BALBI — BALBO
Amérique afin d’échapper & la vindicte des lois, et finit par y étre pendu, toujours par suite de faules de jeunesse.
BALBI( Apnien), connu par ses travaux géographiques et surtout statistiques, né a Venise, le 25 avril 1782, mort dans cette méme ville, le 14 mars 1848, descendait d’une famille vénitienne. Le premier ouvrage relatif ala géographie qu'il fit paraitre en Italie, en 1808, fut accueilli avec tant de faveur, qu’il lui valut sa nomination de professeur de géographie au collége de Saint-Michel & Murano, Plus tard, en 1811, il fut nommé professeur de physique au lycée de Fermo, et en 1813 on l’appela A Padoue, ob on eréa pour lui une chaire de statistique. Toutefois, ies événements politiques ’'empéchérent de remplir ces fonctions; et en 1815 le gouvernement pontifical lui enleva aussi, comme étranger, Pemploi qu’il occupait 4 Fermo, Aprés étre entré dans |’administration des douanes 4 Venise, des intéréts de famille le conduisirent plus tard en Portugal. Il se rendit ensuite a Paris, afin d’y publier son Zssai statistique sur le royaume de Portugal (2 vol., Paris, 1822), ouvrage pour lequel il mit profit des matérianx puisés dans les archives mémes du royaume, et gui est surtout curieux a cause des renseignements qu’on y trouve sur I’état de ce pays 4 l’époque romaine, comme aussi sur son degré de civilisation. Les Variétés politiques et statistiques de la Monarchie Portugaise (Paris, 1822) en sont le corollaire.
Balbi séjourna a Paris jusqu’en 1832; il s’y lia avec Malte- Brun, et publia avec MM. Larenaudiére et Huot le Traité élémentaire de Géographie, \aissé inachevé par le savant géographe danois. Il y fit encore paraitre: La Monarchie Francaise comparée aux principaux Etats de ’ Europe (1828); Balance politique du globe (1828); L’Empire Russe comparé aux principaux Etats du monde (1829); The World compared with the Brilish Empire (1830), etc. 1] fit en outre, en société avec Guerry, une Statistique comparée de Vinstruction et du nombre des crimes (Paris, 1829). Son Aélas ethnographique du Globe (Paris, 1826) offre d@ingénieux rapprochements et apercus, pour lesquels ila utiliséles travaux des savants allemands et s’est aidé de la philologie comparée; mais de tous ses ouvrages le plus célébre est son Abrégé de Géographie (Paris, 1835), dont on ne compte plus les éditions. Adrien Balbi, indépendaniment des ouyrages importants que nous venons de citer, prit une part assez active a la rédaction de plusieurs recueils scientifiques publiés 4 Paris. Le Dictionnaire de la Conversation, notamment, contient de lui divers articles relatifs 4 la science qui fit l’étude de toute sa vie. Vers la fin de 1832, Balbi s’en retourna 4 Padoue, ot il fit paraitre son Hssai sur les Bibliothéques de Vienne (Vienne, 1835).
BALBIN ( Dectus-Coetius BALBINUS), empereur romain, né dans la seconde moilié du deuxiéme siécle de notre ére, mort 4 Rome, en lan 238, exerea d’abord de hautes fonctions administratives en Asie, en Afrique, dans les Gaules, dans le Pont, en Thrace, en Galatie, etc. Il était sénateur 4 Rome, ef comme personnage deux fois consulaire il jouissait d’une grande considération, lorsque, a la mort du vieux Gordien et de son fils, arrivée en Afrique, le sénat, effrayé, jeta les yeux sur lui et sur Maxime Pupienus pour les opposer comme empereurs & Maximin, déja en pleine marche sur Rome. Cette double élection n’obtint la sanction du peuple que parce que Jes deux nouveaux augustes consentirent a placer leur pourpre sous la protection du nom aimé de Gordien, en donnant le titre de César au tout jeune enfant, unique rejeton de cette race. Pupienus se chargea de marcher a la rencontre de Maximin, qu’il vainquit; mais 4 son retour a Rome, des divisions éclatérent entre les deux empereurs, qui dés lors se trouvérent impuissants & réprimer les instincts de révolte des prétoriens. Ils n’étaient pas populaires dans l’armée, qui prétendait avoir seule le droit d'imposer des maitres a l’empire. Le désaccord des deux chefs du pouvoir exécutif au moment de
prendre les mesures nécessaires pour avoir raison d’une insurrection déclarée des cohortes prétoriennes, donna Ja victoire aux révoltés, Les portes du palais impérial furent brisées. Les deux augustes, entrainés dans les rues de Rome par une soldatesque furieuse , y furent l'objet des plus cruels outrages. Leur supplice aurait duré longtemps, car les prétoriens prenaient plaisir a insuller & ce pouvoir maintenant déchu et qui n’était pas leur ceuvre; mais les mercenaires germains ayant fait mine de vouloir prendre fait et cause pour les deux empereurs, les prétoriens se hatérent de mettre & mort ces vieillards. Balbin avait alors environ soixante ans. Il était élu depuis plus dune année; mais silva ne corapte son avénement que de la mort de Maximin, il n’avait régné que trois mois. Jules Capitolin nous apprend qu’on le comptait parmi les bons poétes de son temps.
