BAILLEUL — BAILLI
fondateur d’un collége encore existant 4 Oxford, aprés avoir renouvelé son abdication entre les mains d’fdouard et I’ayoir reconnu pour maitre absolu de I’Ecosse, dut sa liberté surtout aux sollicitations du pape; mais il avait déclaré devant notaires préférer le plus triste exil & PEcosse, oi tout le monde Vavait trahi, et i] alla passer le reste de ses jours en Normandie avec son fils, dans Vancienne demeure de sa famille, od i] mourut en 1305.
BAILLEUL (Epovarp pe), fils du précédent, fut secre tement appelé de Normandie par Edouard II, envahit l’Ecosse, qui depuis la mort de son pére avait ¢té tour 4 tour défendue contre les Anglais par l’intrépide Wallace, gouvernée par les partisans de sa famille, et enfin soumise a Robert et A David Bruce. A la téte de six mille aventuriers, que lui préta le roi d’Angleterre sans les avouer, et d'une poignée de Normands et d’Ecossais exilés, il remporta des victoires, prit des villes, tua le comte de Marr, régent au nom de David Bruce, et se fit couronner a Scone (1332), trente-deux ans aprés abdication de son pére, tandis que David était conduit par ses partisans non a son beau-frére Edouard II, qui Vavait abandonné, mais au roi de France. Baltu plus tard prés d’Annan par les bruciens, dont la cause était populaire , et forcé de fuir en Angleterre, Bailleul fut rétabli par Edouard lif, qui remporta la terrible victoire des Hallisdown (1333), od périrent douze mille Ecossais, et prit Berwick. Bailleul, plus patient que son pére, céda au vainqueur le sud de I’Ecosse, toutes les places fortes jusqu’a Edimbourg. Jamais royauté ne fut plus méprisable que la sienne. Aprés une nouvelle révolfe, emmené par Edouard en Angleterre, et remplacé par le comte @Athol, comme gouverneur général, il revint une seconde fois derriére son protecteur, et fut remmené de nouveau par lui. Il fit un troisiéme voyage en Ecosse, pendant qu’Edouard guerroyait en France; mais, réduit aux deux places de Sterling et de Berwick , il se hata bientét de regagner Londres; il céda enfin sa couronne au roi d’Angleterre en 1356, ef mourut en 1363 a Doncaster. Avec lui s’éteignit la maison royale de Bailleul. T. TousseneL.
BAILLEUL (Jacques-CHartes) aaguit le 12 décembre 1762, a Bretteville, dans la Seine-Inférieure. Son pére était un cultivateur aisé. Charles Bailleul! embrassa d’abord la profession d’avocat; bientét il fut élu député a la Convention nationale, ou i] s’unit au parti de la Gironde. Dans le procés de Louis XVI il vota la réclusion, Pappel au peuple, la déportation a la paix, et motiva son vote avec une modération courageuse. Il protesta contre les événements du 31 mai, individuellement d’abord , puis collectivement avec les soixante-treize, dont il partagea la proscription. Arrété a Provins, mis aux fers par le représentant Dubouchiet, il resta détenu pendant seize mois A la Conciergerie, au Luxembourg et dans d’autres prisons. Rentré dans la Convention aprés le 9 thermidor, il obtint le rappel de ses collégues proscrits, et fit mettre en liberté le grand peintre David, emprisonné comme terroriste. I! fut, en 1795, membre du comité de stireté générale. Aprés le 13 vendémiaire il se vit élu au conseil des Cinq-Cents par plus de vingt colléges.
Au 18 fructidor il embrassa le parti du Directoire : ¢’était, il faut bien le reconnaitre malgré la juste défaveur attachée aux coups d’Etat, le parti de la révolution et de Pindépendance nationale. Ce fut lui qui se chargea du rapport sur ces graves et tristes événements, mission périlleuse, qui lui suscita beaucoup d’ennemis. Ce fut encore lui qui, plus tard, inaugura comme président la salle du Palais- Bourbon, Depuis, il s’appliqua surtout aux questions de finances; on lui doit sur cette matidre plusieurs rapports et quelques écrits, Sous le consulat, Ch. Bailleul, entré au tribunat, continua de s’y oceuper avec succés des questions financiéres. I] montra de Pindépendance, et fut compris, en 1802, dans la premiére élimination. En 1804 Ch. Bail-
leul fut nommé directeur général des droits réunis dans le département de la Somme ; il y résida onze ans, et sut se faire aimer dans ce poste, ou déja il est difficile de ne pas se faire hair.
