BAGUES EN FER — BAGUETTE DIVINATOIRE
avec succés diverses maladies. Sur ses assertions et ses indications, en fit usage en Europe d’aiguilles aimantées , et fabriquées avec divers métaux. On en espérait des miracles, surtout dans les affections nerveuses : les dames, principalement, s’armérent d’aiguilles 4 la Perkins, dans l’espoir que ces pointes aimantées soutireraient de leurs nerfs les causes des ynigraines, des vapeurs, etc., comme les pointes électriques ont la puissance de soutirer des nuages la cause du tonnerre, suivant la découverte qui illustra un autre citoyen de l’Amérique. Malheureusement les espérances basées sur le magnétisme minéral furent détruites de jour en jour par Pexpérience; et quoiqu’on ait retiré quelques avantages réels des aimants artificiels, ceux que recommandait Perkins furent abandonnés avec aulant d’empressement qu’ils avaient été adoptés, et aujourd’hui ils sont a peu prés oubliés. Aprés la condamnation prononcée par l’expérience contre les bagues américaines, on peut admettre, sans risquer d’étre accusé d’un scepticisme trop rigoureux , que les bagues en fer, quoique chargées d’un fluide électrique concentré , n’ont pas réellement la puissance médicatrice qu’on leur attribue. Resterait encore a savoir si, dans leur inertie, elles n’ont pas le grave inconvénient d’inspirer au malade une fausse sécurité, et de ne lui laisser voir le danger de son état que lorsque les progrés du mal |’ont rendu incurable ! D' CHARBONNIER.
BAGUETTE. On emploie les baguettes 4 une infinité d@usages, et le bois dont on les fait varie selon ces usages; on en fait aussi en fer et en acier : tellessont les baguettes de fusil ou autres armes a feu, qui servent a les charger, et que !’on remet aprés dans le fat. Les baguettes de fusil de chasse se font en baleine ou en bois flexible des iles. Dans tous les nouveaux fusils de guerre se chargeant par la culasse, la baguette est devenue inutile. La baguette du fusil de munition est en acier, et, toute simple qu’elle est, sa fabrication exige une multitude d’opérations différentes, dont on ne se douterait guére. D’abord, l’ourier appelé martineur et son compagnon forment, avec de Pacier ordinaire , une baguette carrée qui prend le nom de moquette, de 5 lignes ou 11 millimétres d’épaisseur, et du poids de 14 onces. Sur un des bouts on réserve une masse pour former la téte de la baguette. Ces ébauches passent ensuite dans les mains d’autres ouvriers, qui les arrondissent au moyen d’étampes (espéce de marteaux qui portent une rainure demi-cylindrique). La baguette amenée 4 ce point - doit avoir 14 millimétrés de diamétre a la téte, 5 millimétres au petit bout, 163 millimétres le long, et peser onze onces. Une haguette est jugée bonne par les contrdéleurs quand, tombant de 5a 6 pouces de haut sur une pierre dure, elle rend un son clair. Aprés que la baguette est trempée, on commence 4 la polir en Ja promenant en travers et a sec sur une meule de grés tendre, puis un autre ouvrier use en Ja plagant en long dans les cannelures d'une meule de méme matiére. Enfin le polissage se termine sur une meule ou roue de bois dont la circonférence est Striée , et sur laquelle on répand de \’émeri délayé dans de Yhuile. On détrempe le petit bout pour y former un pas de vis destiné 4 recevoir le tire-bourre; puis on brunit avec des meules de bois saupoudrées de poussiére de charhon pilé.
On appelle baguettes les petits batons courts avec lesquels on bat Je tambour, ainsi que ceux dont on se sert pour tirer des sons de certains instruments, tels que le tambourin, les timbales , l¢ psaltérion, etc.
Baguette, en termes d’artificier, est une petite pitce de bois qu’on attache a Ja fusée volante, et qui doit étre de poids égal a cette fusée pour lui seryir de contre-poids, conen sans laquelle celle-ci ne pourrait point s’élever en
air,
En termes d’architeclure, on appelle baguetée une petite Moulure ronde, moindre qu'un astragale, et quelquefois taillée d’ornements, dont on se sert dans les profils d’ar-
chitecture. Elle recoit plusieurs noms de la diversité de ses ornements : il y a des baguettes a roses, des baguettes adrubans, des baguettes a cordon, etc.
