BADIN — BAER
le 17 février 1792, en Esthonie. Conduit par Je hasard 4
étudier la botanique, il consacra & cette science tous les
instants de liberté que lui laissa son séjour A Pécole capitu-
laire de Revel , oii il avait été regu en 1808. De 1810 a 1814
il alla étudier la médecine 4 Yuniversité de Dorpat, et pen-
dant Vhiver de 1812 4 1813 il trouva l'occasion de faire de
la pratique dans le grand hopital militaire de Riga. Les
lecons de Ledebour, de Parrot et surtout de Burdach exer-
cérent sur lui la plus heureuse influence. Convaincu que
dans l'état od elle se trouvait alors la Russie n’offrait que peu de chances de succés 4 un naturaliste, il se rendit en Alle-
magne, ot le professeur Deellinger, de Wurzbourg , Vinitia
a la connaissance philosophique de Panatomie comparée.
Burdach, nommé en 1817 professeur & Koenigsberg, fixa
auprés de lui, en qualité de prosecteur, Baer, quijusque alors n’était resté fidéle a étude de la médecine que par néces-
sité. Appelé dés 1819 aux fonctions de professeur agrégé,
bientot aprés de professeur titulaire de zoologie dans cette méme université, Baer regut en méme temps la mission d’y
fonder un muséum zoologique, et en 1826 il remplaga Bur-
dach dans sa chaire d’anatomie. En 1819 il avait été appelé 4 Saint-Pétersbourg pour faire partie de l’Académie des Sciences de cette ville; mais des affaires de famille le foreérent dés ’année suivante 4 donner sa démission et 4 retourner 4 Koenigsberg. Ayant accepté quelques années plus tard une nouvelle invitation de venir se fixer dans la capitale de la Russie, il est resté depuis lors un des membres les plus aclifs de ’Académie des Sciences de cette ville, et les missions importantes ainsi que les distinctions de tout genre dont le gouvernement russe !’a honoré prouvent assez combien son mérite est apprécié a Saint;Pétersbourg. En 1838 il a méme été nommé conseiller d’Etat.
Les ouvrages de Baer se distinguent par des apercus philosophiques d’une rare profondeur, et la lecture en est d’ailleurs aussi attrayante que facile. Digne éléve de Burdach, ses recherches ont eu surtout pour objet les si difficiles questions de la génération. On est redevable & ses infatigables travaux de la connaissance de faits d’une havte importance relatifs au développement des corps organiques, et on pourrait méme dire de la création d'une science nouvelle, puisque tout ce qu’avaient fait jusque alors les observateurs microscopiques, depuis Leuwenhoek et Swammerdam, ou manque d’exactitude, ou ne présente pas cet esprit de généralisation qui seul en peut faire la valeur. Son point de départ dans cette voie a été Pouvrage intitulé : Hpistola le Ovi Mummalium et Hominis Genesi (Leipzig , 1827, in-4°) ; ensuite il a fait parattre I’ Histoire du dévelop pement des animaux (2 vol., Koenigsberg, 1828-37), ?Histoire du développement des poissons (Leipzig, 1835) , et les Recherches sur les monstres & doubles corps (1845).
Depuis son retour a Saint-Pétersbourg, Baer a fait des terres polaires Pobjet principal de ses investigations, et il a réussi a jeter quelqae lumitre sur bon sombre de ces contrées complétement inconnues jusque alors, En 1837, l’empereur Nicolas lui confia la direction dune expédition scientifique, qui, bien que contrariée par quelques accidents, n’en a pas moins eu pour résultat de répandre une vive lumiére sur la faune et la flore de Ja Nouvelle-Zemble, qu’on connaissait fort peu auparavant, et qu’en raison du climat rigoureux régnant dans cette contrée on n’edt méme pas cru devoir exister. L’aspect physique des cétes visitées par Vexpédition, la description des animaux et des plantes , ont fourni a Baer la matiére de plusieurs commu nications du plus haut intérét, insérées dans les Mémoires de l’Académie de Pélersbourg et dans les Bulletins scientifiques (1837). On lui doit encore des Co uptes-rendus des travaua et voyages récen/s destinés & aire connatire ta Russie (1855), et des Btudes sur Pempire Russe (1856 et suiv.). Baer a été nommé en 1858 correspondant de notre Académie des sciences,
BAFFIN — BAGACE
BAFFIN (Witt), hardi navigateur anglais, né vers 1584, prit part en qualité de pilote , sous les ordres des capitaines Hall (1612), Hudson, Button, Gibbins et Bylot (1615 et 1616), & divers voyages de découvertes a la recherche d’un passage par le détroit de Davis, et y pénétra en 1616 jusqu’au détroit de Smith, par 78° de latitude septentrionale. N’ayant point rencontré dans cette direction le passage qu’on cherchait, on se décida, d’aprés ses conseils, & changer de route; et, en se dirigeant vers le nord du détroit de Davis , on entra dans une grande baie, qui fut dénommée, d’aprés lui, baie de Baffin, bien qu'elle edt été découverte par Bears dés l’année 1562. (Voyez larticte suivant.) Baffin mourut en 1622, au siége d’Ormus, entrepris par les Anglais. I] avait dressé des cartes qui se sont perdues, et rédigé un journal dont quelques fragments se trouvent dans le recueil de voyages de Purchas.
