison de Furstenberg, le landgraviat de Klittau, la principauté de Linanges, etc., etc. Un échange de territoire avec le Wurtemberg lui valut un accroissement de population de prés de 30,000 ames. Le grand-duc Charles- Frédéric mourut en 1811. Son fils ainé étant mort dune chute de voiture dans un yoyage en Suéde, dés le 15 décembre 1801, il eut pour héritier son petit-fils Charles- Louis - Frédéric , né en 1786, marié, en 1806, a Stéphanie-Louise- Adrienne- Napoléone, fille adoptive de Napoléon. Aprés la bataille de Leipzig, ce prince se détacha de la Confédération du Rhin, et accéda en 1815 la Confédération germanique, dans le comité restreint de laquelle Bade obtint la septi¢me voix.
Le margraviat de Bade eut de bonne heure des assemblées d’états. Elles se composaient des députés des villes, bailliages ei abbayes, sans que la noblesse, qui s’était maintenue a peu prés indépendante de l’autoriié souveraine du pays, y prit part. Vers le milieu du dix-septiéme siécle, les réunions des états tombérent en désuétude , et d’ailleurs il n’existait pas d’assemblées d’états dans les nouvelles acquisitions de territoire faites par les margrayes, par exemple dans le Pa-
Ne. aS sss sss
latinat du Rhin, dans l’évéché de Constance et dans la grande maitrise de ordre de Saint-Jean de Jérusalem, en était autrement dans le Brisgau, ol Passermblée des états sé composait des trois ordres ou banes, des prélats, des chevaliers et des villes et bailliages. Parmi les premiers figurait le seigneur de lempire et grand maitre de Vordre de Saint-Jean le prince abbé de Saint-Blaise, et d’autves encore. L’électeur Charles-Frédéric s’¢tant déclaré souverain absolu le 5 mai 1806, la constitution d’états du Brisgau fat abolie, comme Vavait été précédemment celle des autres provinces; et au congrés de Vienne le grand-duché de Bade figura au nombre des gouvernements qui se prononcérent contre engagement qu’on faisait prendre & tous les membres de la Confédération d’introduire le systéme représentatif dans leurs Etats. Mais les habitants réclamaient des garanties politiques, en méme temps que la Baviére, s’appuyant a la fois sur le traité de Ried et une ancienne convention héréditaire de Sponheim, élevait des prétentions, soit absolues, soit éventuelles, 4 la possession d’une grande partie du pays de Bade. Le grand-duc Charles les repoussa de la maniére la pius énergique; et peu de temps avant sa mort, arrivée le 18 décembre 1818, il accorda 4 ses sujets une constitution dans laquelle était posée en principe l’indivisibilité du territoire. Charles mourut sans laisser de postérité male, et eut pour successeur le frére de son pére, le margrave Louis-Guillaume-Auguste, né le 9 février 1763. Sous le régne de ce prince un recés de la commission de Francfort, en date du 10 juillet 1819, réunit au grand-duché de Bade le comté de Hohengeroldseck, situé dans la Forét-Noire et mis sous sequestre par l’Autriche depuis 1814, en échange duquel Bade dut abandonner a cette puissance une partie équivalente du bailliage de Wertheim. Le méme recés placa l’intégrité du grand-duché de Bade sous la garantie de la Russie, de Autriche, de Angleterre et de la Prusse, et reconnut les droits de successibilité des fréres consanguins du grand-due, les margraves de Hochberg; ce qui n’empécha pourtant pas la Baviére de réclamer de nouveau, a la date du 3 juillet 1827, une indemnité pour la partie du comté de Sponheim cédée par Bade & la France.
Histoire (suite ).
( Période constitutionnelle. )
Les états de Bade se réunirent pour la premiére fois au mois d’avril {819}; mais le 28 juillet suivant ils étaient prorogés 4 la suite d’un doubie conflit survenu entre eux et le ministére d’abord, et ensuite entre les deux chambres, de telle sorte que les motions qui y avaient été présentées relativement a la liberté de la presse, a Vintroduction du jury, 4 lasuppression des corvées et de la dime, restérent a état de projets. Les droits des seigneurs et des propriétaires fonciers, ainsi que l’édit rendu sur cette matiére, furent le principal obstacle a l’union des partis; et ’'un en vint jusqu’a présenter comme suspects de tendances révolutionnaires les voeux exprimés par Vautre pour élargir les priviléges des états. Lors de la seconde convocation des chambres, en septembre 1820, les dispositions mutuelles ne parurent pas @abord plus favorables ; plusieurs députés a’obtinrent point les congés qui leur eussent été nécessaires pour vaquer a leurs fonctions législatives, et le député de Heidelberg Winter fut méme arrété. Les deux chambres ne tardérent pas toutefois 4 tomber d’accord sur des questions importantes , par exemple sur la suppression des derniers vestiges du servage et sur le projet de loi de la responsabilité ministérielle, sur le blame infligé aux sévérités de la censure et & la loi communale. De son cété aussi, le gouvernement fit preuve de dispositions plus conciliantes. Les noms des députés Duttlinger, Winter, Liebenstein, Rotteck, Wessemberg, etc., acquirent une grande popularité parmi tous ceux qui avaient 4 cwur ’établissement et le maintien d’un ordre légal constitutionnel. (Consultez Rotteck, Archives des
travauxde U’ Assemblée des Etats du grand-duché de Bade {2 vol. Carlsruhe , 1820]. ) ‘
La troisiéme session des états durait depuis six mois, lorsqu’élle fut subitement prorogée, le 31 janvier 1821, par une ordonnance grand-ducale qui infligeait le blame le plus sévére a la seconde chambre, pour avoir refusé au gouvernement les subsides qu’il demandait pour l’entretien de larmée. I en
avait fixé le chiffre 4 1,600,000 florins par an, et avait con- |
senti a le réduire & 1,550,000; mais les états n’en avaient voulu accorder que 1,500,000. Au mois de décembre 1824 le gouvernement prononga encore la dissolution de la seconde chambre, et de nouvelles élections donnérent lieu 4 des plaintes aussi vives que nombreuses contre la pression inconstitutionnelle dont elles avaient été lobjet de sa part.