BALBO (Cesare, comte), homme d’Etat et écrivain italien, naquit en 1789, 4 Turin. Son pére, Prospero Balbo, était en grande estime auprés de |’empereur Napoléon, qui lui avait donné une position importante dans |’université. Dés lage de dix-huit ans le jeune Balbo fut nommé auditeur au conseil d’Etat, & Paris. En 1308 il devint secrétaire de la commission chargée de réorganiser la Toscane lors del’adjonction de cet Etatau territoire de ’empire. Plus tard il fut attaché en la méme qualité a la consuléa créée a& Rome dans un but anologue. En 1812 il ful nommé commissaire du gouvernement frangais pour les provinces illyriennes cédées & la France par la paix de Vienne de 1809. Apres la chute de Napoléon, il alla remplir 4 Londres les fonctions de secrétaire de la légation sarde; et il les conserva jusqu’au moment obi Jes suites de la révolution dont le Piémont fut le théatre en 1821 le contraignirent a se retirer des affaires. [1 revint dans sa ville natale, et s’y consacra alors aux sciences historiques, pour lesquelles dés sa jeunesse il avait manifesté un penchant décidé.
De 1821 4 1843, il livra 4 la publicité divers travaux, dont les plus importants sont une Histoire d’Italie, qui ne se compose pourtant que de deux volumes et ne va pas au dela de Charlemagne, et une traduction ayec commentaires de Vouvrage de Leo, intitulé Hntwickelung der Verfassung der Lombardischen Stxdte (Comuni italiani). En 1843, enfin, parurent ses Speranze d'Italia (Espérances de I’Italie), le premier de ses ouvrages qui ait donné a son nom une grande et retentissante popularité. Il y jetait une vive lumiére sur la situation of se trouvait alors l’Italie et sur les chances qu’elle avait de voir renaitre son ancienne indépendance, son ancienne liberté et son ancienne puissance. ll s’attachait surtout 4 y développer cette idée que l’indépendance doit précéder la liberté, et par conséquent que viser a posséder celle-ci avant d’aveir su gagner celle-la était une entreprise aussi insensée que coupable. Quoiqu’il montrat a ses compatriotes peu d’espoir de les voir parvenir un jour a conquérir leur indépendance nationale, cet ouyrage, de méme que celui de Gioberti, devint le manifeste des libéraux modérés, parti nouveau qu’on vil surgir a ce moment, et obtint plusieurs éditions.
