‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 239 sur 488 · BAILLY — BAIN · texte numérisé non relu

BAILLY — BAIN

républicains , les Romains se lavaient et s’exergaient jour. nellement a la nage dans les eaux du Tibre. Plus tard, leg riches eurent une partie de leur maison consacrée au bain; ce que le luxe put rassembler de plus recherché s’y réunit a ce que la mollesse put inventer de plus délicat; une grande piscine, ot lon pouvait nager commodément, des chambres chauffées 4 des températures diverses , des étuves séches et humides, des esclaves chargés d’essuyer le corps, — de le masser, de l’oindre plusieurs fois , de le frotter d’on- — guents parfumés, etc., voila ce qu’on trouvait , non-seulement dans les palais des riches oisifs, mais encore dans ceux de Pline, de Cicéron et des riches patriciens.

L’industrie s’empara de cet élément de commerce : des bains publics étaient ouverts 4 des prix variés, selon le luxe qui y régnait, et selon la délicatesse des soins qu’on était a méme d’y recevoir. La licence la plus effrénée y pénétra, les sexes y furent mélangés. Les baigneurs se procurérent les esclaves les plus belles qu’ils purent pour achalander leurs établissements. Les comiques et les satiriques latins nous apprennent que les bains servaient les amours des époux infidéles, qu’ils étaient le rendez-vous ordinaire des roués de la ville éternelle. Quant aux baigneurs, entremetteurs de toutes les intrigues, ils étaient les Mercures des jeunes Romains : Figaro, barbier 4 Séville, edt été baigneur & Rome.

Cependant, le bas peuple était privé de ces délices des sens, au désir desquelles appelaient vivement et la nature du climat et le sensualisme dont toute l’organisation sociale était imprégnée , et surtout l’exemple si contagieux des riches. Sa faveur, si puissante et si attrayante pour les ambitieux, fut bientét a ce prix. Au rapport de Dion, le premier bain public fut construit par Mécéne. Agrippa en fit batir cent soixante-dix. Néron, Titus, Vespasien, Adrien , et presque tous les empereurs qui tinrent a capter Ja faveur populaire établirent des bains publics. Il y en eut jusqu’d huit cents dans les diverses parties de la ville. Le marbre le plus précieux , sous la main des plus habiles architectes, s’ouvrit en salles dignes , par leur luxe, des vainqueurs du monde, pour receyoir dans le bain ou dans V’étuve le prolétaire romain moyennant la faible rétribution d’un guadrans, c’est-a-dire d’un liard. Encore, s’il s’agissait de célébrer une fete publique , de faire quelque largesse au peuple, l’entrée était gratuite. Alexandre Sévére, en permettant que les bains fussent ouverts la nuit pendant les grandes chaleurs de l’été, se chargea de la dépense de l’huile qui brdlait dans les lampes.

La plupart des villes soumises a la civilisation romaine eurent des bains plus ou moins remarquables par leur beauté, et dont plusieurs ont laissé des restes que nous admirons encore. Voyez THERMES.

D’aprés les renseignements de Vitruve et les monuments que le temps a respectés, on peut apprécier quelle était leur disposition générale. Ils étaient ordinairement doubles, d’un cété pour les femmes et de l’autre pour les hommes; les deux bains chauds étaient entretenus par le méme foyer; au milieu se trouvait un grand réservoir, autour duquel on attendait son tour d’entrée, et qui était environné d'une balustrade. Les étuves , Pune séche (laconicum ou calidarium), Vautre humide (¢epidarium), étaient de forme ronde, fermées en haut par un bouclier d’airain qu’on montait ou qu’on descendait pour retenir ou laisser échapper la chaleur. Trois grands bassins, nommés milliaria, contenant de eau chaude , froide ou tiéde, correspondaient aux bains par des tuyaux. A Ventrée de 1’établissement on trouvait une vaste piscine d’eau froide, ot l'on pouvait nager, et qui était exposée au nord, tandis que les autres parties étaient au midi; on se faisait frotter d’hurle dans une salle ott régnait une chaleur douce, puis on passait dans l'étave séche, et de 1d dans l’étuve humide , ob l'on prenait le bain chaud; cette dernidre pidce était la plus vaste, a cause du concours qui s’y faisait et du temps assez long

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qu’on y restait. Des vases pleins d'eau, placés immeédiatement sur le fourneau (hypocaustis, hypocaustum), y fournissaient continuellement de la vapeur, Tels furent a Rome les bains publics que fréquentaient non seulement le peuple, mais encore, péle-méle avec lui, ceux des grands qui voulaient lui étre agréables, jusqu’a ce point que plusieurs empereurs s’y rendaient fréquemment.

