BAIONNETTE
s’opposer a cette innovation, on prétendait qu’un factionnaire dont les mains seraient occupées a tenir son fusil a baionnefte au lieu dune épée serait aisément désarmé. Longtemps les vieux soldats, quand on les posait dans des factions difficiles et od il y avait danger d’étre insulté, se promenérent la baionnette en main, de maniére a pouyoir la manier en guise de poignard. On allait méme jusqu’é donner deux baionnettes aux factionnaires les plus exposés, Cela s’explique & une époque oii la baionnette, mal retenue par son manche de bois dans le canon du fusil, pouvait s’échapper ou ¢étre arrachée au moindre accident. Ce manche incommode, et qui nécessitait un mouvement long et diflicile toutes les fois qu’il fallait introduire la cartouche ou faire feu, fut remplacé par le manche creux ou dowille malgré la résistance du maréchal de Saxe, qui voulait des fusils de cing pieds avec des baionnettes 4 manche de bois de deux pieds et demi.
La baionnette est le plus sir rempart du fantassin contre la cavalerie. Une troupe formée en carré et qui se tient la baionnette croisée, fortement appuyée sur la hanche droite, tant qu’elle conserve du sang-froid, est presque inexpugnable. Un fantassin isolé, qui présente sa baionnette aux faseaux du cheval d’un cavalier, le force & se cabrer et reste bient6t mattre de |’animal ef de 'homme. Les Frangais et les Prussiens sont les deux peuples qui excellent dans le maniement de cette arme. Les Autrichiens usent d’une singuliére manceuvre pour le maniement de la baionnette : elle consiste 4 Jancer le fusil armé de sa baionnette a peu prés comme l’ancien javelot et 4 l’amener brusquement a soi & Paide de la bricole. Les soldats wurtembergeois et les officiers de cette nation dans leurs écoles militaires sont exercés & des combats simulés : avec des baionnettes a pointe émoussée ef garnic ils étudient l’escrime de cette arme comme chez nous on étudie celle du sabre.
C’est surtout depuis Ja révolution de 1789 que la furia francese a su tirer tout le parti convenable de la baionnette ; i) nous faudrait citer ici toutes les batailles des vingt-cing immortelles années de la révolution; car on n’en trouve aucune ow la baionnette n’ait joué yn role important. A Valmy, aux Pyramides, & Amberg , 4 Auerstadt, a Austerlitz, a Wagram, 4 Waterloo, on la voit soutenir sa réputation, soit dans les charges, soit dans les carrés. C’est la vieille garde surtout qui comprend Ia puissance de la baionnette ; son choc est irrésistible. De nos jours notre armée d’ Afrique s’en est admirablement servie : on s¢ souvient encore que pendant la retraite de Constantine le 2° léger se forma en carré et défendit contre une nuée d’Arabes ses blessés et son drapeau. Il est impossible de passer ici sous silence ce régiment polonais qui, pendant la guerre de 1831, juraa Dieu, genoux 4 terre, de ne pas brdler une amorce contre les Russes et, se précipitant sur eux & la baionnelte, parvint toujours a Jes refouler. Ajoutons, a la gloire de nos fréres du Nord, que I’héroique phalange fut renouvelée jusqu’é sept fois durant le cours de cette immortelle campagne.
Au commencement de notre premiére révolution, les bataillons de tirailleurs et les compagnies de carabiniers de notre infanterie légére étaient armés de carabines auxquelles s’adaptaient des baionnettes, faites en maniére de sabre, a lame droite et plale, ayant 55 A 60 cenlimétres de long. Cette baionmette avait une poignée en cuivre qui s’enchassait au bout de la carabine et s’y fixait par un ressort. Les carabiniers portaient habituellement cette arme dans le passant du baudrier et ne l’ajwstaient A la carabine que dans le cas de nécessité et quand iis ne faisaient plus feu. Elle fut abolie 4 l’époque de l’embrigadement. La Sentinelle de Vv Armée a consacré plusieurs articles aux sabres-baionnettes qui rappellent, 4 peu de chose prés, V’arme précédente, et dont sont munis nos bataillons de chasseurs a pied, et depuis 1867 tous nos fantassins, qui ’adaptent 4 leur cein-
— BATREUTH .
turon. Les chasseurs hanovriens, tyroliens, portugais et brésiliens en faisaient usage avant eux.