Liabrégé de lHistoire de |’Italie de Balbo, Della Storia d'Italia, dal? origine al’fino 1814 (5° édition; Bastia, 1849), n’eut pas un succés moindre, et en était peut-étre plus digne. Cet ouvrage, remarquable par un profond savoir historique et par un style aussi nerveux que concis, a pour but de répondre a cette question : « Pourquoi Italie n’estelle plus indépendante, et comment peut-elle le redevenir? » Enfin, Balbo publia en outre différents autres ouvrages de moindre étendue relatifs & l’histoire et & la politique, et fut un des fondateurs du journal de Turin J/ Risorgimenio, a la rédaction duquel il cessa d’ailleurs de prendre part lorsqu’il entra au cabinet. Comme chef du parti modéré, Balbo joua depuis 1847 un réle des plus importants dans les affaires de V'{talie. Il avait toujours dissuadé ses compa-
A412 triotes de toute précipitation, et dans les Speranze d'Italia il n’hésitait pas a condamner formellement les aspirations constitutionnelles. Lorsqu’en 1848 le parti démocratique libéral eut pour quelque temps la haute main dans la direction des affaires en Sardaigne, il l'attaqua de la maniére la plus vive, surtout aprés la retraite de Gioberti. En revanche il prit une part importante 4 la lutte contre l’Autriche. Depuis l’octroi de la constitution du 8 février (4 mars) 1848, ce sont le plus souvent ses amis et des hommes de son école qui, a de rares intervalles prés, ont été appelés en Sardaigne a la direction des affaires publiques ; mais il n’y a personnellement participé que fort peu de temps. Il a aussi été toujours en fort bons termes avec le ministére Azeglio, mais c’est a tort qu’on lui a attribué divers articles du Risorgimento ot lon prenait sa défense.
Le comte de Balbo, homme de meeurs sévéres et d’un caractére irréprochable, profondément convyaincu de la vérité des dogmes qu’enseigne l’Eglise catholique, voyait dans cette Fglise non pas seulement le salut des individus, mais encore celui des nations, et méme l’unique source de la véritable civilisation; opinion qui nuit souvent chez lui 4 limpartialité de Vhistorien. Dans les annotations de ses Speranze @ Italia relatives au progrés intellectuel des nations chrétiennes, il représente les Allemands et les Anglais comme des
peuples que la réforme du seiziéme siécle a naturellement |
et forcément fait rester en arriére de tous les autres, c’est-a-
dire des Frangais, des Italiens et des Espagnols; et en meme |
temps, par une bizarre contradiction, il attribue surtout a fa corruption morale des Italiens modernes, comparativement aux peuples du Nord, l’abaissement dans lequel est tombée Vitalie. Le style de Balbo est généralement clair ef précis. Cet homme remarquable est mort le 3 juin 1853 a Turin. Sa ville natale lui a élevé, en 1856, une statue.
BALBOA (Vasco-Nunez pe), né vers I’an 1475, & Xérez de Badajoz, fut un des aventuriers espagnols (conquistadores ) qui suivirent la carriére que Colomb avait ouverte et tentérent la fortune en Amérique. Aprés une jeunesse orageuse, il était passé 4 Saint-Domingue, d’ou, pour échappera ses créanciers , il prit la fuite caché au fond d’un tonneau a bord d'un des navires dont se composait l’expédition a la téte de laquelle Francisco de Enciso partait en 1510 pour Darien. Une révolte mit entre ses mains le commandement supréme de Ja colonie nouvelle. De vagues renseignements qui lui furent donnés sur Vexistence d’un grand Océan 4 l’ouest le déterminérent 4 entreprendre en 1513 une expédition de découvertes; et le 25 septembre de la méme année il apercevait effectivement la mer du haut @un des promontoires de Visthme de Panama. L’enthousiasme bien naturel que lui inspira sa grande découverte fut partagé par tous ceux de ses compagnons d’aventure qui avaient recu quelque éducation, et on lit encore aujourd’hui avec intérét le tableau qu’en tracent les écrivains de Pépoque.
Des inirigues fomentées 4 la cour de Madrid firent nommer Pedrarias Davila gouverneur des contrées conquises par Balboa, qui, en 1514, se plaga zvec résignation sous l’autorité du chef qui lui était donné, homme au cceur bas et cruel , et ne laissa pas dans cette position subordonnée de faire encore d’importantes découvertes, Ses anciens et ses nouveaux services ne firent que redoubler la haine que lui avait vouée Pedrarias. Toutefois, le gouvernement de la mére patrie intervint pour en annuler les effets, et Balboa épousa la fille de Pedrarias. Mais 4 l’occasion d’un nouyeau conflit qui avait éclaté entre eux, Balboa s’oublia au point de se livrer & son ennemi. Celui-ci accusa de tentative de rébellion, lui fit faire un procés dans lequel on viola toutes les formes de la justice, puis le fit décapiter 4 Santa-Maria dans le Darien, en 1517.