D’abord on ne se baignait que de deux heures jusqu’au soir, plus tard du lever jusqu’au coucher du soleil, Nous avons yu qu’Alexandre Sévére permit que les bains fussent ouverts la nuit. La décence y fut d’abord observée avec tant de rigueur que les fils parvenus a I’dge viril ne se baignaient pas avec leurs péres, ni méme les gendres avec leurs beauxpéres. Plus tard, la corruption y toléra la promiscuité des sexes. Les empereurs Adrien, Marc-Auréle et Alexandre Sévére furent obligés, pour bannir une coutume aussi immorale, de décréter les peines les plus rigoureuses contre ces mélanges d’hommes et de femmes.

Chez les peuples qui ont succédé a la civilisation romaine, Vinstitution des bains publics s’est écroulée peu a peu au milieu du bouleversement social du moyen age. 1) parait néanmoins que des bains publics ont existé a Paris jusque vers la fin du quatorziéme siécle. Un médecin du temps faillit étre lapidé par le peuple pour avoir conseillé de les fermer pendant la durée d’une peste qui régna a cette époque.

L’usage du bain n’ayant plus été dés lors qu’une coutume tout a fait particulitre, histoire n’en a rien conservé pendant un assez long espace de temps. Mais, avec les progrés de la civilisation, Pindustrie a ramené les bains publics , et maintenant il n’y a pas de ville de quelque importance en Europe qui n’ait un ou plusieurs établissements de ce genre. Beaucoup de particuliers ont chez eux des salles de bain, ou au moins les ustensiles nécessaires au*bain. Mais le luxe des modernes , méme dans nos palais les plus somptueux , offre rien qui approche de celui que les Romains étalaient dans leurs bains. Plusieurs bains publics 4 Paris présentent néanmoins tout ce qui peut satisfaire les besoins et les goits du public, et méme quelques-uns ce que peut espérer la recherche la plus exquise.

D’autres peuples, plus ou moins éloignés de nos meeurs , sont intéressants 4 étudier sous le point de vue qui nous occupe.

En Turquie, l’usage du bain et des ablutions est prescrit par la loi du prophéte. Un dévot au Coran fait cing priéres par jour, et avant chacune d’elles il se lave le visage, les mains et les pieds. A la suite de tout rapprochement des sexes , un bain entier est de rigueur, et pour les femmes a la suite de leurs menstrues. En outre, une ablution doit étre faite par les Turcs chaque fois quils ont satisfait un besoin naturel. Pour peu que leur fortune le leur permette, ils ont chez eux des bains d’étuye ot l'on rencontre tout le luxe de I’Asie. Il n’y a point de village qui, avec sa petite mosquée, n’ait aussi son bain public. Les hommes et les femmes s’y baignent dans des lieux séparés ou a des heures différentes. Avant d’entrer dans l’étuve on dépose ses habillements, et l'on revét une longue robe et des sandales. Quand on commence a suer, on se fait frotter avec un morceau de laine, puis on savonne tout le corps. Alors on se met dans l’une des baignoires d’eau chaude dont la salle est garnie. Au sortir du bain, on demeure quelque temps pour prendre le café. Les femmes, ace qu'il parait, y vont plus fréquemment que les hommes; le mari le plus jaloux ne peut en priver la sienne : c’est pour elle une obligation plus grande encore que d’aller 4 la mosquée. C’est du reste une occasion de se réunir avec ses amies et de sayourer les douceurs de la causerie.

Dans l’Inde, on trouve aussi des bains publics. Un élégant de Surate, par exemple, se déshabille dans une premiére salle, puis entre dans une étuve ou se trouve de l’eau bouillante; un serviteur vigoureux l’étend sur une planche, l’ar-

rose d’eau chaude, lui presse toutes les parties du corps successivement, avec une force admirablement modérée , selon leur diverse sensibilité, fait craquer les jointures de tous les doigts , et méme celles des membres. 1] le retourne sur le yentre, s’agenouille sur ses reins, le saisit par les épaules, et fait craquer tous les os de |’épine dorsale, et donne de grands coups avec le plat de la main sur les parties charnues, Quand il lui a ainsi bien contus tout le corps, il arme sa main d’un gant de crin, et le frictionne a toute outrance, lui lime avec la pierre-ponce la peau épaisse des pieds , le frotte de savon et de parfums, le rase et l’épile. Cette opération dure bien trois quarts d’heure. L’Indien se sent alors vivre plus 4 l’aise, malgré l’énorme fatigue qu’il éprouve et qui loblige 4 dormir plusieurs heures : c'est alors seulement qu’il jouit de tout le bien que procure, sous un climat brdlant, un corps dispos et rafraichi. Les femmes y trouvent un plaisir trés-vif; elles passent souvent plusieurs heures du jour a se faire masser par leurs esclaves agenouillées autour du sofa sur lequel elles restent mollement étendues.

