BANDELLO — BANDES MILITAIRES
les gens d’armes d’Henri II. La coutume d’orner ainsi cere taines armes de longueur subsiste dans toute I’Asie. Elle a reparu dans les corps de lanciers formés par |’empereur Napoléon , et s’y conserve de nos jours.
On a donné improprement le nom de banderoles, de drapeau, de giberne, de grand bidon, de grenadiére, de sae de campagne, de tonnelet, d’étui de hache, d’outil de campement, etc., & diverses courroies de buffle destinées & supporter ou a porter ces divers objets et s’attachant au moyen de plusieurs boucles.
BANDES MILITAIRES. Le nom de ce genre de troupes remonte aux premiers siécles de la milice byzantine; elles succédérent aux cohortes des légions romaines, et en conservérent quelques formes. Elles étaient distinguées par des guidons nommés flammes ; elles comprenaient des accenses , des comtes, des despotats, des tribuns; elles étaient une subdivision des dronges, ou des chiliarchies; leurs moindres agrégations étaient les décarchies ou décuries.
Les factions du cirque, dont parlent les vieux auteurs , se divisaient aussi par bandes. L’empereur Léon, le tacticien, emploie l’expression Lande pour signifier corps 4 enseigne, ou troupe & drapeau. Dans le moyen 4ge bande et Jaction étaient synonymes en France et en Italie.
Vers le treizitme siécle le mot bande devint l'expression employée dans les dénombrements et les levées des armées. En 1440 les ordonnances donnent cette dénomination a certains corps dinfanterie et aux rassemblements d’hommes nommés techniquement compagnons. Brantéme cependant appelle quelquefois bandes des troupes de cayalerie, Les bandes francaises tiennent chronologiquement, dans notre histoire , le milieu entre les armées féodales et l’armée francaise ; elles se forment au déclin de la chevalerie fieffée , et sont indépendantes de cette milice. Ces bandes étaient des compagnies levées autrement que par la voie du ban et arriére-ban, c’est-a-dire formées de volontaires ou de soldats mis sur pied par le souverain, ou soldés par les com~ munes : felles avaient été les bandes dela milice communale, qui marchaient sous des chévetains; tels étaient les Brabangons sous Philippe-Auguste, tels furent les malandrins; telles avaient été en Italie les troupes des condottieri ;tels furent les 1,000 hommes d’infanterie de Charles VIE en 1440, et les 14,000 hommes d’infanterie nationale de Louis XI en 1481; telles furent celles que nos rois subordonnérent aun colonel général, et qu’on appelait aussi compagnies franches.
Le roi Jean donna a quelques bandes le nom de connestablies ; mais cela dura peu. Les bandes, suivant Yauteur de l Essai sur Histoire de V Art Militaire, étaient des troupes de 200 hommes a peu prés, sur huit rangs ; mais cette assertion n’est pas exacte. Celles de Charles VII étaient ‘de 500 hommes; en 1470 elles sont de 3 4 400 hommes; en 1509 elles s’élévent de 54 600 hommes. Le nombre des rangs des bandes différait , s’il s’agissait d’arquebusiers ou de piquiers. Brantéme nous montre Louis XI formant en bandes nationales les aventuriers, et leur donnant quelque considération en y introduisant sa noblesse : ces bandes se divisaient en plusieurs enseignes de 200 hommes, Les gentils-hommes et les chevaliers qui se décidérent alors & servir a pied entrérent dans ces bandes A titre de capitaines, lieutenants et enseignes, et furent soumis au colonel général d’infanterie. Le nombre trop faible des officiers et des grades inférieurs de cette infanterie en rendait la composition aussi défectueuse que celle des francs-archers; mais un inconvénient plus grave, c’est qu’on levait les bandes & instant de la guerre et qu’on les licenciait & la paix. Elles prennent plus de consistance dans le quinziéme siécle, époque oti la France et I’Italie avaient des bandes noires. Celles qui seryaient la France ont longtemps occupé le Piémont : de 1a le nom de vieilles bandes de Piémont ou de bandes noires. du Piémont.
