ARMOIRIES
no}s, on peut inférer que celle des armoiries n’est guére postérieure a la fin du neuviéme siécle. En effet, on nous représente les officiers qui présidaient 4 ces joutes nonseulement comme les juges du combat, mais encore comme chargés du soinde recevoir les chevaliers dans la lice et de décrire & haute voix les armoiries peintes ou figurées sur leurs cottes d’armes et leurs boucliers. C’est vainement que des critiques opposent a l’ancienneté des armoiries un passage obscur du roman de Rou (Rollon), pour faire croire qu’elles n’étaient pas encore connues lors de la bataille d’Has- ‘tings, gagnée par Guillaume le Batard , duc de Normandie, le 14 octobre 1066. Ce passage fait mention d’une convention faite entre les Normands pour se reconnaitre dans la mélée. Cela prouve que les armures et la forme des boucliers étaient semblables dans les deux armées; autrement cette précaution n’edt pas été nécessaire. Quand ces critiques ajoutent que si les armoiries eussent existé on n’aurait pas eu besoin aiors dun autre signe de ralliement, ils confondent les emblémes qui, chez les anciens , étaient propres a toute une légion, 4 une armée, avec les armoiries, signe entigrement personnel, et qui différait autant de fois qu'il y avait de combattants dans les rangs opposés. Cette confusion de boucliers, armoriés suivant les mémes principes et les mémes formes extérieures , était méme un motif de plus pour rendre absolument indispensable un signe ou un cri de ralliement : aussi voit-on cet usage constamment pratiqué tans toutes les batailles postérieures livrées sous la chevalerie, comme en font foi les récits du temps , qui rappellent toujours avee attention le nombre de banniéres armori¢es que chaque parti a abattues.
Dés leur institution les armoiries nous apparaissent comme les insignes exclusivement caractéristiques de la chevalerie. La diversité de leurs figures, leur nombre, leur position, leur spécialité, toutes choses d’abord occasionnelles et variables, devinrent peu 4 peu une sorte de décoration fixe et héréditaire, propre 4 tous les membres d’une méme famille. Inspirés par deux passions qui absorbaient entiérement la yie des anciens preux, amour de la gloire et la galanterie, ces ingénieux emblémes durent exciter une bien vive émulation dans des temps oii le guerrier était tout par lui-méme, et ne devait rien de ses succés qu’a sa valeur, ot la vie d’un brave ne se marchandait jamais qu’a Ja longueur d’une masse d’armes ou d’une lance; ou la beauté elle-méme, sensible au charme des combats et souveraine arbitre du point @honneur, aimait 4 s’interposer du regard et de la voix dans ces joutes périlleuses ot la mort payait si souvent Yespoir d’un éloge, d’un baiser, seul prix qui pdt alors flatter Vambition d’un preux. Dans un tournoi, c’est le chevalier du Lion, le chevalier du Cygne, le chevalier du Soleil , qui offrent courtoisement leur écu a toucher a tous allants et venants qui voudront rompre une lance. D’autres, par Porgane d’un héraut, proclament ou acceptent un pas d’armes 8 telles conditions qu’on voudra prescrire. Plus loin, cest un faisceau de boucliers oi la noble simplicité des figures rappelle quelque gage de bataille ou de rancgon, ou quelque piéce honorable enlevée de ’'armure d’un chevalier. Ici c’est un casque représenté par le chef, la c’est Pécharpe et le baudrier, que symbolisent la fasce et la bande. L’étrier est représenté par le sautoir, ’éperon par le pairle. Le chevron retrace la barriére du tournoi; le pal, la juridiction exercée dans ces solennités militaires. Le parti, le coupé, le tranché et le taillé, indiquent le coup terrible et décisif qui a terminé la lutte et fixé la victoire. Si la piété domine sur les autres sentiments d’un chevalier, son bouclier porte lempreinte d'une croix. Telle était celle des comtes de Toulouse avant la premiére croisade. Ailleurs, les roses et les tourterelles rapportent 4 amour les premiers succés de la vaillance. Nous ne citerons pas une foule dautres ornements, destinés dans lorigine & perpétuer des traditions dont le temps n’a pas respecté la trace. Nous
nous bornerons a faire remarquer le langage attribué aux émaux par la science héraldique. L’or exprimait richesse, force, foi, pureté, constance; l’argent, innocence, franchise, loyauté (il y a longtemps qu’on a dd prendre ces vieilles acceptions pour des contre-sens dérisoires ) ; les deux fourrures, le vair et Vhermine, grandeur, autorité, empire; Pazur (bleu), majesté, beauté, sérénité; le sable (noir), affliction, science, modestie; le pourpre (violet), dignité, souveraineté, puissance.