En Egypte , les villes de quelque importance sont aussi pourvues de bains publics. Une premiére salle en retonde, garnie de gradins, regoit les habits des baigneurs, qui s’y ceignent dune serviette et y prennent des sandales; au centre est un bassin du milieu duquel jaillit un jet d'eau; elle est ouverte au sommet pour la circulation de lair. Au sortir de cette salle, on passe dans un couloir étroit et long , chauffé graduellement, et par lequel on arrive 4 la salle du bain proprement dit. Celle-ci, trés-spacieuse, est revétue de marbre. La vapeur sans cesse renaissante d’un bassin d’eau chaude s’y marie 4 l’odeur des parfums qu’on y brdle. On s’y couche sur une espéce de hamac, et lorsqu’une moiteur un peu forte se prononce, un serviteur vous masse et vous fait craquer successivement toutes les articulations; il vous frotte de maniére a enlever beaucoup d’écailles de l’épiderme et a débarrasser la peau des plus petites impuretés ; il vous conduit ensuite dans des cabinets qui s’ouvrent dans cette salle, et vous verse sur la téte 4 profusion de l’écume de savon; de 1a yous passez dans un autre cabinet, ov il yous laisse vous laver avec l’eau chaude et froide que vous y trouvez; il revient bientét avec une pommade épilatoire , dont il vous enduit, et qui agit trés-promptement. On ressort de méme qu’on est entré, c’est-a-dire par un couloir dont la température est graduée de maniére a ce qu’on ne soit pas trop brusquement frappé par lair du dehors. Tous les petits soins qu’on peut obtenir dans ces établissements ne portent pas le prix du bain au dela de trois 4 quatre francs. Les gens du peuple se lavent eux-mémes , vont suer dans l’étuve, et donnent quelques sous en sortant. Les Egyptiennes se baignent ainsi au moins une fois par semaine. C’est pour elles un jour de féte et une occasion d’étaler le luxe de leurs parures. C’est dans l’étuve qu’elles se font laver avec des essences odoriférantes , qu’elles font tresser leurs cheveux, qu’elles teignent leurs ongles et le bord de leurs paupiéres.

Les peuples du Nord ont aussi leurs usages et leurs cou tumes particuliéres dans le bain. Un seigneur russe a chez lui une salle d’étuve humide, munie de toutes les commodités nécessaires, et le peuple trouve dans les villages méme une étuve publique ou il peut se rendre moyennant une faible rétribution. Dans une salle garnie de banquettes qui sont couvertes de matelas de foin ou de paille, se trouve un vaste fourneau garni d’une plaque de fer rougie par un feu ardent, et recouverte elle-méme de cailloux que la chaleur rend incandescents ; de cing en cing minutes on verse sur ces cailloux des seaux d’eau froide, qui s’y vaporise a Vinstant, et la salle se remplit d’une atmosphére humide, dont la température est souvent de 40 4 45° Réaumur, Le baigneur s’étend sur une des banquettes , une sueur abondante inonde bientét ses membres; ensuite on le frotte avec

des branches de bouleau et du savon, et bientét la sueur s’apaise ; on lui verse alors sur le corps de l'eau titde, puis plusieurs seaux d'eau froide; il s’essuie et demeure encore quelque temps dans ’étuve. Les gens du peuple n’y font point tant de fagons : ils entrent dans l’étuve, et quand ils ont bien sué ils sortent , vont se jeter dans quelque ruisseau ou élang exposé a lair libre et souvent a demi glacé, ou se rouler dans la neige, puis rentrent rapidement dans létuve, s’exposant ainsi brusquement aux températures les plus extrémes. Un auteur observe que c’est ainsi que !’on trempe Pacier, Aprés le bain, le riche avale quelques rasades dun vin généreux , le paysan se trouve content s’il peut boire un verre d’eau-de-vie de grain, On prend un bain semblable au moins tous les huit jours.

C’est surtout en Finlande que la température a laquelle on s’expose dans I’étuve est élevée. On y trouve l’étuve humide, chauffée A 38 ou 40° Réaumur, et Pétuve séche, dont la chaleur s’éléve quelquefois jusqu’a 60°. On a peine a croire que homme s’expose volontairement a une température aussi forte; néanmoins le témoignage des voyageurs est unanime. Une pratique des plus funestes est d’y conduire une femme nouvellement accouchée avec son enfant. La superstition en fait une loi dans certaines provinces : des matrones pronostiquent l’avenir de l’enfant selon la maniére dont il s'y comporte; il doit leur arriver souvent de deviner juste en lui présageant une mort prompte.

