‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 222 sur 488 · BAGAUDES — BAGDAD · texte numérisé non relu

BAGAUDES — BAGDAD

tations. Aurélien acheva de les soumettre par de sages mesures, leur fit remise de l’arriéré de leurs impdts et leur accorda une amnistie générale. Sous ses successeurs les immunités et les priviléges accordés aux Gaulois furent renouvelés, les réclamations accueillies, les contributions allégées. Probus leur rendit la culture de la vigne, et les cdtes et les collines du pays ne tardérent pas, dit Aurelius Victor, a se couvrir de vignobles. Mais Carinus, moins prudent, ayant recommencé les argciennes exactions, les Bagaudes profitérent de ’avénement de Dioclétien pour courir de nouveau aux armes.

« Il y eut alors, dit M. Henri Martin, une seconde Bagauderie, plus terrible que la premiére : les Bagaudes pillaient et brdlaient les vil/as des sénateurs et des curiales, attaquaient et forcaient les cités, et poursuivaien. avec fureur les officiers impériaux. Ce ramas d’esclaves, de colons,

| de petits propristaires ruinés, de chrétiens persécutés , de

vieux Gaulois, héritiers des haines druidiques contre Rome, ce peuple de barbares que le désespoir avait enfanté dans les entrailles d’une civilisation incompléte et cppressive, s’étendit d’un bout a l’autre de la Gaule, et se choisit deux empereurs, CElianus et Amandus, dont les médailles ont été conservées.... Cesempereurs des Bagaudes étaient chrétiens. La bagauderie menagait les autres régions de l'Europe... Le danger parut trés-grave A Dioclétien. Retenu en Orient par la nécessité de réfréner les Perses et 'es barbares du bas Danube, il associa 4 la pourpre son lieutenant Maximien, et se hata de l’enveyer contre les rebelles gaulois.

« Ce fut, dit-on, dans sa marche que Maximien fit massacrer la /égion thébaine, qui refusait de combattre les Bagaudes, chrétiens comme elle. Entré dans les Gaules, Maximien assaillit les Bagaudes.... Aprés divers échecs, la plus grande partie de cette mullitude indisciplinée se dispersa et mit bas les armes; les plus braves, avec leurs chefs Qiéliahus et Amandus, se retirérent dans la presqu’ile que forme la Marne un peu au-dessus de son confluent avec la Seine, et qui était alors isolée de la terre ferme par un mur et un fossé attribués 4 Jules César. Ils s’y défendirent jusqu’a la derniére extrémité. G&lianus et Amandus moururent les armesa la main. Ce lieu conserva pendant plusieurs siécles le nom de camp des Bagaudes ou fosses des Bagaudes. C’est aujourd’hui Saint-Maur-des-Fossés, prés de Paris. »

Les Bagaudes ne tentérent plus d’insurrection générale ; Mais la bagauderie ne fut point anéantie, car les causes qui Pavaient engendrée subsistaient toujours et croissaient d’intensité. Elle dégénéra en brigandages, et jusqu’a la chute de empire il y eut toujours dans les foréts et les montagnes de la Gaule une population errante et poursuivie, vivant en état de guerre contre toutes les lois et les pouvoirs sociaux. Plus tard aux Bagaudes succédérent les Jacques- Bonhommes ou la Jacq werie et les Pastoureaus.

Salvien, prétre de Marseille, qui vivait sous Honorius et Théodose, fait mention, dans plusieurs passages de ses écrits, des Bagaudes : « Je parle maintenant, dit-il, de ces malheureux paysans qui, dépouillés, torturés, égorgés par des juges méchants et sanguinaires, aprés avoir perdu le droit de la liberté romaine , ont perdu aussi l’honneur du nom romain. Et on leur impute leur propre infortune! Nous leur imputons le nom de leur malheur, un nom que nous avons fait! Par quelles causes, en effet, sont-ils devenus bagaudes, Si ce n’est par nos iniquités, si ce n’est par les prévarications des juges, si ce n’est par les proscriptions et les brigandages de* ceux qui, sous pretexte de lever Jes deniers publics, les avaient convertis en profits pour eux et en faigaient l'objet de leurs rapines ? »

BAGAVAD-GITA. Voyez Buacayap-Gita,

BAGDAD, chei-lieu du pachalik ture du méme nom, dans la partie méridionale de la province drak-Arabi , est situé pour les deux tiers sur la rive orientale du Tigre, qu’on y passe sur un pont long de 207 métres, tandis que