C’était autrefois une coutume chez les Franks, quand ils étaient en guerre, d’envoyer vers leurs ennemis des aibassadeurs avec de certaines baguettes, quils appelaient sacrées, parce qu’elles étaient la marque de leur mission, et qu’en vertu du droit des gens elles les mettaient en sQreté contre toutes sortes d’insultes ou de mauvais traitements, comme autrefois le caducée chez les Romains et les Grecs,
Ona donné la baguette a plusieurs officiers civils, comme signe de commandement et d’autorité; de la sont venues les expressions de commander a la baguette, mener a la baguette, faire marcher @ la baguette, pour commaader avec hauteur et d’un ton menacant.
Passer par les baguettes est supporter une punition qu’on inflige chez diverses nations aux soldats qui ont commis des fautes de discipline, et qui consiste 4 passer, les épaules nues, entre deux haies formées des militaires de leur come pagnie, autant de fois que le porte la condamnation, et a recevoir en cet état des coups d'une baguette de saule ou dosier dont chacun d’eux est armé. Cette peine n’est pas flétrissante en Angleterre, en Allemagne, en Prusse et en Russie, od on linflige pour la moindre faute; mais il n’en était pas ainsi en France avant sa suppression, et le soldat qui l’'avait subie était déclaré indigne de servir. Toutefois , on le réhabilitait en faisant passer le drapeau par-dessus sa téte au son des ta:nbours, et il était défendu ensuite de lui rappeler sa faute, sous peine de la méme punition.
BAGUETTE DIVINATOIRE, BAGUETTE MA- GIQUE, VERGE D’AARON. L’art de la rabdomancie , divination au moyen de baguettes, pour découvrir, soit les sources d’eau, soit des trésors enfouis , soit des mines de métaux précieux, ou pour opérer des charmes, date d’une haute antiquité dans |’Orient. Tout le monde se rappelle les magiciens de Pharaon, dont les baguettes, transformées en serpents, furent dévorées par celle de Moise. Ce chef des Hébreux, frappant de sa verge des rochers, en faisait jaillir des sources d’eau vive, etc. Aaron portait aussi une verge sacrée.
Dans |’antique mythologie, le caducée de Mercure était un instrument magique, et l’on se souvient de la baguette de Circé métamorphosant les hommes en brutes, etc.
Dans le moyen 4ge, avec les fées, qui avaient aussi leur baguette, vinrent les rose-croix, les confréres alchimistes du grand ceuvre de la chrysopée, cherchant la pierre philosophale a Vaide d’une baguette, qui selon eux pouvait découvrir, par une sympathie merveilleuse, l’or, l’argent ef le mercure dans les entrailles de la terre. Le savant jésuite Kircher décrit, dans son Mundus subterraneus, le moyen de préparer ces sortes de baguettes, soit en bois poreux , comme le coudrier , l’aune , le hétre ou le pommier; soit en y admettant des métaux capables , selon lui, d’attirer par sympathie leurs analogues. Il fut une époque, au seiziéme et au dix-septiéme siécle, ot l’on ajoutait foi 4 cet art pres tigieux , et sur cette confiance des princes entreprirent des fouilles considérables qui n’enrichirent guére que les prétendus devins.
L'incrédulité, qui a fait périr tant de croyances, a de méme causé un grand dommage a la rabdomancie. Nos magiciens des places publiques portent encore quelquefois une baguette. Mesmer, prés de son baquet magnétique, avait une canne légére dont les prétendues émanations distribuaient le fluide magnétique sur les parties du corps dont on l’approchait. Les femmes nerveuses croyaient ressentir des frémissements, de la chaleur, ou des picotements, tandis que les esprits calmes et philosophiques n’éprouvaient rien du tout. En résumé, la rabdomancie, la supposition de ta vertu de certaines baguettes, n’ont plus guere de crédit,
Par son expérience du pendule explorateur M. Chevreul a montré que tous les mouvements qui amenaient la baguette a tourner dépendaient d’un acte involontaire produit sous Vinfluence de la yue, et qu’en se bouchant les yeux on n’engendrait plus de mouvement. Voyez Chevreul, De la Ba,uette divinatoire (1854, in-8°).