Le bain de propreté, ou d’eau simple, est trop généralement négligé chez nous. On pourrait dire, jusqu’a un certain point, que l’'usage du bain n’est point dans nos meeurs ; et cela est absolument vrai, si nous nous comparons aux anciens, ou méme aux peuples modernes de VEgypte, de la Turquie et de la Russie. Cependant beaucoup de bains publics se sont établis A Paris et dans les villes de province depuis quelques années, en méme temps que les lavoirs publics. A Londres une société s’est formée pour fournir de Yeau chaude A bon marché au peuple, soit pour bains, soit pour laver son linge. Le gouvernement frangais svest occupé du méme objet dans ces derniers temps, et une loi a été rendue pour créer ou aider a créer des bains et lavoirs publics 4 bon marché dans les villes oi: la population ouvriére abonde, remplissant ainsi le yoeu que nous avions formé dans notre premiére édition. Baupry DE Bawzac.

On distingue les bains en générauz et en partiels, suivant que le corps entier ou une seule de ses parties est immergée. On a étendu en thérapeutique la méme dénomination a Pimmersion du corps dans Veau réduite en vapeur { bains de vapeur), dans d’autres liquides que l'eau ordinaire ou dans l'eau chargée de différents principes (bains médicamenteux, bains d’eaux minérales, bains de mer); a l'application de diverses substances chaudes, séches ou humides sur une plus ou moins grande surface du corps (bains de sable, bains de marc de raisin, etc.); enfin a I’échauffement de l’'atmosphére dans laquelle on fait séjourner le corps (bains de chaleur), et méme a exposition du corps nu a lair libre (bains dair).

Selon les parties immergées, les bains partiels prennent le nom de bains de siége, bains de pieds ou pédilwes, manuluves , etc.

On entend communément par bain froid celui qui est pris 4 la température des riviéres ou de la mer pendant Pété; mais il serait peut-¢tre plus convenable de le nommer bain Jrais , puisque par son emploi on cherche plutot la sensation agréable déterminée par une température fraiche que celle toujours pénible qui est causée par le froid. La température des bains froids est fixée par Hallé, Guilbert et Nysten, de 0°4-4-20° c. Lorsqu’on peut les supporter et qu’ils ne donnent lieu qu’a une réaction modérée, ils fortifient la constitution en redoublant I’énergie des organes, en consolidant les tissus, en empéchant les pertes occasionnées par la transpiration et en augmentant lactivité du systéme digestif; mais ils

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peuveut avoir chez les sujets faibles ou irritables des effets funestes, par suite des congestions internes qu’ils produisent, et qui ne se dissipent que par la réaction ; alors ils donnent lieu & des bronchites, 4 des pneumonies , a des coliques , a des diarrhées et quelquefois méme a des convulsions. On peut dire en général que le bain trés-froid et qui détermine une sensation pénible nest point un moyen hygiénique. Le bain froid pris dans Peau courante donne lieu, 4 température égale, par le renouvellement continuel de l’eau, a une soustraction plus prompte de calorique que celui qui est pris dans une baignoire. Ll semble aussi que ce soit avec raison que V’on attribue des effets toniques & la percussion exercée sur le corps par eau courante. Cette percussion est effectivement trés-forte dans le bain de mer, et ses effets sont accrus encore par la plus grande densité de l'eau; celle-ci, par les substances salines qu’elle contient en dissolution, stimule aussi plus forteinent la peau que ne le fait l'eau des riviéres , en faisant méme abstraction des modifications que Vabsorption du liquide salin peut imprimer a la vitalité entiére de l’organisme ou de quelque organe en particulier. Voyes Bains DE MER.

Les bains froids, par !’ébranlement qu’ils impriment au systéme nerveux, ont quelquefois guéri la manie, la mélancolie avec penchant au suicide et Phypocondrie. Les fiévres ataxiques, la fiévre jaune et la peste ont été parfois amendées par les bains froids, et alors on a vu dans quelques cas les malades passer du déiire furieux au calme le plus parfait. Au dire de Giannini, dans les fitvres intermittentes, immersion dans l’eau froide sortant du puits est le reméde spécilique de Vaccés actuel, comme le quinquina est celui de l’aceds a venir. Dans tous ces différents cas, ce sont les bains froids domestiques que l’on administre, 4 moins que l’on ne compte sur les effets de la réaction, qui, nous l’avons dit, est toujours plus vive 4 la suite des bains de mer ou d’eau courante. Quand la faiblesse du malade fait craindre qu'il ne puisse sans inconvénient étre soumis a l’usage de ces hains, on essayed’abord par des bains frais domestiques de 25 428° c., en ayant soin d’en abaisser graduellement la température. La durée ordinaire des bains froids , de cing 4 dix minutes , peut étre prolongée dans la manie et le début des fiévres ardentes; mais il faut retirer promptement les malades de l’eau si l’on craint l’apparition de la syncope. Les bains froids sont un puissant moyen thérapeutique dans la chorée ou danse de Saint-Guy ; mais il faut bien se garder d’en abuser.