On emploie également la baionnette dans Ja chasse au sanglier. Seulement la lame est plus courte que celle de la baionnette de munition, et la crosse du fusil, qui est creuse, lui sert de fourreau.
L’adoption récente dans les armées de l'Europe des fusils et surtout des canons a longue porlée, a de beaucoup réduit usage de la baionnette.
BAIOQUE (en italien bajocco, au pluriel bajocchi), nom d’une monnaie de cuivre ayant cours dans les Etats de de l'Eglise, et qui valait la centi#me partie d’un scwdo ou a peu prés cing centimes. En Sicile, on appelle également bajocco le grano de Naples, autre monnaie de cuivre équivalant a la centi¢me partie d’un ducat. Il y avait des demi, des simples et des doubles bajocchi. Cette monnaie a été supprimée en 1867.
BAIRAK-DAR ou BARAIK-TAR (Movustara, dit), célébre vizir ottoman, né en 1755, dans une chaumiére, exerca d’abord, comme ses parents, l’état d’agriculteur, puis le commerce des cheyaux. Ayant pris enfin le métier des armes , il y signala sa bravoure et ses talents dans maintes actions , notamment dans celle oul, couvert de blessures, il conserva un drapeau qu’il avait repris sur Pennemi, ce qui lui valut le surnom qu’il a illustré, et qui signifie en ture porte-étendard. Devenu pacha de Routschouk en 1804, aprés Tersanik-Oglou, qu’il avait suivi dans toutes ses campagnes, il livra plusieurs combats aux Russes, qui avaient envahi la Moldavie, en 1806. S’il ne put les empécher de prendre Boukharest , il détruisit du moins, l’année suivante, une partie de leur armée.
Aprés la révolution qui précipita du trone Sélim III pour y placer Moustap ha IV, en 1807, Bairak-Dar, dissimulant son attachement pour le sultan détroné, feignit de marcher contre les Serviens ; puis, se rapprochant d’Andrinople, il forgale grand-vizir de se porter avec lui sur Constantinople pour rétablir Sélim. Mais, en pénétrant dans la premiére cour du sérail, il n’y trouva que le cadavre de ce prince infortuné, Ses larmes cédérent bientot a sa fureur. Il fit périr tous Jes fauteurs de la mort de Sélim, déposa Moustapha le 28 juillet 1803, et proclama sultan son frére Mahmond TT. Il avait déja destitué le moufty, Pagha des janissaires , et tous les oulémahs qui avaient pris part a la derniére révolution.
Nommé grand-vizir, il travailla sans relache & maintenir la tranquillité dans la capitale, 4 renforcer ’armée ottomane, et A supprimer les redoutables janissaires en les enrélant dans les corps des seymens, qui, diessés a la discipline et a la tactique européennes par des officiers francais et allemands, avaient suceédé au nisam-djedid, créé par Selim. Ces innovations, qui avaient été le prétexte de la déposition de ce prince, excitérent les murmures des oulémas, des fanatiques musulmans, et lextréme sévérité dont usa Bairak-Dar pour les contenir acheva d’exaspérer les esprits. Le 15 novembre 1808 les janissaires se soulevérent, et, secondés par la populace et par la flotte, qui venait d’entrer dans le canal, ils attaquérent le sérail en redemandant Moustapha IV. Le grand-vizir, quis’y élait renlermé apres avoir obtenu d’abord des succés inutiles contre les rebelles, y opposa encore la plus vive résistance; mais, voyant qué Vincendie gagnait le palais, et craignant de tomber vivant ‘entre les mains de ses ennemis, il fit étrangler Moustapha, dont la téte fut jetée aux révoltés; puis se plagant sur une mine, il se fit courageusement sauter, Le lendem ain, son cadavre, trouvé dans les décombres, fut accablé doutrages 5 mais Jes vainqueurs ne jouirent pas lontemps de leur triomphe. H, AUDIFFRET,
BAIRAM. Voyez Beinam.
