‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 309 sur 488 · BARBARIE · texte numérisé non relu

BARBARIE

ce sont Vempire du Maroc, l’ Algérie, les régences de Tunis et de Tripoli.

Les Romains avaient particulitrement donné le nom d’4- Jrique a cette contrée, qui se subdivisait en Cyrénaig ue, Syrtique, Numidie,et Mauritanie. Un géographe arabe, Bakin, avait appelé Barbarie le pays de Barca; ce nom fut ensuite adopté par les géographes européens. Edrisi, autre géographe arabe, donne le nom de Barkar A la partie de ces Etats située vers la mer; et il distingne sous le nom de Maghreb la contrée qui en est plus éloignée.

La Barbarie est bornée a !’ouest par l’Atlantique, au nord par la Méditerranée, au sud par le Sahara, a l’est par la Méditerranée et par les derniéres solitudes du Grand Désert qui s’étendent jusqu’A la edte. Elle est comprise entre Je 26° et le 37° degré de latitude septentrionale et entre le 20° de longitude orientale et le 14° de longitude occidentale. Sa superficie est évaluée & 2,000,000 de kilométres carrés.

Liile de Gerbi et le groupe de Kerkenni dans la Méditerranée sont les principales iles de cette contrée, qui n’en renferme que de trés-petites et toutes adjacentes A ses cédtes. Celles-ci offrent un développement de plus de 4,800 kilométres, dont a peu prés 800 appartiennent a la céte du nordouest et 4,000 a la céte nord de la péninsule africaine.

D’aprés ce que nous connaissons de la configuration physique de la Barbarie, son relief présente des caractéres différents suivant qu’on considére cette contrée Al’ouest ou a Vest du golfe de la Sidre. A Pest le soldu désert, morcelé en mamelons isolés, en talus courts, peu élevés, courant dans toutes les directions et séparés les uns des autres par de vastes plaines de sable; a l’ouest un immense talus dont le faite, dirigé de Vorient a Voccident et s’élevant graduellement dans cette direction, atteint sa plus grande hauteur sous le méridien du détroit de Gibraltar, puis s’abaisse rapidement vers Pocéan Atlantique. Le versant méridional de ce talus, composé de terrasses étroites, soutenues par des escarpements a pic, descend précipitamment vers le désert du Sahara.

Une aréte, s’étendant du cap Spartel au point le plus élevé du faite, divise en deux versants secondaires le versant septentrional de ce talus, l'un occidental et l'autre septentrional. Ce dernier s’abaisse par une pente douce, en formant de larges terrasses,dont les moins élevées s’étendent jusqu’aé une petite distance de la Méditerranée et encaissent du cap Spartel au golfe de la Sidre une longue et étroite lisiére de vallées basses qui se continuent presque sans interruption dans les Etats de Maroc, d’Alger, de Tunis et de Tripoli. Le versant occidental appartient en entier a empire de Maroc; sa pente, d’abord rapide, se termiae par une vaste terrasse qui s’incline dowcement vers Vocéan Atlantique du cap Noun au cap Spartel. Les éperons peu nombreux qui la sillonnent y forment les plus grandes vallées maritimes de la Barbarie. Le faite, les éperons et les escarpements de cet immense talus sont couronnés par un vaste systtme de montagnes. La chaine principale de ce systéme, qui occupe le faite du talus dans toute sa longueur, est le Daran des Arabes et’ Atlas des Européens. Les montagnes de la région a Pest du golfe de la Sidre ont peu @importance.

La Barbarie, dont quelques points septentrionaux franchissent la latitude de Vextrémité méridionale de la Gréce et de l’Espagne, est presque entiére dans la climature de l'Egypte, de la Perse, du Bengale, de la Chine, du Mexique et de la partie méridionale des Etats-Unis d’Amérique , c’est-d-dire sous le ciel des plus belles et des plus riches contrées. Cependant la température y éprouve deux modifications générales, qui sont leffet de la configuration physique du sol. Le versant méridional , vaste paroi soutenant l’atmosphére embrasée du Sahara, est soumis a Ja température de la zone torride africaine; ses terrasses les plus élevées, ses vallées les plus profondes,abritées par les montagnes, jouissent seules de ce cété de PAtlas du climat tempéré de l'autre versant. Celui-ci, baigné par les vents frais de la Méditerranée et

