BAL — BALADIN
| fitiques. Les ennemis de la révolution de 1789, oubliant
avec une incroyable légéreté les pertes qu’avaient éprouvées jJeurs familles, dansérent, pour ainsi dire, sur des tombeaux dans ces bals des victimes donnés de toutes parts aprés le 9 thermidor, et od nul n’était admis s'il n’avait eu au moins un parent décapité par la guillotine. Plus tard, la République et Empire virent leurs vaillants guerriers , sortis pour la plupart des rangs du peuple, oublier dans les rares et courts intervalles de la paix, souvent méme entre deux victoires, les horreurs du champ de bataille au milieu des plaisirs du bal.
Le 2 juillet 1810, quelques mois aprés le mariage de |’empereur Napoléon avec Marie-Louise, l'ambassadeur d’Autriche Schwartzenberg donna une fete magnifique 4 |’archiduchesse, devenue |’épouse du héros. Au milieu de la brillante cohue du bal, un incendie se déclara; la grande salle dans laquelle s’agitaient les danseurs fut rapidement dévorée. L’impératrice quitta 4 la hate ce lieu d’horreur; l’empereur resta jusqu’a ce que les flammes fussent éteintes. Plusieurs personnes. ayaient malheureusement péri, entre autres la bellesour elle-méme de Schwartzenberg. Le peuple en éprouva de superstitieuses terreurs, et se prit & regretter plus que jamais la bonne impératrice Joséphine.
Les bals d’été, sous la Restauration, fréquentés généralement par les gros marchands, leurs délicieux enfants et leurs fidéles épouses, ainsi que par les courtauds de boutique, les sensibles grisettes et la population flottante de la capitale, avaient- pour siéges principaux Tivoli, qui a fait place a tout un quartier de Paris; puis Marbeuf, l’lle-d’Amour, le Delta, la Grande Chaumiére, le Ranelagh, le Prado, l’Ermifage, le Chateau des Fleurs, etc.; enfin le jardin Mabille et la Closerie des Lilas , qui sont encore debout.
Aujourd’hui, outre ces deux bals , outre ceux des fétes de village des environs de Paris , toute l’échelle sociale dansante n’est-elle pas libre de s’épanouir 4 son aise , tant que dure la belle saison, soit les dimanches , soit 4 certains jours de la semaine, au Waux-Hall, au Casino Cadet, a Valentino, rendez-vous des étudiants et étudiantes, au Chateau- Rouge ; 4 Asniéres, rendez-vous des canotiers et canotiéres ; a Enghien, lieux chers ala bourgeoisie nomade de la capitale, aux aventureuses beautés de Breda-Street, et ou brillent les reines de la mode ; puis, en descendant plus bas encore, a tous ces bals de barriére , ot le militaire et le civil des deux sexes fraternisent 4 grands flots de vin bleu, a grand renfort de veau social et de salade démocratique, entre le combat qui ne reviendra plus, on Vespére bien, et la contredanse, qui ne saurait revenir assez fréquemment pour achever de mettre un peu d’harmonie dans les tétes?
Au mois de décembre commence la saison des bals d’hiver, qui ne finit qu’avec le mois de mars. Ce sont autant de foires ou les méres étalent leurs filles 4 marier ; les coquettes, leurs charmes et leurs diamants; les heureux, leur suffisance; les notabilités du jour, leurs croix et leurs rubans; les nullités, leurs habits 4 la mode. En général, on danse au bal, c’est convenu, mais on ne va point au bal pour y danser. Les provinciaux de passage 4 Paris sont trés-friands des bals officiels des Tuileries, de |’Elysée, des Ministéres, de YHotel de Ville. Il n’est point de bassesses qu’ils ne soient préts a faire afin d’obtenir une ou deux invitations pour y assister avec leurs dames. Le Parisien s’en soucie beaucoup moins. C’est beau, c’est magnifique , c’est éblouissant , c’est admirable , sans contredit; mais c’est aussi épouvantablement ennuyeux et fatigant. On peut en dire autant, sans calomnie, de beaucoup de bals du faubourg Saint-Honoré, de la Chaussée-d’Antin et du noble faubourg de Ja rive gauche. Je connais beaucoup de gens qui pour s’égayer préférent cent fois ces bonnes soirées du Marais ou |’on danse au troisit¢me étage la scotisch, la polka, la mazurka et la redowa, aux sons d'une vieille épinette métamorphosée en forte-piano, avec accompagnement obligé d’un cornet 4 pistons faux et
d’un flageolet criard, au milieu des libations d’un punch douteux qui rappelle trop celui des respectables méres Gibou et Pochet.