Atteint par la réaction de 1815, il revint 4 Paris diriger, avec son frére Antoine, un journal peu répandu, le Journal du Commerce. Un hasard fit la fortune de cette feuille : le Constitutionnel, supprimé par la censure, avait besoin dun privilége nouveau pour continuer a paraitre; il se fondit avec le Journal du Commerce, auquel il apporta, en échange de son titre et de son droit de paraitre, sa rédaction et sa belle clientelle. La direction du nouveau journal et la composition de quelques écrits occupérent jusqu’en 1830 les loisirs de Ch. Bailleul. De ces écrits, le plus important a paru en 1822 : c'est la réfutation, en 2 vol., de l’ouvrage de madame de Staél sur la révolution fran- ¢aise. Cetle réfutation est solide et forte. L’auteur posséde a fond son sujet, et s'il n’égale point par l’éloquence et le coloris Villustre écrivain qu’il combat, on ne peut nier quil n’ait presque toujours raison contre lui, On trouve dans son ouvrage le germe des idées qui depuis ont servi de base aux travaux, plus brillants, de MM. Thiers et Mignet. Le style de Ch. Bailleul n’est pas élégant, mais il ne manque ni de mouvement ni de vigueur.
Aprés 1830, les désordres qui troublérent quelque temps la capitale et une partie de la France firent une vive impression sur Ch. Bailleul; il craignit de voir renaitre les scénes terribles de la révolution, et le girondin énergique devint un conservateur des plus timides. Cette disposition et le déclin de age, qui commengait a se faire sentir, ont rendu ses derniers écrits sensiblement inférieurs aux premiers. On trouve cependant encore des vues souvent judicieuses et d’utiles renseignements historiques dans seg Etudes sur Vhistoire de Napoléon, ouvrage étendu, entrepris en 1829, et terminé seulement dix années plus tard.
Ch. Bailleul fut un homme droit et bon, aimable dans les rapports de la société, sincére et courageux dans ses convictions politiques. 1] avait Vesprit cultivé, le goat et le sentiment des arts. Outre les écrits déja cités, on lui doit encore : Suily, ou la Vengeance d’un grand homme, comédie jouée en 1804; De (Esprit de la Révolution ; De la Richesse et de ? Impdt (1816, dont le premier vol. seul a paru); Sur les écrits de M. B. Consiant relatifs @ la liberté de la presse ef & la responsabilite des ministres ; Situation ae la France (1819). — Bailleul est mort le 16 mars 1843, a Paris. BERVILLE, avocat gén. 4 la cour d’appel de Paris
BAILLEUL, ville de France, département du Nord, a 14 kilom. d’Hazebrouck, sur le chemin de fer de Lille a Dunkerque, est un chef-lieu de canton qui comptait, en 1866, 12,896 habitants. C’était un lieu connu des Romains sous le nom d’ad Lullia. Ses fortifications ont été détruites au dernier siécle. On y fabrique du fil, du coutil, de la dentelle, des toiles, et l’on y prépare un fromage trésestimé,
BAILLI, BAILLIAGE. On appelait autrefois daillé un officier chargé de rendre la justice dans un certain ressort qu’on nommait bailliage. On donnait aussi le nom de batik liage a Voffice du bailli et au lieu ov il tenait ses séances,
« Les baillis, dit Pasquier, furent dans l’origine des commissaires envoyés par les rois de France pour faire droit aux réclamations du peuple contre les ahbus de pouvoir et les exactions des grands. Ils convoquaient et cone duisaient le ban et Parriére-ban a la guerre, percevaient les impéts, veiilaient a la construction et 4 l’entretien des monuments publics, assistaient aux délibérations des come munes, poursuivaient sur les chemins les brigands et les vagabonds, requérant partout les hommes et les chevaux des seigneurs; puis au retour de ces expéditions ils assemblaient sept ou douze pairs d'un canton, et prononcaient le jugement. » L’institution de ces officiers fut entre les