BARBARIEK — BARBAULD

protégé par son exposition contre les vents du Sahara, réunit les avantages de la température vivifiante des zones équatoriales & tous les agréments des climats de Europe méridionale. L’ordre et le nombre des saisons y sont les mémes qu’en Europe. Au mois de janvier les froids les plus vifs se font sentir, et les mois d’aodt et de septembre sont ceux ot des chaleurs inconnues au nord de la Méditerranée bralent le sol, le dépouillent de toute trace de végétation. A cette époque toutes les récoltes sont faites, c'est le seul temps de l'année pendant lequel soufflent les vents du sud ; alors se fait sentir le terrible simoun, dont la durée, ordinairement de quelques jours, s'est quelquefois prolongée pendani! deux ou trois semaines. Sur les hautes terrasses , les saisons se réduisent a un hiver et un été. L’hiver ou saison des neiges dure depuis septembre cu octobre jusqu’en avril ou mai. Sur le versant méridional , V'apnée est aussi partagée en deux saisons; ce sont les deux saisons de la zone torride : celle des pluies, de juillet en octobre; celle des chaleurs, tout le reste de Vannée.

Les productions de la Barbarie, dans tous les régnes de la nature, sont A peu prés celles que nous trouvons en A|gérie; nous les ferons connaitre en détail ax articles consacrés A chacun des Etats barbaresques, ainsi que les différentes formes du gouvernement, la civilisation, lindustrie, le commerce et Vhistoire générale de chacun de ces pays. Quant aux habitants, nous nous bornerons a rappeler quils appartiennent a plusieurs races. Les plus nombreux sont les Arabes et les Berbéres, les premiers venus en conquérants 4 la suite des généraux des khalifes, les seconds regardés comme indigénes. Les Arabes se divisent en deux branches: t° les Arabes pasteurs ou nomades, ou Bédouins; 2° les Arabes Maures, habitants des villes, mélange, avee la prédominance du caractére arabe, de toutes les races qui se sont succédé dans ces contrées. Les tribus ber béres sont les montagnards de la Barbarie; ils se divisent en Chillous, Kabyles, Touaregs et Tibbous. Des Juifs se trouvent en grand nombre dans l’Algérie et le Maroc. Outre quelques milliers de Turcs , de Coulouglis, de Mozabites, on y trouve encore des Négres employés presque partout comme esclaves ala culture des terres, et enfin un grand nombre d’Européens, surtout depuis notre conquéte de l’Algérie.

Ce grand et beau pays, qui n’est séparé de notre Europe que par un bras de mer, fut plusieurs fois le point central de la civilisation. Il se recommandait par laisance, une population abondante et la culture des arts sous les Carthaginois, les Romains, les Vandales et les Arabes. Et de quel avantage n’est-il pas pour le commerce des peuples! Ses relations avec tous les pays situés le long des cétes d’Europe s’établissent plus sdrement et plus promptement que celles de ces mémes pays avec leurs capitales respectives, et le transport des marchandises est & meilleur marché de Marseille et Génes 4 Tunis et Alger, que de ces premiéres villes 4 Paris, 4 Turin ou a Milan. Caton montrait au sénat romain des figues fraiches qui avaient été cueillies sous les murs de Carthage. Et pourtant cette vaste contrée, qui peut auffire A Ventretien et 4 Ja nourriture de soixante millions @individus, n’en contient peut-¢tre pas vingt. Aprés PEgypte, c’était la provinee la plus riche et la plus fertile de Pempire romain, l’un de ses principaus greniers & blé. Les auteurs romains l’appellent l’dme de la république, le bijou de empire, speciositas totius terre florentis ; et les patriciens regardaient comme le plus grand bien de posséder un palais ou une maison de campagne sur cette céte délicieuse. Les petites cours arabes, telles que Fez, Tétuan, Tlemcen, Garbo et Constantine, ne laissérent pas non plus que d’encourager les établissements de luxe et d’économie Turale le long des edtes. Amalfi, Naples, Génes, Pise, Flo- Tence, se sont enrichies par leurs relations multipli¢es avec ce beau pays, et la flotte vénitienne visitait toutes les villes de la cote d’Afrique.

