BANTI — BAOUR-LORMIAN
ment, sans aucune préparation, en véritables momies. Le plus grand nombre de ces corps, ainsi dessécliés, sont ceux des guiriots, espece de poétes musiciens, qui président aux fétes et aux danses ala cour des rois des négres. La supériorité que leur donne leur talent les fait considérer comme des sorciers ou des démons incarnés ; on les respecte pendant leur vie, mais on se garde de leur donner la sépulture, de peur d’attirer la malédiction sur la terre.
Non-seulement le baobab est probablement celui de tous les végétaux auquel la nature a donné les plus énormes dimensions , mais c’est encore a lui qu’elle parait avoir réservé la plus longue vie. Le baobab, dit Decandolle, est Yexemple le plus célébre de longévité qui ait encore été observé avec précision. I] porte dans son pays natal un nom qui correspond a celui de mille ans, et, contre l’ordinaire, ce nom est resté au-dessous de la vérité. Adanson en a remarqué un aux fles du Cap-Vert qui, trois siécles auparavant, avait été observé par deux voyageurs anglais; il a retrouvé dans le tronc linscription qu’ils y avaient écrite, recouverte par trois cents couches l'gneuses, et a pu juger ainsi de la quantité dont cet énorme végétal avait cra en trois siécles. En partant de cette donnée et de ce que l’observation des jeunes baobabs lui fournissait sur leur accroissement, il a dressé un tableau de leur végétation, dont un naturaliste a extrait les nombres suivants :
DIAMETRE HAUTEUR A lan, de 0,013 & 0,027 1™,62 20 ans, 0™,32 4™ 87 30 0,65 7™,15 100 1™,30 9= 42 1000 4m,55 18™,84 2400 5™,85 20",79 5150 9",75 23™,71
C’était 1a le terme gigantesque de la dimension du baobab qui a servi 4 lobservation d’Adanson. Il assure qu’il en a vu dans le pays de plus gros, qu'il estimait, d’aprés ces données, 4 peu prés 4 6,000 ans. Cette durée est d’autant plus singuliére que le bois du baobab n’est pas dur, et que les écorchures qu'il regoit y déterminent souvent la carie ; mais, d'un autre cdté, |’énorme diamétre que son tronc acquiert comparativement a sa hauteur lui donne le moyen de résister au choc des vents.
Le mot baobab est celui par lequel les naturels de l'Egypte désignent ce végétal. Quant au nom d’Adansonia, il lui a été assigné par Bernard de Jussieu, en Vhonneur de Michel Adanson, qui le premier donna de justes notions sur cet arbre prodigieux. Démezin.
BAOUR-LORMIAN (Louis - Prerne- Mante - FRrANcois), né a Toulouse, en 1770. Son pére, Jean-Florent Baour, imprimeur-libraire, n’avait rien négligé pour donner a son fils une éducation distinguée, et lui avait laissé une fortune considérable. L.-P.-M.-F. Baour, qui ajouta depuis a son nom celui de Lormian, débuta dans le monde littéraire par une traduction en vers de la Jérusalem délivrée, dont la premiére édition parut a Toulouse. Il se fixa plus tard a Paris. Le succés brillant de ses imitations d’Ossian le plaga au rang des poétes les plus distingués de l’époque. Associé du Lycée Thelusson, il paya son tribut 4 l’opposition politico-littéraire de cette société par ses Trois Mots, satires dirigées contre les hommes du pouvoir et l'Institut, La modération de son caractére et de ses opinions semblait devoir lui interdire la satire et ’épigramme; il n’obtint dans ce genre qu’un médiocre succes. Il ne fut pas plus heureux dans sa polémique contre Lebrun et Chénier; mais dans ses Veillées poétiques et morales, U’ Allantide, ou le Géant de la montagne bleue, on reconnut I’émule d’Ossian,
La France littéraire était encore sous l’empire de l’ancienne école. Son drame d’Omasis obtint un succes de vogue, Cette composition, faiblement congue, ne peut plus prétendre aux honneurs de la représentation, Les portes de I'A-
BAOUR-LORMIAN — BAPTEME
cadémie étaient restées fermées au traducteur de la Jérusalem délivrée; elles s’ouvrirent enfin pour lui en 1815. Quelques pages rimées a propos du rétablissement du culte avaient expié les épigrammes de auteur contre |’Institut.