Cependant quant aux bains froids partiels, ceux de siége ont quelquefois fait cesser la métrorrhagie et diminuer le flux hémorrhoidal; et les manuluves ont parfois arrété l’épistaxis et ’hémoptysie. Les bains partiels des membres sont utiles dans les entorses et contusions au début, dans les brolures sans dépouillement de l’épiderme, lors méme quwil y aurait des phlycténes; ils sont également utiles dans la congélation : alors on les commence i 0°, puis on augmente ou on diminue graduellement la température & mesure que la réaction s’opére.

Les bains frais ont une température de 19 & 25° c. audessus de 0° , qui est celle des riviéres et de la mer pendant Pété. L’eau a cette température détermine une légére horripilation, surtout lorsqu’on n’y est point habitué et qu’on n’entre dedans que graduellement, car lorsqu’on y entre tout dun coup on éprouve une impression subite de froid, mais qui disparait promptement. L’exhalation ne s’exerce pour ainsi dire que fort peu pendant la durée de cette sorte de bains, et est remplacée en partie par la sécrétion des urines , qui est augmentée. L’appétit est peu prononcé durant le séjour dans l’eau; la circulation se ralentit, la respiration devient plus rare, la calorification diminue si on n’exécute aucun mouvement; ce qui n’a pas lieu si on prend de lexercice. Rien n’est plus salutaire que l'usage de ces bains ; ils tempérent la chaleur, calment la soif, et sont employés sous ce rapport avec avantage en été et dans les climats chauds; ils lurunent les constitutions faibles , dclicates et moties,

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détruisent beaucoup de prédispositions facheuses, et peu-

vent méme guérir quelques maladies chroniques, Les bains frais, tels qu'on peut les prendre dans une riviére, et non pas dans une baignoire, sont recommandés dans une foule daffections ou leurs effets sédatifs et toniques doivent naturellement les faire indiquer. C’est ainsi qu’employés dans les scrofules et dans le rachitisme, ils sont suivis de succés, surtout si les malades n’y restent pas dans l’inaction, et s’ils peuvent s’y livrer a l’exercice de la natation. Dans certaines gastralgies accompagnées d’une grande débilité, ils relevent activité des fonctions digestives d'une maniére étonnante, et contribuent pour beaucoup a la guérison de ces maladies,si souvent rebelles A toutes les médications internes. Quand lV’améuorrhée est liée 4 un état d’irritabilité nerveuse trés-prononcé, elle céde en général assez promptement a l’usage des bains frais pris dans l’eau courante. C’est aussi Pun des meilleurs moyens de faire paraitre les régles chez les jeunes filles pales et chilorotiques, dont la menstruation premiére s’établit avec tant de difficulté. Les bains frais, dont Pemploi était autrefois totalement négligé des médecins, qui n’en connaissaient pas importance, ont pris aujourd’hui en hygiéne et en thérapeutique une place qu’ils garderont.

Dans les bains russes, Vaction du froid est combinée avec celle de la chaleur. On peut dire que c’est un fait physiologique bien remarquable que celui qu’offre Pemploi de ces bains, par lequel on voit un individu sortant d'une étuve étre d’autant moins impressionnable au froid quiil y aura subi une chaleur plus intense. Ce phénoméne s’explique , dit-on, en admettant l’accumulation excessive du calorique et sa pénétration dans les tissus ; 4 tel point que, quelque énergique que soit ensuite la cause de sa soustraction, elle nest pas immédiatement appréciable, si ce n’est par une sorte de sentiment de bien-étre indicible. Quoi qu’il en soit de cette explication, il faut proclamer bien haut le danger qui résulte dans nos climats de l'emploi de ces moyens, et dire que ce n’est pas sans une extréme témérité que les individus a constitution énervée, mo'le et irritable de nos cités osent se soumettre a de telles épreuves , qui produisent toujours une extréme perturbation suivie souvent d’accidents mortels. Toutefois, porté & un degré modéré de température, -+- 38° a -+- 44°. par exemple, avec !’affusion non pas glaciale, qui peut devenir immédiatement mortelle, mais tiéde, le bain russe, d’ailleurs complété par le massage et la flagellation, et suivi de repos absolu ou de sommeil dans une douce température, peut procurer de bons résultats dans quelques affections ou prédispositions organiques; mais il ne doit jamais étre pris que d’aprés la prescription d’un médecin habile.