Tout cela n’existe plus : le nord de PAfrique était devenu l’asile du crime et de la misére, la proie de treize A quatorze mille aventuriers, ramassés dans les quatre parties du monde, et qui étaient la terreur des habitants. Depuis que la France a pris possession de la régence d’Alger, la piraterie a été chassée de ses derniers repaires, et les Etats barbaresques sauront sans doute retrouver dans le commerce les bénéfices que leur procurait le brigandage. La ci- Vilisation a repris tous ses droits sur cette terre si longtemps désolée ; et malgré les obstacles qu’eliu rencontrea chaque pas, on est en droit d’espérer qu’elle triomphera du fanatisme et de lignorance.

BARBARISME (du grec Bap6apoc, étranger). Ce mot indique une impropriété de langage , une faute contre la langue, qui résulte de Vemploi d’un mot qui est étranger a celle dans laquelle on s’exprime, ou lorsque |’on donne a un mot qui lui est propre un sens, une terminaison, un accent, une mesure de quantité, ou une prononciation différents de ceux qiil doit avoir.

BARBAROUX (Cuartes-JEAN-Manzie), néa Marseille, en 1767, commissaire extraordinaire de la commune de Marseille prés de l’Assemblée législative en 1792, prit part dans Paris 4 tous les complots révolutionnaires, et sauva la vie A plusieurs Suisses dans la journée du 10 aodt. Elu membre de la Convention, Barbaroux, républicain généreux, qui s’était soumis d’abord avec la coniiance et exaltation de la jeunesse au sombre génie de Robespierre, se rapprocha bient6t des Giropdins, Cendorcet, Brissot, Vergniaud , Guadet, et du ministre Roland. C’est chez ce dernier qu’il concut avec ses amis le projet d’une république pour le midi de la France, si Robespierre établissait son despotisme au nord. Le 25 septembre et le 10 octobre, Barbaroux osa dénoncer la commune, Robespierre et tous les jacobins. Il défendit le ministre Roland; il fut un des plus ardents a provoquer le jugement de Louis XVI, et vota pour la mort; mais il demanda l’appel au peuple, il adopta le sursis, et ne cessa de poursuivre de sa courageuse élaquence les septembriseurs, les chefs de l’anarchie.

Apres la chute des Girondins, Barbaroux, arrété, fut assez heureux pour échapper au gendarme qui le gardait, et se réfugia dans le Calvados, ot il organisa, avec d’autres proscrits, Parmée qui devait délivrer la Convention, et qui fut défaite A Vernon. Louvet raconte, dans ses mémoires, qu’il vita Caen Charlotte Corday dans l’antichambre de Barbaroux; et la-dessus, et parce que madame Roland dit que Barbaroux était beau comme Antinoiis, ceux qui veulaient trouver des motifs au dévouement de Charlotte Corday ont ridiculement prétendu que cette noble fille, républicaine avant la république, comme elle dit elle-méme, avait assassiné Marat par amour pour Barbaronx. Celui-ci , aprés la défaite de Vernon, d’abord réfugié 4 Bordeaux, puis force d’en sortir, fut arréte dans les grottes de Saint-Emilion, avec Salles et Guadet, et porta sa téte sur l’échafaud a Bordeaux, le 25 juin 1794. On a conservé de Barbaroux, outre plusieurs discours, des fragments de mémoires sur la révolution et une ole magnifique sur les voleans. TT. Toussenev.

BAKBAULD (Anna-Letitta AIKIN), dame anglaise, qui s’est fait un nom par ses ouvrages en vers et en prose, était fille et sceur de médecins appelés tous deux John Aikin. Née le 20 juin 1743, 4 Kilwort-Harcourt, dans le comté de Leicester, elle témoigna dés sa premiére jeunesse le plus vif désir @apprendre les langues classiques, par suite de Vadmniration quelle entendait professer dans toute sa famille pour Vantiquité. Elevée au fond d'une campagne et recevant une éducation essentiellement domestique , n ayant dés lors pas d’autre societé que les quelques livres de la bibliothéque paternelle, ses dispositions naturelles pour la potsie se développérent de bonne heure, et, en raison: des sentiments de dévotion que sa mére chercha toujours a lui inspirer, elles prirent une teinte religieuse des plus pro-

woncées, Son pére ayant été nommé professeur & Vacadémie des dissenters de Wawington, ta jeune fille se trouva en 1758 lancée dans un cercle beaucoup plus étendu. Cependant il n’y eut que les encouragements de son frére (voyez son article, tome I*, page 213) qui purent la déterminer a publier ses Poéms (Londres, 1773), Le succes en dépassa toute espérance, et il en fut fait la méme année trois éditions successives,

