BARBARES — BARBARIE
empereurs. Aprés les Césars, Romains et patriciens, les Flaviens ne sont plus qu’Italiens ; les Antonins , Espagnols ou Gaulois; puis Orient réclamant ses droits contre !’Occident, paraissent les empereurs africains et syriens, Septime, Caracalla, Hélagabale, Alexandre Sévére ; enfin les provinces du centre, les durs paysans de I’Illyrie, les Auréliens et les Probus; les barbares méme, l’Arabe Philippe et le Goth Maximin. Avant que empire soit envahi, la pourpre impériale a été déja conquise par toutes les nations. »
Rome pouvait se croire maitresse de l’univers. Mais un cancer la rongeait au cceur. Les arts d’Orient avaient affaibli ses durs soldats, esclavage avait amené la dépopulation. La division de l’empire acheva de le rendre plus vulnérable. Nous suivrons a l'article MiGRATION DES PEUPLES les diverses races qui inondérent!’ouest et le midide l'Europe, comme a larticle Romain (Empire) nous assisterons aux derniéres convulsions de son agonie. Qu’il nous suffise de dessiner ici quelques-uns des traits essentiels des peuples barbares, et des nations germaines en particulier, puisque ce sont les seules dont le génie ait résisté 4 immense travail de régénération qui confondit et effaga tant de races hétérogénes, tant de nationalités diverses.
Les mceurs naives, grossiéres encore mais originales, des barbares ne ressemblaient en rien aux meeurs romaines. Servileurs fidéles de leurs chefs, les barbares combattaient autour de lui sans ordre , mais avec adresse, courage et déyouement ; plus confiants daus la valeur personnelle que dans la tactique, leurs armes sauvages finirent par vaincre la légion, si savamment organisée. La fraternité d’armes , lattachement de homme au chef qu’il s’était choisi, la fidélité de individu a Vindividu, formaient les traits saillants du caractére des Germains. En outre, comme le christianisme , la barbarie avait émancipé la femme. Velléda, au dire de Tacite, était adorée vivante. L’indépendance, ainsi que la dit Bossuet, était tout le fond d’un barbare, comme la patrie tout le fond d’un Romain. Le Germain libre portait au plus haut point le sentiment de sa valeur et de son droit, tandis que les Romains ne connaissaient que la liberté politique, la liberté du citoyen. C’est aux barbares que la civilisation moderne doit ce sentiment de la liberté individuelle, de l’indépendance personnelle, inconnu 4 la société romaine ef a la société chrétienne. On apercoit chez les Germains, selon M. Guizot, le germe des trois grands systémes d’institutions qui depuis la chute du monde romain se sont disputé l’Europe. On y trouve : 1° des assemblées @hommes libres oi sont débattus les intéréts communs , les entreprises publiques, toutes les affaires importantes de ja nation; 2° des rois, les uns a titre héréditaire , les autres 4 titre électif, et portant surtout un caractére guerrier; 3° enfin le patronage aristocratique , soit du chef de guerre sur ses Compagnons, soit du propriétaire sur sa famille et ses colons. Le Germain, dit Chateaubriand, neconcevait pas qu’un étre abstrait, qu’une loi, pit verser le sang. Ainsi dans cette société primitive l’instinct de Vhomme repoussait la peine de mort (voyez Composition). M. Lerminier a cru retrouver en outre lorigine du jury dans linstitution des cojurants ou compurgateurs, douze hommes libres, pairs dun aceusé, qui affirmaient son innocence par serment devant le chef de la tribu au milieu de l’assemblée générale. — On voit que les barbares apportaient avec eux , du fond de leurs foréts, presque tous les éléments de la société moderne. Aussi M. Guizot a-t-il pu dire avec raison que P’Europe devait la plupart de ses institutions 4 ses conquérants.