BALBUENA (Don Bern nvo ne), poéte épique espagnol, naquit en 1568 A Valdepenas, dans la Manche, II passa, trés-
BALBO — BALBUZARD
jeune encore, a la Nouvelle-Espagne, ou il termina ses études | théologiques dans un collége de Mexico. Déja il ne se distinguait pas moins par l’étendue de ses connaissances que par ses dispositions pour la poésie ; et dans les concours poétiques qui avaient lieu dans cette école, c’était lui qui le plus souvent remportait le prix. En 1608 il revint en Espagne, et peu de temps aprés il fut nommé prévét a la Jamaique, et en 1620 évéque de Puerto-Rico, ow il mourut, en 1627. On n’a conservé que trois de ses ouvrages : la Grandesa Mejicana ( Mexico, 1609), description poétique de cette capitale ; e/ Siglo de Oro (Madrid , 1608), pastorale en vers et en prose; et El Bernardo, o sea la victoria de Roncesvalles, poéme épique en vingt- quatre chants (Madrid, 1642; la meilleure et la derniére édition est de 1808). En 1821 l’Académie de Madrid a publié une nouvelle édition des deux premiers ouvrages quenous venons de citer, et Quintana a inséré | de longs fragments du troisitme dans sa Musa epica (2 vol., Madrid , 1833). Ce n’est que vers ces derniers temps qu’on a de nouveau rendu justice 4 ce poéte longtemps oublié, et a qui pourtant son Bernardo assure une place honorable dans Vhistoire dela poésie espagnole. Sans doute on peut reprocher & cette épopée de manquer d’originalité en ce qui touche le plan et Pexécution; mais lessor poétique qu’y prend Balbuena, larichesse d’imagination dont il y fait preuve, et quelquefois la gracieuse simplicité qu’il y déploie, attestent un poéte.
BALBUTIEMENT, vice de langage qui consiste a parler & voix basse, avec hésitation ou interruption, tout en répétant les mots, mais sans précipitation. On ne doit donc point , comme l’avaient fait les anciens, confondre le halbutiement avec le bégaiement; et en effet ce dernier est toujours accompagné de mouvements convulsifs appartenant & la classe des affections spasmodiques.
Dans la premiére période de la vie, enfant balbutie les mots qu'il ne peut encore articuler , parce que les organes vocaux sort encore imparfaits, peu habitués 4 étre mis en jeu, et que les idées chez lui sont confuses et inexactes. Mais a cette époque les causes du balbutiement ne tardent point a disparaitre par le développement des organes de la voix et de Vintelligence. En général le balbutiement chez les enfants est ordinairement en sens inverse du développement de leur intelligence; chez les enfants précoces le balbutiement n’est point de longue durée, par le besoin qu’ils
ont d’exprimer leurs idées. Le contraire a lieu chez ceux —
dont l'intelligence est tardive. Chez d’autres enfants, le balbutiement provient de l’existence d’affections vermineuses , qui doivent ¢tre combattues par un régime fortifiant sans lequel l'état continuel de faiblesse pourrait continuer indéfiniment ce vice dans la parole.
L’dge adulte n’est pas toujours 4 abri du balbutiement, qui s’observe surtout chez les personnes d’une intelligence bornée, et dans ce cas l’insignifiance de la pensée entratne avec elle une sorte d’hésitation et d’imperfection dans la parole, D’autres fois cette imperfection se développe accidentellement chez les personnes qu’une surprise ou un trouble involontaire ont jetées dans une sorte d’inquiétude momentanée, Dans d’autres circonstances , le balbutiement n’est pas essentiel ; il est produit par des affections qui lui sont quelquefois étrangéres : telles sont les éruptions boutonneuses de la bouche, l’imminence de l’apoplexie, le froid des fiévres intermittentes , les spasmes, l’idiotisme , le narcotisme, |’ébriété , la faiblesse provenant de Vabus des saignées.