BAIREUTH, autrefois capitale de la principauté de méme nom et aujourd’hui chef-lieu de la Haute-Franconie,
BAIKEUTH — BAISER
en Baviére, sige de l’'administration supérieure de cette province et d’un consistoire protestant, est située sur la rive gauche du Main-Rouge, dans une contrée agréable; les rues en sont larges et régulitres; et, en y comprenant la petite ville de Saint-Georges, ou se trouvent une maison de correction, une maison d’aliénés et un hdpital militaire, on y compte une population de 18,000 dmes. On voit, en outre, a Baireuth un gymnase, une école d’arts et métiers et dagriculture, un cabinet d’histoire naturelle, riche surtout en pttrifications, un vieux et un nouveau chateau oi résidait le prince Pie, fils du duc Guillaume de Baviére-Birkenfeldt, une belle salle d’opéra, une grande église de style gothique, une belle caserne; enfin elle est le siége de la Société historique de la Haute-Franconie, qui posstde une riche collection d’antiquités allemandes, La fabrication du tabac, des pipes, des poteries, des draps, des cuirs, des parchemins et des objets de grosse quincaillerie, constitue la principale industrie de cette ville, au voisinage de laquelle existe une grande filature de chanvre, Il y a aussi une raffinerie de sucre A Saint-Georges. Aux environs de Baireuth on trouve les chateaux de Sans-Pareil, de ’Ermitage (avec un pare admirablement dessiné), et de Fantaisie (propriété particuliére et résidence favorite du duc Alexandre de Wurtemberg), tous monuments de la munificence des princes qui les firent construire. C’est A Baireuth que vécut Jean Paul, dans un cercle de relations modestes. La statue en bronze , par Schwanthaler, qui a été élevée a Villustre écrivain en 1841 est un des ornements de la ville.
L’histoire de la principauté de Baireuth (autrefois Kulmbach) se confond dés une époque extrémement éloignée avec celle d’Anspach. La plus grande partie de cette contrée appartint pendant les douziéme et treiziéme siécles aux ducs
de Méran, puis passa en 1248 au burgrave Frédéric de Nu- -
remberg, qui épousa Elisabeth, sceur du dernier duc de Méran. Frédéric V de Nuremberg obtint en 1362 de l’empereur Pinvestiture d’Anspach et de ses dépendances, fief qu’en 1398 il partagea en faveur de ses deux fils en Hauwt-Pays, avec les villes de Kulmbach et Baireuth, de Wunsiedel, etc., et en Bas-Pays, avec Anspach, Erlangen , etc. Le premier lot échut a Jean, qui établit sa résidence a Plassenburg prés Kulmbach, et mourut en 1420 sans laisser d’héritiers. Le Haut-Pays fit alors retour a son frére Frédéric VI, margrave d’Anspach, a la mort duquel ( 1440) Jean l’Alchimiste, Yainé de ses deux fils, en hérita. Mais celui-ci le rétrocéda en 1457 Ason frére cadet Albert-Achille, déja souverain du Bas-Pays. Les deux fils de ce dernier, Frédéric et Sigismond, gouvernérent alors collectivement la contrée jusqu’en 1495, époque of mourut Sigismond et ot les deux principautés n’eurent plus qu’un seul souverain. Des deux fils de celui-ci, ’un, Georges le Pieux, mort en 1543, établit sa résidence 4 Anspach, et l'autre, Casimir (mort en 1527), a Baireuth. Quand, aprés la mort de Casimir, son fils Albert, surnommé Alcibiade , fut devenu majeur en 1541, le sort lui assigna Baireuth en partage. Mais lui-méme étant mort en 1557 sans laisser de postérité, Baireuth fit retour a Georges-Frédéric d’Anspach, qui avait succédé a son pére, mort en 1543, ef qui mourut lui-méme en 1603 sans laisser Whéritiers. En vertu de Ja convention de Géra , conclue en 1598 , les pays franconiens passérent alors aux fils puinés de l’électeur Jean-Georges de Brandebourg. L’un d’eux, Joachim-Ernest, mort en 1625, dont la descendance se continua en ligne directe jusqu’a Christian-Frédéric-Charles-Alexandre (voyez CRAVEN), qui abdiqua en 1791, et vendit ses Etats a la maison électorale de Brandebourg moyennant une pension annuelle, eut en partage la principauté d’Anspach. Christian, autre fils de Jean-Georges, recut pour sa part la principauté de Baireuth , et fixa sa résidence dans la ville (le Baireuth, qui atteignit l’apogée de sa prospérité sous le régne du margrave Frédéric, prince aimant le faste et ayant surtout le goat des constructions, Il avait succédé a son
pére en 1735, et mourut sans enfants en 1763. Le Haut-Pays se trouva alors encore une fois réuni sous les lois du méme souverain qu’Anspach, jusqu’a ce que l'un et lautre passassent en 1791 sous la souveraineté de la Prusse. En 1806 celle-ci dut les abandonner a Napoléon, qui en 1810 en fit cession a la Baviére.
