BAILLIE — BAILLOT
nom; ce ne sont que des expositions dialoguées d’exemples ayant pour but le commentaire dune vérité morale. Il ne faut pas y chercher des peintures de caractéres Le développement de Vintrigue y roule constamment avec une fatigante monotonie sur léloge du caractére et de la vie de ceux qui, étrangers comme |’auteur a toutes les vives impressions de l’ame, font preuve de bonté, d’amabilité et de sensibilité, Malgré ces défauts, les ouvrages de Johanna Baillie firent une certaine sensation; et encouragée par le succes , elle publia en {802 un nouveau volume, et un troisiéme dix ans plus tard, en 1812. Walter Scott, qui ne la désignait jamais que sous le nom de s@ur Johanna, contribua beaucoup A fonder sa réputation, et ce fut par son ecrédit que ses piéces purent obtenir les honneurs de la représentation. La premiére qui parut sur la scéne fut ¢he Family legend , a tragedy, représentée a Edimbourg (1810) ; puis vinrent Montfort, a tragedy (Londres, 1808), et quelquesunes de ces Miscellaneous plays (Londres, 1804). Cependant les efforts des deux Kemble et du vieux Kean furent yains non-seulement pour conserver aucune de ces ceuvres au répertoire, mais méme pour les faire réussir, On a encore de Johanna Baillie Metrical Legends of exalted characters (Londres, 1821), les drames the Martyr (Londres, 1828 ) et the Bride (Londres, 1828); enfin Dramas (3 vol., Londres, 1836). Ses Fugitives Verses (Londres, 1840) sont de petits poémes lyriques, ol ’on retrouve la vie, ’wmour et la simplicité des vieilles ballades écossaises. Longman a publié une édition compléte de ses Poetical Works (Londres, 1851).
Johanna Baillie vint trés-jeune encore s’établir avec Pune de ses deux sceurs & Londres auprés de leur frére Matthieu Baillie ; mais par la suite elle se fixa 4 Hampstead, ou elle yécut avec ses sceurs dans une modeste simplicité et ot elle mourut, vers la fin de février 1851.
BAILLIF (Roca). Voyes La Rivikre.
BAILLON (Emmanuet ), naturaliste distingué du dixhuitiéme siécle , s'est rendu célébre par immense quantité ‘de matériaux quwil réunit relativement 4 Vhistoire naturelle, et & Pornithologie en particulier. On lui est redevable d’observations aussi curieuses que précieuses sur les mceurs et les habitudes des oiseaux de mer qui fréquentent les cétes de France, et dont la plupart n’étaient evant lui que tréspeu connus ou méme ne I|’étaient pas du tout. Il avait un talent trés-remarquable pour préparer avec grace les oiseaux destinés a faire partie de collections, et le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris notamment lui est redevable d’une partie des oiseaux de mer et de riviére qu’on admire dans sa collection. Un Mémoire sur les causes du dépérissement des bois et le moyen d’y remédier valut a Baillon le prix proposé sur cette question par Assemblée constituante. On a encore de lui un autre Mémoire sur les sables mouvants qui couvrent les cétes du département du Pas-de-Calais, et les moyens de sopposer a leur invasion. Ce savant mourut a Abbeville, en 1803. I] avait longtemps entretenu un commerce de lettres avec Buffon, et lillustre naturaliste attachait un haut prix 4 une correspondance dans laquelle il puisait des faits et des idées.
BAILLOT ( Prerre-Marie-FRANCoIs-DE-SaLes ), V’un des chefs de l’école frangaise du vioion, naquit a Passy, prés Paris, le 1° octobre 1771. Dés l’age de sept ans il était parvenu & jouer sur le violon des airs qu’il s’était appris luiméme. On lui donna pour maitre de violon un nommé Podidori, Florentin. En 1780 Baillot vint habiter Paris; il quitta son professeur et prit Sainte-Marie, dont le jeu se distinguait par la netteté et la sévérité. En 1782, agé seulement de dix ans, il fut conduit au concert spirituel qui se donnait aux Tuileries dans la salle des Maréchaux. Viotti débutait alors; il ’entendit, et il lui en resta une impression ineffagable. Ce ne fut néanmoins que vingt ans aprés qu’il put entendre de nouveau ce grand artiste. I] se méfiait des impressions de son enfance, et craignait que le virtuose ne fat
au-dessous du héros qn’il s'était formé dans son imagination. Il men fut pas ainsi, Baillot fut transporté : Je le croyais Achille, sécria-t-il, mais c’est Agamemnon.