BANDES MILITAIRES — BANDIERA
Tl est fait mention des bandes noires sous Louis XII, vers 1598, soit sous cette désignation, ou sous celle de lansquenets, comme le témoigne Daniel ; soit sous celle de grande verge,s'il en faut croire Lachesnaie, Cette dénomination leur venait de la grande hauteur de leur drapeau. Les bandes noires frangaises se composaient, surtout en 1509, de Basques , de Gascons et de Picards. Il y avait des corps d’Allemands amenés au service de France, sous le nom de bandes noires, par le duc de Gueldre. Frangois 1° les prit, en 1515, asa solde, en vertu d’une capitulation passée avec ce duc; elles contribuérent puissamment au succés de la bataille de Marignan. En 1521 les bandes noires prennent d’assaut Hesdin. En 1528 Lautrec envoie, pendant le siége de Naples, les bandes noires devant Melfe. En 1552 Henri If conduit au secours des électeurs une armée ou il se voyait, dit Lachesnaie, vingt enseignes ou drapeaux, qui ont toujours été noirs, des vieilles bandes de Piémont. L’amalgame de ces corps a formé, en 1558, le régiment de Piémont, dont les drapeaux d’ordonnance étaient noirs. Quant aux bandes noires d’[talie, dont parle Montluc, c’étaient des Toscans commandés par J. de Médicis. Brantéme nous apprend que ce neveu de Léon, « par le regret qu'il en eut (de la mort du pape), fit faire ses enseignes noires : ces troupes n’estoient autrement nommées que les bandes noires ». Il parait, suivant plusieurs auteurs, qu’originairement les bandes noires avaient l’armure bronzée, et que cette couleur sombre fut la premiére cause ou une des causes de leur dénomination.
D’abord plusieurs bandes s’associaient pour composer ce qu’on a anciennement nommé un ) a¢aillon. Francois I* tint sur pied des bandes d’infanterie étrangére; il substitua momentanément des Iégions aux bandes ; mais il recomposa bientét des bandes nouvelles, ou des corps en forme de régiments, forts de 3 4 4,000 hommes, et commandés par un capitaine ou par un mestre de camp; on les voit se dissoudre peu aprés, faute de solde, ou du moins tomber jusqu’ 4 ou 500 hommes. Ce méme prince donna une acception tout autre au mot bande, en divisant en six bandes chaque légion. Vers cette époque, les bandes donnent naissance aux dragons frangais. Sous Henri II la force des bandes n’est plus que de 200 hommes; elle s’affaiblit a un tel point sous les régnes suivants, que, de réduction en réduction, les bandes ne sont plus que des compagnies de 40 hommes, qu’alors on enrégimente; elles figurent sous cette forme nouvelle jusqu’a la guerre de 1610.
Le mot bande nous a légué celui de bandit, qui exprimait le brigandage des aventuriers. Quelquefois cependant bande a été employé dans une acception honorable; et depuis Frangois I** jusqu’au milieu du siécle dernier le mot vieilles bandes ne se prend qu’en bonne part. Al’époque ou la France se divisait en gouvernements, qui, semblables & de petits royaumes, avaient des armées indépendantes les unes des autres, les bandes de Piémont, les bandes de Picardie étaient linfanterie de ces pays et de ces gouvernements.
Ainsi, les bandes ont été des agrégations organisées , suivant les temps, en légions, en compagnies, en gens de pied, en cayalerie, en aventuriers ef en troupes étrangéres. La police militaire, ou plutdt la justice et la discipline des troupes, s’appelait police des bandes. En outre des bandes frangaises, considérées soit comme corps & part, soit comme parties de corps, il existait nominalement quelques régiments depuis 1557; mais malgré ce changement de composition ou de dénomination , le mot bande continue & étre en général employé jusqu’a la fin du siécle , dans les divers réglements; car les régiments ne furent longtemps qu’une agrégation évenfuelle et rnomentanée de quelques bandes. G* Baroin.
BANDIERA (Artizio et Eumio), deux fréres que leur fin tragique a rendus célébres, descendaient d’une grande famille aristocratique de Venise, dont le nom était inscrit au-
trefois dans le livre rouge de la République. Leur pére, partisan dévoué de |’Autriche et contre-amiral au service impérial, s’était acquis un renom peu enviable, aux yeux de ses compatriotes du moins, en faisant prisonniers les fugitifs d’AncOne a la suite de la malheureuse échauffourée de 1831. C’était lui qui commandait la flotte autrichienne dans le Levant en 1840. Il est mort prés de Venise, en 1847. Ses deux fils , qui avaient suivi la méme carriére et obtenu le grade de lieutenants de vaisseau dans la marine autrichienne, étaient loin de partager ses idées politiques. En dépit de toutes les mesures prises par la police, Jes brochures et les pamphlets publiés en Suisse par la Jeune Italie pénétraient en Lombardie , enflammaient les coeurs de la jeunesse , et faisaient A Vidée républicaine un grand nombre de partisans , méme dans les rangs de la marine, composée presque entitrement d’Italiens. Attilio et Exnilio révérent aussi |’Italie ne faisant plus qu’une grande république. En 1842 ils entrérent en correspondance avec Mazzini. Chaque ligne de leurs lettres respire le plus ardent enthousiasme patriotique. Ony voit deux nobles intelligences prétes a tous les sacrifices, mais sous l’obsession de cette malheureuse pensée, que ce n’est qu’au moyen des conspirations qu’on pourra porter reméde aux souffrances de I’Italie. Le plus jeune, Emilio, d’une constitution physique plus vigoureuse et aussi d’un esprit plus léger, était complétement sous influence de son frére, esprit sérieux et médifatif. En 1843 ils crurent le temps venu pour un bouleversement violemment opéré. Les troubles dela Romagne, des avis réitérés sur les mouvements réyolutionnaires qui se préparaient dans la Basse-Italie, les affermirent de plus en plus dans cette opinion; mais ce fut en vain qu’ils invoquérent l’aide et l’appui des patriotes les plus influents. Cependant leurs actives menées ayant fini par exciter les défiances de la police, ils ne se crurent plus en sdreté dans la Péninsule, et en 1844 ils se réfugiérent a Corfou.