BALBUZARD, genre de l’ordre des oiseaux de proie de Cuvier, de la famille des falconidées et de la sous-famille des aquilinées,
Le balbuzard a pour principaux caractéres : un bec assez grand, presque droit &sa base, d pointe trés-crochue, trésacérée et trds-prolongée ; les narines obliques ; les cuisses et les jambes trés-musculeuses, vétues de plumes courtes,
BALBUZARD — BALDAQUIN
serrées et lastrées , couvrant aussi le haut de la partie antérieure du tarse; ces tarses fort courts, mais gros et garnis decailles hexagones, rudes et saillantes; les doigts robustes ; les ongles presque égaux entre eux, trés-grands, arqués en demi-cercle, et non creusés en gouttidre ; les ailes de forme pointue , fort allongées , dépassent la queue ; celleci moyenne, coupée carrément.
Le balbuzard se nourrit presque exclusivement de poissons : c’est le plus intrépide pécheur de tous les oiseaux carnassiers. |] plane et se balance dans espace comme le faucon; puis fond avec la rapidité de la foudre sur sa proie humide, qu’il ne saisit souvent qu’a plusieurs pieds au-dessous de la surface de eau.
Mais dans les parages de l’Amérique du Nord la péche du balbuzard est souvent troublée par une sorte de pirate , Vaigle & téte blanche. Lorsque ce dernier a reconnu le balbuzard planant sur les flots, il ’épie attentivement, et au moment oii il le voit retirer un poisson de eau, il s’élance et I’a bientot atteint. Le balbuzard, pour l’éviter, cherche a s’élever dans les airs ; l’aigle ’y poursuit avec acharnement. L’un et lautre montent dans lair, brisent leur course par mille détours subits, tracent des cercles, des neuds, des spirales infinis entre le ciel et la terre, jusqu’au moment oule balbuzard laisse échapper sa proie avec un cride désespoir. L’aigle demeure un instant immobile, recueille ses forces, puis se précipite en ligne droite, et ressaisit le poisson ensanglanté avant qu’il ait encore effleuré l’eau.
On ne connait bien que deux espéces appartenant a ce genre. Le balbuzard d’Europe, qui se trouve également sur divers points des autres continents , est assez commun dans la Bourgogne et dans les Vosges ; il ne péche que dans les eaux douces des riviéres et des lacs. L’autre espéce, qui se trouve dans |’Amérique du Nord, différe de la précédente par ses mceurs, et principalement par ce caractére, que les plumes de la téte et du cou sont laches et arrondies , au lieu d’étre tassées et subulées ; elle ne se nourrit que de poissons de mer, et habite prés des rivages de POcéan.
BALCON. Ce mot vient de Vitalien balcone, fait, dit Roquefort, du ture bala-khanéh, et, selon Ménage, du latin palcus, ou delallemand balk, qui signifient tous deux poutre. Covarruyius croit que balcon vient du grec 6a)\ew, jefer ; et il se fonde sur opinion que les balcons étaient dans |’origine de petites tourelles élevées sur les principales portes des forteresses, du haut desquelles on lancait des dards sur les ennemis. Quoi qu’il en soit , on désigne aujourd’hui par ce mot de balcon une saillie pratiquée sur la facade extérieure d’un batiment, et portée par des colonnes ou des consoles , avec un appui de pierre ou de fer. On distingue deux sortes de balcons : les grands sont ceux qui portent en saillie et qui sont plus larges que les croisées ; les petits , ceux qui sont entre les tableaux des mémes croisées, et qui servent d’appui.
L’usage du balcon chez les peuples modernes, dit Quatremére, ne parait pas trés-ancien; les plus anciennes villes, celles ou la durée des édifices permet de remonter 4 quelgues siécles , n’en offrent pas d’exemples. On ne voit pas @ailleurs que les anciens, dont les maisons avaient trés-peu @ouvertures sur la rue, et qui faisaient venir du haut le jour qu’ils recevaient dans leurs appartements, connussent cette partie de architecture moderne; les appuis des fenétres étaient si élevés qu’on ne pouvait s’en aider pour voir au dehors ; et cette pratique, favorable a la belle architecture ef a la décoration des intérieurs, était peut-étre aussi Peffet de la nature des meeurs et de la retenue ou les femmes vivaient renfermées dans leurs maisons. Cependant on a cru voir une espéce de balcon continu dans le menianum des anciens, ainsi appelé du nom de Menius, citoyen romain, qui, ayant vendu sa maison, située vis-a-vis la place des spectacles, se réserva seulement une colonne qui était
au-devant, et sur laquelle il batit une espéce de balcon en terrasse; mais ces meniana étaient plutot ce que les Italiens appellent loggie, c’est-a-dire des portiques continus , servant de dégagement aux appartements et en méme temps de balcons couverts, d’ot l’on regardait au dehors.
