‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 313 sur 488 · BARBE — BARBE DE MARBOIS · texte numérisé non relu

BARBE — BARBE DE MARBOIS

avaient mis sa bar e en gage. Les grenacers u regiment @ Alsace offrirent en 1786 au petit prince Louis de Baviere un matelas rembourré des poils de leurs barbes.

Quelques ordres religieux ont conserve la barbe; elle brille encore sur le visage des Arabes, des prétres grecs , des juifs allemands, des anabaptistes, etc. , etc. Nos pretres catholiques la portent en Algérie. Elle sied a la race caucasienne; les chrétiens la prétent au Pere éternel et Ason fils Jésus-Christ; les paiens en ornaient Jupiter; les Indiens en décorent leur Bacchus. Malgré exemple des sapeurs , elle semble moins l’attribut du guerrier que du magistrat, du sage, du prétre , du philosophe, du penseur.

BARBE (Sainte), vierge et martyre. On n’a rien de bien certain sur cette sainte, objet dune dévotion particuliére de la part des Latins, des Grecs, des Syriens et des Moscovites. Baronius pense qu’on doit donner la préférence a la version qui la fait disciple d’Origéne et place son martyre A Nicomédie, en 235, sous le régne de Maximin I*". Cette belle et courageuse fille de Dioscore, riche paren de cette ville, refuse de prendre un autre époux que Jésus-Christ , fait veu de célibat malyré son pére, se voil poursuivie par lui Pépée au poing, et se soustrait asa fureur en traversant un rocher qui s’ouvre devant elle comme jadis la mer Rouge devant les Hébreux guidés par Moise. Mais elle est saisie el conduite au tribunal de Marcian, qui ordonne quwon lui déchire les flancs avec des rateaux de fer, qu’on la brile avec des torches, qu’on lui frappe la téte avec des marteaux; et, comme si ce n’était point assez, furieux de voir que ses plaies se guérissent comme par enchantement, il lui fait couper les seins avec des rasoirs, et la fustige autour des remparts de Nicomédie, jusqu’a ce qu’enfin son pére lui-méme , ayant sollicité le barbare plaisir de lui porter le dernier coup, abat sa téte d’un revers de cimeterre, tandis que les lévres de l’héroique enfant murmurent encore une priére a Jésus crucifié.

A cette version Assemani préfére celle qui résulte des actes relatés par Métaphraste et Montbritius. Cette fois Barbe est martyrisée 4 Héliopolis, sous le régne de Galére, vers 306. C’est encore son pére qui remplit volontairement Poffice de bourreau; mais ici i} est frappé de la foudre au moment oii il lui abat la téte, ce qui fait qu’on invoque la sainte quand le tonnerre gronde.

Mais de laquelle de ces deux bienheureuses qu’il s’agisse, pourquoi, se demande-t-on, est-elle la patronne des artilleurs? Pourquoi les canonniers ont-ils donné a leur poste 4 bord le nom dela vierge martyre? {voyez SAlNTE-BARBE). On se perd en conjectures pour deviner ce qu’il y a de commun entre lartillerie et sainte Barbe. Quoi qu’il en soit, cette sainte a été et est encore en grande vénération a bord des vaisseaux comme a terre parmi les canonniers. C’est le 4 décembre qu’on la féte. Cette solennité militaire et gastronomique est annoncée sur les vaisseaux par des salves et des bordées. Avant le repas on proméne processionnellement l’image de la vierge martyre, parée, enrubannée, placée sur une espéce de bastion. Il y a encore, sur certains vais- Seaux , des maitres canonniers qui ont dans leur chambre la figure de sainte Barbe. On linvoque avant le combat, on se réconforte a l’aide d’une bonne ration d’eau-de-vie, et le canon fait merveille.