Leur fuite causa de vives ferreurs aux cours de Vienne et de Milan : on redoutait influence de l’exemple. En vain Yarchiduc Reynier leur fit offrir par V’intermédiaire de leur mére grace pleine et entiére. Déclarés suspects de haute trahison, ils convinrent franchement de leur culpabilité dans les gazettes étrangéres, et exhortérent leurs concitoyens a faire comme eux. Mais leur espoir de voir s’opérer une désertion en masse tant dans l’armée de terre que dans la flotte, fut trompé. Leur séjour & Corfou ne fut pour eux qu’une série non interrompue d’améres déceptions. Personne nese soucia de risquer sa vie et sa fortune pour un coup de main désespéré. Leurs lettres de cette époque sont pleines de reproches sur les amis faux et ti¢des. De nombreux avis qu’ils recurent de la Calabre, et auxquels il est difficile d’admettre que la police napolitaine soit demeurée étrangére, leur donnérent & croire que toute cette province était en fermentation. Le 16 juin 1844, dans un état voisin de la misé¢re et du désespoir, ils osérent tenter avec vingt compagnons d’infortune un débarquement a l’embouchure du Nieto, petite riviére de la Calabre, convaincus que leur seule apparition allait déterminer les populations 4 courir aux armes. Le gouvernement napolitain les attendait. Ils avaient été vendus par un de leurs compagnons, un certain Boccheciampe. Attaqués par des forces supérieures dans le bourg de San-Giovanni in Fiore, presque tous furent obligés de se rendre prisonniers. Deux seulement parvinrent a s’échapper ; un troisiéme fut tué sur place, La procédure instruite contre ces malheureux demeura secréte. Le 25 juillet 1844, Attilio et Emilio Bandiera furent fusillés avec sept de leurs compagnons sur la place publique de Cosenza. Ils moururent bravement aux cris de Viva Vitalia! Un cri @horreur retentit d’un bout de PEurope a ij’autre quand on y apprit les détails de cette royale vengeance, ainsi que l’appelait un journal conservateur de cette époque. Un an plus tard, les autres complices des fréres Bandiera furent graciés.
Wie
BANDIERE, ou banniére, mot dérivé de Vitalien bandiera et ayant d’abord signifié bande, enseigne d’un corps peu nombreux , ou méme troupe d’infanterie.
Onappelle front de bandiere la ligne en avant d’un camp sur laquelle les soldats établissent leurs armes en faisceaux. On dit aussi d’une armée quelle est rangée en front de bandiere lorsqu’elle se trouve en ligne avec ses drapeaux et ses étendards. C’est en ce sens qu’il en est fait mention dans la consigne de la sentinelle de bandiére. La marine se servait encore il y a peu de temps de ce mot dans son ancienne acception.
BANDINELLI ( Baccio ), sculpteur florentin, naquit en 1487. Son pére, Michel-Ange de Viviano, orfévre habile, Je destinant a son art, lui avait enseigné les premiers éléments du dessin. Mais ayant reconnu le gout du jeune homme pour la sculpture, il le fit entrer dans l’atelier de Francesco Rustici, sculptenr de mérite, ot Baccio fit de rapides progrés. Les dispositions de Bandinelli pour l’art dans lequel il était appelé a briller s’étaient révélées dés son enfance.
- Vasari raconte que pendant un hiver rigoureux, une grande quantité de neige étant tombée a Florence, le jeune Baccio eut lidée de s’en servir pour sculpter une figure gigantesque. Il y réussit, a l’étonnement de tous les artistes, qui lui prédirent un avenir des plus glorieux. Ses premiers succes et les éloges qu’il en recueillit le rendirent trés-vain de son propre mérite et envieux de celui des autres. Ce fut surtout la gloire de Michel-Ange qui blessa son orgueil. Imitateur de ce grand artiste, qu’il chercha toute sa vie A égaler, sinon 4 surpasser, Bandinelli, loin de cacher la haine qu’il lui avait vouée, s’en vantait publiquement : aussi lors de la destruction du fameux cartun désigné sous le nom des Grimpeurs, que Michel-Ange avait fait en concurrence avec Léonard de Vinci, a l'occasion d’un concours ouvert
ar le sénat pour Pornementation du palais de justice de "orence, l’accusa-t-on unanimement d’avoir profité des troubles de cette ville pour s’introduire dans le palais du gouvernement et y mettre en piéces ce chef-d’ceuvre de l'art, qui faisait l'admiration de I’Italie.
