BARBE
favorite, il n’avait pn réussir & exécuter une bouche aussi minime que lordonna‘t le modéle,
Une secte religieuse peu nombreuse adopta la longue barbe a l’époque du Directoire. Elle refleurit aprés la révolution de 1830. Le poil s’épanouit sur toutes les faces avec la liberté. Elle fut interdite a la vérité aux jeunes adeptes de Thémis, par la fougue sénile du premier président de la cour de Paris, et le clergé, assez occupé de sa chevelure, ne songea jamais a disputer la barbe aux respectables rabbins; mais Vartiste et le poete prirent le bouc pour modéle. Le saint-simonien choisit pour type le bison. Quoique les sectateurs de la femme libre aient, il y a longtemps, échangé leurs réves chimériques contre de bonnes places, la barbe, depuis 1848 , régnait sans obstacle en France, grace a la paresse qu’en a de se raser soi-méme, grace ala répugnance qu’on éprouve a se laisser frotter le menton par les doigts sales d’un étranger, quand les événements du 2 décembre sont venus subitement la menacer, beaucoup d’honnétes bourgeois s’obstinant a ne voir dans tous les hommes barbus que des démagogues et des communistes , ennemis de toute autorité, de la famille et de la propriété.
En Espagne, jusqu’a l’avénement de Philippe V, qui monta sur le tréne le menton a peine ombragé d’un léger duvet, la barbe fut considérée comme V’ornement indispensable de tout homme grave. Les Espagnols ont ce proverhe : « Depuis qu’il n’y a plus de barbe, il n’y a pius d’Ame. » Ils attachaient tant @importance a4 la barbe que, vers le milieu du quatorziéme siécle , quelques petits-maitres ayant cru devoir se faire raser au milieu des grandes chaleurs de Pété , avaient imaginé des barbes postiches, qu’ils mettaient pour se présenter en public, et qu’ils déposaient dés qu’ils Gtaient chez eux. Don Pédre, roi d’Aragon, en interdit P'usage, parce que plusieurs membres des cortés s’étaient permis de se rendre ainsi affublés au sein de la représentation nationale.
Le plus grand acte de tyrannie exercé & propos de barbe fut l’édit du czar Pierre le Grand : les prétres et les paysans conservérent seuls la faculté de la porter; les gentilshommes et les marchands durent payer un droit de cent roubles pour conserver la leur; le bas peuple des villes fut taxé A un copeck par téte. Aux portes de chaque ville, des percepteurs furent établis pour exiger ce droit; un barbier leur était adjoint, qui abattait 4 l’instant méme toute barbe pour laquelle le rachat n’était point accompli.
De toutes les coquetteries la plus singuliére est peut-étre celle des rois perses, qui, au rapport de Chrysostome , tressaient les poils de leur barbe avec des fils et des paillettes dor. En France plusieurs rois de la premiére race imitérent cet usage oriental, et se firent gloire de porter une longue barbe, toute garnie de rubans et tressée avec des fils d’or et des paillettes. Dans la cérémonie des funérailles du duc de Bourgogne, tué a la bataille de Nancy en 1477, le duc de Lorraine, son vainqueur, se présenta vétu de deuil, portant une grande barbe d’or qui lui venait jusqu’a la ceinture. Un prédicateur célébre, Jean-Pierre Camus, évéque de Belley, chaque fois qu'il montait en chaire, divisait sa barbe en autant de toupets qu'il y avait de pvints a son sermon, et défaisait un toupet A mesure qu'un point était terminé. Thomas Morus sur l’échafaud, la téte posée sur le hillot, s’apergoit que sa barbe est placée de maniére que le glaive de ’'exécuteur ne peut manquer de l’endommager. Il se reldve avec sang-froid, et, la rejetant de cdté ; « Ma barbe n’a pas commis de trahison , dit-il, il n’est pas juste qu'elle: soit punie, »
Les Orientaux font un tel cas de la barbe, qu’ils jurent par elle et qu’ils ne peuvent concevoir un grand homme sans ce magnifique attribut; aussi les Egyptiens furent-ils trésétonnés de voir Napoléon sans barbe, Baudouin , comte d'Edesse , jeune dissipateur, pour arracher & son beau-pére Gabriel une somme d’argent, imagina de lui raconter qu’!