Une des premiéres délibérations de la quatriéme diéte, qui —
dura du 24 janvier au 4 mai 1825, eut pour objet une modification importante 4 opérer dans la constitution. Au lieu du renouvellement partiel de la seconde chambre qui avait eu lieu jusque alors, elle devait étre intégralement renouvelée tous les six ans, et les intervalles des sessions prolongés de deux a trois ans. La loi rendue le 14 avril 1825 consacra ces changements. Pendant toute la durée de cette session , l’opposition dans la seconde chambre ne se composa que de trois membres. A cette époque de réaction, des pétitions furent méme rédigées sur divers points du pays pour demander la suppression compléte de la constitution, ou tout au moins sa suspension pendant le reste de la vie du souverain régnant. Cette cinquiéme diéte, qui dura du 29 février au 14 mai 828, demeura & peu prés sans résultats. En vertu d’un traité conclu en novembre 1829 avec la France, une route nouvelle fut construite pour éviter de passer par Bale, depuis Leerrach jusqu’au nouveau pont du Rhin du grand Huningue, de méme qu’en 1829 on introduisait dans les poids et mesures en usage dans le grand-duché un systéme métrique basé sur celui qui est en vigueur en France,
Le grand-duc Louis mourut sans laisser d’enfants , le 30 mars 1830, et eut pour successeur le grand-duc Léopold, aujourd’hui régnant, fils alné issu du mariage morganatique contracté par le grand-duc Charles-Frédéric avec la comtesse de Hochberg, de l’antique maison Geyer de Geyersberg. La guccessibilité éventuelle des enfants issus de cette union avait déja été déclarée, en vertu des garanties données avant Yacte de mariage par le statut organique de 1806 et par les lettres patentes du 4 octobre 1817, puis reconnue en 1819 par les grandes puissances. Mais la Baviére parut Youloir alors appuyer ses prétentions et réclamations par
Yemploi de la force; de sorte que du coté du grand-duché des mesures militaires de précaution durent étre prises et maintenues jusqu’’é ce que ce conflit edt été aplani & I’avantage de Bade par l’intervention de !’Autriche.
Le grand-duché de Bade fut de tous les Etats constitutionnels de l’Allemagne celui auquel la commotion partie de France en 1830 imprima le mouvement le plus puissant et le plus fécond, Marchant constamment de pair avec les autres Etats de la commune patrie quant a la prospérité matérielle de ses populations, le pays de Bade les devan¢a tous par les institutions libérales qu’il sut se donner, et particuliérement par l’exellente loi sur la liberté de la presse promulguée le 21 décembre 1831. Mais plus les esprits s’étaient habitués 4 cette vie d’active liberté sous un prince assez sdr de ’affection générale pour ne pas craindre d’en favoriser Yessor, plus ils durent se sentir froissés par les liens ¢troits dans lesquels les décrets de la didte fédérale étreignirent les libertés nouvellement acquises, et par lodieux régime de censure que le gouvernement fut alors obligé de rétablir a la suite de ces décrets. La réaction qui s’opéra alors sur plusieurs points de l’Allemagne ful sans doute moins forte dans le grand-duché de Bade qu’ailleurs ; mais il fallut faire bien des pas en arriére pour s’abaisser au niveau des autres pays allemands, comme l’exigeaient les décrets de Ja dite,
BADE
ou plutdét les ordres de l’Autriche et de la Prusse, arbitres suprémes de cette assemblée.
Malgré lopposition constante de la ditte de Francfort au développement de ses institutions constitutionnelles , le duché de Bade, et c’est 1a sa gloire, sut se maintenir A la téte du mouvement progressif en Allemagne. Le gouvernement badois , sincérement attaché a la constitution de son pays, aborda franchement les réformes jugées nécessaires , toutes les fois que l’organe des grandes puissances voulut bien ne pas contrarier ses bonnes intentions. Les assemblées législatives, la chambre élective surtout, se distinguérent constamment par leur énergie et leur franc-parler; tout en s’occupant sans relache des intéréts matériels du grand-duché, les députés badois ne perdirent jamais de vue les in-
‘téréts inoraux des populations qu’ils représentaient,
Bien que le grand-duché de Bade soit en possession de sa constitution depuis le 22 aot 1818, le régime constitutionnel n’y date a proprement parler que de l’avénement au trone de Léopold 1°". Sous son prédécesseur, prince dur, dissolu, hai du peuple, les affaires publiques avaient été abandonnées 4 Vl’arbitraire ministériel et au favoritisme. Pour la premiére fois depuis douze ans le gouvernement avait manifesté intention de laisser aux opérations électorales toute leur liberté, et il avait tenu parole. Aussi cette sixiéme session des chambres badoises excita-t-elle 4 un haut degré lattention publique. Elle s’ouvrit le 17 mars 1831. Le gouvernement avait préparé des projets de lois relatifs 4 Vintreduction d’un nouveau réglement municipal , dune nouvelle procédure civile, et de la publicité des débats judiciaires, ainsi qu’a l’abolition des corvées pénales. La seconde chambre, sur une proposition de M. Itzstein, insista sur la révocation de la loi du 14 avril 1825, relative au renouvellement de l’assemblée et a la durée des législatures, sur le complément des lois concernant la responsabilité des ministres , la modification du rachat des corvées , aux termes de la loi de 1820, sur la suppression des dimes, etc. L’on adopta une réduction de 450,000 florins sur le budget du ministére dela guerre; les impdts furent diminués de 747,006 florins, et !’on préleva sur les dépenses générales la somme de 290,000 florins