BARBE-BLEUE. Qui ne s’est senti frissonner devant cette terrible figure des Contes de Perrault? Qui ne se rappelle ce riche palais avec lequel contraste si bien le cabinet sanglant ou sont rangés cing cadavres de femmes sans téte, tristes victimes de la curiosité et du despotisine ; puis cette clef qui, une fois trempée dans le sang, en garde obstinément la souillure; le dialogue de la jeune femme avec sa sceur Anne quand le glaive de son époux est deja levé sur sa téte, e! enfin le juste chatiment de ce méchant seigneur? Mais on conteste 4 Perrault invention de ce conte; M. Walchenaer est allé fouiller les annales du moyen 4ge pour retrouver

origine de ces féeries. Des peintures a fresque du treiziéine siécle récemment retrouvées dans une chapelle du Morbihan, et représentant la légende de sainte Trophime, semblent se rapporter a l'histoire de Barbe-Bleue. On y voit cetle sainte, fille d’un duc de Vannes, épouser un seigneur breton; dans un second compartiment le mari, prét 4 quitter son chateau, remet une petite clef & sa femme. Les fresques suivantes montrent sainte Trophime pénétrant dans vo cabinet ol sept femmes sont pendues; la sainte interrogée par son époux, qui la regarde d’un air menacant; la sainte en priéres appelant sa sour, qui se tient 4 une fenétre ; enfin, dans le dernier tableau, le farouche seigneur pend sa fernme; mais les fréres de la victime accourent avec saint Gildas, qui la ressuscite. Cette merveilleuse histoire est restée, dit-on, dans la mémoire du paysan breton. Le manoir du cruel époux était situé, suivant la tradition , sur le mont Castanes, qui s’entr’ouvrit & la voix de saint Gildas pour engloutir le maitre et VPhabitation, et qui est resté stérile depuis celte époque.

BARBE DE CAPUCIN. La barbe de capucin est une salade fort estimée, trés-saine, et lune des plus nourrissantes, la meilleure peut-¢tre de toutes, quoique légérement amére, la seule que les médecins permettent quelquefois aux malades qui entrent en convalescence. On !’obtient par un procédé de culture artificielle qui consiste a faire végéter la chicorée sauvage, cichorium intybus, dans une cave ou dans tout autre endroit chaud, entiérement ou presque entiérement privé de lumiére, et od l’on plante ses racines, qui, au lieu de végéter en feuilles vertes, selon état naturel, produisent de longues feuilles blanches qui prennent, arrivées a cet état de blancheur, le nom de barbe de capucin ou de barbe du Pére éternel. Si, au lieu d’employer les racines de la chicorée sauvage ordinaire , on plante celles de la chicorée sauvage panachée, on obtient une barbe de capucin colorée en rouge, rose et violet de diverses nuances, mais le plus souvent de stries torses ou longitudinales sanguines et d’un rouge plus ou moins vif ; car si absence de la lumiére empéche que la couleur verte ne se développe, cette absence a un effet presque nul sur la couleur rouge de cette chicorée, qui, conservant ainsi ses panaches rouges , prend le nom de barbe de capucin panachee. ToLtarp ainé,

BARBE DE JUPITER (anthyllis barba Jovis).

Avant qu'une foule de végétaux étrangers , hétes agréables , ala vérité, vinssent occuper les plus belles places de nos serres, on voyail dans toutes les orangeries la barbe de Jupiter, aux fleurs de couleur dor et aux feuilles soyeuses et argentées. Si cet arbuste, qui est originaire du midi de l'Europe, et qui s’éléve a la hauteur de 1™,30 4 1,60, qui a un beau port, de belles et trés-nombreuses fleurs en bouquets, a été un moment abandonné, cet oubli non mérité a cessé, car il commence a embellir en ce moment, comme autrefois, les collections qui se composent exclusivement de plantes distinguées. I] est d’orangerie ; cependant plusieurs amateurs l’ont mis en pleine terre, ou il est resté sans souf lrir depuis plusieurs années, avec le soin de le préserver des grands froids par des paillassons , comme on le fait pour le figuier. Cette plante porte encore le nom d’anthyllide argentée; elle se multiplie par boutures, marcottes, et surtout par ses graines, qu'il faut semer sur couche.

; C. ToLLaky ainé.