Baour-Lormian ne s’endormit pas dans le fauteuil académique. La double chute de sa tragédie de Mahomet II ne le découragea point. 11 publia depuis un roman historique intitulé Duranti, tableau brillant des erreurs et des crimes de Vintolérance religieuse du seiziéme siécle. En 1814 Baour, en compagnie d’Etienne, improvisa la tragédie lyrique de /’Oriflamme, destinée a célébrer le retour et les vertus des Bourbons. I] publia en 1815 une nouvelle édition de sa Jérusalem délivrée. En 1829 il fit paraitre Légendes , ballades et fabliaux, petits poémes dont il avait emprunté les sujets au moyen age. L’auteur, fidéle & ses premiéres inspirations, suivit les coryphées de la nouvelle école sur le terrain qu’ils avaient choisi. Comme eux il peignit les moeurs du moyen age avec pureté, simplicité, élégance méme parfois, mais sans vigueur, sans énergie. Un double succés couronna cependant ses efforts. Au bout de trois années Baour s’était arrété, et les romantiques avaient marché.
Ce poéte dune autre époque a publié en outre : Recucil de Poésies diverses, 1803; Féte de ?Hymen et de la Naissance, poémes & Voccasion du mariage de Napoléon et de Marie-Louise et de la naissance du roi de Rome; Rustan, ow les Veeux, et trente-huit Songes en prose; la Jérusalem délivrée, opéra; ?Aminte, pastorale du Tasse, imitée en vers francais, 1813.
Retiré aux portes de Paris, 4 Batignolles, c’est la que Baour-Lormian est mort le 19 décembre 1854, a l’dge de quatre-vingt-quatre ans.
BAPAUME, ville de France, chef-lieu de canton du département du Pas-de-Calais, peuplée de 3,174 habitants , prés du chemin de fer du Nord, avec des filatures de coton et de fils retors. C’est le centre d’une fabrication importante de batistes ; on y fabrique encore du sucre de belterave. Bapaume était autrefois place de guerre; ses fortifications avaient été réparées par Vauban; mais elles tombaient en ruine. Le démantélement en eut lieu en 1847 sous forme de siége dirigé par le duc de Montpensier.
Cette ville est fort ancienne; elle fut donnée en dot par Charles ie Chauve 4 sa fille Judith, épouse de Baudoin Bras-de-Fer. Ce fut 4 Bapaume, en |’église Saint-Nicolas, que fut célébré le mariage d’Isabelle de Hainaut avec Philippe-Auguste. En 1359, elle repoussa les Anglais, et en 1414, elle tomba au pouvoir des Armagnacs, En 1477, Louis XI s’en empara et l'incendia. Cependant elle ne tarda pas 4 se relever de ses ruines , et Charles-Quint la fortifia pour opposer a Péronne. Assiégée en vain par le connétable de Montmorency, elle fut prise en 1641 par le maréchal de La Meilleraie. Le traité des Pyrénées la céda définitivement a Ja France.
La victoire remportée 4 Bapaume sur les Prussiens est une des plus honorables qui aient marqué la guerre de 1870. Aprés avoir donné du repos 4 ses jeunes troupes, le général Faidherbe , 4 la téte d2 20,000 hommes, quitta les retranchements de la Scarpe et marcha en avant dans le dessein de s’opposer au bombardement de Péronne (1¢* janvier 1871). Le froid était des plus intenses; une neige épaisse couvrait les chemins. Dés le lendemain, il rencontra les Prussiens , comraandés par le général de Geben, et les débusqua des villages d’Achiet-le-Grand et de Behagnies, non sans surmonter une vigoureuse résistance. Le 3, a la pointe du jour, la lutte s’engagea sur toute la ligne aux abords de Bapaume. Elle fut longue et acharnée; il fallut enlever un a un et de vive force les différents villages qui couronnent Ja ceinture de hauteurs, ainsi que les barricades qui protégeaient le feu de l’ennemi. L’attaque simultanée des deux ailes étant venue en aide aux efforts du centre pour forcer le village de Biefvillers , foyer de la
bataille, les Prussiens se retirérent & six heures du soir. Nos pertes étaient de 183 morts et de 1,136 blessés. L’enaemi ne manqua pas de s’attribuer la victoire, « Mais sa prétention est plus que difficile 4 admettre, dit M. de Freycinet, car s'il est vrai que le général Faidherbe , au lieu de continuer sa marche , se cantonna de nouveau pour faire reposer son armée , l’armée prussienne, elle, fit plus puisqu’elle évacua Bapaume en abandonnant ainsi la position disputée. » P. Louisy.