pour diverses améliorations, dont 30,000 florins furent affectés 4 augmenter le salaire des instituteurs de campagne. La chambre vota, en outre, une loi contre la diffamation et une loi d’apanage; elle adopta un nouveau code militaire, les statuts de la caisse d’amortissement , la nouvelle procédure civile proposée par le ministére , et fit passer les lois sur le rachat des corvées et le nouveau systéme municipal, malgré l’opposition trés-vive de la chambre haute. Une adresse des princes de Loewenstein contre le pouvoir législatif de l’Etat fut repoussée avec force par le ministére. La loi qui assura la liberté de la presse fut achevée le 24 décembre, et pro- ” clamée aux acclamations du peuple badois et de toute l’Allemagne. Malheureusement, cette joie ne dura pas longtemps. La chute de Varsovie devint pour l’Allemagne le signal d'une réaction qui amena des décrets de la diéte fédérale aux termes desquels le gouvernement badois dut, le 28 juillet 1232, retirer la loi sur la liberté de la presse, comme incompatible avec la législation de Francfort,
L’assernblée de 1833, bien qu’a quelques exceptions prds elle se composat des membres de la légisiature précédente , témoigna deja de cette apathie politique qui devait devenir plus prononcée de session en session, La chambre s’occupa principalement de la question des dimes, qu'elle ne vida qu’aprés un long dissentiment avec la premiére chambre, Elle vota une loi sur les foréts , se contentant de protester contre le retrait de la loi sur la presse. Ces protestations, répétées de session en session, restérent sans effet, Une proposition de M. Rottechk, tendant 4 faire nommer une commission chargée de délibérer sur l'état du pays , quoique fortement appuyée, fut repoussée par un ordre du jour
BADE | motive, c’est--dire par une protestation réitérée et insérée
au procés-verbal contre toute interprétation des décrets de la diate attentatoire a la constitution du pays. Mais l’opposition 'emporta du moins 4 propos dune loi qui, contrairement A une ordonnance antérieure, autorisait les assemblées populaires et les associations. La chambre la vota a Punanimité.
En 1835 les chambres ratifiérent le traité conclu entre le grand-duché ct les Etats du Zollverein. Dans la session suivante le gouvernement présenta des modifications essentielles au régime municipal voté en 1831, dans un esprit vraiment libéral, et les obtint. Dans cette méme session M. Itzstein fit une proposition tendant a ce que le gouvernement s’employat au rétablissement Je Pordre légal dans
le royaume de Hanovre. Appuyée a Yunanimité, cette proposition eut son plein effet dans la session extraordinaire,
de 1838, ou la chambre vota, en outre, l’exécution du chemin de fer de Heidelberg a Bale.
L’intérét universe! qui s’attachait aux affaires du Hanovre, Pappréhension que firent naitre les conjonctures politiques de l’année 1840, joints a la position difficile du ministére vis-i-vis la seconde chambre depuis la mort de M. Winter, ministre universellement regretté, tout cela n’avait pas laissé que de produire une certaine agitation parmi le peuple et ses représentapts. Cette disposition des esprits s’était manifestée dés la session de 1837 4 1840, bien que les débats y eussent porté principalement sur le nouveau code pénal.
Conformément & une promesse remontant a plusieurs années, le gouvernement publia une ordonnance a leffet de garantir la presse contre l’arbitraire de la censure.
En 1841, aprés le renouvellement partiel de la chambre aux termes de Ia loi, i! s’éleva une discussion violente entre Yopposition et le ministére & propos du droit que s’arrogeaitle cabinet de refuser aux députés fonctionnaires les congés nécessaires pour venir siéger a la chambre. II faut savoir qu’en Allemagne, ou les fonctionnaires sont inamovibles, ils constituent souvent a eux seuls la grande majorité dans Yopposition des assemblées législatives. Cette lutte entre le ministére et la chambre se renouvelant avec plus de violence aprés un long ajournement des séances, la chambre fut dissoute le 19 février 1842. Par suite des nouvelles élections, il s’opéra un changement notable dans le personnel de la chambre; toutefois, opposition Vemporta cette fois encore. En vain le discours de la couronne annonga-t-il que les délibérations de l’assemblée eussent 4 se borner, dans cette session, aux chemins de fer et au budget, réservant les autres questions a la législature prochaine ; les propositions de M. Welcker, a V’effet de réduire les impdts, de diminuer l’armée, de créer un corps de landwehr, celle qui avait trait & labolition des mesures excepiionnelles de la diéte fédérale, enfin la motion de M. Sander sur I’état de la presse, et ses attaques énergiques contre la censure, amenérent des débats aussi vifs qu’intéressants. La motion de M. Itzstein contre l’intervention du ministére dans les élections donna lieu a une séance fort orageuse. Ce député attaqua avec une grande véhémence la circulaire publiée par le ministére afin d'influencer les opérations ¢lectorales, et qui avait produit dans le pays une si vive agitation. Malgré |’énergique protestation du cabinet, la chambre adopta, a une majorité de dix voix (34 contre 24), l’insertion au procés-verbal d’un paragraphe qui désapprouvait la contrainte exercée par le ministére sur la liberté des élections. La discussion du budget fournit de nouveau l’occasion d’attaquer le cabinet sur le systéme politique suivi par lui dans les derniéres années. Cependant les impdts furent votés, et la question des che- Mins de fer fut vidée dans le sens du cabinet. Cette mé- Morable session, destinée a faire époque dans les fastes consfitutionnels du grand-duché de Bade, fut close par commission, le 9 septembre 1842. Quoique le discours prononcé a cette occasion ne laissat 4 la chambre aucun espoir d’un