Il sera question ailleurs du syst¢me médical de Priessnitz, qui consiste en une immersion dans l’eau glacée des malades en sueur. Voyes HypRoTHERAPIE.

La température des bains chauds est fixée de 4- 36° a -++ 50° c. par Hallé, Guilbert et Nysten. Ces bains sont rarement employés dans les maladies, 4 cause de leurs effets sur Yencéphale; et encore alors n’y reste-t-on que trés-peu de femps, en ayant bien soin d’en surveiller soigneusement administration. On les a quelquefois prescrits pour déterminer une forte révulsion sur la peau, exciter une transpiration abondante ; c’est surtout dans les rhumatismes chroniques qu’ils peuvent étre utiles, mais alors les bains de vapeur les remplacent avantageusement.

Les bains chauds locaux ou partiels ont été quelquefois efficaces pour rappeler les hémorrhoides supprimées ( bains de siége) ; pour rappeler les lochies ou les régles; dans les affections imminentes du cerveau, et dans le traitement de la goutte qu’une métastase a portée sur quelque viscére ( pédiluves).

Le bain tiede ou tempéré est celui qu’on prend en hiver comme moyen d'hygiéne, et dont la température varie de + 28° a + 35° ©. Pendant la durée de ce bain on remarque un ralentissement des battements du cour et des mouve-

38y ments respiratoires, et un état de calme qui finirait par conduire doucement au sommeil , pour peu qu'on y fat disposé, Néanmoins labsorption cutanée et la sécretion renale paraissent avoir acquis de lactivité, comme le témoigne le besoin duriner qui dans l’'espace @une heure peut se manifester plusieurs fois ; urine excrétée est alors claire et presque limpide. Les effets consécutifs de ce bain sont calmants et relachants ; il délasse’ parfaitement et mieux que le bain frais. Considéré comme moyen bygiénique, le bain tiéde convient A tout le monde; car, quels que soient le sexe, le tempérament, la profession d'un individu, la propreté lui est indispensable ; mais c’est particuliérement aux tempéraments secs, irritables , aux vieillards, aux enfants, aux femmes, ef méme a celles qui sont dans l’état de grossesse Ou qui nourrissent , que les bains tiedes sont avantaveux. Aprés l'emploi de ce bain, on doit soigneusement éviter Pimpression du froid; car la peau, débarrassée des débris @’épiderme et de l’enduit qu’y avait laissés la sueur, reste quelque temps plus impressionnable qu’elle ne /’etait avant le bain.

Sous le rapport thérapeutique, les bains tiédes conviennent par leurs propriétés relachantes et calmantes dans beaucoup de maladies inflammatoires et douloureuses. Ils peuvent modérer les symptdmes de la plupart des phlegmasies aigués ; mais il faut en éloigner l’emploi dans celles de poitrine. Les fiévres inflammatoires avec douleurs contusives des meus bres , les courbatures, les rhumatismes musculaires , les tumeurs phlegmoneuses, sont avantageusement combattus par ces bains. Les inflammations cérébrales, telles que l’encéphalite et la méningite, surtout chez les enfants, ot elles sont si souvent accompagnées de convulsions, réclament l’administration des bains tiédes, qui conviennent également dans un grand nombre de maladies nerveuses. C’est ainsi qu’aucun moyen n’est aussi puissant pour faire cesser cet état dirritabilité, d’agitation nerveuse, ces insomniés qui se montrent particuliérement chez les femmes et cliez les personnes dites nerveuses ; ces bains sont un des principaux moyens pour calmer et guérir les affections hystériques, hypocondriaques, les gastralgies qui se rattachent si fréquemment a ces élats nerveux généraux, les palpitations qui ne dependent point d’une lésion organique du coeur. Ils sont le meilleur et quelquefois le seul moyen, surtout chezles enfants, auquel on doive avoir recours dans les cas de convulsions, soit qu’on en connaisse ou non le point de départ et la cause. Dans le croup et la coqueluche les bains tiédes produisent également d’heureux effets. On les emploie avec le plus grand avantage dans les cas de gastrite et d’entérite chroniques, dans les coliques nerveuses, dans les iléus, les étranglements internes et externes des intestins, dans la néphrite, soit calculeuse, soit nerveuse ; ils modérent aussi les douleurs occasionnées par la présence d’un calcul dans la vessie. On les emploie également avec succés dans le traitement de la métrite; et ils constituent un des moyens les plus efficaces pour faire cesser l’irritation dont utérus, par diverses causes, est le siége pendant la gestation, et qui peut amener l’'avortement ou laccouche-

