‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 238 sur 488 · BAILLY · texte numérisé non relu

BAILLY

parents obscurs, s’est ¢levé insensiblement et sans effort. Il n’a point été poussé dans la route de la fortune, elle s'est ouverte devant lui. 11 l’a parcourue paisiblement, parce qu’il n’a jamais trouvé de concurrent; confondu dans sa jeunesse avec le petit nombre de savants de la capitale, il n’inspira jamais de jalousie 4 aucun. Dans les cercles od ils se rassemblaient, il écoutait avee docilité, ne donnait point son avis , et se bornait & proposer modestement ses doutes. Sans intrigue, en apparence sans ambition, il ne blessa ni les prétentions ni ’'amour-propre de personne. Dans les différentes sociétés ot il était admis on Vavait surnommé le bonhomme Bailly..... Ses ouvrages ne lui firent point d’en- Vieux ; mais aussi la considération qu’il acquit fut paisible comme son caractére. Comme il ne donnait ses livres au public qu’aprés en avoir longtemps confié le manuscrit a ceux qui dirigeaient opinion et leur avoir laissé la liberté d’y faire tous les changements qu’ils jugeraient 4 propos, il arrivait que lorsque ses livres paraissaient, chacun de ceux qui auraient pu le critiquer les regardant comme sa propre production, la satire n’Otait rien a la gloire de auteur, Son seul écrit sur l A¢lantide trouva un censeur. Ce censeur était un journaliste obscur, ignorant et mal famé; aussi le jugement d’un tel homme, loin de nuire a l’ouvrage, assura son succés. Jusqu’au moment ou se formérent a Paris les assemblées pour la convocation des états généraux, Bailly n’avait pris aucune part aux affaires publiques : il se trouva cependant dans son district; il y parla peu, per- Sonne ne le connaissait; mais le peu quil dit, son air de bonhomie, le préjugé qu’inspirait son agrégation a trois académies, lui firent trouver place parmi les électeurs. Dans cette nouvelle assemblée, il parla davantage, et commenca a se faire remarquer (il fut élu secrétaire); mais ceux qui le connaissaient particuli¢rement le croyaient si peu propre a se montrer avec éclat aux états généraux, que les gens de lettres se disaient entre eux : Mais que fait la le bonhomme Bailly ?... Bailly est peut-étre le seul homme qui soit parvenu précisément par la raison qu'il n’avait montré aucune ambition. L’extérieur de M. Bailly était image de son caractére : toutes les parties de.son visage, toutes les formes de son corps, étaient dessinées avec roideur et a longs traits; sa chevelure, longue et touffue, surchargeait plus qu’elle n’ornait sa téte; son front se développait sans grace , ses yeux étaient sans feu, ses joues sans couleur, sa bouche sans expression, ef cet ensemble présentait une physiohomie inanimée. Sans énergie dans le caractére, il était lent a parler, lent a agir. »

Ce portrait n’est point flatté. Bailly montra plus que de Pénergie quand il présida la premiére séance du tiers état et PAssemblée nationale. A-t-il manqué de caractére et de dignité dans la fameuse séance du jeu de pau me? N’avait-il pas déja répondu au grand maitre des cérémonies , ordonnant, au nom du roi, aux députés des communes de sortir de la salle : « La nation assemblée n’a point d’ordre a recevoir. » Dans les assemblées précédentes, les membres du tiers état ne pouvaient parler qu’& genoux. Bailly ne l’ignorait pas; les députés de la noblesse et du clergé ne pouvaient concevoir que ceux du tiers ne se conformassent pas aux exigences humiliantes de la vieille étiquette. Bailly sortait du chateau de Versailles, ou il s’était rendu a la téte d’une députation du tiers état. Les députés courtisans lui demandérent comment ja députation avait été recue. « Nous étions debout , répondit Bailly, et le roi n’était pas assis. »

L/attitude calme et fidre des députés des communes déconcerta tous les projets de la cour. La dissolution des états généraux était résolue. Le serment du jeu de paume, que Bailly eut Vhonneur de préter le premier, décida la révolution. Ce grand événement et ceux qui suivirent appartiennent a Vhistoire générale (voyes Constituante [Assemblée] ). Bailly fut nommé maire de Paris le 16 juillet 1789, et le lendemain jl recut Louis XVI a I’Hotel-de-Ville. Son dis-

cours se résumait par cette pnrase, devenue historique : « Henri IV avait conquis son peuple, ici le peuple a reconquis son roi. » Cette phrase, que les hormmes a prejugés ont trouvée inconvenante, et méme séditieuse, n’était qu'un éloge plus poli que vrai : Henri I'V n’étail pas entré a Paris en conquérant ; l’entrée de la capitale lui avait été livrée par Brissac , qui commandait pour le duc de Mayenne.