Pancienne Bagdad, la capitale des khalifes et autrefois le plus grande aes villes maliométanes, était située sur la rive occidentale du fleuve. Elle est entourée d’une muraille en briques, flanquée de tours fortifices, s’étendant sur un circuit d’environ 8 kilométres, et que protége un fossé qu’on remplit a volonté avec l'eau du Tigre. La citadelle, construile 4 Pextrémité nord-ouest de la ville, est trés-importante. Les maisons, pour la plupart baties en briques, n'ont guére qu’un étage; les rues sont étroites, sales et non pavées. Le palais du gouverneur est I’édifice le plus remarquable de la ville. Les bains publics et les cafés, deux sortes d’établissements également fréquentés, sont dans us état misérable; et cependant, vue de loin avec ses nombreuses mosquées, la ville offre un aspect vraiment enchanteur. En été la chaleur y est si accablante, que les habitants sont réduits a chercher un peu de fraicheur dans les appartements souterrains; en revanche, lhiver y est assez froid pour rendre le feu nécessaire.

Le nombre des habitants de Bagdad, en y comprenant environ 20,000 Arabes, Hindous, Afghans et Egyptiens qui viennent s’y fixer pour se livrer au commerce, peut s’élever aujour@hui & 105.000 Avant 1831, époque ou la peste y exerca d’effrayants ravages de concert avec de dévastatrices inondations, la population atteignait 100,000 ames. On y trouve, en outre, des Persans et un petit nombre de chrétiens arméniens. Sous la protection du gouvernement ture, qui y entretient une garnison de 5,000 hommes , les premiers y exercent un important trafic; leur probilé et leur loyauté en affaires sont proverbiales. Les juifs sont tenus dhabiter un quartier séparé, et soumis en genéral a la plus dure oppression. Les classes supérieures de la population se montrent dans leurs rapports avec les étrangers plus polies et plus hospitali¢res qu’on ne lest généralement dans les villes mahométanes ; les classes inféreures au contraire ont tous les vices particuliers a l’Orient.

Jadis foyer de lumiéres et de civilisation, Bagdad n’est plus qu’un grand centre commercial, et la fameuse médresseé, construite en 1233 par le khalife Mostansir, est depuis longtemps transformée en caravansérail. Le commerce n’esf @ailleurs pas le seul motif qui attire un grand concours d’étrangers a Bagdad ; la religion y contribue tout autant , et chaque année les tombeaux des saints, entre autres celui du prophéte Ezéchiel et celui d'un imam sunnite, patron de la ville, y appellent la foule des fidéles.

Bagdad estun des grands entrepots des denrées de I’Arabie, de l’Inde et de la Perse, ainsi que des articles des manufactures européennes. C’est elle qui fournit a l’Asie Mineure , a la Syrie et a une partie de Il’Europe les produits de inde qui entrent dans leur consommation. Introduits par la voie de Bassora, ils remontent le Tigre a Vaide de barques, puis sont transportés par caravanes a Tokat, Constantinople, Alep, Damas, et dans les parties occidentales de la Perse, On y fait aussi un commerce assez important en joaillerie et bijouterie. Rien de plus brillant que l’aspect du bazar, hati plus particuliérement par Dawoud-Pacha, et justement célébre en Orient, avec ses douze cents boutiques remplies de tous les produits de l’hémisphére oriental. Les principaux objets qu’on fabrique a Bagdad consistent en cuirs rouges et jaunes, qui jouissent a bon droit d’une grande réputation ; étoffes de soie, de laine, de coton, notamment mousselines , taffetas, tapis et chales. Un batiment de poste anglais fait le service entre Bagdad et Bassora.