BAIROUT. Voyez Béimour.
BAISANCOR. Voyez Ac-Coin.u.
BAISE-MAINS. Dans la langue féodale ce mot désignait un hommage du vassal 4 son seigneur, et une redevance pécuniaire ou en denrées, que les tenanciers payaient an seigneur foncier a chaque renouvellement de bail 4 rente. C’était quelque chose d’analogue 4 ce qu’on a appelé depuis pot-de-vin ou épingles, dans les transactions qui ont pour cause une vente ou une location.
Le baise-mains est encore une des plus anciennes ftraditions de I’Eglise catholique; ce n'est d’ailleurs pas un hommage gratuit, il est toujours précédé de l’offrande dans les pays ou il est encore en usage.
Le baise-mains , considéré comme une faveur royale , a été longtemps en usage en Orient; mais depuis la mort d’Amurat I°", tué par un soldat servien, quis’ était approché de ce sultan sous prétexte de lui parler, il n’a plus été permis aux étrangers ni méme aux ambassadeurs de s’approcher de Sa Hautesse. Le sultan ne leur répend qu’en s’adressant & son grand vizir. M. de Vergennes fut le premier diplomate auquel le sultan répondit directement. Cette exception a fait époque dans la diplomatie européenne. En Espagne, il est @étiquette de baiser la main du roi, surtout aux installations et aux grandes réceplions. En Portugal, lorsque don Pedro, amant d’Inés de Castro, fut monté sur le tréne, il fit exhumer le cadavre de sa maitresse, et forga les grands a lui baiser la main. En Russie cet usage subsiste encore aujourd@hui.
L’usage de baiser la main des dames n’est plus en France qu’une simple politesse sans conséquence.
Ce mot dans son acception proverbiale change de genre ; on dit : demander & belle baise-main , pour exprimer l’insistance humble et forcée de la personne qui réclame le pardon dune faute, Poubli d’une inconvenance, une grace, une préférence. Pris dans ce sens, demander a belle baise-main appartient au vocabulaire des solliciteurs.
Il signifie aussi compliments , salutations respectucuses ; dans ce cas, il prend le pluriel, et n’est dusage qu’a l’égard des dames. Exemple : mes baise-mains a@ madame, & mademoiselle, etc., formule de politesse surannée, que le laisser-aller de nos relations sociales a frappée de désuétude.
BAISEMENT DE PIEDS. L’usage de baiser les pieds, apres avoir été en Orient dés l’antiquité la plus reculée un acte de soumission et de respect, fut introduit en Occident par les empereurs romains, puis exigé plus tard par les papes, notamment par Grégoire VII, comme une marque du profond respect que toute la chrétienté catholique et romaine devait témoigner aux souverains pontifes. D’aprés le programme du cérémonial, le pape porte a cet effet des pantoufles ou mules sur lesquelles est brodée une croix, et c’est cette croix que l’on baise. Les pantoufles du cadayre du pape, quand il est exposé sur son lit de parade, reg¢oivent également des fidéles le baisement de pieds. Aujourd’hui les protestants et encore les membres de familles souveraines admis & l’audience du pape sont dispensés de cette partie du cérémonial en usage a la cour de Rome; mais tous les catholiques y sont astreints.
BAISER. Le baiser était une maniére de saluer trés-ordinaire dans toute lantiquité. Plutarque rapporte que les conjurés avant de tuer César lui baisérent le visage, la main et la poitrine, Tacite dit que lorsque son beau-pérerevint a Rome, Domitien le recut avec un froid baiser, ne lui dit rien et Je laissa confondn dans la ville. L’inférieur qui ne pouvait pal'venir A saluer son supérieur en le baisant appli-
quait sa houche a sa propre main en lui enyoyant ce baiser , quwon lui rendait si on youlait.