prochain changement de cabinet, les députés de l’opposition, rentrés dans leurs foyers, y furent regus aux acclamations de leurs comméttants. ;
Les suites facheuses de cette lutte entre les pouvoirs se firent sentir au haut comme au bas de l’échelle sociale. Le gouvernement persistant dans l'attitude qu’il avait prise, la classe des fonctionnaires publics devint de plus en plus odieuse aux classes populaires & mesure que le gouvernement les transforma davantage en instruments dociles de son systéme. L’agitation se maintint donc dans la population, entretenue aussi bien par les menées du pouvoir que par celles de l’opposition. Le départ de M. de Blittersdorf, considéré comme l’dme de la politique nouvelle adoptée par le gouvernement, et qui alla remplir alors les fonctions de représentant du grand-duché prés la Confédération germanique, n’amena point de modification appréciable dans les idées de l’administration. L’antagonisme entre le systéme anti-constitutionnel des lois d’exception et des arrétés secrets de la conférence et le libéralisme des chambres et de la population, était désormais manifeste et ne pouvait qu’avoir les résultats les plus désastreux, si Pune des deux parties ne consentait point 4 faire de concessions. La lutte trouvait en effet toujours de nouveaux éléments dans les grandes discussions de principes provoquces par les projets et les mesures, toujours marqués au coin d'une défiance mutuelle, que présentaient le pouvoir ou bien la représentation nationale, dans ‘es plaintes au sujet du maintien de la censure et des abus existant dans Vorganisation du ministére public, etc. : aussi la scission entre le gouvernement et la seconde chambre devenait-elle de plus en plus profonde.
La diéte de 1843, qui se prolongea jusqu’en février 1845, fut a la vérité en grande partie consacrée a la discussion d’un vaste ensemble de projets de lois relatifs 4 la publication d’un nouveau code pénal, d’un nouveau code de procédure criminelle et d’une nouvelle organisation judiciaire, les uns et les autres mis en vigueur seulement en 1851, aprés avoir subi les destinées les plus diverses. Mais il y avait encore 14 matiére a surexciter les passions politiques ; aussi irritation étaitelle des plus vives de part et d’autre quand s’ouvrit la nouvelle diete ordinaire de 1845. M. Nehénius, homme libéral et éclairé, était bien, dans l’intervalle, arrivé 4 la direction du ministére de Vintérieur; mais il échoua dans ses eflorts pour r&ublir le bon accord entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Beaucoup de fautes commises par le premier justifiérent J’attitude prise par opposition, alors surtout que l’agitation germano- catholique commenga aussi & se faire sentir dans le grand-duché de Bade et & provoquer contre elle les rigueurs de la censure et de la police.
C’est dans ces circonstances que se réunit, au mois de novembre 1845, la nouvelle diéte, dans le sein de laquelle se manife-térent tout aussil6t les symptémes d’une profonde irritation. Une discussion demeurée sans résultats, au sujet d’une motion présentée par M. Welcker pour faire présenter au grand-duc une adresse signalant les périls de la politique suivie par ses ministres, et une autre au sujet de la motion de M. Zettel relative a la liberté religieuse, remplirent toute cette courte session, tandis qu’en dehors des chambres une agitation artificielle et de nature religieuse divisait les esprits. Au milieu de ces conflits , le pays fut surpris par la subite dissolution des chambres (9 février 1846), mesure gouvernementale qui ne fit qu’ajouter encore A Virritation des esprits sur tous les points du territoire. C’est dans cette disposition qu’on procéda 4 de nouvelles éleetions générales, et elles assurérent a lopposition une majorité considérable. Le député constitutionnel Bekk fut appelé a faire partie du cabinet, d’abord comme ministre sans portefeuille; et la didte, qui se rouvrit alors, arriva 4 son terme en septembre 1846, non pas sans avoir ¢{é signalée par des luttes extrémement vives, mais du moins sans avoir provoqué de conflit. Deux mois plus tard M. Bekk
fut nommé ministre de l’intérieur, et, en conformité avec les vrais principes du systéme constitutionnel , l’opinion libéfale se trouva appelée avec lui a la direction des affaires. La
nouvelle administration adopta une politique a la fois plus.
libérale et plus conciliante que celle qu'elle remplagait. Beaucoup de réformes intérieures furent annoncées, et des démarches sérieuses faites auprés dela diéte centrale a leffet d’obtenir Vabolition de la censure. Le calme qui se faisait peu a peu dans les esprits , la scission profonde qui se déclara entre Yopposition libérale et le parti radical, la majorité décidée que le gouvernement obtint lors des élections faites pour la nouvelle diéte, tels furent les premiers résultats des efforts de l’administration présidée par M. Bekk, Au mois de décembre 1847 la nouvelle diéte se réunit; et pour la premiére fois depuis longues années louverture en fut faite par te grand-duc en personne, dont les promesses de nombreuses réformes (notamment dans la législation relative 4 la presse) furent saluées des plus chaleureuses acclamations. La majorité de la seconde chambre manifesta également a l’égard du gouvernement les dispositions les plus conciliantes.