Sous leur domination farouche Vesclayage domestique disparut, le servage lui succéda et fut déja une délivrance peur l’humanité opprimée. Les barbares apportaient une nature vierge A l’Fglise; elle eut prise sur eux, et la doctrine du Christ dut aux hommes du Nord sa forte unité et sa poésie mystique. Mais la chute de Empire ne s’accomplit pas d’un seul coup. Alaric, qu’une impulsion fatale entrat-
nait contre Rome, la ravagea et mourut. « Le premier ban des barbares, Goths, Bourguignons, Hérules, dit M. Michelet, révérérent la majesté mystérieuse de !a ville qu’on ne violait pas impunément. Celui méme qui se vantait que l’herbe ne poussait jamais ou avait passé son cheval, tourna bride et sortit de I’Italie. Les premiers barbares furent intimidés ou séduits par la cité qu’ils venaient détruire. {ls composérent avec le génie romain, et maintinrent Pesclavage. A eux n’appartenait pas la restauration da monde. » Enfin les Francs marchérent sur Rome, mais ce fut pour émanciper I’Eglise. « Le Franc adopta l’homme- Dieu, dit encore M. Michelet, et le chaos tourbillonnant de la barbarie, qui dés Attila, dés Théodoric, voulait se fixer et s’unir, trouva son centre en Charlemagne. Cette unité ma~ térielle et mensongére encore dura une vie d’homme, et, tombant en poudre, laissa sur l’Europe l’aristocratie épiscopale, Paristocratie féodale, couronnées du pape et de l’empereur. Merveilleux systtme dans lequel s’organisérent et se posérent en face l'un de autre empire de Dieu et l’empire de ’homme. La force matérielle, la chair, Vhérédité , dans lorganisation féodale; dans I’Eglise, la parole, !esprit, Vélection. La force partout , esprit au centre, l’esprit dominant la force. Les hommes de fer courbérent devant le glaive invisible la roideur de leurs armures. Le fils du serf put mettre le pied sur la téte de Frédéric Barberousse. » Voyes MOYEN AGE.
BARBARIE. Ce terme était connu des anciens Grecs et Romains, qui flétrissaient méme de ce nom quiconque était étranger, comme s’ils eussent été les seuls peuples civilisés de la terre. Cependant les Romains étaient encore des barbares par rapport aux Grecs. Ovide, exilé parmi les Gétes, dit qu’ils le regardaient comme un barbare :
Barbarus hic ego sum, quia non intelligor illis.
Les Gaulois devenus Romains par la conquéte traitajent de barbares et les meeurs et la langue des Germains. En général, ce terme, dérivé, selon les uns, du chaldéen bara,. n’exprimait que |’extranéité ; selon d'autres , il vient de l’a~ rabe bar, signifiant désert, et désignait un homme sauvage, ou vivant au désert. Telle parait étre encore l’étymologie du nom des Berbéres, voisins des solitudes du Barabra, qui fréquentent dans leurs incursions les cétes de la Barbarie, comme les anciens Garamantes, les Numides et les Gétules. Leur langage rauque et glapissant, leurs mceurs féroces, ont conservé au terme de barbare une acception de haine et méme d’horreur. Les irruptions des barbares du Nord dans le midi de l'Europe, celles des Tatares et des Kalmouks ou Mandchoux en Asie, et toutes les atrocités qui accompagnérent leur envahissement, ne furent pas propres 4 détruire le sentiment d’effroi ou de haine contre la barbarie chez des nations plus douces et plus policées. Comme la barbarie consiste dans l’ignorance, dans l’absence des habitudes sociales et du gotit pour les arts, elle est un objet de mépris pour les hommes policés, lors méme qu’un éclatant courage et de grandes vertus sembleraient devoir l’ennoblir. Quand le consul Mummius, vainqueur de Corinthe, en fit transporter les statues et les tableaux a Rome, il recommanda, dans sa simplicité , aux personnes chargées de ce transport, de ne rien laisser perdre ou dégrader de ces chefs-d’muvre, sous peine de les faire remplacer par d’autres & leurs dépens. Que de spirituelles rail leries ne dut-on pas faire 4 Athénes sur ceffe naiveté d’un barbare! Au reste, l'invasion des barbares chez les peuples civilisés, si elle éteint momentanément les lumiéres, les lettres , les sciences et les beaux-arts, a toujours pour dernier résultat de civiliser les barbares. Le contraire n’a été remarqué que dans la conquéte de Constantinople par les Turcs. Il n’y a nulle société réglée chez les nations qui subsistent dans l'état chasseur et sauvage, comme les naturels américains ou encore plusieurs peuplades féroces du coeur
de l'Afrique ; chez ces sauvages "homme est presque dépourvu de toute sensibilité, de toute sympathie; rarement on lui verra témo‘gner du chagrin ou de la colére au milieu des événements les plus facheux de la vie; il rit de tout et ne s'inquiéte de rien. Il regarde la férocité, la tyrannie, comme des actes de grandeur, de domination, qui l’exaltent, le remplissent de ‘oie et d’orgueil. De 1a cette invincible audace des sauvages dans leurs vengeances, la résistance opiniatre, furieuse, qu’ils opposent a leurs ennemis, le courage sensible qu’ils montrent dans les supplices. Au contraire , Yhomme policé met sa gloire dans la générosité, dans Vhumanité,
Mais la barbarie survit souvent en partie a l’état sauvage. jl n’y a pas que les sauvages qui inventent des supplices cruels pour leurs ennemis; les gunerres civiles, les guerres religieuses surtout, ont leur part d’atrocités, de turpitudes, dignes de cannibales. Les Romains ont bralé les chrétiens, les Chinois vendent encore leurs enfants , les Hindous ont encore leurs sutties ; et si nous cherchions bien, nous trouverions plus d’un usage barbare dans nos mceurs européenres, qui se prétendent si avancées.
