ARMINIUS — ARMOIRIES
grands hommes de la république penchaient ouvertement pour ses opinions; et cependanit cette controverse, prenant chaque jour une tournure plus alarmante, lui Ota toute tranquillité, et contribua indubitablement A abréger sa vie. I laissa sept fils et de nombreux disciples. Sa conduite avait été irréprochable ; sa piété était aussi douce que sincére. Il avait pris pour devise ces mots : une bonne conscience est le paradis. ;
ARMISTICE. Ce mot dérive, suivant Gébelin, des mots latins stare et arma. Il pourrait bien venir aussi du verbe sistere, retenir, arréter. On l’appelait en 1350 se/france, suffrance de guerre, treuque,ou trefve. Toutes ces expressions donnent aujourd’hui l'idée d’une suspension momentanée de tout acte d’hostilité entre deux armées, conformément aux conventions des généraux qui se font la guerre. La durée d’un armistice est limitée entre des époques déterminées ; ce repos momentané ne cesse que quand une des parties a dénoncé 4 l'autre la reprise des hostilit¢s. Voyez SUSPENSION D’ARMES.
Un armistice est quelduefois une tréve conclue entre des cabinets respectifs ; elle prend alors un caractére politique ; et c'est en ce cas une préparation aux négociations, un présage de paix. Autrefois, ’annonce de l’armistice était publiée, en présence des troupes, au moyen d’une formule prononcée au nom du roi, par un héraut. Cet usage est tombé en désuétude. La voie del’ordre du jour supplée aujourd’hui A Vancien mode de publication. Pendant la durée d’un armistice, les armées helligérantes, séparées par un fleuve, reconnaissent pour délimitation de leur terrain respectif le thalweg de ce fleuve.
ARMOIRE DE FER. I y avait déja trois mois que Louis XVI était enfermé au Temple, attendant l’ouverture du procés solennel que la démocratie victorieuse allait faire a Ja royauté vaincue, pour lui demander compte de ses fautes et de ses erreurs, lorsqu’un serrurier, nommé Gamin, vint dénoncer a la Convention !’existence d’une cachette secréte pratiquée dans l’épaisseur de la muraille de l'un des corridors du chateau des Tuileries, et garnie d’une solide porte de fer que dissimulait parfaitement un panneau de lambris peint en larges pierres. Le dénonciateur était l’artisan méme qui avait travaillé 4 sa construction sous la direction du roi, et qui avait di d’autant plus facilement inspirer 4 Louis XVI de Ja confiance dans sa discrétion, que pendant dix années ce prince l’avait admis a partager les innocentes distractions qu’il trouvait, comme on sait, dans les opérations toutes manuelles de art dela serrurerie.
La sensation produite dans le public par cette réyélation inattendue fut grande, car on s’attendait généralement a voir lever le voile mystérieux qui cachait encore Vaction, passive sans doute, mais pourtant assez énergique, de la royauté contre les institutions, les idées , les principes et les hommes du jour. On y était d’autant plus fondé que Louis XVI, eomprenant toute la gravité de J'incident et le parti qu’en pourrait tirer Paccusation, essaya d’abord de nier un fait incontestable, et qu’il aurait dd avoir le courage d’avouer franchement. C’est dans cette armoire de fer qu’on trouva, entre autres documents historiques, le fameux livre rouge (ainsi dénommé a cause de la couleur de sa reliure de maroquin ), registre des sommes que le roi avait accordées & titre de gratifications ou de pensions annuelles, avant et depuis 1789, aux plus grands noms de France , document curieux sous plus d’un rapport, car il explique ou passaient les ressources de la couronne et du pays.
Madame Campan affirme, dans ses Mémoires , que les pitces les plus compromettantes renfermées dans armoire de fer en avaient été retirées longtemps avant la catastrophe du 10 aoat; et son témoignage doit étre d’autant plus admis qu’en bien examinant les documents qu’inventoria Ja commission nommée ad hoc par la Convention, nous ne trouvons réellement rien qui, méme au point de vue de l’ac-
cusation, ait quelque gravité. C’étaient des plans proposés au monarque ou 4 ses serviteurs intimes, tantot pour lui gagner telle ou telle partie de l’assemblée nafionale, tantdt pour faciliter son évasion de la capitale, etc., ete.; mais rien qui prouve que suite ait jamais été donnée a tous ces projets plus ou moins sensés.