BAFFIN ( Baie de), vaste golfe ouvert de V Atlantique, ainsi nommée de W. Baffin. Elle forme la continuation du détroit de Davis, et s’étend comme un grand et vaste canal de 481 kilom, de largeur moyenne, depuis le cap Farewell, l’extrémité méridionale du Groenland et entrée du détroit de Hudson, dans la direction du nord a louest, pendant plus de 2,072 kilom., jusqu’d ce que par 78° de latitude nord elle devienne le détroit de Smith , qu’en 1853 et en 1854 Invl field a exploré dans toute son étendue. Pendaat que la baie de Baffin, ou a proprement parler la mer de Baffin, baigne a lest les cétes du Groeénland, elle est limitée 4 l’ouest par Varchipel dit de Baffin-Parry, la terre de Baffin des anciennes cartes. Cet archipel contient les iles Cumberland, Southampton, Cockburn, etc., séparées du continent par le détroit de Hudson, le canal de Fox, Je détroit de Fury et d’Hekla et Pile du Prince-Régent, qui sont situés au nord du Labrador et au sud du détroit de Barrow. Cette immense masse de terres, séparées uniquement les unes des autres par de petits canaux étroits qu’on n’a point encore explorés , ressemblent tout a fait, en ce qui est de la conformation de leur sol, au plateau arctique du continent voisin ; cependant elles n’atteignent guére 4 Vintérieur plus de 500 meétres d’élévation , n’offrent quelques traces de végétation que sur les cdtes les plus basses, mais en revanche une grande richesse en oiseaux et en animaux marins ainsi que quelques mammiféres provenant des terres voisines. Les Iles sont habitées par un petit nombre de tribus d’Esquimaux.
BAFFO. Au seiziéme siécle, une jeune Vénitienne de cenom, qui était celui d’une des plus illustres familles patriciennes de la république, rejoignait par mer son pére, gouverneur de Corfou, lorsqu’elle fut prise par un pirate turc, qui la vendit ensuite comme eselave au sultan Amurat III (1575). L’admirable beauté de cette jeune fille captiva si complétement le sultan, qu’il congut pour elle la passion la plus vive, et qu’il l’éleva au rang de sultane as¢ki, faveur qui depuis le régne de Soliman II n’avait encore été accordée 4 aucune esclave. La constance dont Amurat fit preuve 4 son égard ne tarda pas a accréditer le bruit que, pour séduire le sultan, la belle Vénitienne avait eu recours alemploi de philtres et de charmes surnaturels. Ces rumeurs parvinrent jusqu’aux oreilles d’Amurat, qui s’étonna luiméme alors de la vivacité de sa passion. Dans lespoir de découvrir les moyens secrets auxquels avait recours la belle Baffo pour le captiver, il fit jeter en prison toutes les femmes attachées & son service particulier; mais comme il !eur fut impossible de faire le moindre aveu, Amurat, désormais rassuré, s'abandonna de nouveau & toute la puissance de son amour. Tout le secret de la jeune Vénitienne consistait en effet dans les charmes de son esprit , incomparablement plus cultivé que celui des autres femmes renfermées avec elle dans le harem, et le voluptueux monarque avait été Sunjugué par l’esprit de son esclave autant que par ses charmes physiques. La sultane Balfo conserva son empire sur le cceur d’Amurat jusqu’a la mort de ce prince, arrivée
en 1595. Sous le regne de Mahomet II, son propre fils, elle continua & exercer la plus grande influence; rnais Achmet I®, qui succéda a celui-ci en 1603, la relégua dans le vieux sérail,