mains du pouvoir royal une arme puissante contre la féodalité. Cependant les pouvoirs immenses dont ils furent investis portérent ombrage aux rois eux-mémes, qui réduisirent successivement leurs attributions. « Les baillifs , dit Loiseau, ont taché de faire que leurs offices fussent féodaux; mais ils s’en sont mal trouvés, car on a considéré & bon droit qu’ayant succédé en tout et partout a Vancien oifice des ducs et des comtes, il leur eft esté aussi facile qu’a eux d’empiéter la propriété et la seigneurie de Jeur province. Partout on y a mis bon ordre, car on a peu a peu tellement démembré leurs offices qu’il ne leur en est presque demeuré que le titre, la charge des armes ayant esté baillée 4 des gouverneurs, celle de la justice ayant esté laissée entitrement aux lieutenants généraux, qui ont esté pourveus par le roy, au lieu qu’anciennement les baillifs les commettoient, et celle des finances ayant esté attribuée aux receveurs du domaine. » L’établissement des siéges présidiaux sous Henri II porta le dernier coup a Pautorité des baillis.
Il ne faut pas confondre ces baillis, dont les offices étaient nobles et d’épée, avec les baillis seigneuriaux; ceux-ci étaient dits de robe longue et petits baillis. L’Opéra-Co- Mique nous rappelle tous les jours encore leur ignorance, leur morgue et leur bassesse. Les provinces qui n’étaient pas divis¢es par sénéchaussées Vétaient par bailliages relativement 4 V’élection des députés aux états généraux. En 1789 on distingua deux classes de bailliages et de sénéchaussées, les uns , acipauy .es autres secondaires, Ces derniers, qui n’étaient le plus souvent que d’anciens démembrements des autres, avaient député indirectement aux états de 1614, et continuérent a députer encore indirectcment et par adjonction aux autres bailliages et sénéchaussées de premiére classe.
On donnait le nom de bailli du palais au juge qui avait juridiction dans Yintérieur du palais du roi pour toutes les causes civiles et criminelles, et de bailli de arsenal a celui qui était chargé de prononcer sur les contestations entre les ouvriers employés a Partillerte et leurs officiers et administrateurs.
Enfin dans Pordre de Malte on donnait le titre de bailli aux chevaliers chefs capituleires supérieurs, aux commandeurs, inférieurs aux grands-prieurs et établis dans les divers pays catholiques auprés des divers bailliages, chapitres, provinciaux de l’ordre. L’un de nos plus célébres marins, Suffren, portait ce titre.
BAILLIE (Matrmev), célébre médecin anafomiste anglais. Né en Ecosse, dans le comté de Lanarck, en 1761, et neveu des deux Hunter, William et John, il montra moins d’inclination a suivre la direction de son pére, qui, professeur de théologie 4 Glascow, voulait faire de lui un ministre anglican , qu’d imiter le glorieux exemple de ses oncles, tous deux anatomistes trés-renommés. Quoique fort lettré et doué d’une éloquence naturelle qui l’aurait fait briller comme prédicateur, il youa son zéle studieux a la médecine : sa parenté décida de sa vocation, et ses succes furent tels qu’il n’eut point lieu de s’en repentir. Il ne commenca ses ¢tudes médicales et ne vint 4 Londres qu’en 1779, et dés 1781, 4gé alors de vingt ans, il professait déja Yanatomie. L’ainé de ses oncles, Guillaume Hunter, mourut en 1783, le laissant héritier de ses manuscrits, de sa bibliothéque et de sa maison , comme aussi d’une partie de sa science et de sa fortune. Baillie accrut lune et l'autre, mais surtout la fortune.
Lié avec Cruikshank, anatomiste dont les travaux sur les vaisseanx lymphatiques ont rendu le nom célébre, Baillie institua avec cet ami un cours d’anatomie qui eut un succes que les cours de ce genre obtiennent plus rare-