Le frére et la sceur firent ensuite paraitre des Miscellaneous pieces in prose (Londres, 1773), qui obtinrent galement les honneurs de nombreuses éditions. L’année suivante, miss Aikin épousa Rochemont-Barbauld , prétre de la commune des dissenters A Palgrave, dans le comté de Suffolk, et fonda avec lui un établissement d’instruction publique; circonstance qui la porta 4 composer un grand nombre d’ouvrages d’éducation. C’est ainsi qu’indépendamment de ses Devotional Pieces (Londres, 1775) elle fit paraitre & Pusage des jeunes éléves confiées a ses soins ses Hymns in prose, qui n’ont pas seulement été réimprimés a diverses reprises en Angleterre, mais encore traduits en diverses langues étrangéres. A peu de temps de 1a parurent ses Harly Lessons pour les enfants en bas age. Aprés avoir entrepris en 1785 avec sa femme un voyage d’agrément 4 Génes et dans le midi de la France, en revenant par Paris, Barbauld fut nomméa une cure vacante 4 Hampstead, oti sa femme publia divers essais en prose pleins d’énergie et d’enthousiasme, tels que An Adress to the Opposers of the Repeal of the Corporation and jest act (Londres , 1790); On the Rejection of the Bill for Abolishing the slave Trade (1791), épitre poctique adressée a Wilberforce; Remarks on Wakefield’s Inquiry into the expediency and propriety of public or social Worship (1791); et the Religion of Nature (1793). En 1804 elle entreprit une collection de Morceaux choisis de la Littérature et une édition des British Novellists (1810). On trouve un choix de ses ouvrages dans the Female speaker (Londres, 1811). Sa derniére production poétique fut son ode Fighteen hundred and eleven (1811). Ul y a dans toutes les productions de mistress Barbauld une remarquable simplicité unie 4 une grande facilité d’exécution, & beaucoup d’harmonie et souvent méme A beaucoup d’élévation dans le style. Jusqu’A sa mort, arrivée le 9 mars 1825, elle vécut dans une paisible retraite. On trouvera sa vie par Lucie Aikin, sa niéce, dans l’édition complite des Works of A.-L. Barbauld (2 vol., Londres, 1825). La méme a publié, d’aprés les manuscrits posthumes de mistress Barbauld, A Legacy for young Ladies (Londres, 1826).

BARBAZAN ( Annaup-GuiLLeL, seigneur de), né d’une famille distinguée dans le Bigorre , fut premier chambellan du roi Charles VII, gouverneur de Champagne , de Brie et du Laonnois. Bien jeune encore, il fut choisi pour chef par les sept chevaliers frangais qui, acceptant le défi des Anglais, alltrent combattre 4 Montendre, et sortirent vainqueurs de cette lutte.

Apres le combat de Montendre, le sire de Barbazan resta toujours fidéle au parti royal. En 1404 il servait avec Louis Ae Faudoas , son beau-frére, comme chevalier banneret , sous les ordres de Charles, sire d’Albert, connétable de France. En 1411 il commandait les troupes royales au combat dn Puys, ou il fut fait prisonnier et délivré par le seigneur de Gaucourt. Ils combattirent aussi lun et l’autre dans un tournoi donné a Paris, le 1° janvier 1414, par Jean 1°, ducde Bourbon. Barbazan était chevalier banneret et sénéchal d’Agénais le 10 janvier 1415. On retrouve en 1420 le seigneur de Barbazan, noble vassal, dit Monstrelet, expert sublil et renomméd en armes, comme principal défenseur de la ville de Melun, assiégée par Henri d’Angleterre et le duc de Bourgogne. Barbazan était encore appelé Je Chewalier sans reproche.

Qnand les amis du dauphin machinérent la mort de Jean,

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