C’est au milieu de ces témoignages réciproques de con- “fiance et de bonne intelligence qu’éclata A Jinstar de la foudre fa nouvelle de la révolution accomplie le 24 février a Paris. II était naturel qu’en raison de sa situation si rapprochée de la France, le grand-duché de Bade fat la contrée de VAllemagne qui en ressentit la premiére le contre-coup. Cette révolution et les idées qu’elle favorisait y trouvérent naturellement aussi un puissant appui dans l’agitation entretenue depuis si longtemps au bas comme au haut de Péchelle sociale. Sur tous les points du pays surgirent alors des pétitions od on insistait avec force sur les points suivants : liberté de fa presse, introduction du jury, armement de la population et représentation nationale; et peu de temps aprés les mémes votux étaient manifestés dans toutes les parties de Allemagne avec une non moins grande unanimité. Suppression dés mesures exceptionnelles ordonnées par la diéte de Francfort , prestation de serment A la constitution par Parmée, égalité politique de tous les cultes, responsabilité des ministres, droit des citoyens de poursuivre en dommages-intéréts les fonctionnaires publics coupables d’abus de pouvoir, abolition des derniers vestiges du systéme féodal, réformes dans le systeme des impdéts, suppression des juridictions privilégiées, administration populaire des communes et des cercles, coopération active a I’6tablissement d’un parlement allemand, inamovibilité des juges, renvoi du représentant du grand-duché prés la diéte germanique ( M. de Blittersdorf ) et des trois ministres (MM. Tréfurt, Regenauer ef de Freydorf), telles étaient alors les exigences les plus exagérées de l’opinion publique, manifestées soit par des pétitions directes av pouvoir, soit par des motions d’ordre émanant de la législature elle-méme, Les ministres dont on demandait l’¢loignement furent remplacés par MM. Brunner, le conseiller des finances Hoffmann et le colonel Hoffmann, trois hommes connus par leur libéralisme. Si 4 ce moment la majorité dans les chambres, de méme que le parti modéré dans le pays, malgré lopposition qu’il avait pu faire antérieurement , étaient encore du cété du gouvernement, on ne farda pas a reconnaitre que le parti radical, aprés s’étre séparé avec éclat du parti libéral et de Popposition constitutionnelle, ne s’en tiendrait pas a son premier programme. Dans une grande assemblée populaire tenue le 19 mars A Offenburg, ce parti, a la téte duquel figurérent dés lors Hecker et Struve, sonda pour la premiére fois les dispositions des masses A légard dun mouvement républicain, en méme teraps qu'il établissait sur tous les points du territoire un vaste systeme de clubs, que dans le cercle de See Fickler faisait de l’agitation franchement républicaine, et que de Pautre coté du Rhin se formaient des bandes armées annongant hautement Vintention
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de républicaniser Allemagne. L’échec essuyé par le pa républicain dans le parlement allemand fit naitre le proj @un appel a la force des armes, dont l’arrestation de Fickler par Mathy (8 avril) hata l’éruption. Le 12 avril Hecker Struve lancérent de Constance une proclamation par laquelle ils provoquaient un soulevement armé et indiquaien Donaueschingen comme l’endroit od devraient se réunir ] patriotes. Mais pendant ce temps-la le gouvernement n’étaj pas non plus resté inactif; et comme i! avait lieu 4 ce moment de se défier de la fidélité des troupes badoises, i] avait réclamé du renfort des Etats voisins. C’est ainsi qu’avorta la premiére tentative républicaine faite 4 Donaueschingen; d’autres entreprises de ce genre eurent le méme sort, notamment dans l’engagement qui eut lieu entre Kandern et Schlechtenhaus (20 avril), ot Frédéric de Gagern, commandant des troupes fédérales, périt victime de son courage, peu de temps avant la reprise de Fribourg (24 avril), dont les volontaires s’étaient emparés; enfin 4 Paffaire de Dossenbach , ot fut dissoute (27 avril) la légion de travailleurs allemands formée par Herwegh.
Quoique cette premiére insurrection edt complétement — échoué, on ne pouvait espérer voir Ta tranquillité durer tant que les affaires générales de |’Allemagne demeureraient a état de erise révolutionnaire. Dans le grand-duché de Bade méme le parti radical, malgré la legon qu’il venait de recevoir, ne se considérait encore nullement comme vaineu. Au contraire, le courage et l’énergie faisaient défaut au plus haut degré dans les différents éléments du parti conservateur, qui n’offraient dés lors au pouvoir qu’un appui insuffisant. C’est d’ailleurs 4 ce moment aussi que Je parti radical commenga a se former et a organiser ses moyens d’action dans le reste de l’Allemagne. Le gouvernement et les chambres continuaient cependant sans reldche a poser Jes bases de la nouvelle organisation politique 4 donner au pays, et a coordonner un ensemble de lois ayant pour but de modifier dans un sens plus démocratique l’administration , les cours et tribunaux, etc. Mais le parti démagogique était loin den savoir gré au gouvernement et 4 la représentation nationale. On réussit encore une fois, 4 l'aide des troupes badoises, 4 triompher dune nouvelle tentative d’insurrection que Struve fit sur la frontiére suisse (21 septembre), dans un combat qui eut lieu a Staufen (24 septembre ), et ou Struve lui-méme fut fait prisonnier; mais la dissolvante activité du parti radical annula tous les résultats de cette victoire. Ce parti, maintenant complétement organisé, s’appuyait sur un vaste ensemble de clubs, et ayant pour ainsi dire le privilége exclusif de la presse, se sentait encouragé d tout tenter par la timidité et la faiblesse du gouvernement, de méme que par les hésitations du parti conservateur. Un torrent de pétitions parties des clubs démocratiques ne réussit point, il est vrai, aamener, comme l’avaient esp¢ré les chefs du mouvement, la dissolution des chambres et la conyocation d’une assemblée constituante; le parti extréme, en désertant en masse la seconde chambre, essaya tout aussi inutilement de la mettre hors d'état de valablement délibérer. Mais ce qui faisait la force de la démagogie, c’est que ses excés dans la presse el ses conspirations permanentes dans les clubs demeuraient impunis; c’est que le jugement par le jury du proces intenté A Struve et a ses complices (mars 1849) donna lieu a une bruyante assemblée populaire dans laquelle les avocats et les orateurs de barricades gesticulérent et pérorérent a l’envi ; et les jurés, intimidés, eurent la faiblesse de rendre un verdict négatif.