Parmi les nombreux travaux de Bandinelli, les plus importants sont : le groupe colossal d’ Hercule ct Cacus, qu’on voit 4 Florence sur la place du Grand-Duc, et qui passe pour son chef-d’ceuvre; un Mercure, qui fut envoyé a Frangois 1°"; le Saint Pierre dela cathédrale de Florence; l’Orphée du palais Pitti et la copie du Laocoon. Ce dernier groupe avait été exécuté sur la demande de Frangois I*' ; mais comme il ne fut achevé que sous le régne de Clément VII, ce pape, le trouvant trop beau pour étre enyoyé en France, préféra le garder et en fit don au musée de Florence, sa ville natale, od on le voit encore. Le dernier ouvrage de sculpture de Bandinelli fut un Christ mort soutenu par Nicodéme, groupe qui orne le tombeau de l’artiste dans l’église dei Servi 4 Florence. Bandinelli excella dans la composition des bas-reliefs; ceux qu’on voit de lui dans la cathédrale de Florence sont d’un fort beau style : ils ont été grayés par Raphael Morghen. Un bas-relief qu’il fit couler en bronze, et dont il fit hommage A l’empereur Charles-Quint, lui valut le titre de chevalier de Saint-Jacques. Ce fut 4 cette époque que, cherchant un nom qui s’adaptat a sa nouvelle dignité, il choisit celui de Bandinelli, prétendant descendre de la famille des Bandinelli de Sieune. nous reste de cet artiste plusieurs compositions dessinées, que le burin des premiers maitres de son temps a perpétuées.
Baccio Bandinelli mourut a Florence, en 1559, a l’age de soixante-douze ans, aprés avoir amassé de grandes richesses, Ses ouvrages se distinguent en général par une conception grandiose et l’élévation du style; mais on voit que l’artiste y a souvent sacrifié la grace a la science, et Je bon godt au mérite de la difficulté vaincue.
Leplus remarquable de ses éléves fut Giorgio Banpini, surnommé Benedello da Castello ou dell’ Opera, qui excella
BANDIERE — BANDIT
surtout dans les bustes d’aprés nature. La belle statue de PArchitecture qu’on voit sur le tombeau de Michel-Ange est aussi de lui, de méme que les deux statues de saint Jacques et de saint Philippe dans la cathédrale de Florence, et le bas-relief dans la capella de’ Gaddi & Santa-Maria Novella de la méme ville.
BANDIT, individu mis au ban de la loi, et par extension individu qui, mis au ban de la loi, déclare la guerre a la société civile, et devient voleur de grand chemin, Les bandits formaient autrefois en Italie une espéce de corporation , de confrérie, soumettant ses membres a des lois sévéres et obéissant a de certaines lois d’honneur vraiment romanesques. Mais a la suite des mesures rigoureuses adoptées par le gouvernement pontifical en 1820, leurs repaires furent détruits, et ils resterent sans asile. Ceux qui inquiétaient encore quelquefois les frontiéres napolitaines étaient des gens habitant ces localités, et aux yeux desquels le yol et lassassinat constituaient un genre d’industrie comme la culture de la terre. Pietro il Calabrese, l'un des plus fameux, prenait en 1812 le titre d’empereur des montagnes, roi des foréts, protecteur des conscrits et médiateur de la yrande route de Florence & Naples. Plus tard les bandits, qu’il faut bien se garder de confondre avec d’autres brigands nommés malvivanti, s’unirent 4 des aventuriers de toute espéce; et les troupes autrichiennes qui occupaient le royaume de Naples furent dans obligation d’entreprendre contre eux des opérations réguliéres sur une large échelle.
En Sicile, c’est dans le val Demone que les bandits sont le plus nombreux. Les choses en étaient méme venues autrefois 4 ce point que le prince de Villa-Franca, par des considéralions de police et autres, s’était déclaré leur protecteur, et les traitait avec beaucoup d’égards. Dans ces derniers temps le terme de bandit est presque complétement tombé en désuétude, au moins dans la Haute-Italie et dans I’Italie centrale, quoique la chose y subsiste toujours.