En 1783 Baillot pére, qui avait rempli divers emplois dans la magistrature, étant nommé substitut du procureur général au conseil supérieur de Corse, emmena sa famille et son fils 4 Bastia, Mais, & peine arrivé dans ce pays, Baillot pére mourut, M. de Boucheporn, intendant de Ile, voulut bien se charger de Baillot, et ’envoya avec ses enfants étudier 4 Rome. Pendant les treize mois qu’il passa 4 Rome, Baillot recut des legons de son troisiéme et dernier maitre , Pollani, éléve de Nardini. Poliani ne cessait de dire a 1’éléve : Bisogna spianare Uarco (il faut étendre Varchet). Baillot joua aux conversations du cardinal de Bernis et a Pacadémie de France. En 1785 Baillot retourna en Corse ; de la il se rendit 4 Bayonne , et pendant cing ans partagea son temps entre Pau, Auch et les Pyrénées, s’occupant de musique par délassement, et remplissant auprés de M. de Boucheporn les fonctions de secrétaire.
Au mois de février 1791, les intendances ayant été supprimées, BaiJlot vint 4 Paris saps autre ressource que son talent. Viotti, charmé de la beauté et de la largeur de son jeu, lui offrit dans Vorchestre du théatre Feydeau une place que Baillot n’accepta que temporairement. Rode était alors chef des seconds violons dans cet orchestre; il se lia d’une étroite amitié avec Baillot. Celui-ci, au bout de cifiq mois, oblint un emploi au ministére des finances. Dix mois aprés, Baillot , appelé comme volontaire de la premiére réquisition, quitta sa place aux finances et alla joindre l’armée des cétes de Cherbourg. Ayant, en 1795, découvert les compositions de Corelli, de Tartini, de Geminiani, de Locatelli, de Bach et de Hendel, il y trouva histoire du violon, et fitde ces cuvres une étude particuliére. Aprés étre resté sept mois a Parmée, il se fit entendre pour la premiére fois en public comme artiste, dans le quatorziéme concerto de Viotti, au concert de la maison Wenzel, rue de l’Echiquier. Dés ce moment commenca sa renommée, qui s’accrut 4 mesure quil exécutait ses propres concertos aux concerts de la rue Cléry, du théatre Louvois et du thédtre de la Victoire. Le 22 décembre 1795 il fut admis 4 remplacer Rode comme professeur au Conservatoire.
Le Conservatoire de Musique étant définitivement constitué, et les branches de l'art y étant toutes représentées, le comité arréta que des méthodes élémentaires seraient composées sur toutes les parties de la science. Rode, Kreutzer et Baillot furent chargés de la rédaction d’une méthode de violon. Mais Baillot se distinguant des autres par la facilité qu’il avait de s’exprimer et par la clarté de sa méthode, il fut convenu que cette tache lui serait confiée , et il sen acquitta avec une grande supériorité.
Le 20 juillet 1802 Baillot fut nommé chef des seconds violons de la musique particulitre du premier consul, et i] occupa la méme place dans la chapelle de l’empereur. Au mois d’aodt 1805, sollicité par ses amis Rode et le violoncelliste de la Mare, Baillot partit pour Moscou. Le rendez-vous avec de la Mare était & Vienne. Dans cette ville, ow il ne put rester que douze jours, Baillot vit en passant Haydn , Salieri, Beethoven et Cherubini, qui était allé composer son opéra de Faniska dans la capitale de ’Autriche. La guerre éclata, et le voyage de Baillot en Russie, qui ne devait durer qu'une année, se prolongea au dela de trois ans. Des le mois de novembre 1805 Baillot et de la Mare donnérent de brillants concerts 4 Moscou, aprés lesquels ils donnérent seize séances de quatuors ef de quintettes, fréquentees par plus de deux cents souscripteurs, Au commencement de 1808 Rode quitta Saint-Pétersbourg, et vint A Moscou trouver ses dcux amis. De Moscou, of Baillot refusa la place de chef d’orchestre du Grand-Théatre, il partit pour Saint-Pétersbourg. Boieldieu, maitre de chapelle de l’empereur Alexandre, accueillit les virtuoses avec sa cordialité accoutumée.