La ville fut fondée, de 762 a 766, par le khalife Almansour, surun emplacement oi, au rapport des géographes persans, il n’y avait jamais eu de maisons auparavant. I apporta tant d’activité aen accelérer la construction, qu'une année apres il pouvait déja y établir sa résidence. En conséquence elle recut le surnom honoritique de Ddr-oul-AKhildfet, Dar-oul-Selam (demeure du khalifat, de la paix). Au neuviéme siécle, Haroun-al-Raschid, qui s’y fit cons-

truire un palais em méme temps qu'il y élevait un tombeau a son épouse chérie Sobéide , fit arriver Bagdad & l’apogée de sa prospérité. Mais cent ans plus tard elle fut détruite par les Tures. En 1253 Houlagou, petit-fils de Djengis- Khan, s’en empara. I] fit mettre 4 mort le khalife régnant, et anéantit le khalifat. Tamerlan, qui prit Bagdad en 1393, en chassa a son tour les petits-fils de ce conquérant. Au commencement du seiziéme siécle, le chah Ismael, premier souverain de la Perse de la maison des Sofis, s’en rendit maitre, et depuis lors elle n’a pas cessé d’étre une cause de discorde entre la Perse et la Turquie. A la suite d’un siége mémorable Bagdad tomba, en 1638, au pouvoir du sultan Mourad IV, et le chah Nadir essaya vainement au dixhuitiéme siécle de la reprendre aux Turcs. Une circonstance qui n’a pas peu contribué non plus a rendre Bagdad si célébre dans tout Occident, c’est que cette ville est le thédtre de la plupart des aventures qui forment le fond des contes des Mille et une Nuits, En 1856, un service de bateaux A vapeur a été établi entre Bagdad et Bassora. BAGEMIUS, philosophe, né a Leipzig, vers le milieu du dix-septiéme siécle, passa sa vie & rechercher par quels motifs Dieu nous a créés, et finit par trouver que c’est par amour pour nous. Mais comme le bon sens lui objectait qu’on ne pouvait pas aimer des créatures qui n’existaient pas encore, il découvrit, aprés Platon, que Dieu les avait aimées par l’idée de ce qu’elles devaient étre. C’est la preuve la plus concluante de la bonté infinie de Dieu. On a fait force gros livres sur des questions de cette nature, et depuis Platon jusqu’a nous les philosophes y ont toujours répondu par des niaiseries. VIENNET.

BAGGER (Cwarves-Curétien), l'un des poétes danois les plus remarquables de notre époque, était né le 10 mai 1807. Doué par la nature des plus admirables facultés , il manquait cependant du sens de Vharmonie. Il débuta en 1833 par la tragédie Dronning Christine og Monaldeschi, production remarquable au point de vue de l’agencement dramatique, mais dont le style est trés-négligé. L’année suivante, 1834, il publia ses Smaadigte, petits poémes pleins de vie et d’énergie, et Havets Konge, conte en vers. En 1845 parut sous le pseudonyme de Jean Harring celui de ses ouvrages qui a obtenu le plus de retentissement, Min Broders Levnet (la Vie de mon Frére) , conte. En s’attachant a relever minutieusement les défauts de cet ouvrage, la critique blessa Bagger au cur. Sa petite fortune s’était épuisée au milieu de ses efforts pour vivre de la vie littéraire; et pour assurer l’existence de sa famille il finit par se trouver réduit 4 accepter la rédaction d’un petit journal littéraire A Odensée, en Fionie. La besogne monotone et fastidieuse qu’entratnait pour lui une semblable position ne tarda pas 4 lui devenir horriblement a charge; et ii adressa au roi un placet bizarre, rédigé de la maniére la plus gaiement spirituelle, et dans lequel il demandait & Chrétien VIII « une pauvre petite place, » qu’il n’obtint pas. Au milieu de la Jutte continuelle qu’il avait & soutenir pour subvenir 4 ses besoins, ses forces physiques et morales s’épuiserent rapidement, et il mourut le 25 octobre 1846. Sa veuve s’occupe, dit-on, d’une édition compléte de ses ceuvres. BAGGESEN (Jens), poéte danois, qui appartient également a la littérature allemande, né le 15 fevrier 1764, a Korscer, en Sevlande, se fit d’abord connaftre par ses Comiske Fortzllinger (1785), par Vopéra de Holger Danske (1790) et par divers poémes et odes. Son protecteur , le duc de Holstein-Augustenburg, le mit a méme de faire en 1789, en Allemagne, en Suisse et en France, un voyage qu’il entreprit en société avec le professeur Cramer et Frédéric Brun. Dés lors il s’assimila assez complétement la langue allemande, pour pouvoir l’écrire avec autant d’élégance et de facilité que la sienne propre. Son séjour a Paris dans les premiéres années de la révolution fournit & son ardent amour pour la libertéde nombreuses occasions de se mani-

Page 1