Bailly n’avait accepté la place de maire de Paris qu’aprés avoir obtenu l’assentiment de Assemblée nationale, a laquelle il appartenait par le mandat qu’il avait regu des électeurs de Paris. Bailly et Lafayette, nommeé le méme jour commandant général des milices bourgeoises, furent toujours d’accord dans toutes les mesures qu’ils prirent pour maintenir ordre dans la capitale. Tous les regards se fixérent sur eux Ala fédération de 1790, ot toute la France se trouvait représentée, Ils ne craignirent pas de compromettre leur vie et leur liberté dans ce méme Champ-de-Mars ot ils avaient été salués par les acclamations de toute la France. Une année ne s’était pas écoulée , le roi et sa famille s’étant enfuis du palais des Tuileries dans Ja nuit du 20 au 21 juin 1791, ’Assemblée nationale apprit bient6t qu’ils avaient été arrétés a Varennes. Cette fuite imprévue fut un éyénement grave. Louis, sa femme et ses enfants furent ramenés i Paris. Tous les partis étaient en mouvement; une grande question agitait tous Jes esprits : on demandait hautement la déchéance de Louis XVI. Le 17 juillet une foule immense s’était réunie au Champ-de-Mars pour y signer une pétition déposée sur l’autel de la patrie, a l’effet d’obtenir cette déchéance. Bailly s’y rendit a la téte d’une force armée considérable pour y faire proclamer la loi martiale et disperser l’attroupement, II faliut opposer la force a la force. Une affreuse collision en fut Vinévitable résultat; le sang des citoyens avait coulé. Bailly n’avait fait qu’obéir 4 un décret rendu la veille. Il n’avait pas dépendu de lui d’en prévenir ni d’en éviter V’exécution. Il n’avait agi que par ordre du conseil municipal; il n’avait pu faire les sommations prescrites par la loi qu’au milieu d’une gréle de pierres. L’Assemblée nationale , 4 laquelle il rendit compte des événements de cette journée déplorable, approuva sa conduite; mais dés ce moment il perdit sa popularité. Le 19 septembre il envoya sa démission au corps municipal ; il la motivait sur le délabre- 1nent de sa santé. Cette démission ne fut pas acceptée; il fut vivement prié de continuer ses fonctions. I consentit a rester en place jusqu’au mois de novembre, époque des élections. Pethion lui succéda.

Bailly présida lors de Vinstallation du nouveau maire. Retiré dans les environs de Melun, il ne quitta sa retraite que pour venir déposer comme témoin dans le procés de la reine Marie-Antoinette ; il résultait de Pacte d’accusation qwil y aurait eu une correspondance entre lui et la prisonniére du Temple. Bailly déclara hautement que le fait était faux. C’est par erreur sans doute que l’on a prétendu que cette dénégation s’étendit 4 tous les faits mentionnés dans Vacte d’accusation. Il fut bientét dénoncé lui-méine et traduit devant le tribunal révolutionnaire. Concuit de Melun a Paris, il fut d’abord emprisonné aux Madelennettes , et de la a la Conciergerie, et comparut, le 10 novembre 1793, devant le tribunal révolutionnaire pour avoir fait tirer sur les attroupements du Champ-de- Mars. Condamné 4 mevt, il fut conduit le lendemain 21 novembre (2 brumaire) sur esplanade qui sépare le Champ-de-Mars des rives de la Seine. On avait placé a cdté de lui, sur le fatal tombereau, le drapeau rouge qui avait servi lors de la proclamation de la loi martiale. Ce drapeau avait été trouvé daus les bureaux de la commune. Il fut bralé au pied de l’échafaud. Bailly avait été trempé par une pluie fine et froide pendant le long trajet de la Conciergerie au lieu du supplice. Il s’évanouit en arrivant au Champ-de-Mars; il reprit bientot ses sens. « Tu trembles, Bailly? » lui dit un des bourreaux. « C’est de froid, » répondit Bailly. 1 monta d’un pas fermesur |’échafaud-