BAPTEME (du grec $éntiou, immersion, purification ), le premier sacrement de la religion chrétienne. Dans toutes les religions de l’antiquité, les ablutions extérieures furent un signe de la nécessité de la sanctification de l'dme; l'eau lustrale des paiens , les nombreuses p urifications des Juifs, n’avaient pas d’autre signification ; et quand saint Jean-Baptiste voulut disposer les hommes & la pénitence, il adopta le baptéme comme un signe dont le sens était généralement connu. Mais toutes ces pratiques n’ayaient aucune vertu par eiles-mémes; elles ne faisaient que promettre ce que seul le sacrement de la loi nouvelle pouvait tenir, Avec l’espérance d’un Messie réparateur, les Juifs eurent Pidée d’un baptéme solennel et efficace qu’il devait instituer : de la vient que quand Jean parut, baptisant dans le Jourdain, ils en conclurent qu’il était le Christ, ou au moins Elie qui devait le précéder.
Ce fut dans les premiers temps de sa prédication que Jésus-Christ institua le baptéme. Il ne le donna que par le ministére de ses disciples, qu'il envoya deux & deux bap~ tiser dans tout le pays de la Judée. Quoique leur mission fat universelle, les apdtres hésitérent longtemps 4 recevoir ceux qui n’¢taient pas de la religion de Moise : le centurion Corneille fut le premier des Gentils qu’on admit au baptéme. Un commencement de foi, la promesse de vivre selon les maximes de la religion, furent d’abord les seules dispositions qu’on demanda aux nouveaux fidéles; 4 mesure que le nombre des croyants s’étendit, on exigea davantage. Les aspirants étaient soumis a de longues épreuves, jusqu’a ce qu’on se fit assuré qu’ils ne déshonoreraient pas par une vie licencieuse la sainteté du nom qu’ils allaient porter. On les préparait au baptéme par des instructions ou catéchismes, d’ou leur vint le nom de catéchuménes,
La veille de Paques et celle de la Pentecéte étaient les jours fixés pour administration solennelle du baptéme. Aprés la bénédiction des fonts, les catéchumeénes étaient présentés, les garcons par des parrains, les filles par des marraines. On prenait leurs noms (car chacun conservait celui qu’il avait regu de sa famille; V’usage de donner le nom au baptéme ne vint qu’avec la coutume de baptiser les enfants a leur nafssance). On recevait leurs promesses ; puis, avec les précautions exigées par la décence, ils étaient introduits dans le baptistére, sorte de salle assez semblable a une salle de bain. La, chaque catéchuméne se dépouillait de ses vétements, et descendait dans les fonts , soutenu par son parrain. On le plongeait trois fois dans l’eau, en invoquant chaque fois une des personnes de la Sainte-Trinité. Au sortir de la piscine, les nouveaux chrétiens étaient revétus d’une robe blanche qu’ils portaient huit jours et qui devait leur rappeler innocence qu’ils venaient d’acquérir. A cette robe fut d’abord ajouté un long bandeau de lin, destiné 4 couvrir l’onction du saint-chréme , que les baptisés recevaient de l’évéque ; ce bandeau, nommé pour cette raison chrismale ou chrémeau, a depuis remplacé la robe. Les nécphytes recevaient alors la communion, A laquelle on ajoutait du lait et du miel, soit pour leur rappeler, avec saint Pierre , qu’ils n’étaient que de tendres enfants que I’Eglise deyait encore nourrir de lait, soit pour leur faire entendre quils avaient recouvré la terre promise, oi: devaient couler pour eux le lait et le miel.