Pendant ce temps-la les affaires de Allemagne subissaient une crise décisive. Quand la constitution de empire eut été votée, le 28 mars 1849, et que le gouvernement prussien eut refusé de laccepter, une nouvelle chance de succeeds s’offrit aux meneurs du parti révolutionnaire, La constitution de (Empire put servir de mot d’ordre et de prétexte A un nouveau mouvement républicain, organisé et tenté
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cette fois sur les plus larges proportions, et on mancuvra 4 cet effet avec un succes égal dans le Palatinat et en Saxe. Dés le principe le gouvernement et la seconde chambre des élats du grand-duché de Bade s’étaient prononcés en faveur de l’assemblée nationale allemande. Le grandduc de Bade avait été le premier 4 déclarer (janvier 1849 ) qu’il était prét A faire des sacrifices pour la cause nationale. Aprés le vote de la constitution qui créait un Etat fédératif avec Vhégémonie attribuée a la Prusse, le grandduché de Bade avait encore une fois donné Vexemple en la reconnaissant spontanément et en se déclarant prét a s’y conformer On s’était immédiatement occupé du soin d’en mettre les principes en pratique dans ce qu’ils avaient d’applicable; et, alors méme que le roi de Prusse eut refusé la couronne impériale et la constitution, Bade resta fidéle a la constitution du 28 mars. Le gouvernement badois, faisant droit 4 une motion de la seconde chambre, inséra cette constitution au Bulletin des Lois, en méme temps qu’il faisait préter serment a cette base nouvelle du droit public de YAllemagne par Varmée et par la garde nationale. Le parti constitutionnel conservateur non-seulement y avait consenti, mais encore y avait poussé, tandis que tout d’abord cette constitution de empire avait été objet des railleries ct des mépris du parti radical. Bient6t éclata une rupture ouverte entre la Prusse et le parlement allemand. L’agitation en faveur de la constitutiou de ’empire se transforma tout de suite aprés, sur les bords de !’Elbe comme sur ceux du Rhin, en une insurrection républicaine; et dans les premiers jours de mai 1849 tous les éléments révolutionnaires, tant a l’intérieur qu’A Vextérieur, se préparérent A faire appel 4 la force. A ce moment des mutineries éclatérent parmi les troupes badoises. Elles provenaient en partie d’anciens abus auxquels il n’était Zuére possible de remédier dans un temps de révolution, et en partie aussi des actives et incessantes menées des clubs démocratiques,
dont le but principal avait toujours été de travailler et de per-:
vertir esprit des troupes. C’est & Rastadt surtout que le mouvement éclata avec le plus de gravité; maisil eut simulfanément lieu sur presque tous les points ( a Lerrach, Fribourg , Bruchsal, Carlsruhe), ef méme les régiments bien pensants n’eurent ni assez d’énergie ni assez de constance pour résister a la contagion. C’est sous limpression de ces éyénements qu’eut lieu (13 mai 1849) la grande assemblée populaire convoquée par le parti démocratique 4 Offenbourg; et alors les hommes qu’on avait considérés jusqu’A ce moment comme les chefs et les meneurs du parti n’eurent plus assez d’influence pour dissuader les fréres et amis de recourir ouvertement 4 linsurrection. Ils avaient formulé leurs demandes au gouvernement en quatre points , A savoir : retraite du ministére, dissolution des chambres, convocation d’une assemblée constituante et abolition de toutes les procédures entamées pour cause politique ; et ces diyerses demand.s avaient longuement été discutées dans une assemblée préparatoire tenue la veille, {2 mai. Mais les résolutions détinitives votées dans la grande réunion popu- Jaire du 13 allérent encore bien au dela de ces veeux, et exprimérent des exigences ou complétement inexécutables Ou tout au moins incompatibles avec tout gouvernement constitutionnel et monarchique. Un comité national , composé de meneurs des clubs démocratiques, parmi lesquels les hommes tels que Brentano et Fickler pouvaient encore étre regardés comme des modérés, se chargea de la mise a exécution de ces résolutions ou méme bien se saisit immédiatement du pouvoir exécutif.
Pendant ce temps-la une mutinerie de soldats qui avait éclaté 4 Carlsrule dans la nuit du 14 au 15 mai avait contraint la cour et le ministére a abandonner la capitale et & Se réfugier en Alsace par Germersheim et Lauterbourg. Le général Hoffmann fit une inutile tentative a l'eflet de conduire au dela de la frontiére les troupes restées fidéles. Il
en résulta que le parti révolutionnaire se trouva en possession de tous les moyens de gouvernement. Une commission exécutive issue du comité national et formée de Bren tano, Gogg, Peter et Eichfeld, prit la direction des différents ministéres. Ce nouveau pouvoir, affectant les formes les plus républicaines et les plus révolutionnaires, laissa fonctionner sans aucun controle des commissaires civils et militaires chargés de républicaniser le pays, lequel fut bientot inondé par un ramassis de réfugiés, d’aventuriers et d’individus plus tarés les uns que les autres et appartenant 4 toutes les nations. En méme temps qu’il faisait des agaceries au gouvernement frangais, il s’efforgait de maintenir de belle humeur les suldats mutinés en leur prodiguant largent et les caresses ; et cependant il se montrait tout A fait hors d’état d’organiser une résistance vraiment révolutionnaire, aussi bien que de propager le mouvement révolutionnaire dans les pays voisins. Porter immédiatement Ja propagande armée au dela des frontiéres lui fut chose impossible, car il fallaitdu temps pour réunir de nouveau sous les drapeaux des soldats en proie a la plus compléte indiscipline. Quand plus tard des tentatives de ce genre furent faites en Hesse et en Wurtemberg, elles échouérent honteusement. La malheureuse réunion populaire armée tenue 4 Oberlaudenbach (24 mai) et la surprise tentée a Heggenheim (30 mai ) détguisirent l’espoir qu’avait pu concevoir le parti démagogique de rattacher le grand-duché de Hesse a leur cause, en mémetemps qu’il échouait en Wurtemberg dans le projet qu’il avait eu de faire de l’assemblée populaire tenue 4 Reutling le pendant de celle d’Offenbourg.
