BAL
bourg Saint-Marceau, a ’hétel de la Reine-Blanche. Cette soirée manqua de lui ¢tre fatale: il avait fait son entrée avec quatre seigneurs qu’il tenait enchainés déguisés en sauvages. Le duc d'Orléans, frére du roi, approcha imprudemment un flambeau de leurs costumes d’étoupes et de toile goudronnée; le feu y prit, Pincendie se propagea , la salle fut embrasée. La présence d’esprit de la duchesse de Berri sauva le roi : elle éteignit le feu qui Yentourait en l’enve. loppant tout entier dans les plis de sa robe. Les quatre compagnons du monarque périrent, et lui retomba dans ses anciens accés.
Les tristes suites de ce bal refroidirent promptement en France le godt qui s’y était répandu pour ce genre de plaisir, Ce fut exemple de I’Italie, celui de ’Eglise surtout, qui le ranima parmi nos ancétres. Lors du passage de Charles VIII a Milan, en 1500, il assista 4 un bal dans les danses duquel figurérent les cardinaux de Saint-Séverin et de Narbonne, En 1562, nous voyons les péres du concile de Trente euxmémes clore leurs graves réunions par un bal dont ils font courtoisement les honneurs, L’arrivée de Catherine de Médicis en France y nationalisa le bal masqué; peut-¢tre son astucieuse politique y cherchait-elle autre chose qu’un divertissement. En 1581, le mariage du duc de Joyeuse avec Marguerite de Lorraine devint pour la cour le signal de nouvelles fetes, dont la danse fut le principal élément. La reine, les princes et les princesses en firent les honneurs. Les bals se multipli¢rent sous le galant Henri IV. Le froid Louis XIIT eut aussi les siens. Sous le brillant Louis XIV ils semblérent un moment ¢clipsés par la danse plus pompeuse des ballets. Nous retrouvons cependant un véritable bal dans la féte donnée en 1668 a Versailles, et dont Moliére nous a transmis les détails. Le bal proprement dit reparut avec son lustre quand le roi cessa de disputer aux acteurs de profession le sceptre du théatre.
En 1697, a l'occasion du mariage du duc de Bourgogne, la magnifique galerie de Versailles retentit du son des quadrilles des violons du roi et des joyeux pas de danse exécutés par les premiéres illustrations européennes; mais jusqu’a cette époque il n’y avait eu guére de bals qu’a la cour et chez les grands: on edt vainement cherché un intermédiaire entre ces pompeuses fétes et Phumble bal de village. Celui-l4 du moins est de la plus grande ancienneté. De tout temps le ménétriera rassemblé autour de lui les paysans pour leur faire oublier, les jours de féte, la sévérité de l'Eglise, la dureté du seigneur et la fatigue du travail.
C’est en 1715 qu’une ordonnance créa le bal de l’Opéra, qui cut lieu trois fois par semaine et popularisa ce divertissement dans la capitale. On dut & un moine Vinvention du mécanisme qui élevait pour ces nuits de plaisir le plancher du parterre au niveau de la scéne. Combien il y a loin de ces préludes du bai de l’Opéra a ce bal d’intrigues gourmé, sentencieux, vétu de dominos noirs ou roses, qu’a décrit plus haut notre spirituel collaborateur! Bloqué aujourd’hui dans le foyer du théatre, il laisse l’intérieur de la salle aux galops échevelés, délirants, des pierrots, pierrettes, chicards et débardeurs. Alors Yorchestre des concerts abandonne la douce symphonie pour ces airs formidables comme la tempéte, et Musard régne en triomphateur dans ces nuits de folie par la verve entrainante de ses compositions.
A partir des premiéres années du dix-huitidme sidcle le bal devint le passe-temps de toutes les classes de la société, et tout le monde dansa. Les événements heureux, soit pour l’Etat, soit pour les familles, se célébrdrent par des bals. Les municipalités donnérent des bals & la naissance et au mariage des princes; et les plus modestes familles eurent au moins ces bals de noce gratuits, ou A frais communs pour les invités, ot! la nouvelle épouse étouffe un instant dans les tourbillons de la valse les derniéres émotions de la jeune fille.
Le bal affermit son régne au bruit de nos dissensions po-