Les enfants des chrétiens étaient Ie plus souvent baptisés dans les huit premiers jours; mais exemple de saint Augus-
tin et de plusieurs autres nous monfre que souvent aussi on préférait différer le baptéme jusqn’a ce que Venfant fot en tat d’en comprenére le bienfait. Quelques personnes méme, pour vivre avec plus de liberté, ne le recevaient qu’a la mort. Cette dangereuse coutume ne tarda pas a étre abolie; et PEglise , devenue plus sévére dans cette partie de sa discipline, par la crainte d’exposer les enfants au danger de mourir sans baptéme, ordonne depuis longtemps qu’ils soient baptisés aussitét aprés leur naissance. C’est le méme motif de crainte qui a fait donner & toute espéce de personnes, catholiques , hérétiques, ou méme infidéles, le pouvoir de conférer le haptéme en cas de nécessité. Cependant , vers Je milieu du troisiéme siécle , quelques évéques d’ Afrique, ne pouvant comprendre qu’on devint catholique de la main de ceux qui ne l’étaient pas, se mirent a réitérer le baptéme & ceux qui l’avaient recu des hérétiques: de 1a erreur des rebaptisants ; de la aussi cette dispute que le pape saint Etienne et saint Cyprien ont rendue si célébre, et qui ne finit que par le martyre de lun et de lautre.
L’usage de l’Eglise a varié dans la maniere d’administrer le baptéme. On croit que les apdtres baptisérent plus d’une fois par aspersion, lorsque des milliers de personnes, des peuplades entiéres se présenlaient ala fois. La régle suivie jusqu’au douziéme siécle fut de baptiser par immersion , en plongeant dans l'eau le corps de celui qui recevait le sacrement; les inconvénients, les dangers méme de cette pratique y firent substituer le mode plus simple de l’infusion (Yaffusion ), généralement adopté aujourd’hui dans l’Eglise latine.
En effacant la tache originelle, en rendant 4 ’homme sa premiére innocence, le baptéme lui ouvre les portes de l'Eglise , et Ini donne le droit d’aspirer a la vie éternelle. Celui qui est privé de ce sacrement demeure, au contraire, enveloppé dans la disgrace commune, dans la malédiction prononcée contre la nature humaine, et n’a point de bonheur a espérer dans l’autre vie. Telle est la doctrine catholique. Voyez Lines,
On a donné assez improprement le nom de baptéme a la bénédiction des cloches, sans doute 4 cause des grandes ablutions qui ont lieu dans cette cérémonie, peut-¢tre aussi parce que les cloches sont présentées par des personnes que, plus improprement encore, on nomme parrains et marraines. L’abbé C. BANDEVILLE.
BAPTEME DE SANG. Les premiers chrétiens reconnaissaient trois sortes de baptéme : 1° le baptéme de Veau, qui est celui que Jésus-Christ institua sur les bords du Jourdain ; 2° le baptéme de la pénitence, qu'il fonda sur le Calvaire , en pardonnant au larror. converti qui expirait & son cété; 3° enfin le baptéme de sang, qu’il institua encore en consommant le sacrifice de sa vie sur la croix, Ce dernier n’est done autre chose que le martyre. « La yertu de l’esprit céleste, dit saint Thomas, est cachée dans le baptéme d’ablution; le baptéme de la pénitence la révéle par la componction du cevur; elle éclate au baptéme de sang par tout ce que Pardeur de amour a de plus bralant. » « Au baptéeme desang, dit saint Augustin, le prétre est remplacé par les bourreaux , l'eau par le sang , Vimposition mystique des mains par les tortures; aussi, quand lame, a la voix du prétre, est visitée par la grace d’en haut, elle devient, aux coups des bourreaux, le temple méme du Dieu vivant. C’est pourquoi saint Bernard remarque que le sang dispense du chreme, du sel et de la salive; car, ajoute-t-il, ce n’est que pour apprendre au chrétien a ne pas rougir de sa foi qu’on le signe av front avec le chréme; on n’approche le sel de ses levres que pour donner la diserétion a ses discours; on ne porte ia salive aux sens de l'oule et de Vodorat que pour les ouvrir a la parole de la sagesse et a I’odeur d'une vie pure; Vonction sur la téte n'est faite que pour avertir de conserver la grace de la foi, Or, le baptéme de sang ouvre immédiatement les portes du cicl, qui est le
BAPTEME — BAPTES
but de la vie chrétienne; le baptéme de sang est ainsi le par. don du péché originel et de tous les autres péchés, accordé a celui qui confesse la foi évangélique en présence des tortures et de la mort.»