Dansles années 1841 et 1843 un grand nombre de proscrits politiques ont fait cause commune dans les Abruzzes , dans la Calabre, la Romagne et les Marches avec des brigands et des aventuriers de toute espéce ; et depuis tous les efforts tentés pour en purger complétement ces contrées sont demeurés infructueux. Les révolutions de 1848 et 1849 ont eu pour résultat d’accroitre encore considérablement le nombre de leurs complices; et dans quelques parties de I’Italie, notamment dans les Etats de l’Eglise, entre Ferrare et Ancone, entre l’Apennin et l’Adriatique , leur audace est devenue sans bornes, malgré l'état de siége et la présence des troupes autrichiennes. Sous les ordres d’un certain Bellino (plus connu sous le sobriquet de il Passatore) , homme entreprenant et habile, qui fut tuéen 1851, ils ont répandu la terreur dans toute la contrée et frappé des contributions sur des localités entiéres, par exemple, sur la petite ville de Forlimpopoli. Ils entreprennent en outre de véritables campagnes de guérillas contre la force armée. Des débris du corps franc de Garibaldi ont grossi ces bandes; et bon nombre d’habitants de la Romagne répondent tous les jours encore & leur appel quand il s’agit d’un riche butin.
L’Angleterre a eu aussi ses bandits. Au onziéme siécle, sous le roi Guillaume le Conquérant et sous ses quatre suc cesseurs. les Saxons, qui ne voulaient pas reconnaitre |’autorité des Normands, se répandirent dans les montagnes du Northumberland, et formérent un corps de bandits qu’on nommait outlaws. Archers trés-adroits, ils vivaient de chasse et de rapine; Henri II leur fit une rude guerre; enfin ils rentrérent dans les villes, et ils formérent & Londres un quartier particulier, ob ils yécurent en corporation jusqu’A la révolution de 1688.
La Corse a eu ses bandits, elle en a encore. Mais c'est presque toujours pour satisfaire une vengeance personnelle ou héréditaire que le Corse prend son fusil et se jette dans les forets.
BANDIT — BANER
Nous ne parlerons pas de Espagnol qui mendie l’escopette au poing, impose des droits de péage et donne des mots de passe, qu’il respecte aussi toujours. Nous n’avons pas non plus a dessiner ici les figures les plus saillantes des chefs de bande : fra Diavolo, Sacripanti, en Italie ; el Pastor, PEmpecinado, en Espagne; Cartouche, Mandrin, en France.
BANDOLINE , substance mucilagineuse composee @eau, de pépins de coing et dessence de rose, et qui sert a fixer les cheveux.
BANDOULIER, ou BANDOLIER. Ce mot est encore un dérivé du mot bande. C’est , selon La Monnoye, le nom qu’on a originairement donné aux miquelets, contrebandiers ou yoleurs qui habitaient les Pyrénées , vraisemblablement parce qu'ils allaient par bandes. On a depuis étendu cette désignation & toute sorte de voleurs déterminés. Lefevre ( Histoire des Troubles et des Guerres Civiles, 1584) dita ce propos : « Les moins hautes montagnes des Pyrénées ne sont guére mieux peuplées, fors de Frangois et Espagnols bannis de leur pays, qu’on nomme bandoliers, qui ne vivent que sans mercy, dévalisant ceux qui pensent traverser ces détroits pour gaigner la France ou l’Espagne... C’est, en somme, un yeay refuge de débauchés qu’Espagnols , que Gascons en telle quantité qu’ils marchent par bandes et factions diverses qu’ils nomment bandowil. Or ces bandoliers comme ceux qui sont premiérement et la plus part composez @Espagnols, avec le nom, ils y ont apporté presque tous les meeurs et fagons de faire dont ils usent pour le jour @huy. » Voyes Compacnies (Grandes).
BANDOULIERE, espéce de baudrier. La bandouliére de carquois, ou larchiére, passait de droite a gauche. Il y a eu des bandoulitres, ou de larges courroies, pendant de l’épaule gauche ala hanche droite, comme celles auxquelles Varbaléte de Vinfanterie communale était suspendue par son éfriev, comme celles qui soutenaient |’arquebuse a rouet et le pétrinal des bandouliers. Le fourniment des arquebusiers ef mousquetaires comprenait une bandouliére , doublée d’une garniture nommée cowssinet, attendu que les armes étaient alors trop grossiéres pour qu’on pdt en faire usage en les appuyant contre l’épaule. Cette bandoulitre supportait les coffins, ou charges a bandouliére, le sac a balles, la méche, etc. Elle fut supprimée en 1684 et remplacée par le fourniment de ceinturon, Reprise aprés la guerre de 1688, elle portait la poire a poudre.
