‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 243 sur 488 · BAIONNETTE · texte numérisé non relu

BAIONNETTE

s’opére, d’abord, sur une meule ordinaire, puis sur des meules cannelées, sur lesquelles on présente la baionnette en long. Des meules, d’un trés-petit diamétre , sont encore employées pour évider ses faces. Des roues Je bois cannelées, sur lesquelles on répand de l’émeri délayé dans de Vhuile, terminent Vopération du polissage. On brunit Ja piéce sur une autre roue de bois saupoudrée de charbon. Enfin, on donne le dernier lustre avec de la pierre sanguine dure. Une baionnette achevée doit peser un peu plus d’un demi-kilogramme.

La baionnette adaptée au fusil en a fait la premiére de toutes les armes, une arme 4 la fois de jet et d’escrime, d’attaque et de défense. Le fantassin charge a la baionnette ou s’abrite derriére elle Les blessures qu’elle fait sont, de leur nature, fort dangereuses. Pour V’ordinaire profondes , puisque les coups se portent & deux mains, elles sont a la fois percantes et contondantes; les chairs d’alentour sont violemment meurtries, le sang coule difficilement.

A quelle époque remonte Vinvention de la baionnetle? Dans quel lieu fut-elle inventée? Deux grandes questions qui préoccupent depuis longtemps les historiens civils et militaires. On lit dans une chronique du midi de la France : « Ce fut durant le siége que Bayonne soutint, en 1523, confre les rois d’Angleterre et d’Aragon réunis, que les femmes de cette ville, tout en défendant courageusement ses remparfs, inventérent la baionnette. » En 1578, dit le Journal des Sciences militaires, on connaissait déja le mot baionnette comme signifiant une espéce de poignard. Si l’on en croit le Journal de Armée, ce seraient les Malais de Madagascar qui, bien avant que la France connit la baionnette, auraient donné aux troupes hollandaises coloniales le modéle des dagues fixées au bout du canon du fusil. Le général Marion ne fait pas remonter au dela de 1641, ef Gassendi au dela de 1671, la fabrication des baionnettes 4 Bayonne. Suivant une opinion qui a cours dans le pays, Ja position des Pyrénées occidentales nommée la redoute de la Baionneite, serait devenue célébre par un combat dans lequel Jes Basques, ayant ‘puisé leurs munitions, n’auraient triomphé des Espagnols qu’en attachant leurs couteaux au bout de leurs fusils. On lit enfin dans les Mémoires de Puységur : « Avant la suppression de la pique, quelques officiers, trouvant cette arme inutile et embarrassante, en cherchérent une plus commode. Lorsque M. de Puységur, commandant en 1642 dans une partie de la Flandre, envoyait des partis au dela des canaux, il ne donnait pas d’épées a ses soldats, mais b’en des baionnettes, dont la lame avait un pied de long, et dont le manche en bois s’enfongait d’un pied dans le canon du fusil. Cette arme servait de défense contre ceux qui youlaient charger nos troupes aprés qu’elles avaient tiré. »

Le pére Daniel croit que le premier corps qui en ait été armé est le régiment de fusiliers créé en 1671 et appelé depuis royal-artillerie. « Cette arme, dit-il, n’avait encore qu’un manche de bois qui entrait dans le canon. » En 1678, aprés la paix de Nimégue, on arma de fusils et de baionnettes les grenadiers qui avaient été créés en 1667 et réunis en compagnies en 1672. Dans ce méme siécle les dragons de la milice autrichienne se servaient de baionnettes. En 1690, dit M. Meyer (Moritz), les Suédois commengaient a faire emploi de l’espéce de baionnette de carabine nommée coutal, ou a lame de couteau de chasse. Voltaire attribue linvention de la baionnette au colonel Martinet, inspecteur @infanterie sous Louis XIV, auteur d’un fouet a laniéres appelé de son nom martineé, lequel fut introduit par lui dans la discipline militaire. Il y a erreur a cet égard relativement a la baionnette : c’est seulement la douille cylindrique que Martinet inventa ou qu’il appliqua ; encore cette invention lui est-elle disputée par les Anglais.

En 1703, sur l’avis du maréchal de Vauban, la pique disparut délinitivement de nos armées, et fit place au fusil armé de baionnette. Parmi les raisons qu’on assignaif pour

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