BAPTEME DU TROPIQUE, BAPTEME DE LA LIGNE. L’origine de cette cérémonie bizarre remonte & Pépoque de Ja découverte du Nouveau-Morde Les premiers navigateurs qui osérent passer la zone torride, considérée jusque alors comme inhabitable, célébrérent ce passage comme une sorte de baptéme, comme s’ils recommencaient une existence nouvelle. Depuis, les matelots, et surtout les matelots frangais, ont eu grand soin de perpétuer cet usage, qui est pour eux une source de profits.
Tout Européen qui passe pour la premiére fois le tropique du Cancer est obligé de se soumettre au baptéme du tropique. Les matelots ont le privilége exclusif de cette cérémonie. Le jour ot l’on doit franchir le 23° degré 28 minutes, le gros gabier, chargé du réle du dieu des mers, tresse sa barbe d’étoupes, appréte le harpon qui doit lui tenir lieu de trident, barbouille de peinture noire ou de goudron les petits mousses destinés @ devenir les Tritons du nouveau Neptune, érige sur le gaillard d’arritre un autel portatif destiné a recevoir le serment des néophytes, et fait monter sur le pont toutes les machines hydrauliques du navire pour inonder de leau du baptéme les catéchuménes guise disposent avec un certain courage a braver l’inévitable aspersion.
Quand on arrive au fatal passage, Neptune monte dans la grande hune. Le capitaine se tient, grave et immobile, sur son banc de quart. Le dieu, muni d’un grand porte-voix, héle Je capitaine, et luidemande, du haut de son belvédére, le nom du hatiment, le lieu de son départ, celui de sa destination, Veffectif de son équipage et de ses passagers, le nombre surtoutdes individus de diverses catégories qui n’ont pas payé leur tribut au souverain des mers.
Apres ces questions et les réponses d’usage, Neptune se met a grelotter de froid et fait pleuvoir sur ses nouveaux sujets une gréle de pois verts et de haricots secs, météore précurseur de l’aspersion qui s’appréte. L’Olympe alors descend sur le pont, et la saturnale maritime commence. Si le navire n’a pas passé le tropique, le capitaine se soumet avec empressement a une offrande pécuniaire pour prix du baptéme du batiment. Chaque néophyte, les yeux bandés, est ensuite amené vers une cuve pleine d’eau. Avant de Vy plonger, qu’il ait ou n’ait pas de barbe, on le rase avec un sabre de bois; une eau farineuse ou une mixture de goudron servent de savon. Le grand prétre de cette | burlesque cérémonie, le dieu lui-méme quelquefois, recoit la confession du pénitent, qui, & un signal donné, est impitoyablement enfoncé dans la cnve sur laquelle il était assis. Les pompes et les seaux font copieusement le reste, pour peu que le prix attaché par le néophyte a son rachat ne satisfasse pas ses sauveurs. Dans tous les cas, on a soin de le pourvoir des mots de passe sacramentels qui doivent servir a faire savoir a tous les marins qu'il a déja subi l’épreuve.
Des jeux et des divertissements terminent la cérémonie , qui fait diversion & la monotonie ordinaire @’une longue traversée. Le bapt¢me du tropique n’exempte pas de celui de la ligne. Dans lun et I’autre, une double ration est rarement refusée par le capitaine le moins généreux, et une liberté entitre est accordée pour tout le jour a l'équipage afin de mettre le comble au burlesque de ces petites saturnales. Le loustic du gaillard d’arriére ne manque jamais de montrer a quelque passager erédule la ligne tropicale ou équinoxiale a l'aide d'une longue-vue sur lobjectif de laquelle il a placé diamétralement un cheveu. Le lendemain la discipline du bord reprend sa verge de fer, et le trident de Neptune cesse d’étre le sceptre du monde.
BAPTES. C’étaient a Athénes les prétres de Cotytto, déesse de Vimpureté, dont ils célébraient les fetes pendant
BAPTES la nuit, en se livrant 4 des chants impudiques et 4 des danses lascives. Ils tiraient leur nom du verbe grec Barre, qui signifie se baigner, et de Vusage ob ils étaient en effet de se baigner et de se parfumer avant la célébration de leurs mystéres. Ils étaient du reste regardés comme les derniers des hommes, et Juvénal dit deux qu’a force d’infamie ils avaient lassé Cotytto elleméme. On rapporte qu’Eupolis ayant fait contre eux une comédie & laquelle il avait donné leur nom, les bapfes, pour s’en venger, le plongérent dans la mer.