Ces esprits fantasques aiment encore les jolis bals d’actrices, au coeur si bon, si généreux, dans lesquels les pauvres ne sont jamais oubliés; les bals d’artistes, ot on n'est admis qu’en costume oriental, od l'on ne boit que de!’opium, ot l’on ne mange que du haschisch, ot on ne fume que du tabac de Smyrne dans des narghilelis de Tunis; les bals délicieux du Jardin-d’ Hiver, ous’é¢battent,en gracieux tourbillons, ces amours d’enfants déguisés en mousquetaires ef en marquises ; les bals de |’Elysée Montmartre, de Dourlens, de la Reine Blanche, du Pré aux Clercs, rendez-vous des garcons tailleurs, bottiers ou épiciers, des lingéres, modistes, couturiéres ou rentiéres sans profession, des cochers et femmes de chambre de bonne maison, revétus des habits de leurs maitres; puis, une fois l’an, le bal des gardes municipaux ou républicains ; celui des blanchisseuses aprés ’élection de leur reine a la barbe de la république; celui des bouchers aprés la promenade du beeuf gras; celui des jardiniers, ou les fleurs ne manquent pas; celui des porteurs d’eau, ot le vin coule a torrents; ces bals, qui ont lieu tant que Vhiver dure, dans presque tous les cabarets de Paris, ou l’orchestre est si faux, le vin si atroce et la société si étrange ; ces autres bals nombreux ot se trémoussent tumultueusement, sur divers points de la capitale, au son criard de la cornemuse, Auvergnats ef Auvergnates, charbonniers et charbonniéres débarbouillés du matin ; ou méme, dans la rue de Biévre, celui, plus excentrique encore, du corps respectable des chiffonniers et chiffonniéres , ces modestes Ashavérus de notre Jérusalem moderne.
Nous ne terminerons pas cet article sans constater que de nos jours le bal est devenu l’auxiliaire de la charité, et que, malgré ce que peut avoir d’étrange une pareille association didées, bien des miséres se soulagent ainsi, chaque hiver, au prix de quelques contre-danses, de quelques valses et de quelques galops. E. G. DE MONGLAVE.
BALAAM, fils de Béor, faux prophéte ou devin dont il est fait mention au livre des Nombres, et que la Vulgate désigne sous la qualification d’Ariolus. Il habitait Péthor, ville batie sur les bords de |’Euphrate en Mésopotamie. Balak, roi de Moab, voyant son pays prés d’étre envahi par les Hébreux sortis de Egypte, envoya des ambassadeurs a Balaam pour Vengager & maudire Israel, attendant de sa malédiction la victoire que ses forces ne lui permettaient pas d’espérer. Balaam, séduit par les offres du roi, se mit en route pour se rendre auprés de lui, malgré la défense de Dieu. Au milieu du chemin, un ange, tenant un glaive nu, apparut a l’dnesse qui portait le prophéte, et qui a cette vue s’arréta court. Celui-ci la frappait pour ta faire avancer, lorsque Dieu délia la langue de l’animal, et permit qu’il proférat des paroles raisonnables, et se plaignit du traitement injuste qu’il éprouvait. En méme temps les yeux de Balaam se dessillérent, et il apercut l’ange , ’épée nue, devant son Anesse. Cet ange le reprit de sa désobéissance , et lui ordonna de continuer son chemin, en lui défendant toutefois de maudire Israel. Arrivé auprés du roi de Moab, Balaam lui dit quil ne pouvait pas maudire ses ennemis; cependant il lui conseilla d’envoyer dans leur camp des filles madianites pour les corrompre. Ce conseil réussit ; mais il devint fatal 4 son auteur. Dieu, réconcilié avec son peuple et fléchi par sa pénitence, lui rendit la victoire, et Balaam fut enveloppé dans le carnage des Madianites, qui eut lieu peu de temps aprés. On place cet événement vers Pan 1489 avant J.-C.