Le 18 frimaire an V, sur le rapport de Pastoret, le conseil des Cing-Cents décréta que la veuve Bailly serait assimilée aux veuves des représentants morts pour la république, et une pension lui fut accordée. Cette résolution réparatrice fut approuvée par le conseil des Anciens le 24 du méme mois. L’infortunée n’en jouit pas longtemps; elle mourut trois ans aprés.

Bailly avait rédigé en forme de journal le récit des principaux événements dont la capitale avait été le théatre depuis sa nomination a la mairie de Paris. Ces mémoires , qui renferment de précieux documents sur les hommes et les faits de cette époque fameuse, ont été publiés en deux volumes. La premiére édition est la plus estimée.

Une main amie, mais impartiale, a tracé au bas de son portrait cette inscription :

De ses vertus, de sa raison Il servit sa patrie ingrate ; Il écrivit comme Platon, Et sut mourir comme Socrate.

Dourry (de l’Yonne).

BAIN (du mot latin balnewm, tiré lui-méme du mot grec Badavetov, lequel, suivant quelques auteurs, a pour étymologie les mots grecs Baw, je chasse , et avia, la douleur). On nomme bain immersion totale ou partielle du corps dans une substance étrangére, le plus ordinairement liquide, et composée, soit d’eau pure a diverses températures, soit deau mélangée diversement, soit enfin réduite en vapeur. On donne aussi le nom de bain au lieu dans lequel on se baigne. Le bain a ou un but de propreté, et alors il appartient 4 Phygiéne et aux mecurs d’un peuple; ou bien il est du ressort de la médecine : c’est donc sous ce double point de vue qu’il est intéressant de le considérer, d’autant plus que chez divers peuples de la terre et dans divers siécles un intérét moral assez puissant s’y rattache.

Sans rapporter ici l’exemple de la princesse Nausicaa , cité par Homére, ou celui de la fille de Pharaon, on peut faire comprendre de quelle utilité devait étre le bain de propreté chez des peuples ou l’usage du linge de corps était inconnu 4 peu prés, et ou la chaussure ne garantissait que la plante du pied. L’homme a donc certainement lavé son corps dans les flots d'une onde pure dés que, sortant des ténébres de lenfance du monde, il s’est apercu que la propreté contribue au bien-¢tre physique, et longtemps avant qu’un Franklin en ait fait une vertu pour les peuples vierges de |’Amérique.

Télémaque fut, selon Homére, conduit au bain par la plus jeune des filles de Pylos, lavé et parfumé par elle d’essences précieuses, puis revétu d’habits magnifiques. Il ne fut pas moins bien traité par les belles esclaves de Ménélas. Il fallait donc que chez les anciens Grecs les bains fussent en honneur, puisque !’on y avait consacré une partie des demeures des rois , ot les lois de Phospitalité prescrivaient de conduire les étrangers. Cet usage prit nécessairement de Yextension avec les progrés de la civilisation : une foule de monuments grecs l’attestent. On sait que dans le voisinage ou dans l’édifice méme out les athlétes s’exercaient a leurs jeux, des bains leur offraient un moyen facile d’enlever la poussiére de leur corps et de reposer leurs membres fatigués. Ils avaient des bains publics assez vastes pour qu’on y pat nager a l’aise : 4 Sparte, les deux sexes s’y exercaient ensemble 4 la natation. Platon voulait qu’une loi expresse portat que des bains publics seraient établis dans sa république.

Chez les Perses, les bains entratnaient une magnificence telle qu’Alexandre, entrant dans ceux de Darius, s’écria : « Est-ce au sein d'une telle mollesse qu’on peut commander aux horhmes? »

La disposition et les usages observés dans ces temps anciens ne sont pas suffisamment éclaircis par Vhistoire ni par les monuments. Les auteurs latins et les restes de Rome nous donnent des lumiéres plus grandes, D’abord , austéres

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