Aux maisons des particuliers, dit Winckelmann, il y avait aussi une plate-forme en saillie, qui revient 4 ce que nous appelons balcon , et que les Italiens appellent ringhiera. En Italie on ne s’est pas contenté des balcons ordinaires ; on en pratique a certains étages, qui sont vitrés et qui forment une espéce d’avant-corps, d’oi, sans étre vu, l’on peut voir & couvert. Quoique ces balcons, qu’on appelle mignani, gatent souvent ’ordonnance de l’architecture et les fagades des palais, cependant on ne peut les considérer que comme des hors-d’ceuvre postiches et, par leur nature, indépendants de la construction ; la forme des fenétres y reste dans de belles proportions, et les balcons ne J’ont point encore altérée, surtout dans de grands édifices, tandis qu’en France et dans les autres pays, ot la mode des balcons est devenue générale, DParchitecture est obligée de leur sacrifier souvent l’ensemble des facades extérieures et les proportions de leurs détails.
On appelle balcon, en termes de marine, les galeries couvertes ou découvertes qu’on fait sur le derriére de certains vaisseaux pour l’ornement et en méme temps pour la commodité du service.
Dans nos salles de spectacle, le balcon est le prolongement de la premiére galerie jusqu’a l’avant-scéne, séparé de la galerie par une cloison 4 hauteur d’appui; c’est 1a que se trouvent les places les plus chéres, les plus en vue, ef par cela méme les plus recherchées , surtout par les personnes qui ont encore plus a cceur d’étre vues que de voir.
BALDAQUIN. Ona dit d’abord baldachin, ou baudequin, dun mot de la basse latinité , baldechinum, par lequel on désignaitla plus riche de toutes les étoffes connues, tissue de fils d’or, et dont la trame était de soie récamée relevée de broderie (nommée ainsi, selon les uns, de la ville de Bagdad, et, selon d’autres, de Babylone, qu’on appelait en frangais Baldac ou Baudac ). On donne le nom de baldaquin a un ouvrage d’architecture élevé en forme de dais ou de couronne sur plusieurs colonnes, pour servir de couverture 4 un autel : et il est trés-probable, en effet, que, prenant ici la partie pour le tout , comme on le voit souvent, on aura firé ce nom de l’étoffe qui servait a recouvrir ce dais, et qni en était la partie la plus apparente.
Le baldaquin , dit Quatremére de Quincy, est une invention moderne; mais son origine remonte aux premiers siécles de l’Eglise, et ila pris la place des anciens ciboires, dont il emprunta les usages et la forme, un peu défigurée dans les compositions de nos jours. Il parait qu’anciennement des voiles ou des rideaux, attachés et suspendus autour du ciboire, cachaient mystérieusement au peuple la vue de l’autel ef ne se tiraient ou ne se relevaient que pendant le temps des cérémonies. De la Vidée du dais ou de cette espéce d’impériales, dont l’analogie rappelle toujours Pusage ancien des rideaux, et qui a été adopié également pour surmonter les lifts.
Le baldaquin de Saint-Pierre de Rome est le plus grand ouvrage de bronze que l’on connaisse. Le dais , ou le couronnement, est porté sur quatre grandes colonnes torses composites , qui posent sur quatre piédestaux de marbre, dont les dés sont ornés de cartels. Les colonnes ont des cannelures jusqu’au tiers; le reste est orné de feuilles de laurier et de petits enfants. L’exécution de tous les détails de Pornement et de architecture y est portée au plus haut degré de perfection. Quatre grandes figures d’anges , debout sur les colonnes , accompagnent fort bien le couronnement, qui termine la masse totale aussi heureusement que pouvait le comporter le genre adupté. Le plan de ce baldaquin est carré, et l’autel se trouve entre les deux piédestaux des deux
premiéres colonnes. Ce monument, élevé sous le pape U rbain VIII (Barberini) , a 49 métres 60 de hauteur, environ 7 métres 80 de plus que le fronton de la colonnade du Louvre. La facon en cotta plus de cent mille écus romains (536,000 francs); il entra dans Yensemble de !’ouvrage 93,196 kilogrammes de métal, qui furent pris au portique du Panthéon, ce qui vint encore al’appui du jeu de mots satirique de Pasquin contre les Barberini.