ARMOIRIES ou ARMES par abréviation (ces mots ne s’emploient dans ce sens qu’au pluriel) , emblémes de noblesse figurés autrefois sur les drapeaux et les armures , sur les sceaux et les monuments publics et privés, et qui depuis longtemps n’existent plus que sur les cachets , les livrées et les équipages du marchand enrichi comme sur ceux du gentilhomme du haut parage.
On pourrait s’étonner aujourd’hui de Vinfluence prodigieuse et continue que ces caractéres symboliques ont exercée sur les meeurs et l’imagination des peuples, si l'on ne se rappelait qu’ils doivent leur origine @ cette ancienne chevalerie, dont institution a couvert d’un si éblouissant éclat ’époque inculte et barbare qui la vit naitre. On se demande alors quels étaient ces mystérieux emblémes, leur signification, leur usage. On s’intéresse malgré soi au souvenir de ces temps éloignés qu’ils retracent aux yeux ef & la mémoire, ef peu a peu on se laisse entrainer au désir de recueillir quelques ¢claircissements sur cette matiére autrefois si importante, aujourd’hui si frivole.
C’est un fait constaté par le résultat des recherches les plus certaines que l’invention des armoiries date de l’établissement des joutes et des fournois. On ne saurait se faire une idée de tout ce qui a été écrit pendant trois cents ans pour embrouiller cette question. Jamiais la science la plus nécessaire 4 ’humanité n’inspirera peut-étre une telle émulation ni ne verra éclore autant d’ouvrages. Jusqu’au savant P. Ménestrier, quile premier porta la lumiére dans ce chaos de dissertations sans discernement et sans crilique, on ne s’était entendu que sur un seul point, le plus incontestablement erroné, savoir, que l’origine des armoiries remonte aux siécles héroiques. 11 y ena méme qui n’ont pas vu la moindre difficulté & sauter a pieds joints le déluge, pour donner des armoiries 4 Adam, a Seth, a Noé. Les plus circonspects semblent regretter de ne pouvoir aller au dela de l’antiquité, C’est une erreur moins déraisonnable, puisqu’elle repose sur un fait constant, mais mal interprété, sur la confusion des emblémes ayec les armoiries. La chouette que portaient les Athéniens, Veffigie de la Mort adoptée par les Thraces, I’épée des Celtes, V'aigle des Romains , le buste de cheval des Carthaginois, le coursier bondissant des Saxons, le lion des anciens Francs et l’ours des Goths, étaient des symboles nationaux et non des armoiries. Il en fut de méme de ces tsiaps que Monmu, empereur du Japon , accorda, en 705 de notre ére, 4 chaque province de son empire. Le serpent des Druides, surmonté d’un gui de chéne, les clefs qui distinguaient, dit-on, leur chef supréme, les figures qu’on voyait gravées sur les boucliers de chaque légion ro-
‘maine, comme un foudre, un dragon, d’ow ces légions ti-
raient leurs dénominations de Foudroyante, Dragonaire, tous ces signes symboliques qu’on voit se reproduire plus tard, revétus du caractére héraldique , sur les boucliers et les banniéres des clievaliers, n’étaient originairement que des emblémes. Ils n’entrérent dans le domaine des armoiries que du moment oi, par de certaines hachures et lignes conyenues, on parvint 4 exprimer, outre leur configuration et sans le secours de la peinture, les divers métaux, fourrures et couleurs qui entraient dans leur composition, et marquaient toutes lés différences qui pouvaient exister dans ceux d’une méme espéce, C'est de Vintroduction de cet usage et de adoption d’une foule de figures commémoratives des tournois et des croisades, que date l’origine des armoiries, Leur classification méthodique et le langage mystérieux qui sert & les décrire constituent l'art du blason.
Des notions que nous possédons sur lorigine des tour-