Les virtuoses furent trés-applaudis 4 l’Ermitage, au Grand- Théatre ; mais quels que fussent les avantages qui auraient dd les retenir dans cette capitale, Baillot éprouva le besoin de revoir la France, ses amis et sa famille. Les deux artistes revinrent donc a Paris, en donnant deux concerts sur leur passage, l’un a Riga, l’autre a Mittau.
Baillot reparut devantle public parisien le 17 janvier 1809, dans un concert 4 l’Odéon; son succes fut immense. En 1812 i] fait une tournée de six mois dans le midi de la France. De retour a Paris, il fonde des séances de musique instrumenfale, dont le souvenir vivra toujours dans la mémoire des amateurs, et dans lesquelles il excellait 4 rendre les styles propres 4 la musique de Boccherini, de Haydn, de Mozart, de Onslow et de Beethoven. Ce fut le 12 décembre 1814 que Ja premiére de ces séances eut lieu; elles se sont continuées Jusqu’en 1836 environ.
Les événements de 1815 ayant fait fermer le Conservyatoire, au mois de juillet de la méme année Baillot se rendit en Belgique, et donna des concerts 4 Bruxelles, Liége, Rotterdam, Amsterdam. Au mois de décembre il partit pour Londres, ou il fut regu membre dela Société Philharmonique. Il visita Leicester, Birmingham, Liverpool et Manchester. Il revint A Paris dans I’été de 1816. Cinq ans aprés, en novembre 1821, il fut nommé premier violon solo de PAcadémie royale de Musique ; en 1825 ses fonctions furent réduites ® celle de l’exécution des solos. Il dirigea les concerts spirituels des années 1822, 23 et 24. En 1827 il fut nommé premier violon de la chapelle du roi; mais il ne jouit de cette place que jusqu’en 1830, époque ov elle fut supprimée par suite de la révolution de Juillet. Au mois de juin 1831 M. Véron, directeur del’Opéra, supprima la place de violon solo de l’Académie royale de Musique, en sorte que Baillot sortit de Porchestre de ’Opéra apres dix années de services. En 1832, Paér ayant été chargé de l’organisation de la musique particuliére du roi Louis-Philippe, Baillot fut nommé chef des seconds violons. En 1833 il parcourt la Savoie, le Piémont, la Lombardie, la Suisse, Lyon, Chambéry, Aix-les-Bains, Lausanne, Genéve. Partout son merveilleux talent excite la plus vive admiration. En 1835 il met le sceau A sa grande réputation par la publication de V Art du Violon, savant et solide ouvrage, dont le succés a &é immense en France comme a l’étranger.
Depuis cette époque Baillot se faisait peu entendre en public; il vivait fort retiré, allait faire son cours au Conservatoire, et se contentait de se faire entendre dans dos réunions intimes, chez son gendre, M. Sauzet. La il faisait les délices d’une société d’élite, par son jeu toujours jeune, toujours vigoureux et passionné, car c’était surtout dans le quatuor et le quintette que Baillot brillait. On ne se fait pas une idée de la variété de son jeu, du fini, de la cequetterie de son exécution, du mélange habile de tous les tons qu’il faisait lorsqu’il exécutait Haydn et Mozart. Paganini luiméme en fut saisi d’admiration. Celui qui écrit ces lignes n’oubliera jamais qu’en 1831 , le lendemain ou le surlendemain de l’arrivée de Paganini A Paris, et avant que ce virtuose incomparable se fit entendre en public, Baillot donnait une de ses séances dans le local de la rue Saint-Lazare, au coin de la rue de la Chaussée-d’Antin. Meyerbeer, Onslow, étaient au nombre des auditeurs. Baillot exécutait le quatuor en sol de Mozart. Tout 4 coup une rumeur se fait dans Ja salle : on voit paraitre en effet une figure étrange; le nom de Paganini est répété par toutes les bouches. Baillot, sur son estrade, ne se doutait de rien; soudain ia chanterelle de son violon vient a casser, il est obligé de s’interrompre : Paganini saisit ce moment, il traverse la salle, monte sur l’estrade, saute au cou de Baillot. « C’est sublime! sublime! Jui disait-fl, vous m’arrachez des larmes! » Baillot reprend le morceau interrompu, et joue comme un dieu; Paganini tournait les feuillets. Vous pensez quel dut ¢tre l’enthouslasme du public.