Au neuviéme et au dixiéme siécle, les armoiries person nelles de la chevalerie sont dans les tournois des ornements emblématiques de la galanterie; dany les combats, des signes convenus de reconnaissance ou de défi, ou bien un travestissement choisi par les chefs pour tromper les coups de l’ennemi. Les supports, les cimiers, les devises datent de cette époque.
Pendant les onziéme et douziéme siécles, les croisades imprimérent un caractére sombre et réfléchi 4 Pexaltation des murs chevaleresques. Entreprises, actions, travaux, revers, persévérance, tout fut éclatant, sublime, extraordinaire, dans ces expéditions aventureuses, dont l’écho est encore si retentissant dans histoire. C’est ’époque ou les arimoiries perdent leur instabilité pour devenir des symboles fixes et héréditaires de ces événements mémorables, soit dans les familles , soit dans les ordres militaires, qui durent leur origine 4 ces événements, ou dans les cités qui y prirent une part active par les secours qu’elles fournirent aux croisés. De la cette prodigieuse quantité de croix, de merdettes, de croissants, de coguilles, de besants (monnaie de Byzance), dalérions et tant d’autres emblémes des voyages d’outremer, qu’on a yus depuis dans les armoiries dun grand nombre d’anciennes fainilles, telles que les Courtenai, les d’Aubusson, les Beauvilliers-Saint-Aignan, les Grailly, les Montaigu, etc. Le respect pour la mémoire des aieux ajoutait encore au sentiment religieux qui veillait 4 la conservation de ces emblémes. Aussi, quand des descendants ajoutaient quelque piéce a leur écu ou en modifiaient la disposition, ce n’était pour Vordinaire qu'un nouveau souvenir qu’ils voulaient consacrer, sans porter atteinte au type des illustrations premiéres, 4 moins qu’une cause majeure et impérative nimposat une substitution compléte d’armoiries.
Ily eut alors une sorte de législation convenue, qui régla les différences ou brisures qui devaient distinguer les cadets du chef de la famille. Cet usage a cessé de s’observer en France a partir du seiziéme siécle. En Angleterre il est encore en pleine vigueur. Onremarque dans le blason anglais un bien plus grand nombre de brisures que dans le notre. Il y a des signes pour chaque branche, d'autres pour indiquer chaque individu, selon l’ordre de primogéniture : de maniére qu’en voyant lécu d’un noble, on reconnait nonseulement a quelle branche de sa famille il appartient, mais encore le rang qu’il occupe parmi ses fréres et le nombre de ceux qui le priment pour l’ainesse. Les anciens sceaux de la noblesse francaise offrent de nombreuses traces de l’observation des mémes régles. Depuis longtemps elles sont tombées chez nous en désuétude, et il n’y est resté de brisures bien distinctes que le lambel, le baton péri, la bordure, Pengrélure, le filet en bande et en barre, etc. Les autres meubles qui dans notre blason accompagnent les pieces principales sont plutot des additions d’armoiries que des brisures, puisque dans beaucoup de cas ces meubles additionnels et accessoires deviennent piéces uniques et constitutives. Nous observerons en passant que le blason anglais se distingue encore du notre par la constance et la légalité du port des couronnes, cimiers, supports, etc. En Angleterre tous les ornements sont de concession ou d’hérédité; chez nous la seule fantaisie a toujours présidé 4 leur adoption ou a leur changement. Aussi ces signes extérieurs n’ont-ils jamais eu aucune importance, aucune valeur. Il n’y a pas en France de si mince gentillatre qui ne se croie le