Aprés le baldaqnin de Saint-Pierre , on cite encore celui de Sainte-Marie-Majeure, 4 Rome. I] est formé d’une espéce de couronne soutenue par quatre figures qui portent sur des colonnes de porphyre, ornées de rinceaux de bronze. Il fut fait par le cavalier Fuga, sous le pontificat de Benoit XIV. A exception de ce dernier, tous les baldaquins qu’on a faits 4 limitation de celui de Saint-Pierre n’ont été ue des copies plus ou moins vicieuses, soit dans le plan, soit dans la décoration. Nous ne parlerons donc point du baldaquin des Invalides ni de celui du Val-de-Grace , comnositions qui n’offrent, comme le dit fort bien Quatremére, qu'une disposition bizarre de colonnes torses, beaucoup trop sévéres encore pour ce qu’elles souliennent, et qui ne présente qu’un assemblage grotesque de palmes, de feuillages et d’enroulements contournés sans dessein et rapprochés sans accord.
BALDASSERONI (Giovann1), président du conseil des ministres de Toscane, né a Livourne, en 1790, entra d@abord dans les douanes, avec un emploi a Pise, puis fut nommé inspecteur de la comptabilité (sindaco) a Florence, place dans laquelle il se fit une grande réputation de zéle et de talent. Appelé plus tard aux fonctions d’administrateur des finances, il acquit 4 un si haut degré la confiance de son souverain que, le 4 novembre 1845, celui-ci lui conféra Je titre de canseiller d’Etat en méme temps que la direction réelle des finances, quoique le titre de directeur des finances ne lui ait été réellement accordé que deux années plus tard, en aovt 1847. Lors des crises ministérielles de septembre 1847 et de juin 1848, Baldasseroni réussit 4 conserver cet emploi, en dépit du changement survenu dans les principes du gouvernement. Nommé plus tard membre de la premiére chambre de Toscane (sénateur ), il tomba avec le ministére Ridolfi devant la démonstration républicaine du 30 juillet 1848, qui eut pour résultat le ministére de transition présidé par Capponi. Demeuré ¢tranger 4 la vie politique pendant la période révolutionnaire , Baldasseroni répondit a l’appel de Léopold , quil’invitait 4 se rendre 4 Gaéte, et accepta le 24 mai 1849 la présidence du conseil dans le nouveau cabinet conservateur. Dans |’été de 1850 il alla avec le grandduc & Vienne, et en rapporta les lois de septembre toscanes, en vertu desquelles la constitution fut indéfiniment suspendue et la liberté de la presse soumise aux plus rigoureuses entraves. Comme ministre des finances, il s’efforca de faire face aux besoins du trésor par un emprunt de 30 millions de lire, et en augmentant tous les impdts. II était encore au ministére en 1859, lorsque, au moment de la guerre d’Italie, un mouvement éclata a Florence et obligea le grand-duc a la fuite.
Baldasseroni est un homme de meeurs irréprochables, mais chez qui l’esprit religieux touche & la bigoteric. Administrateur intégre et consciencieux, sa participation a des ministéres de la couleur la plus opposée ne permet pas de le défendre contre l’accusation de trop grande souplesse politique dont il est généralement l’objet.
BALDE (Jacques), néa Ensisheim, en Alsace, l’an 1603, mort en 1668, 4 Neubourg sur le Danube. Il était jésuite, et prédicateur a la cour de l’électeur de Baviére, et passe pour un des modernes poétes latins les plus estimés. Herder a fait revivre sa mémoire par l’excellente traduction qu’il a donnée de ses cuvres dans la Terpsichore. Il a fait également, ainsi que A.-W. Schlegel, un grand éloge da Balde. Un de ses poémes en vers élégiagues, Urania victria, plut