‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 246 sur 488 · BAJAZET · texte numérisé non relu

BAJAZET

logue régnait dans les murs de Byzance. Assiégé, il appelle la France a son aide (1409). Boucicaut l’entend; jaloux de se venger de la défaite de Nicopolis et de la captivité de Pruse, il s’embarque 4 Aigues-Mortes, force Hellespont, que gardaient soixante-dix galéres, et se jette dans Constantinople avec six cents hommes d’armes. Pendant une année le maréchal et ’empereur combattent cdte & cdte pour le dernier débris du nom romain. Au bout de ce temps, Manuel se décide a aller lui-méme chercher en France des secours. I! laisse le tréne & Jean, son compétiteur, pour mettre fin 4 des discordes insensées, et il part. La rage de Bajazet redouble. Peut-étre allait-il obtenir, 4 la place de Mahomet II, la gloire d’en finir avec le fantéme de l’empire d’Orient. A ce moment, un ennemi nouveau, un ennemi formidable, qu’encourage la longue imutilité de ce siége ruineux, parait sur les frontiéres d’Asie. Il s’avance vers Byzance a marches forcées au travers de l’Orient (1400), C’était Tamerlan. Tamerlan, ou Timur-Beg, avait recueilli les restes de empire de Gengis-khan; il venait de fonder dans le Mogol une nouyelle monarchie tatare, a laquelle obéissaient Indoustan, la Perse, le Caucase, les provinces méridionales de la Russie. Le terrible khan s’offensa de la gloire de Bajazet. 1] s’irritait de voir les princes chrétiens de ?Arménie trouver un refuge contre ses fureurs auprés de la Porte-Ottomane. Il écrivit & l'empereur des Romains, car il l’appelait ainsi, et ¢’était par mépris, des lettres insultantes : « Qu’as-tu fait, disait-il, pour justifier ton insolence et ton orgueil? Tu as vaincu les chrétiens!... Mais l’apdtre du Dieu des croyants bénissait ton épée. Maintenant, réfléchis; repens-toi. Détourne le tonnerre de notre vengeance; tu es la fourmi; 1’éléphant t’écrasera sous un de ses pas. » Bajazet répondit : « Tes armées sont innombrables; mais que sont les fléches de tes Tatares devant le cimeterre et la hache de mes janissaires? Je défendrai les princes qui m’ont imploré. Viens les prendre dans ma tente, et, si je fuis devant tes armes, que mes femmes désertent trois fois ma couche. Mais si toi, tu n’as pas le courage de m’attendre sur les champs*de bataille, puisses-tu ne revoir tes femmes que trois fois flétries par les embrassements de I’étranger! » Tamerlan passa )’Euphrate, envahit ’Anatolie, emporta Sivas, et, au lieu d’attendre Bajazet, voulant lui donner, dit-il, le temps d’anéantir les chrétiens de Byzance, il courut sur la Syrie , écrasa les mamelouks, qui y régnaient, les poursuivit en Kgypte, et revint en Asie Mineure joindre ’Ottoman.

L’armée turque montait & deux ou trois cent mille hommes. Les musulmans de ’Asie Mineure, les chrétiens qu’épouvantait le joug des Tatares, vingt mille cavaliers d’Europe fortement cuirassés et les janissaires, telles étaient les forces qui fondaient Vespoir de Bajazet. 1] courut a la rencontre de son rival. Le choc eut lieusous Angora (28 juillet 1402 ). Le vieux khan langait lui-méme les lignes de ses innombrables escadrons de Tatares, Bajazet combattit avec cette ardeur quilui avait fait donner le surnom d’/idérim, ou P£clair. 11 en avait Péclat, il en eut la destinée. L’étoile de Tamerlan l’emporta. Les troupes d’Anatolie , préoccupées du sort de leurs émirs, secondérent mal le sultan. Ses cuirassiers , bardés de fer, se troublérent sous les vives attaques du Mogol. Enfin, son troisiéme fils, Soliman, donna Vexemple de la fuite, et ne s’arréta qu’en Europe. 11 emportait le trésor de Pruse. Ce prince s’occupa sur-le-champ de recueillir ’empire qui échappait & son pre; car Bajazet était tombé au pouvoir du vainqueur, Comme afin d’expier a la fois toutes ses prospérités, il eut la douleur d’assister a l’incendie de Pruse, & la soumission de l’Asie Mineure, a la chute de Smyrne, qui, épuisée par dix ans de lutte contre les Turks, tomba en quelques jours devant les Tatares,

