‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 298 sur 488 · BANQUET — BANQUIER · texte numérisé non relu

BANQUET — BANQUIER

travaillent les capitaux, cest-d-dire les terres, maisons , usines et instruments de tout genre dont ils peuvent avoir besoin. Ils servent d’intermédiaire entre les travailleurs qui demandent les capitaux et les possesseurs de ces capitaux , qui ne veulent pas ou ne savent pas les faire fructifier, et que Von désigne par le nom de capitalistes, La ne se bornent pas sans doute les opérations des banquiers; mais commee'le sont les principales, je m’arréte a cette définition , me réservant de lui donner dans ce qui va suivre les développement, nécessaires.

L’origine des banquiers remonte jusqu’A ces malheureux Jjuifs couverts de réprobation dans la société chrétienne. Eux, et les Lombards disposaient de la plus grande partie des métaux précienx ; ils les répandaient dans la société, et s’occupaient exclusivement du mouvement de toutes les espéces, La position des juifs dans la société du moyen Age les avait mis de bonne heure dans la nécessité de se livrer A une industrie qui leur permit de soustraire facilement leurs richesses a l’avidité des rois et barons, car ils étaient errants sur toute la surface de la terre, et se trouvaient constamment exposés a étre chassé3 de tous les royaumes et dépouillés de leur fortune. Ce génie mercantile qui les distingue si nettement encore aujourd’hui fut pour les travailleurs dune immense utilité, car ce sont eux qui ont le plus contribué a V’affranchissement des serfs. Ce service fut ala vérité rendu indirectement par eux, mais il n’en fut pas moins rendu.

Les eroisades avaient inspiré aux seigneurs le godt du luxe; ils aimaient surtout les belles armes. Les femmes nobles, enflammées par les récits des guerriers revenus d’Orient, éprises des belles étoffes fabriquées en Asie, s’adonnérent aux parures recherchées ; mais tous ces goits nouveaux ne pouvaient étre satisfaits aisément, car les propriétés des seigneurs ¢taient toutes immobiliéres. Les juifs prétérent leur argent, mais 4 des conditions exorbitantes , ruineuses : on voit par exemple, dans un édit de 1360, qu’ils sont autorisés & préter sur gages, en retirant, pour chacwne livre ou vingt sous, quatre deniers dintérét par semaine, ce qui fait plus de 86 pour 100 par an. Les barons une fois lancés dans cette voie ne purent s’arréter ; ils cherchérent a se procurer de argent par tous les moyens. Leurs serfs surent en profiter en se rachetant avec le pécule amassé par eux a grand’peine; c’est de la que date surtout leur affranchissement.

La satisfaction des besoins qui s’étaient développés chez les nobles fut pour l’industrie une source abondante de richesses, car les seigneurs finirent par abandonner leurs chateaux pour habiter les villes, ot la plupart dissipérent leurs fortunes, qui passérent ainsi dans les mains des artisans. Sous Louis XIV, le passage de la noblesse dans les villes était entigrement accompli. La protection accordée par le grand roi a la fabrication et au commerce avait fait prendre un grand essor a ces deux branches de l’industrie; mais de ce bien il était résulté un inconvénient : les manufacturiers et les négociants, ayant multiplié leurs opérations, avaient a faire des payements et des recettes dans beaucoup d’endroits différents : d’ot il arrivait que le travail nécessaire pour solder réciproquement leurs comptes employait une grande partie de leur temps. De 1a vint une nouvelle branche d’industrie, l'industrie banquiere.

Les banquiers se chargérent d’opérer les rentrées pour les uns et les autres, ef de faire les payements; ce fut leur unique occupation, et ils purent s’y livrer A bien meilleur compte que les négociants et les fabricants, puisque les transports matériels d’argent furent, par ce moyen, considérablement diminués. Les banquiers ne tardérent pas 4 obtenir un grand credit, ce qui devait nécessairement résulter de ce que tous les grands mouvements d’argent se faisaient par eux, Ils surent profiter de leur crédit en le prétant a intérét aux négociants et aux fabricants, Les négociants et les fabricants, appuyés d’un plus grand crédit, purent étendredavantage leurs opérations, et produire une plus grande masse de richesses,

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