Les cavaliers de la maréchaussée avaient la bandouliére. C’était un vestige du temps ow ils étaient archers et ou la’ bandouliére supportait Varbaléte, avant de supporter le mousqueton. On a couvert la bandouliére de soie et de galons 4 couleurs distinctives; quelques corps privilégiés Yont chamarrée de liyrées pour distinguer leurs compagnies. Elle avait fini par ne plus étre qu’un ornement, qui ne supportait rien. Les gentils-hommes du drapeau avaient la bandouliére. Les gardes du corps et la gendarmerie la voilaient d’un crépe quand ils prenaient le deuil. Les Suisses d’hotel et d’église appellent encore ainsi leur baudrier.
En général Ja banderole, le baudrier, la bretelle, le collier sont ou ont élé des bandoulié¢res. Le réglement de 1747 appliquait cette dénomination a la giberne. On peut donc regarder ce mot comme un terme générique exprimant toute bande destinée 4 supporter de gauche a droite ou de droite 4 gauche, sur le buste d’un militaire, un effet d’armement ou d’équipement. Le réglement de 1792 portait qu’étant de service les officiers particuliers auraient Pépée en bandouligre. L’écharpe militaire s’est portée tantét en bandouliére, tantot en ceinture. Aujourd’hui une portion de notre cavalerie conserve seule encore la bandouliére, G2! Barpin.
BANDTREE ou BANDTKIE (Georce-Samvzz), historien et bibliographe polonais, né le 24 novembre 1768, 4 Lublin, mort le 11 juin 1835, était Je fils d’un négociant silésien établi en Pologne, et fit ses études successivement au col-
lége d’Elisabeth & Breslau, et aux universités de Halle et d’iéna, Aprés avoir séjourné pendant plusieurs années, en qualité de précepteur du comte Pierre Ozarowski, 4 Saint- Pétersbourg, oi il s’occupa avec ardeur de rechercher les sources antiques de la littérature slave et oi il étudia la littérature russe, il revint A Breslau en 1798, fut nommé professeur de langue polonaise au collége d’Elisabeth , puis ,. en 1804, recteur de |’école du Saint-Esprit.
Aprés avoir publié ses Analectes historico - critiques pour Vexplication de Vhistoire de Vest de Europe ( Berlin, 1802), il fit paraitre successivement son Dictionnaire Polonais-Allemand (2 vol., Breslau, 1806), ouvrage dans lequel il a prouvé sa profonde connaissance des langues slaves; une Grammaire polonaise a usage des Allemands (Breslau, 1808, 1¢ édition; il y en a eu de nombreuses depuis), et ses Dzieje narodu polskiego ( ¥:vénements du peuple polonais ; Breslau, 1810; 3° édition, Breslau, 1835, 2 vol.), ouvrage généralement regardé comme la meilleure histoire de Pologne qui existe.
Appelé en 1811 en qualité de bibliothécaire et de professeur de bibliographie & V’université de Cracovie, il vit alors s’ouvrir devant lui nn cercle d’activité aussi pénible qwhonorable, car la bibliothéque de cette institution scientifique était dans la plus affreuse confusion. Il a consigné dans un ouvrage justement célébre, Historya drukarn w Polsce (Histoire des imprimeries de la Pologne, 3 vol., Cracovie, 1826), les résultats de ses recherches bibliographiques. La réorganisation de l’université de Cracoyie, effectuée en 1833, ne changea en rien sa position, mais elle ne l’en affecta pas moins douloureusement.
Son frére cadet, Jean-Vincent BanptKE, né a Lublin. en 1783, fut notaire 4 Varsovie a l’‘poque du grand-duché,. et devint plus tard professeur de droit a !’université de cette ville. Il s'est fait avantageusement connaitre par plusieurs. ouvrages de jurisprudence, C’est ainsi qu'il a publié le Jus Culmense ( Varsovie, 1814), et une collection des plus anciens monuments de la jurisprudence polonaise, sous le titre de Jus Polonicum ( Varsovie, 1831 ).
BANDURI (Dom AnseLmE), bénédictin de la congrégation de Méléda, né & Raguse, en 1671, était, & ce qu’on. a dit sans preuve, fils naturel du grand-duc de Toscane. Venu en France, en 1702, pour s’y perfectionner dans les sciences , il fut regu membre de |’Académie des Inscriptions en 1715, et nommé bibliothécaire du duc d’Orléans en 1724. li mourut d’un accés de goutte, le 14 janvier 1743, laissant deux ouvrages estimés sur la numismatique. Ce sont les plus complets qui existent sur les médailles du Bas-Empire, et le savant Labarre passe pour l’avoir aidé a les composer. L’un est intitulé Imperium orientale, etc., et Yautre, Numismata Imperatorum Romanorum, etc. (Médailles des empereurs depuis Trajan jusqu’aux Paléologues ).