BAHALOUL, bouffon de Haroun-al-Raschid. On |’ayait surnommé le Fou, parce qu’il se permettait toutes sortes de libertés et de plaisanteries 4 la cour de ce khalife. Celui-ci lui ayant un jour ordonné de Jui dresser une liste exacte et compléte de tous les fous que contenait la ville de Bagdad, Bahaloul répondit que c’étail 1a une besogne bien longue et bien difficile; mais que, s’il ’ordonnait, il dresserait la liste de tous les gens sensés, ce qui serait plus {6t fait et beaucoup plus aisé. On cite encore de lui les mofs suivants. Un courtisan lui ayant un jour annoncé que le khalife yenait de lui donner le commandement supréme de fous les ours, loups, renards et singes du pays, Bahaloul de répliquer aussitdt : « S’il en est ainsi, me voila roi de ce pays, et j’ai pour premiers sujets vous tous, courtisans! » Une autre fois, qu’il se promenait dans la salle @audience du khalife, voyant que le trone demeurait vide, Vidée lui prit de s’y asseoir; liberté par trop grande, qui lui valut aussitot, de la part des officiers du prince, force coups de canne. Haroun-al-Raschid étant survenu en ce moment : « Prends bien garde a ce que tu vas faire, lui cria Bahaloul; car, puisque j’ai recu une volée de coups de canne pour m’étre assis un seul instant sur ton tréne, que de douleurs et de peines atroces ne dois-tu pas endurer, toi qui y restes assis toute la journée! »
BAHAMA (Iles) ou LUCAYES (de l’espagnol os Cayos, écueils, récifs; en anglais Keys), groupe d’iles des Indes occidentales se prolongeant des deux cétés du tropique du Cancer sur une élendue de 1,110 kilométres, depuis une assez longue distance de la cote sud-est de la Floride jusque
prés la céte septentrionale d’Haiti, et appartenant aux Anglais. Séparé du continent par le petit ou nouveau canal de Bahama, dit aussi détroit de la Floride, et de Vile de Cuba par Vancien canal de Bahama, tout le groupe de Bahama s’étend sur un grand banc de corail (le banc de Bahama), en forme d’iles , d’ilots et de récifs affectant une configuration oblongue, au nombre de vingt grandes fles et six cent trente ilots, occupant une superficie totale de 11,550 kilometres carrés. Tout cet archipel peut se diviser eu vingt petits groupes, entre lesquels des canaux étroits mais profonds offrent seuls des passes navigables. Ces ving groupes sont ;: 1° New-Providence, 2° l’ile d’Andros, 3° les fles Berry, 4° la grande Bahama, la plus étendue de toutes et qui comprend une superficie de 1,760 kilométres carrés, 5° le grand et le petit Abaco, 6° Eleuthera, Royal et Egg, 7° Vile d’Harbour, 8” San-Salvador et Leeward, 9° Wallings et Windward, 10° la grande et la petite Exuma, 11° Rumkey, 12° les fles Ragged, 13° les iles Crooked et Acklins, 14° les 1les Yama et Long, 15° Attwoodkey, 16° Mayaguana et Frenchkey, 17° la grande et la petite Heneague ou Inagua, 18° les iles Caiico, 19° les iles Turks, 20° Kaysal et Anguilla.
I] n’y a guére que la seplitme partie du sol qui soit cultivée; et de toutes ces iles, vingt-cing seulement, avec les écueils qui en dépendent, sont habitées, mais pauvrement. Le chiffre total de la population ne dépasse pas en effet 36,000 dmes, dont la plus forte moitié se compose de noirs, anciens esclaves, et la moindre de blancs, Anglais @origine. Le sol est en partie rocheux et en partie sablonneux, trés-mal arrosé et d’une fertilité médiocre. Le climat est chaud, mais lempéré par les vents de mer. Les légumes et les fruits de ’Europe, comme ceux des tropiques, y réussissent parfaitement. Le produit principal est le coton; viennent ensuite le café, le sucre, le mats, le sorgho et les pommes de terre, Quelques-unes de ces files fournissent