On employait méme ce signe pour adorer les dieux. Job,
dans sa parabole, qui est peut-étre le plus ancien de nos li- - vres connus, dit « qu’il n’a point adoré le soleil et la lune comme Jes autres Arabes; qu’il n’a point porté sa main a sa bouche en regardant ces astres ». Il y avait chez les anciens je ne sais quoi de symbolique et de sacré attaché au baiser, puisqu’on baisait les statues des dieux et leurs barbes quand les sculpteurs les avaient figurés avec de la barbe. Les initiés se baisaient aux mystéres de Cérés, en signe de concorde,
C’est une chose horrible de trahir en baisant : c'est cequi rend l’assassinat de César encore plus odieux, Nous connaissons assez les baisers de Judas ; ils sont devenus proverhe.
Joab, un des capitaines de David, étant fort jaloux d’Amasa, autre capitaine, lui dit: « Bonjour, mon frére; » et il prit de sa main le menton d’Amasa pour le baiser, et de Yautre main il tira sa grande épée et l’assassina d’un seul coup, si terrible que toutes ses entrailles lui sortirent du corps.
On ne trouve aucun baiser dans les autres assassinats, assez fréquents, quise commirent chez les Juifs, si ce n'est peutétre le baiser que donna Judith au capitaine Holopherne, avant de lui couper la téte dans son lit, lorsqu’il fut endormi ; mais il n’en est pas fait mention, et la chose n’est que vraisemblable.
Dans une tragédie de Shakspeare nommée Of¢hello , cet Othello, qui est un négre , donne deux baisers 4 sa femme avant de Pétrangler. Cela parait abominable aux honnétes gens ; mais des partisans de Shakspeare disent que c'est la belle nature, surtout chez un négre.
Il n’y avait point d’autre maniére autrefois de saluer les dames en France, en Allemagne, en Angleterre, qu’en les baisant sur la bouche; c’edt été une incivilité, un affront qu’une dame honnéte, en recevant la premiére visite @un seigneur, ne le baisat pas 4 la bouche, malgré ses moustaches. « C’est une déplaisante coutume, dit Montaigne, et injurieuse aux dames, d’avoir a préter leurs lévres a quiconque a trois valets Asa suite, pour mal plaisant qu’il soit. » Cette coutume est pourtant la plus ancienne du monde.
C’était le droit des cardinaux de baiser les reines sur la bouche, et méme en Espagne. Ce qui est singulier, c’est qu’ils neurent pas la méme prérogative en France, ot les dames eurent toujours plus de liberté que partout ailleurs; mais chaque pays a ses cérémonies, et il n’y a point d’usage si général que le hasard et Vhabitude n’y aient mis quelques
exceptions.
Il est & remarquer que J’esptce humaine, les tourterelles et les pigeons sont les seuls qui connaissent le baiser; de la est venu chez les Latins le mot columbatim, que notre langue n’a pu rendre, VOLTAIRE.
Les Latins avaient des mots différents pour marquer la différence des baisers : ils appelaient oscudum un baiser donné entre amis, basium un baiser donné par honnéteté, et suavium un baiser d'amour. L’auteur du Livre de l’Amiti¢ , compris dans les Gluvres de saint Augustin , distingue quatre sortes de baisers ; le premier, nommé baiser de reconciliation, se donnait entre ennemis que lon était parvenu a rapprocher; le second, le baiser de paix, que les chrétiens échangeaient dans léglise au temps de la communion; le troisiéme est le baiser d’amour ; le quatriéme est le baiser dela foi, qui s’octroyait entre les catholiques, et principalement 4 ceux envers qui ils exercaient ‘ Vhospitalité. Quant au baiser de paix, qui pouvait éga- Jement s’appliquer 4 trois des circonstances que nous venons d’énumérer , il parait que la coutume s’en introduisit parini les clirétiens des l'origine de ?Eglise, comme symbole de concorde et de charité mutuelle, Saint Pierre et saint Paul finissent leurs lettres en disant aux fiddles : « Saluez-
BAISER — BAJASID
vous les uns les autres par un saint baiser. » Saint Justin Tertullien, saint Cyrille de Jérusalem et les péres des sidcles suivants en parlent également; il en est fait mention dans le concile de Laodicée, dans les Constitutions apostoliques et dans toutes les anciennes liturgies. Les paiens, dit labbé Bergier, prirent de la un prétexte pour calomnier les chrétiens, et leur firent un crime de cette marque d’amitié fraternelle. C’est sans doute a ce reproche que saint Ambroise fait allusion lorsqu’il dit que le baiser est une marque @amitié, un gage précieux de charité, et que c’est un sacrilége d’en abuser. Quoi qu’il en soit, ce baiser a été aboli depuis que les chrétiens ont perdu cette franchise et cette simplicité qui les distinguaient dans les premiers siécles, et nous he croyons pas méme que Ja secte des pictistes en ait conservé l’usage.