BANER (Jean), dont lenom s’écrit plus ordinairement, mais a tort, Banner, célébre général suédois, issu d’une des plus anciennes familles de la Suéde, naquit le 23 juin 1594, au chateau de Djursholm, prés de Stockholm, I] avait cing ans a peine quand il perdit son pére, I’un des malheureux sénateurs que Charles IX fit décapiter en 1600 A Linkeping. Venu ala cour quelques années aprés, le roi lui demanda s'il youlait: entrer 4 son service : « Que le diable te serve, bourreau de mon pére! » lui répondit audacieusement |’enfant : et effectivement il n’entra dans l’armée qu’aprés la mort de Charles IX. Il se distingua & maintes reprises dans les guerrescontre la Russie et la Pologne , mais plus particuliérement? pendant la guerre de Trente-Ans.
Comme général-major il contribua & la prise de diverses. villes en Poméranie et en Mecklembourg. A la bataille de- Leipzig , il commandait laile droite en second avec le roi, ef partagea avec lui ’honneur de cette éclatante victoire rem + portée sur Pappenheim, ainsi que Gustave-Adolphe lui~
méme le reconnut hautement. II suivit dés lors constamment ce monarque , combattit avec lui 4 Donauwerth et sur les bords du Lech, et contribua 4 la prise d’Augsbourg et de Munich. Lors de l’attaque du camp de Wallenstein, il fut griévement blessé au bras, ce qui ne l’empécha pas aprés Pévacuation de la Saxe par le roi de prendre le commandement en chef de toutes les troupes qui se trouvaient dans les cercles supérieurs ; et, avec l’assistance de Gustave Horn, il contraignit alors le général Aldringer a évacuer la Baviére. Il recut la nouvelle de la mort du roi & Magdebourg, oi ses blessures l’avaient forcé de s’arréter; et ce fut seulement sur les pressantes instances d’Oxenstiern qu’il consentit a garder son commandement. Comme feld-maréchal de la couronne de Suéde et du cercle de la Basse-Saxe, il rassembla en 1634 une armée de 16,000 hommes, recrutée surtout en Suéde et en Brandebourg, & la téte de laquelle il se dirigea vers la Bohéme, oi il opéra sa jonction avec l’armée de !’électeur de Saxe, et vint camper sur le Weissem Berge, devant Prague. Mais les hésitations des confédérés et la défaite des Suédois a Nordlingen firent échouer le plan de campagne qu’il avait congu,
Les victoires que Baner remporta le 24 septembre 1736 a Wittstock, oi avec 22,000 hommes seulement il en battit 30,000 que commandait Vélecteur de Saxe, puis le 4 avril 1639 4 Chemnitz, sur les Impériaux et Pélecteur, qui perdirent 8,000 morts et 3,000 prisonniers, sauvérent Varmée suédoise de la situation désespérée ou elle se trouvait alors en Allemagne. Les Suédois inondérent l’Allemagne de leurs bandes, et pénétrérent jusqu’en Bohéme et en Silésie, en commettant partout sur leur passage les plus révoltantes atrocités, Plusieurs milliers de couvents, de villages et de chateaux furent réduits en cendres par eux. Une crue subite du Danube fit échouer le plan hardi qu’avait concu Baner de surprendre Ratisbonne, ou se trouyait alors réunie la diéte de l’empire, présidée par l’empereur en personne. Il tomba malade au retour de cette expédition, et mourut a Halberstadt, le 10 mai 1644. Baner fut reconnu par ses contemporains eux-mémes comme |’un des plus grands capifaines que Vhistoire pnisse citer. Plus de 600 drapeaux furent les trophées de ses nombreuses victoires.
BANFF, comté maritime du nord-est de l’Ecosse, qui comptait, en 1871, 62,010 habitants sur une superficie de 1,776 kilom. carrés. Le sol est montagneux et a quelques vallées fertiles; les riviéres sont trés-poissonneuses. On évalue a un tiers de la superficie le terrain cultivé ; le reste se compose de foréts, de paturages et de carriéres. L’exportation des grains el bestiaux est assez considérable, ainsi que la péche du hareng et du saumon.
Le chef-lieu , Ban/f, peuplé de 7,439 ames, posséde sur Ja mer du Nord un petit port souvent encombré par les sables. Les débordements du Doveran, en 1829, en détruisirent une partie.
BANGALORE ,ville forte de I’ Inde anglaise, 4 112 kil. nord-est de Seringapatam , est une des principales stations militaires du Mysore. On y fabrique des étoffes de soie , du papier, des ustensiles de fer; la filature de coton y employait naguére jusqu’d 3,000 métiers. Sa population dépasse 60,000 ames. Bangalore était la résidence favorite d’Hyder-Ali; en 1791, lord Cornwallis l’enleva d’assaut.
BANGKOK. Voyez Banxos.