BAPTISTE ainé (Nicotas ANSELME, dit), acteur du Théatre-Frangais , était né 4 Bordeaux le 18 juin 1761. Son pere, Joseph-Francois ANSELME, jouait les premiers comiques en province , et était fort godté a Bordeaux, oi il avait épousé Marie Bourdais, qui occupait, elle, au théatre de cette ville, Vemploi des reines, qu'elle quitta plus tard pour prendre celui des duégnes. Du cété des Bourpais, il y eut un premier comique, freére de madame Baptiste, qui était a Rouen lors de la révolution de 1789, qui vint ensuite a Paris au thédtre alors appelé des Variétés , et que nous avons vu, sous l’Empire, jouant les valets au théatre de la Porte- Saint-Martin. Un autre Bourpatis alla en Russie jouer les jinanciers. Madame Dorval, qui a eu une si grande célébrité , était également une Bourdais du coté des Baptiste. Outre laieul (Joseph-Francois ), que nous avons cité plus haut, et que nous avons vu fort agé et retiré du théatre, violon a Porchestre dé la Comédie-Frangaise, il y a eu Bapliste ainé, de qui nous allons parler; Baptiste cadet, dont la biographie vient plus loin; puis madame Desmousseaua, fille de Baptiste ainé, qui fut un des ornements du Théatre-Frangais ; puis Desmousseawx , mari de celle-ci, qui, jeune encore, se retira du méme théatre, ot il jouait avec ayantage les péres nobles de la tragédie et de la comédie ; M. Baptiste, frére cadet de madame Desmousseaux, qui débuta en 1844 sur la méme scéne dans des Raisonneurs ; madame Baptiste, qui y débuta dans l’emploi des reines ; puis enfin Féréol, qni jouait les comiques au théatre de ’Opéra- Comique. Dans les titres dramatiques de cette grande famille il est & propos de constater que les talents de Baptiste l'ancien et de Marie Bourdais, sa femme, furent connus et appréciés de Lekain, et méme de Voltaire lorsquwils jouérent & Genéve; qu’ils eurent ces deux hommes célébres pour patrons dans quelques circonstances, et qu’enfin Baptiste ainé, alors agé de quinze a seize ans, ne resta pas inconnu a Pauteur de Zaire.
il avait embrassé la méme carriére que ses parents, et, apres avoir joué avec succes a Bordeaux les Jewnes premiers de la tragédie et de la comédie, il prit les premiers 7dles des deux genres, et se trouvait 2 Rouen en 1790, fort applaudi dans cet emploi. Lorsque, la liberté des théatres ayant été proclamée par l’Assemblée constituante, vingt spectacles nouyeaux s’ouvrirent publiquementa Paris, Baptiste vint, en 1791, au théatre dit du Marais, rue Cul:ure-Sainte-Catherine , auquei Beaumarchais prenait, a titres divers, un fort vif intérét. La il se fit un nom dans Robert chef de brigands, drame en cing actes et en prose , de Lamartelliére , inrité de la célébre piéce de Schiller (les Brigands), qui fut représenté le 6 mars 1791.
Baptiste ava‘t connu a Bordeaux Gaillard et Dorfeuil, acteurs et directeurs du théatre de ceite ville , qui venaient de faire construire a Paris, sur un emplacement dépendant du Palais-Royal et donnant sur la rue Richelieu, une nouvelle salle , dite tour a tour du Palais- Royal, Thédtre- Francais et Thedtre de la Republique. \\s y engagérent notre acteur qui leur apporta son Robert chef des brigands. C'était en 1792. Laissons parler un critique de l'époque : « Parmi les artistes qui ont débuté au Theatre de la République, on doit remarquer particuli¢rement le citoyen Baptiste et sa famille. Le citoyen Baptiste est un de ces talents rares et transcendants que la nature semble avoir formés expres pour V2 { aauel elle les destine. Cet acteur se istingue surtout