Le grand-duc de Bade, vu l’impossibilité ot se trouvait la puissance impériale de disposer de masses de troupes suffisantes , avait dQ invoquer Vaide et l’appui de la Prusse. Bientot donc on vit se grouper autour du grand-duché des forces assez considérables pour y comprimer un mouvement insurrectionnel isolé. Une armée composée d’éléments trés-divers avait pris position sous les ordres du général Peucker aux environs du Neckar, et une colonne de troupes prussiennes commandée par le général Groeben arrivait & marches forcées pour la soutenir, en méme temps que sur la rive gauche du Rhin de grandes masses de troupes se rapprochaient des frontiéres du Palatinat Rhenan. L’état des choses dans le pays de Bade touchait d’ailleurs a une crise décisive. Le désaccord existant entre le parti des ter roristes, ayant a sa téte Struve, et celui-des avocats, dont Brentano était le chef, en était arrivé 4 une rupture déclarée. Le mécontentement avait méme gagné une partie de la faction dominante , pendant que la résistance des populations devenait toujours plus marquée , et que l’assemblée constituante nouvellement conyoquée présentait le triste spectacle de la faiblesse et de V’inintelligence cherchant & se dissimuler sous le masque d’une vaine forfanterie. Dans de telles circonstances la nomination de Mieroslawski, appelé a prendre ie commandement des forces révolutionnaires, ne pouvait plus étre d’aucune utilité. Cependant on ne saurait nier que ce chef ait du moins réussi 4 introduire plus de cohésion dans l’armée et plus d’unité dans les mouvements stratégiques. C’est ainsi que dans les journées du 15 et du 16 juin il défendit avec assez d’habileté et de succés la ligne du Neckar contre l’armée de empire; mais i) ne put point empécher les Prussiens d’occuper le Palatinat et d’effectuer le passage du Rhin, le 20 du méme mois, a Germersheim. Le lendemain i! attaqua avec des forces supérieures 4 Waghzusel une de leurs colonnes, et parvint & la rejeter sur Philippsburg; mais dans laprés-miai du méme jour il rencontra une autre de leurs divisions, qui aprés un court engagement mit l’armée révolutionnaire en pleine déroute. Pendant ce temps-la le général Peucker, a la téte de Varmée de l'empire, s’était avancé par l’Odenwald vers le haut Neckar, sans avon’ pu réussir toutefois, a Sinsheim, & couper la retraite aux fuyards; et le corps prussien aux
ordres du général Groeben avait effectué le passage du bas Neckar. Le 25 les Prussiens entrérent dans Cartsruhe ; le 29 et le 30 juin, & la suite d’une lutte des plus vives, les insurgés durent abandonner la ligne de la Murg, et leur retraite se transforma bientot en une compléte débandade. Toute résistance sérieuse cessa a partir de ce moment ; mais nn grand nombre de fuyards, quelques-uns de leurs chefs surtout, commirent alors les plus honteux actes de brigandage et de dévastation. Une lutte acharnée s’engagea entre les meneurs du mouvement insurrectionnel et les députés réfugiés 4 Fribourg, et Brentano lui-méme dut prendre la fuite (29 juin) devant son propre parti, dans la crainte de périr victime du terrorisme de Struve. Le 10 et le 11 juillet les dernidres bandes de fuyards atteignirent le territoire suisse. Le 23 Rastadt capitula.
Huit jours auparavant, Hecker était revenu d’Amérique pour assister, témoin inactif, ala fin de larévolution badoise.