Un spectacle plus cruel encore l'attendait : e’étaient les discordes de ses cinq fils', qui se disputaient sur lautre rivage du Bosphore et les débris de son héritage, et la pro-

BAJAZEY — BAKER

tection de Tamerlan, ou bien celle des Paléologues. L’historiographe du Mogol , Scherefeddin , raconte l’accueil que Bajazet et Mousa son second fils trouvérent dans la tente de leur vainqueur, en des termes qui semblent textuellement imités de la conduite généreuse du Prince-Noir envers le roi de France et son fils, prisonniers, cinquante ans auparavant, sur le champ de bataille de Poitiers. Voltaire, qui frondait toutes les autorités, méme celle de Vhistoire, adopta ce récit pour railler la tradition de la cage de fer dans laquelle on disait que le monarque ottoman avait été trainé a travers Asie. Le troupeau des écrivains a depuis imité Voltaire. Cependant, il est & remarquer que tous les annalistes et chroniqueurs contemporains, non-seulement turks, mais syriens, grecs, italiens, frangais, y compris le maréchal de Boucicaut dans ses Mémoires, s’accordent sur la cage de fer, sur la marche triomphale, sur mille duretés beaucoup moins extraordinaires en elles-mémes chez de pareils hommes et en de pareils temps que ne le serail la générosité du barbare. On prétend que dans les fétes de la victoire, la table de Tamerlan, ot Bajazet ¢tait assis le sceptre 4 la main, fut servie par les odalisques nues du sultan captif et par sa femme méme, la princesse de Servie Despina, qu’il avait épousée a exemple de son aieul Orcan, pour hater en quelque sorte le mariage des deux nations. C’est depuis lors que les sultans , pour éviter de semblables affronts, ont cessé d’épouser leurs femmes préférées et de les couronner.

Tombé du haut de sa gloire dans cet abime, la vie de Bajazet sy épuisa promptement. Il mourut au bout de neuf mois, & Akshehr en Pisidie (9 mars 1403), tandis que Tamerlan l’entrainait dans sa capitale de Samarkande, pour y triompher (1404) & la maniére des Césars avant d’aller couronner sa yieillesse par la chute de l’empire de la Chine. La mort (1° avril 1405) interrompit dans ce dernier réve de son orgueil le terrible khan. Car cette lot universelle de Phumanité a cela de bien, qu’elle a raison a la fin de ceux que ne chatie pas la fortune. Tamerlan avait vengé Jean de Bourgogne, Philippe d’Artois , Bourbon, Coucy ; la mort vengea Bajazet. C’est 1a Pathléte infatigable qu’il faut appeler le yainqueur des vainqueurs de la terre,

N.-A, DE SALVANDY, de l’Académie Francaise.

BAJAZET II fut le buitiéme sultan des Turks; il était Varriére-petit-fils de Bajazet I°*. Les cing fils de ce prince 3e disputérent pendant onze ans le tréne laissé vacant par sa défaite et par sa captivité, Le dernier d’entre eux , Mahomet I°', était demeuré seul maitre de ce qui restait de empire (1414). Amurath II, son fils (1422), rétablit la puissance des Ottomans. Mahomet II, fils d’Amurath (1451), rendit cette puissance plus sensible au monde en renyersant enfin sous les ruines de Constantinople (29 mai 1453) la derniére ombre, encore auguste et respectée, de l’empire d’Orient, Aprés cette victoire, Mahomet II étendit de tous cétés ses frontiéres. Il envahit les files, prit Chio et Lesbos, soumit Athénes, pénétra dans la Morée , abattit Scanderbeg, et ne trouva d’obstacle & ses progrés que dans la valeur des chevaliers de Rhodes et le déyouement des Hongrois conduits par Mathias Corvin. De YEpire, il venait de jeter ses bandes dans le royaume de Naples, portant de 1a l’effroi jusque dans Rome, et faisant fuir du Vatican l’ardent Pie Il, qui travaillait en vain, pour venger Byzance et sauver Rome, 4 ranimer l’esprit des croisades. Ce qui fut plus efficace, Mahomet mourut tout A coup dans la cinquante et uniéme année de son age, aprés un régne glorieux de trente ans (1481).