BAFFO (Georces) , sénateur vénitien issu de la mme famille que la sultane, dont une plume décente aurait peine a tracer le nom, si les erreurs mémes et les licences les plus effrénées de l’esprit humain ne devaient occuper leur place dans ses annales. 11 vivait entre 1780 et 1800, au milieu de la décadence derniére et de la ruine définitive de cette république, dont le singulier génie avait encouragé a la fois Paudace des entreprises, la puissance du commerce, le bien-étre du citoyen et la volupté dans les meeurs, Le sénateur vénitien Baffo, homme grave et respecté dans sa vie privée, honorable dans sa vie publique, se fit Pinterpréte secret de la débauche vénitienne parvenue a son dernier période et a sa conten la plus compléte ; ses poésies, recueillies en quatre volumes, aujourd’hui fort rares dans les autres contrées de l'Europe, devinrent le code avoué, le manuel reconnu des boudoirs les plus mystérieux de la cité des Lagunes. Un caractére particulier distingue ces étranges poésies, que l’on ne peut comparer ni aux recherches sémillantes de Boufflers, ni aux galanteries métaphysiques de Roscommon , encore moins aux impiétés de Parny. Ecrites dans le dialecte vénitien , dont la prononciation est si molle et si fluide, et qui remplace toutes les consonnes fortes par des consonnes douces, elles ne rougissent de rien et ne semblent pas méme s°étonner un instant de la nudité extraordinaire et constante des images et du langage. C’est une muse qui, semblant ignorer son obscénité , par un raffinement extréme , se joue de la dépravation avec une ingénuité enfantine, avec un laisser-aller qui ne suppose pas méme un autre but dans la vie que le plaisir sous ses formes les plus nues.
Cette naiveté de corruption et le trés-grand talent de Versification que le sénateur a porté dans son étrange labeur, ceuvre de toute sa vie, ne permettraient pas d’effacer son nom et son souvenir de l'histoire littéraire, s'il y avait place dans les annales des arts pour !es chefs-d’ceuvre dangereux et obscénes de Klingstet et de Clodion. Mais de telles ceuvres ne laissent dans la mémoire des hommes qu’un honteux souvenir, mélé d’un profond regret pour Je talent qui s'est employé ainsi. Dans l'histoire des peuples ces corrupteurs occupent une place plus importante et non moins fiétrie. On ne les voit apparattre jamais qu’au moment ov les institutions se dépravent et dégénérent, et ils portent toujours la marque spéciale du genre de corruption qui a précipité leur patrie vers sa ruine. La grande orgie romaine des empereurs, avec sa débauche et son gigantesque, respire chez les Pétrone et les Martial, ces meilleurs commentateurs de Tacite. On retrouve toute la monarchie délabrée et toute l’élégance dépravée de la France en 1789 dans les poésies de Parny et dans les romans de Crébillon fils. Rome mourante a encore de Ja grandeur ; la mére des Gracques s’est transformée en Messaline. Le raisonnement philosophique et la satire des abus contemporains se mélent aux saillies libertines des écrivains francais de la fin du dix-huitiéme siécle. Chez les derniers représentants de l’aristocratie vénitienne, vivant, comme Baffo, dans les casini et les cafés de la place Saint-Mare, on n’apergoit plus qu'un abandon total et souriant aux voluptés de tous les jours; la seule philosophie est celle d’une jouissance éternelle et commode ; la muse n’a d’autre mission que de répandre et de propager ce culte sensuel. Plus d’espoir, de patrie, de regrets, de désir, d’aspiration supérieure : c’est une vieillesse qui retombe dans !’enfance par l’abus des faciles plaisirs.
Philarete Cuas.es.
BAGACE. On nomme ainsi, dans les sucreries des Antilles, les cannes a sucre lorsqu’elles ont passé par le moulin et qu'on en aextrait le sucre. On emploie les bagaces
iG,
Zour alimenter le feu sous les chaudiéres ou cuit le sucre; on en fait des ambeaux pour s’éclairer la nuit.