BALADIN (du mot bal). Baladin signifie proprement celui qui danse. Dans Vorigine on donnait ce nom a tout ce qui figurait dans les ballets. Du temps de Diderot le mot baladin avait, comme on le voit dans l’ Encyclopédie , changé de sens : il s’appliquait au persunnage facctieux de
She
la comédie; i] était devenu synonyme de bouffon. Le baladin était en France ce que le gracioso est pour le thédtre espagnol. Le personnage de Polichinelle dans l’interméde du Malade imaginaire est un baladin. Est un baladin tout homme possesseur d’une recette pour faire rire, conte grivois, facétie folle, tour d'adresse, danse grotesque, etc., et le colportant de maison en maison pour maintenir en liesse la classe opulente. Cette profession est encore nombreuse dans tout !’Orient , et en Europe chez les peuples qui n’ont pas de spectacles nombreux ouverts chaque soir, Mais le mot ne se prend plus chez nous que dans une acception défavorable. Saint- GERMAIN.
BALAFRE sc dit d’une blessure longue faite au visage avec une arme tranchante, et de la cicatrice qu’elle produit. C’est une semblable estafilade qui valut au célébre Francois je Lorraine, duc de Guise, le surnom de Balafré.
BALAGHAT, province de Mysore, dans |’Inde, plaeée entre les Ghattes de l’est et de l’ouest, et formant un immense plateau d’une superficie de 8,285 kilom. carrés. Sa population dépasse 2 millions d’habitants , tous Hindous et d’un naturel pacifique. Le Balaghat appartient aux Anglais depuis la chute de Tippou-Saib.
BALAGUER, ville d'Espagne, province de Lérida, située prés de la Ségre et au pied d’une montagne escarpée, avec 5,000 4mes. Elle est défendue par un chateau-fort.
BALAI. Cet ustensile de ménage donne lieu a un commerce considérable: on fait des balais de bouleau, de bruyére, de crin, d’osier, de plumes, ete.
BALAIS, qualification qui ne s’emploie qu’avec le mot rubis, et quiindique une couleur de vin paillet. On a donné diverses étymologies de ce mot, dont la plus probable parait étre celle de Balassia , qui est un royaume ou terre ferme entre Pégu et Bengala, d’ot lon tire l’espéce de Tubis nommée rubis balai.
BALAKLAVA (belle clef) , port de la mer Noire, en Crimée, était connu des anciens. Les Génois s’en emparérent vers 1280; puis les Turcs l’occupérent et sous Catherine II il devint un poste militaire. On y compte un millier d’habitants. Aprés la bataille de l’Alma, les Anglais s’y établirent. Le 25 octobre 1854, les Russes enlevérent en avant de la ville des redoutes armées de gros canons et mal défemdues par les Turcs. Sur un ordre inopportun de lord Raglan, la cavalerie anglaise se jeta sur l’ennemi et recut deux fois le feu de trente canons en batterie sur les hauteurs et celui de l'infanterie postée sur deux collines; elle ne parvint a se dégager qu’avec l’aide des Francais et aprés avoir perdu les deux tiers de ses hommes. Cette charge héroique ne pouvait amener aucun résultat ; aussi fut-elle sévérement jugée par l’opinion publique. Les Anglais éyacuérent Balaklava le 5 juillet 1856.
BALANCE (du latin bis, deux, et de Janz, plat). Les balances sont des instruments dont on se sert pour évaluer les poids des corps. Il y en a de plusieurs espéces ; mais on peut les ramener a trois types : la balance ordinaire, la balance romaine ou simplement romaine, et le peson, Ces deux dernitres espéces auront des articles particuliers.
La balance ordinaire se compose d’une barre rigide appelée fléau , qui est suspendue par son milieu et qui supporte a ses extrémités deux bassins égaux destinés 4 recevoir les corps dont on veut comparer les poids. Le fléau est donc un levier du premier genre ayant ses deux bras égaux : d’od il résulte que des poids égaux peuvent seuls ¢tre en équilibre dans les plateaux de l’instrument.
Pour qu’une balance soit juste, il faut que son centre de gravité se trouve sur la verticale menée par le point d'appui, ce dont on s’assure en examinant si la balance est en équilibre lorsque les bassins sont vides ; s’il en est autrement , on rectifie instrument en attachant & un des bassins un poids qui détermine le retablissement de Péquilibre. 11 faut