L’usage de donner un baiser dans les cérémonies féodales était trés-fréquent. Il sedonnait d’ordinaire sur la bouche, sur le front, sur les yeux, sur les mains, sur les pieds, sur les genoux. Le vassal, en rendant foi et hommage a son suzerain, était tenu de lui baiser la main. Les femmes étaient admises a se baiser sur la bouche. Si le seigneur se trouvait absent, ’hommage n’en était pas moins dd au manoir féodal, et le baiser était donné au verrowil de la porte, ce dont il était dressé acte.
BAJISSE et BAISSIER. Voyez Bourse.
BAITOSITES , secte judaique, qui se confond avec celle des sadducéens. Elie prit son nom de Baitos, son chef.
BAIUS (Micuet), docteur de Louvain, fut député par Philippe 11, roi d’Espagne, aux derniéres sessions du concile de Trente, oi il se fit remarquer par une profonde érudition. En 1560 il avait fait paraitre, comme le fruit de ses longues études sur saint Augustin, un livre sur la grace, le libre arbiire, etc., dans lequel se trouvaient renfermés les premiers germes de ces erreurs que devaient reproduire plus tard Jansenius et ses disciples. Cet écrit trouva des partisans ; la Faculté de Paris le censura : de 1a des disputes , qui pourtant n’eurent pas de suites, parce que dés l'année suivante le souverain pontife, Pie LV, imposa silence aux deux partis. A son retour duconcile, Baius écrivit de nouveau, et toujours dans le méme sens. Un grand nombre de propositions tirées de ses ouvrages furent condamnées par une bulle de Pie V, en 1567. Baius, affligé de cette censure, essaya de se justifier dans une épitre apologétique, et de donner aux passages incriminés un sens a peu prés orthodoxe. Grégoire X11, confirmant les décisions de son prédécesseur, envoya 4 Louvain le iésuite Tolet, demander unerétractation, et faire reconnaitre 4 l’'auteur que les propositions condamnées l'avaient ¢té dans le sens gwil avait entendu leur donner. Le docteur se soumit humblement; mais ses disciples, moins dociles, continuérent a répandre sa doctrine, qui se confondit, quelques années aprés, avec celle que préchaient les jansénistes. Baius mourut en 1589, laissant une réputation méritée de savoir et de modestie , et ne conservant de ses erreurs que le regret de les avoir publiées.
L’abbé C, BANDEVILLE.
BAJA, BAJA. Voyes Bais.
BAJASID ou BAYAZID, ville batie au pied de Allah- Dag ou Montagne de Dieu, dans le Bakewant, province de Pancienne Arménie, Elle donne son nom a un petit pachalik, autrefois dépendance d’Erzeroum, borné au nord par le Haut-Pasine, a louest par la principauté persane de Makou, a ouest par le Bas-Pasine, et par le sud au Malesgerd. La plus grande partie de la population se compose de Koure des vivant de brigandage, Les Arméniens ont été se fixer en masse dans l’Arménie russe, Les Russes, en 1828, occupérent longtemps cette ville et le pachalik; dans la guerre de Crimée ils y rentrérent aprés avoir chassé les Tures, et y demeurérent un mois. Bajasid , qui ne compte pas plus de 15,000 Ames, fait un grand commerce avee la Georgie et la Perse, Ses fortifications remontent & Mahomet II.