BAGAGES. Dérivé du latin barbare baga, qui a d’abord produit bague. On lit dans plusieurs capitulations anciennes : vie et bagues sauves, c’est-a-dire conservation de Vexistence et des effets. C’est le bagaglia de italien : ce que Bonaparte appelle embarras dans ses Mémoires. Ce mot commence a tomber en désuétude, et ce n’est pas sans raison. I] désigne spécialement ce que les troupes en marche trainent a leur suite pour les besoins du soldat; les munitions et ies armes n’y sont point comprises. 11 est loin de nous, ce temps ot un de nos généraux abandonnait entre les mains des guérillas une argenterie de 30,000 fr., et ot un de ses collégues, célébre aussi comme diplomate, laissait aux Kosaks un caisson plus riche encore. Depuis 1792, et depuis abandon des hapies jusqu’au consulat , on ignorait pour ainsi dire le mot de bagages, mais cette simplicité dura peu. De 1812 a 1813 la masse démesurée des bagages a in- {lué pour beaucoup sur nos désastres. Si les besoins sont réduits a ce qui est absolument indispensable, et si les moyens de transport sont perfectionnés, les armées se trouvent débarrassées, autant qu’il est possible, de cet attirail que les Romains nommaient trés-justement impedimenta. Alors un seul mot peut exprimer lensemble de tout ce que les troupes transportent avec elles , et c’est ainsi que celui d’équipages a prévalu.
D’aprés un décret du 21 janvier 1860, des moyens de transport doivent étre mis a la disposition des officiers : ily a une voiture et deux chevaux pour ’état-major du regiment et une autre pour chaque bataiflon. Mais le décret ne concernait pas les officiers géuéraux ; dans la guerre de 1870, leurs yolumineux bagages encombraient les équipages de l’armée et retardérent plus d’une fois ou embarrassérent ses mouvements; c’est ainsi qu’a la journée de Reischolfen , ennemi, parmi les trophées de victoire , trouva dans les bagages de |’armée francaise une nombreuse batterie de cuisine et toute une collection chamarrée de coiftures, de robes et de toilettes de femme,
BAGARRIS (Pierre-Aytoine BASCAS, sieur pe), genlilhomme provengal, né vers 1565, et qui soccupait d’archéologie, fut appelé a Paris par Henri IV pour établir un cabinet de médailles et de pierres gravées. Il prit dés lors le titre d’iméliarque de S. M., dénomination bizarre qu’autorisaient alors les habitudes des savants. Suite ne fut pas, au reste, donnée a ces projets, et Bagarris repartit pour la Provence peu de temps aprés la mort de son royal protecteur. Pendant son séjour a Paris il avait fait imprimer un petit ouvrage fort curieux, intilulé la Nécessité de l’usage des médailles dans les monnaies (Paris, 1611, in-4°).
BAGATELLE. Ce mot, dérivé de bague, dont il est an diminutif, signifie une chose frivole, peu nécessaire, dent on ne fait pas grand cas, qu’on ne peut estimer, quia peu de prix, et encore moins de valeur, comme beaucoup de colifichets 4 l'usage des femmes. 1] différe, en ce sens, de gon synonyme babiole, qui exprime Vidée d’un hochet, d'un joujou d’enfant, d’une chose puérile, qui ne mérite pas d’occuper un homme fait. Le mot bagatelle est employé dans diverses locutions proverbiales: donner dans la bagatelle, s'amuser & la bagatelle, c’est passer sa vie 4 se divertir , & se livrer A des plaisirs futiles et sensuels; s’occuper de bagatelles signifie perdre son temps a ne rien faire ou a faire des riens. C’est & peu prés dans la méme acception, mais par jactance, que les bateleurs des spectacles forains invitent le public a ne pas s’arréter aux bagatelles de la porte. On dit aussi ; renoncer a la bagatelle, e’est-d-dire revenir 4 des occupations sérieuses, acquérir de l’expérience, devenir sage.