C’est alors que l’empire échut a Bajazet II, son fils, sorte de moine musulman, qui fut sur le point de renoncer au trone pour ne pas suspendre un pélerinage 4 La Mekke qu'il allait entreprendre. A son retour, il trouva la guerre civile. Zizim (Zem-Tchelebid ) , son frére puiné, se prétendait reyétu du droit d’ainesse quant & empire , parce qu’étant né

lorsque déja Mahomet leur pére régnait, il était, disait-i! , seul fils du sultan, La naissance de Bajazet IJ, au contraire, était antérieure a l’avénement de leur pére. Cette querelle entraina une grande effusion de sang. Zizim, qui s’était fait proclamer en Bithynie, et avait en Egypte l’appui des mamelouks, fut vaincu dans deux batailles. Il s’enfuit 4 Rhodes, en France, & Rome enfin. Les chevaliers de Rhodes , Charles VIII, Innocent VIII, protégérent tour 4 tour le prétendant turk : il finit par mourir ( 1495) ,empoisonné, dit-on, de la facon d’Alexandre VI, tandis qu’il accompagnait le roi de France dans sa marche viclorieuse a travers !’Italie et que Charles se préparait & étendre ses conquétes du royaume de Naples jusque sur la Gréce. Des revers du cété des mamelouks, quelques succes du cété des Dalmates et des Vénitiens , quelques efforts pour soutenir en Espagne dans leur chute les derniers débris de la domination des khalifes, tels furent les seuls événements qui marquérent le long régne de Bajazet , long surtout aux yeux de son fils Sélim. Ce prince souleva les janissaires , réduisit son pére a abdiquer (1512) apres trente et un ans de régne, et le fit empoisonner presqueaussitot, tandis qu’il mettait 4 mort tous les princes de sa race, pour ¢tre plus sir de rester sans compétiteur. Qu’estce done que Ja puissance pour valoir tant de crimes? Ou bien qu’est-ce que la nature, seule et livrée a elle-méme, pour s’y préter? N.-A. DE SALVANDY, de l’Acad, Francaise.

BAJAZET, prince musulman de la race d’Othman, ou plutot prince francais de la fagon de Racine, était fils de l'‘empereur Achmet I°’. Comme personnage politique, i! n’a de droits 4 Ja mention de Vhistoire que ceux qui lui sont échus comme personnage tragique. I] était né dans les premiers jours du dix-septiéme siécle, trés-orageuse époque des annales ottomanes. Amurath IV Vavait ménagé par mépris, il estimait davyantage un autre de ses fréres, Bajazet, et, en conséquence ,, il le fit mourir. Entre tous les princes de la race d’Othman que le cordon et le poignard ont punis du crime de leur naissance depuis Bajazet [et jusqu’a nos jours, la seule particularité qui distingue ce malheureux Bajazet dont nous nous occupons, c’est qu’il voulut vendre sa vie aux esclayes chargés de la prendre. Du reste, sa gloire , ses amours, ses vertus, sont de l’invention du poéte. On peut en dire autant, il faut l’avouer, du sérail, des sultanes et des moeurs que nous a montrés son génie.

BAJOIRE, espéce de médaille sur l’un des cétés de laquelle sont superposées deux figures, dont l'une couvre presqu’entiérement le profil de autre. Ce nom est, dit-on, une corruption du vieux mot daisoire. Il était autrefois donné de préférence 4 une monnaie d’or de Hollande et a une monnaie d’argent dé Genéve.

BAJULE, nom d’un officier de la cour dans |’empire grec, chargé de )’éducation du prince. Il y avait le grand et le petit bajule, c’est-a-dire le précepteur et le sousprécepteur,

BAREL, village francais du haut Sénégal, situé au centre du pays de Gadiaga, fut fondé en 1852, par quelques maisons de commerce qui y établirent des comptoirs. En 1855, on fut foreé de le briler, et le gouvernement francais s’en empara ainsi que de toutes les terres de culture, Les indigénes forment la plus grande partie de la population. Bakel est un des principaux marchés de la gomme, que des caravanes y apportent des foréts de l’intérieur, et qui est de la expédiée en France par Saint-Louis. Les missionnaires ont fondé a Bakel une maison d’école.

BARER (sir Samvet-Waire), voyageur anglais, né le 8 juin 1821 dans le comté de Worcester, fut destiné a suivre la carriére d’ingénieur. De bonne heure, il accompagna dans l’ile de Ceylan son frére ainé, qui allait y fonder une ferme-modéle. Ses premiers ouyrages , intitulés the Rifle and the Hound in Ceylon (1854) et Eight years’ wanderings in Ceylon (1855) , sont d’intéressants récits Ge chasses et de voyages. Ensuite il dirigea la construction du

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