Serait-ce donc un état heureux que celui qui force Ybomme insouciant de Vavenir aux plus horribles forfaits pour soutenir sa propre existeace? car telle est le plus souvent la situation du sauvage sans culture, sans propriété, au milieu des plus rigoureuses saisons. Insensible aux maux de ses semb!ables, comme ceux-ci le sont aux siens, tout barbare vit pour soi par le plus dur égoisme, qui lisole de tout, qui resserre la compatissance de son coeur, méme pour ses proches, pour sa famille, pour toute personne malade. Le Sauvage, accablé d’années, se sentant 4 charge a tout ce qui Yenvironne, se place lui-méme d’un air satisfait dans le tombeau. Qui ne connait cette cruelle férocité du barbare qui massacre froidement son pére, sa mére, ses amis, ses enfants méme, lorsqu’ils ne peuvent subvenir a leur existence? L’avortement, Vinfanticide, l’anthropophagie, les sacrifices humains sont encore en vigueur parmi quelques peuplades sauvages. Que l’on vante donc les délices prétendues de cet antique Age d’or de ia race humaine! Certes, de pareilles barbaries attestent dans quelle profonde misére elle fut jadis plongée; mais l’état moderne de la civilisation vers laquelle notre espéce s’avance insensiblement prouve, malgré ses vices, contre les détracteurs moroses, qu’elle est susceptible d’un perfectionnement réel.
De méme que les arbres sauvages ne portent que des fruits acerbes, empreints de sucs Apres, qui s’adoncissent par Ja culture et la greffe, ainsi ’homme s’adoucit 4 Paide de la culture sociale; il s’amollit méme. Ses organes, d’abord rudes, deviennent plus dociles, plus flexibles; son coeur est désormais plus tendre, et sa sensibilité, plus délicate, peut devenir exquise parmi les douceurs de la vie policée. En effet, ’'excés de cette derni¢re tend méme 4 efféminer les individus, a les rendre laches, esclaves, abjects et sans vertus, comme ces animaux domestiques énervés, abatardis et prét. a subir tous les jougs. Un sage milieu entre la férocité du sauvage et la servilité sociale procure donc cet état heureux dans lequei ’homme peut rencontrer l’existence la plus favorable au développement de ses facultés physiques et intellectuelles. C’est ce milieu salutaire que n’ont point cherché Rousseau, éloquent apologiste de la vie sauvage, ni Hobbes, ce dur apdtre du despotisme. Voyez Crviiisa- TION. J.-J. Viney.
BARBARIE, ETATS BARBARESQUES. C’est le nom général que l'on donne a cette partie de Afrique qui s’étend depuis Je cap Noun sur Vocéan Atlantique jusqu’au cap fl-Mellah sur la Méditerranée. Elle embrasse dune part une zone cultivable hommée Tel], ou les hautes terres, et ane lisiére d’oasis comprises par les Arabes sous le terme général de Bélud-el-Djerid, pays des dattes. Quatre puissances politiques principales partagent cette contrée :