C'est ce que ne fit pas un haut personnage que beaucoup de nous ont connu. Peu s’amusérent plus a la bagatelle, s'occupérent plus de bagatelles. [1 les aimait tant qu’il donna
BAGACE — BAGAUDES
ce nom a un chateau qu’! fit batir vers 1779, sur la limite du bois de Boulogne, prés des rives de la Seine. Tout dang cette habitation était digne de son nom frivole et du caractere du maitre : petits jardins, petit ruisseau, petits ponts, petit boudoir orné de peintures galantes, petite bibliothéque bien assortie en livres guillerets, dont plusieurs avaient été imprimés a ses frais ou sous ses auspices. Aprés la révolution, un décret de la Convention, en 1794, désigna ce chateau nain pour servir 4 un établissement public. Mais il paraft qu’on ne put en tirer aucun parti, car on fut obligé de le louer pendant quelques années a des entrepreneurs de feux dartifice et de fetes champétres. La Restauration le rendit a son ancien propriétaire, et Bagatelle devint Babiole. Tl avait été le théatre des foldtres soupers de I’aieul, il devint laréne des jeux innocents du petit-fils. Le vieillard, n’étant plus d’4ge a s’amuser a la bagatelle, s’avisa de traiter la France et les droits des Frangais comme des bagatelles. La France et les Frangais n’ont pas oublié ce qu’il en advint en an de grace 1830.
En littérature les bagatelles ne manquent pas. Nous avons les Bagatelles anonymes de Dorat, les Bagatelles morales de l'abbé Coyer , les Bagatelles littéraires , les Bagatelles poétiques, les Bagatelles,ou Promenades d’un déseuvré a Saint-Pétersbourg, etc., etc. Sous des titres plus prétentieux, des écrivains, en bien plus grand nombre, nous ont, dans ces derniers temps, inondés de soporifiques bagatelles, avec le secours réuni des souscripteurs, des éditeurs et des journalistes-compéres, qui excellaient a les faire valoir. Que le ciel les leur pardonne et nous en délivre !
H. AuDIFFRET,
BAGAUDES. Au milieu du troisitme siécle de V'ére chrétienne le colosse de l’empire romain, livré a une crise violente , faisait prévoir de tous cétés sa dissolution prochaine. Cliacune de ses gigantesques provinces se soulevait et cherchait 4 se dérober au joug de la ville éternelle en se créant un empereur. Vers l’an 270 c’était dans les Gaules que le sol tremblait surtout : une femme, Victoria, surnommée par les soldats Ja Mére des légions, opposait bravement une domination aborigéne 4 une domination italique ; mais le sort trahit son courage, elle succomba. A travers ces luttes incessantes, & travers l’indiscipline et Panarchie qui dévoraient tout semblant d’organisation militaire, les habitants des campagnes, plongés dans la plus horrible misére, ne pouvaient plus payer leurs impdéts, et se voyaient enlever leurs derniéres ressources. Ils se soulee vérent de toutes parts pour protester contre l’oppression, et, s‘intilulant eux-mémes Bagaudes, c’est-a-dire insurgés, atiroupés, du mot gallique bagard ( attroupement), ils se livrérent aux plus épouvantables dévastations. :
« On avait, dit Sismondi, diminué leur part aux produits de la terre et augmenté le travail qu’on exigeait d’eux ; on les avait traités non plus en vassaux ou en serfs attachés a la glébe, mais en esclaves domestiques. Le désespoir leur rendit le sentiment de leurs forces; ils s’armérent des instruments de leur labourage, ils assaillirent partout leurs maitres 4’improviste, ilsen massacrérent un grand nombre; ils mirent le feu 4 beaucoup de chateaux, de villages et de petites villes : ils glacérent d’effroi la noblesse des Gaules, qui se réfugia dans les plus grandes cités. »
Leur audace augmentant avec le suceés, ils réunirent bien- {Ot des forces assez considérables pour venir mettre le siége devant Autun. L’alarme se répandit aussitét dans la métropole des Eduens, qui s'adressa 4 Rome & l’empereur Claude, lequel, occupé au loin par d'autres guerres, ne put secourir la place. Elle fut donc forcée de se rendre aprés sept mois de siége ; tout y fut mis a feu et A sang; ses remparts et ses somptueux édifices furent abattus, ses céldbres écoles délaissées , et cette ville en renom ne se releva plus de ses ruines, Claude ayant consolidé son pouvoir aans les Gaules, les Bagaudes cessérent leurs pillages ct leurs dévas-