Le grand-duc de Bade, a ’époque méme oi il s’était vu contraint d’abandonner momentanément ses Etats, avait renvoyé le ministére Bekk et appelé a la direction des affaires MM. Kliiber, Marschall, Regenauer, Stabel et Roggenbach. L’une des premiéres mesures que la nouvelle administration se trouva dans la triste nécessité de prendre fut de déclarer le grand-duché en état de siége, de traduire devant !a justice les individus qui s’étaient le plus compromis dans les derniers événements , et de commencer un proces monstre contre les auteurs et instigateurs de la révolution. Environ trente condamnations a mort furent prononcées et exécutées. ILes condamnés étaient pour la plupart des soldats réyoltés, ou encore des individus ayant pris les armes contre l’autorité légitime, enfin certaines notabilités politiques , entre autres le député a la dite de Francfort Triitz-chler. Les caisses publiques étaient vides, Varmée en compléte dissolution, tout ordre, toute discipline anéantis. Cependant les membres du ministére de la restauration eurent assez de modération dans l’esprit pour résister aux suggestions des hommes qui ne voyaient de sécurité pour le nouvel ordre légal que dans Vabolition de la constitution. Le pays se rétablit plus rapidement qu’on n’aurait pu Pespérer des plaics , tant matérielles que morales, que lui ayaieut faites la révolution et ses suppdts. Au mois de mars 1850 de nouvelles chambres se réunirent aprés s’¢tre complétées d’aprés les prescriptions de Vancienne loi électorale, auxquelles il ne fut apporté aucune modification. D’accord avec elles, le gouvernement rendit une série de lois relatives & Vadministration des communes, au code pénal, au code de procédure, a la police de la presse, au droit de réunion, etc., et qui assurérent a l’autorité une plus grande influence. L’accord le plus complet régna alors a cet égard entre les chambres et le gouvernement, et la scission existant entre les conservateurs et l’ancien parti libéral s’effaga méme complétement. La nouvelle législation , quelque différente qu’elle fat par sa sévérité de l’esprit qui dirigeait précédemment Vadministration, n’en maintint pas moins les plus importantes des réformes opérées avant les éyénements du mois de mars 1848; elle était encore bien plus libérale que celle qui fut introduite 4 la méme époque dans d’autres pays, oi pourtant on n’avait point eu de réyolution de mai. De rotables adoucissements furent @ailleurs apportés bientot aux rigueurs de !’état de siége. En s’efforgant de rétablir ancien ordre légal détruit par la réyolution , le gouvernement avait pris le moyen le plus sir pour guérir les maux du pays. En ce qui touche les affaires de l’Allemagne , le geatvernement et la représentation nationale du grand-duché de Bade sont demeurés fidéles a la direction politique qui avait constamment réglé leurs rapports fédéraux. Ils s’unirent de la maniére la plus étroite a la Prusse, ainsi que l’exigeaient les circoustances, et accédérent au traité d’union du 26 mai. En vertu d’une conrention militaire conclue en mai 1850, il fut décidé que les
BADE
troupes prussiennes continueraient 4 occuper le territoire badois, et que l’armée badoise réorganisée irait tenir garnison dans différentes villes de Prusse. Toutefois cette convention ne put étre exécutée que partiellement, la Prusse s’étant trouvée dans l’impossibilité de lever tous les obstacles qui s’opposaient 4sa compléte exécution. La retraite du ministére Kliber et son remplacement par le cabinet que présidait M. de Rudt (octobre 1850) ne furent nullement, comme on le prétendit d’abord, l’indice d’une rupture avec la Prusse, mais seulement d’un rapprochement marqué de l’Autriche. Quand le gouvernement prussien mit a profit la crise de novembre 1850 pour retirer ses troupes et évacuer Rastadt, le maintien de l’ordre public fut de nouveau confié a l’armée badoise réorganisée , et la forteresse fédérale recut une garnison autrichienne. Toutefois, dans les conférences ministérielles tenues 4 Dresde, le grandduché de Bade ne figura pas au nombre des soutiens de la politique autrichienne, et y combattit au contraire en toute occasion la direction prise par l’Autriche et les Etats du centre. Consultez Sachs, Histoire du Margraviat de Bade (Svol., Carlsruhe, 1764-1778); Schreiber, Histoire de Bade — (Carlsruhe, 1817); Bader, Histoire nationale de Bade (Carlsruhe, 1836); Bekk, le Mouvement de Bade (Man- — heim, 1850); Hausser, Mémoires pour servir a Vhistoire de la révolution de Bade ( Heidelberg , 1851 ). . BADE ou BADEN-BADEN, ville de 6,500 habitants du grand-duché de Bade, sur les bords de l'Oosbach, dans une ravissante vallée au pied de la Forét-Noire, 4 75 kilométres du Rhin et a 20 kilométres de Rastadt, sur ’'un des embranchements du grand chemin de fer badois. Baden était déja célébre pour ses eaux minérales sous les Romains, qui lui donnérentle nom d’Aurelia Aqguensis, en ’honneur de l’empereur Aurelius Alexandre Sévére. Elle fut autrefois, pendant enyiron six cents ans, la résidence des margraves de Bade, dont le chateau couronne encore avec ses ruines pittoresques le Schlossberg, montagne située a peu de distance de 1a. On y trouve de vastes souterrains, qui probablement sont Y’ouvrage des Romains, et qui, dit-on, ont été le siége de ce tribunal secret des Francs-Juges qui longtemps épouvanta PAllemagne. Le Musée ( Museum Paleotechnicum ) est riche en antiquités romaines trouvées dans les environs de la ville. L’église collégiale ou pareissiale contient les tombeaux des margraves de Bade depuis 1531. Le cercle ou casino, appelé encore Conversationshaus, maison de conversation, est établi dans un ancien couvent de jésuites , qui s’éléve au milieu d’un site charmant. On compte a Bade vingt-six sources mninérales : la principale, dont la température varie entre 45° et 54° Réaumur, donne 7,345,440 pouces cubes d’eau dans les vingt-quatre heures; le rocher d’oit elle s’échappe est encore orné de marbres de Carrare qui datent de l’époque de la domination romaine; on voit également plusieurs débris de bains romains a la source dite buins des Pauvres, Parmi les seurces les plus renommeées, i) faut citer la source des Juifs, la source de 1’Enfer, la source de l’Adversité, la source du Couvent, la source du Puits, les deux sources de Muhr, la source du Puits-Froid et les quatre sources des Bacttlu. L’eau minérale contient une grande quantité de muriate de soude, plus du muriate de chaux et de magnésie, du sulfate et du carbonate de chaux , du fer et de acide carbonique. On Vemploie pour bains , douches , affusions, et aussi pour boisson. Elle est particuliérement recommandée pour les affections du bas-ventre, les désordres de la matrice , les scrofules , les affections rhw matismales et goutteuses, etc., pour les maladies chroniques de la peau et les paralysies , et employée surtout pour bains de boue. — Depuis longtemps Bade n'est pas moins célébre par son tripot privilegié, qui attire de tour les points du monde les amateurs deroulette, de biribi et de trente-et-quarante. Consultez Isid. Bourdon, Guide aux Kaux minérales (Paris, 1837).