nent prématuré. Tout le monde sait l’avantage qu’on retire souvent du bain tiéde dans le travail de Paccouchement. Un grand nombre d'autres affections, soit aigués, soit chroniques, peavent réclamer l’emploi des bains tempérés, et il appartient au médecin de saisir les circonstances ot leur action peut devenir opportune. Les bains tiédes sont contre-indiqués dans les maladies scrofuleuses, scorbutiques, chez les individus atteints d’affections organiques et chez ceux qui sont épuisés par des évacuations abondantes. Ces bains sont proscrits du traitement des hydropisies, a cause de leurs effets débilitants et dans la crainte de absorption de l'eau. On ne les emploie jamais non plus dans les cas Whémorrhagies; car il y aurait alors & redouter l’'augmentation de la congestion et du flux sanguin.

Pour que les bains tiédes produisent dans le traitement des

maladies l’effet qu’on en attend, il faut en surveiller attentivement l’administration. On doit avoir égard a la disposition individuelle pour fixer leur degré de température, aux effets immédiats que produit l’immersion pour en abréger ou en prolonger la durée, et enfin a leurs effets consécutifs pour en cesser ou en continuer l'emploi. On peut dire d'une maniére générale que trés-souvent on ne retire pas des bains tous les avantages qu’ils peuvent procurer, parce qu’on n’y tient pas les malades plongés assez longtemps, Il faut, quand on les emploie dans les cas de maladies cérébrales , s’attacher soigneusement a prévenir l’afflux sanguin vers la téte qu’ils peuvent déterminer, en soustrayant les malades a l’action des vapeurs qui s’en exhalent et en appliquant sur le front des topiques réfrigérants. Enfin, on doit faire en sorte que les malades n’éprouvent aucun refroidissement, soit avant d’entrer dans le bain, soit en en sortant,

Les bains tiedes locaux , tels que ceux de main, de bras ou d’ayant-bras, de pied, de jambe, ou de toute autre partie du corps d’une configuration favorable , sont trés-souvent employés dans un grand nombre de maladies. Les demi-bains de fauteuil ou de si¢ge sont préférables chez les individus qui sont génés ou oppressés par le bain entier. On a plusieurs fois utilement employé les demi-bains de marc de raisin dans la convalescence de certains rhumatismes chroniques et chez quelques enfants rachitiques ou scrofuleux. Les bains de siége chauds, soit simples, soit rendus plus excitants, ce qui yaut mieux, par l’addition de sel, de savon ou d’une décoction de plantes aromatiques, sont employés avec succes pour faciliter |’établissement des régles ou des hémorrhoides et pour en rappeler le cours. Donnés tiédes avec l’eau pure ou avec des décoctions émollientes , ils sont prescrits dans les phlegmasies abdominales et dans la plupart des affections aigués des organes génitaux de ’homme et de la femme.

Les bains de vapeur agissent par le calorique combiné avec de l'eau en vapeur; les bains de chaleur n’agissent que par le calorique; les uns etles autres excitent vivement la surface de la peau, déterminent une transpiration abondante et peuvent, en augmentant ainsi les fonctions de l’organisme cutané, produire un effet dérivatif. Les bains de vapeur présentent une certaine analogie avec les bainschauds, qui en différent cependant par la pression qu’exerce le liquide a la surface du corps et par la plus grande densité méme du liquide; circonstances qui font que leur température est difficilement supportée par les malades, tandis qu’ils résistent & celle des bains de vapeur, qui est beaucoup plus élevée. Dans le bain de vapeur, quoique la transpiration soit plus considérable que dans le bain de chaleur simple , elle est néanmoins moindre que dans le bain chaud.

Les effets des bains de yapeur étant beaucoup plus sensibles, & température égale, que ceux des bains de chaleur, on n’éléve guére dans Je traitement des maladies la température des premiers au-dessus de 50° & 56° c. Cette circonstance, jointe A la faculté avec laquelle on peut faire prendre aujourd’hui les bains de vapeur, fait qu’on les préfére généralement aux bains de chaleur. 1] est des cas cependant ot les avantages des bains de chaleur sont tellement évidents, que }’on ne saurait les remplacer par les bains de vapeur : ce sont ceux oi il importe d’agir sur lesystéme vasculaire de la peau, sans toutefois augmenter Vintensité des fonctions de cet organe et de la transpiration en particulier, C’est probablement en agissant de la méme maniére que le bain de sable peut étre employé avec succes, dans l’asphyxie par submersion.