BANGOR, ville d’Angleterre , comté de Carnayon, avec 14,321 ames, se trouve a l'une des extrémités du détroit de Menai. Ce fut un lieu considérable autrefois, dont Yimportance s’est renouvelée depuis l’établissement du chemin de fer de Chester et d’Holyhead. Elle fait un grand commerce d’ardoises. Sa belle cathédrale gothique patie en 1701, deux fois brdlée et réédifiée au quinziéme sidcle, a servi de sépulture a plusieurs princes gallois, L’évéché de Bangor date de 550.
Il y a dans le Maine, aux Etats Unis, une ville mari-
BANER — BANKBAN
time, nommée aussi Bangor, qui compte 25,000 habitants.
BANIANS ou BANIANES. C’est dans les Indes la dénomination générique sous laquelle on désigne les marchands (ce mot est dérivé du sanscrit banik). Plus spécialement on l’applique aux négociants en gros qui dans la partie ouest de I’Inde, par exemple dans les ports de Bombay, Surate, Cambay, etc., font par caravanes un commerce trés-étendu dans l’intérieur de Asie, et jusqu’aux frontiéres de la Russie et de la Chine, et qui, contrairement aux usages anciens des populations indoues, voyagent beaucoup. Aussi trouve-t-on de nos jours des établissements et des comptoirs de Banians indous dans presque toutes les villes commerciales un peu importantes de l’Asie.
BANIM (Joun), le célébre conteur irlandais, dont les tableaux ont, sous forme de romans, produit une si vive sensation en Angleterre dans ces derniéres années , était né en 1800. Encouragé par Walter Scott, Banim essaya de devenir pour |’Irlande ce que celui-ci était pour l’Ecosse; et dans une série de peintures de la vie sociale, ov il décrit avec les lumiéres et les ombres les plus vivement accusées le caractére du peuple irlandais et fait un énergique appel a Pesprit national de ses compatriotes, il donna des preuves d’un grand talent, d’une rare vigueur et d’une puissante imagination. Aux Tales of the 0’ Hara Family (Londres, 1825) succéda, en 1827, la seconde série de cet ouvrage; et elle justifia complétement les espérances que la premiére avait fait concevoir. Il fit ensuite paraltre the Battle of the Boyne (1828 ), peinture de la grande crise que l’Irlande eut a subir vers la fin du dix-septiéme siécle ; puis the Croppy (1828), scénes de la derniére guerre civile 4 l’époque de la révolution frangaise; the Denounced (1830), scénes du temps du joug de fer que Guillaume III imposait 4 l’Irlande; the Smugler (1831), the Mayor of Windgap et Father Connell. En 1837, Vadministration whig accorda 4 Banim une petite pension, qui plus tard fut augmentée. Il est mort dans la misére, le 1** aodt 1842, 4 Windgap-Cottage, prés Kilkenny.
Pour étre complétement original, il fallait que Banim ne quittat point le sol de sa chére Erin, Aucun de ceux de ses prédécesseurs qui ont introduit l'Irlande dans le roman moderne, tels que miss Edgeworth, lady Morgan, Crofton, Croker, n’a réussi a peindre avec autant de vérité et de vivacité que lui le paysan irlandais dans sa pittoresque individualité, dans ses miséres, dans ses vices ; et il en est peu aussi qui l’égalent dans la représentation d’une société & peine civilisée, d’une passion sauvage agitant les profondeurs de la nature humaine. Presque toujours heureux dans ses plans et ses intrigues, il se complait toutefois beaucoup trop dans l’amplification de horrible. Il se peut qu’il y ait du vrai dans ses longues tirades politiques, mais elles nuisent a l’effet poétique. On peut aussi lui reprocher, comme a Walter Scott, de trop s’attacher a la peinture des minuties.
BANKBAN, ou le ban BANK , célébre par l’audacieux attentat qu’il commit contre l’épouse du roi de Hongrie, André If. La reine Gertrude, fille du duc de Meran, avait poussé l’amour et le dévouement fraternel jusqu’a favoriser les débauches de son frére Eckart, qui vivait 4 la cour du roi André, et lui avait procuré les moyens de triompher par la violence de la belle épouse du ban Bank. Blessé dans son honneur, le ban se mit aussif6t & la téle des nombreux mécontents du pays, et assaillit le chateau du roi, ou la reine fut hachée en morceaux pendant qu’Eckart parvenait, non sans courir de grands périls, & gagner la Styrie. Le roi était absent pendant que cela se passait; A son retour il condamna le ban & la peine de mort. Ce drame terriblea servi de sujet A un grand nombre de poétes. Le Bankban de Katona passe & bon droit pour le meilleur ouvrage qu’ait encore produit la littérature dramatique magyare. Grillparzer V’a également traité dans celle de ses tragédies qui a pour titre ; Un fidéele Servileur de son Seigneur.