BARBE DE MARBOIS (Francois), comte, puis marquis, homme d’Ftat, magistrat, membre de l'Institut, né le 31 janvier 1745, a Metz, o¥ son peére était directeur de la monnaie, tut d’abord préecepteur des enfants du maréchal de Castries, ministre de la marine, par la protection duquel il] obtint un avancement rapide dans la diplomatie, puis, successivement secrétaire de légation a Ratisbonne, et chargé d’affaires 8 Dresde et A Mun‘ch. Lors de la guerre

| d’Amérique, il remplit prés de la nouvelle puissance des Etats-

Unis les fonctions de chargé d’affaires de France; et plus tard, avec le titre de consul général , il organisa tous les consulats francais dans ce pays. Dans cette mission, il fit si bien estimer son caractére que William Moore, président et gouverneur de la Pensylvanie, lui donna sa fille en mariage. Nommé, en 1785, intendant des files Sous le Vent , Barbé de Marbois remit l’ordre dans les finances de Saint-Domingue , veilla 4 l’exacte administration de la justice, et résista avec fermeté aux empiétements de l’autorité militaire. Mais bientét le contre-coup de la réyolution, qui se fit sentir 4 Saint-Domingue, le forca 4 revenir en France, 04 il rendit compte & l’Assemblée nationale de son administration. En 1792 Louis XVI lenvoya en qualité de ministre a la diéte de Ratisbonne, pour régler avec les plénipotentiaires de l’Empire les droits féodaux des princes allemands possessionnés en Alsace et en Lorraine , et que les décrets de l’Assemblée avaient dépouillés; i] allaméme a Vienne pour savoir les intentions positives de l’empereur 4 ce sujet; mais sa mission n’eut aucun succes. Rappelé en France, il se retira 4 Metz, oii il fut incarcéré comme émigré.

Apres la chute de Robespierre, ses concitoyens I’élurent successivement maire de Metz, et député au conseil des Anciens. Dans cette assemblée, ou il fit preuve de connaissances positives en administration et en finances, il eut @abord a se défendre de V’accusation d’ayoir assisté aux conférences de Pilnitz , accusation fausse, méme aux yeux de ceux qui l’avaient intentée , mais qui eut du moins pour eux l’avantage de signaler Barbé-Marbois comme un enremi de la réyolution. Au 18 fructidor (4 septembre 1797), il est, avec plusieurs de ses collégues, frappé de proscription. Déporté 4 Sinnamari, il supporte son malheur avec résignation. Cependant au bout de dix-huit mois sa femme obtient qu’il soit transféré 4 Oleron. Il ne revient a Paris qu’aprés le 18 brumaire; et, sur la recommandation du troisitme consul, Lebrun, il est nommé conseiller d’Etat, puis, en 1801, directeur du trésor, titre qu’il échange bientét aprés contre celui de ministre.

En 1803, par une heureuse négociation relative 4 la Louisiane, il obtient du gouvernement des Etats-Unis 80 millions au lieu de 50, pour lesquels il était autorisé 4 transiger. Napoléon, qui savait récompenser, gratifia de 192,000 fr. Vheureux négociateur. En 1805 Barbé de Marbois fut successivement nommé grand-officier de la Légion d’Honneur, grand cordon de Saint-Hubert de Baviére et comte de l’empire. Une baisse imprévue, causée dans les fonds publics par une fausse mesure, le fit destituer. « J’ose espérer que Votre Majesté ne m’accusera pas d’étre un voleur, dit-il a Napoléon les larmes aux yeux. — Je le préfererais cent fois, répondit ’empereur ; au moins la friponnerie a des bornes, la bétise n’en a point. » — Cependant la disgrace de Marbois cessa en 1808, et il fut nommé premier président de la cour des comptes. Pendant trente années qu’il fut investi de ces fonctions, il les remplit avec autant de zéle que d’aptitude. Plusieurs fois il eut occasion de haranguer Napoléon, qui le nomma sénateur le 5 avril 1813, Un an aprés, Barbé faisait partie de la commission du sénat qui pronongait la déchéance de l’empereur. Bien accueilli par Louis XVIII, il fut nommé pair le 4 juin 1814, puis conseiller de Vuniversité. Pendant les Cent Jours il fit pressentir Napoléon sur ses dispositions &4 son égard; mais celui-ci témoigna vivement son indignation contre un homme qui, tenant tout de lui, avait témoigné un empressement d’ingratitude que la nécessité ne justifiait point. 11 lui fit donner l’ordre de quitter Paris, et nomma premier président, 4 sa place, le comte Collin de Sussy.

Marbois rentra dans ses fonctions aprés le 8 juillet 1815, fut nomme par le roi membre du conseil privé, puis garde des sceaux. Modéré par principes, ennemi de toute réaction, il était peu agréable & la majorité de la Chambre introuvable, ce qui obligea Louis XVIII a lui Oter les sceaux le 26 jan-

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