Les bains de vapeur remplacent les bains chauds lorsque ceux-ci ne seraient pas tolérés par les malades: c’est ainsi qu’on les prescrit avantageusement dans les douleurs rhumalismales, la sciatique, les roideurs articulaires, et les douleurs vagues que quelqués femmes éprouvent aprés laccouchement, Ils sont également utiles dans la gale, les dartres ct autres affections culanées invétérées, On fait prendre

BAIN

les bains de vapeur en y introduisant tout le corps entier, ou le corps excepté la téte, ou encore une ‘partie seulement du corps. Dans le premier cas, une température modérée de quarante et quelques degrés centigrades suffit pour provoquer immédiatement une sueur universelle; dans le second cas, la respiration s’effectuant dans Pair du dehors, la transpiration ne s’établit que plus lentement; dans le troisitme cas enfin, quoique partielle d’abord, la sueur devient générale si, le corps étant suffisamment couvert , on porte Ja chaieur 4 55° ou 56° c. La durée du bain de vapeur est proportionnée aux effets qu'il produit; on peut y faire séjourner les malades d’une a deux heures,

On adininistre un bain de vapeur en plagant le malade dans un appareil particulier ot l'on fait arriver la vapeur deau pure chargée de principes aromatiques volatils. Celui qu’on emploie maintenant 4 l’H6tel-Dieu de Paris consiste en un sac de toile vernissée qui enveloppe Je corps du malade en laissant la téte libre. La vapeur est fournie au moyen dune lampe entretenue par l’esprit de vin, et le malade prend ce bain sans sortir de son lit : ce sont alors des bains de vapeur séche (provenant seulement de |’eau qui résulte de la combustion de l’alcool).

Terminons par quelques mots sur les bains médicamenteux, en renvoyant a larticle Eaux minéraces l’énumération des qualités que possédent les différentes sources dont les eaux naturelles sont prescrites en bains.

Les bains alcalins se composent en ajoutant A un bain ordinaire de 125 4 250 grammes de sous-carbonate de potasse et de soude. On peut aussi substituer avec avantage aux carbonates alcalins le bain savonneuz, qui se fait avec 250 ou 500 grammes de sayon dissous dans yingt litres de forte décoction de son que |’on ajoute A Peau du bain. Les uns et les autres de ces bains sont utilement employés dans le traitement des maladies de la peau caractérisées par des éruptions séches et accompagnées de démangeaisons plus ou moins vives. Il arrive quelquefois qu’il est nécessaire d’adoucir effet des préparations alcalines en les mélangeant avec une forte décoction de son ou @herbes émollientes, ou une dissolution de colle de Flandre ou d’amidon.

Grace aux travaux remarquables d’Anglada sur la composition des eaux minérales, on prépare aujourd’hui des bains sulfureux (bains de Baréges artificiels ) bien moins odorants et bien plus rapprochés des eaux sulfureuses naturelles en employant, au lieu de sulfure de potasse, lhydrosulfate de soude cristallisé. Les bains sulfureux ont été pendant longtemps regardés comme presque spécifiques de la plupart des maladies de la peau si improprement appelées dartres. C’est 4 Biett qu’on doit d’étre prémuni contre leur usage inconsidéré et intempestif dans ces maladies de nature et de forme si diverses. C’est particuligrement dans Yeczema et l’impetigo chroniques, dans le psoriasis, la lepra vulgaris, la pilyriasis versicolor et le prurigo que l’on observe les bons effets des bains sulfureux; c’est aussi le moyen dont on se sert le plus ordinairement pour guérir la gale chez les enfants : Guersent y atlachait une grande importance dans le traitement des scrofules. L’administration de ces bains est souvent suivie de succés dans certaines phlegmasies ¢hroniques de l’abdomen, dans les rhumatismes anciens et dans la leucorrhée. On a retiré aussi de trésgrands avantages de leur emploi dans le traitement de la chorée. Quand on croit devoir redouter Virritation trop vive de la peau par ces bains, l’addition de la gélatine (250 grammes a un kilogramme) leur communique des qualités onctueuses qui préviennent les accidents.

On prépare les bains salins en ajoutant 1258 250 grammes de sel de cuisine (chlorbydrate de soude) pour chaque seau que contient la baignoire; s’ils irritent trop, on les mitige au moyen d'une dissolution de gélatine ou d'eau de son, C'est particulidrement contre lerachilisme, les scrofulesetles débilités générales que ces bains sont employés avec avantage

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