BARBE DE MARBOIS — BARBELIOTES
vier 1816; mais il continua de lui témoigner toujours la méme bienveillance , et quelque temps aprés il lui rendit la présidence de la cour des comptes , et le décora du titre de marquis. Marbois , de son cété, ne négligeait aucune occasion solennelle de témoigner son déyouement. Il s’était mis, au mois de février 1817, A la téte de la commission qui proyoqua le rétablissement de la statue de Henri IV sur le Pont-Neuf. I] fut , du reste, un des membres les plus zélés et les plus utiles du conseil général des hospices, de la Société royale pour l’amélioration des prisons, de la Société pour l’instruction élémentaire, etc. Ii ne se montrait pas moins assidu 4 la Chambre des Pairs, ou son nom figurait sans cesse, soit a la téle des bureaux , soit comme membre de commissions. On entendit avec intérét l’ancien exilé de Sinnamari développer devant la chambre les motifs de sa proposition tendant a substituer une autre peine a la déportation. Il vota contre la fameuse motion de Barthélemy tendant a changer Ja loi des élections. Bien que dans ses harangues comme premier président il n’edt négligé aucune occasion de manifester 4 Charles X et au duc de Bordeaux un dévouement sans bornes, il s’empressa d’adhérer ala réyolution de 1830, et harangua le nouveau roi dans le méme style qu'il avait harangué Napoléon , Louis XVIII et Charles X. Il espérait mourir premier président ;: c’était son unique voeu, c’était sans doute le motif de tant de flexibilité ; il fut trompé dans son attente, et se vit évincé de sa place par une suite de procédés aussi inconvenants que déloyaux. Il survécut trois ans a sa disgrace, et mourut le 14 janvier 1837, dans sa quatre-vingt-douziéme année. Il a publié depuis 1766 un assez grand nombre d’ouvrages , dont plusieurs offrent des détails curieux sur Saint-Domingue, la Louisiane , etc. Il a laissé ses propres mémoires, 2 vol. in-8°. Ch. Du Rozom.
BARBEAU (cyprinus barbus, Linné). Ce poisson, du genre Cyprin, se trouve dans toutes les riviéres de l'Europe tempérée. Son corps est plus allongé et plus arrondi que celui de la carpe; ses nageoires sont rougeatres, et la caudale est bordée de noir; la machoire supérieure dépasse l’'inférieure, et porte quatre filaments qui ont fait donner a ce poisson le nom qu’il porte. On ne connalt pas les limites de sa croissance ni celles de sa vie; quoiqu’il ne parvienne jamais a la grosseur de quelques espéces de carpes, on en a trouvé quelques-uns du poids de dix-huit livres. Les eaux stagnantes lui conviennent peu; il préfére les eaux des rividres et méme des torrents, pourvu qu’elles ne soient pas trop froides. La péche de ce poisson est facile et peut étre fructueuse lorsque le pécheur choisit bien les appAts suivant le godt de animal auquel il jette Phamecon. C’est une proie vivante qui attire le mieux un barbeau, vieux ou jeune, et les insectes paraissent étre ce qu’il convoite le plus avidement.
On a dit que les eufs du barbeau sont aussi malfaisants que ceux du brochet, que c’est un purgatif des plus violents. Des naturalistes qui en ont mangé impunément, et avec plaisir, réussiront sans doute & faire disparaitre l’erreur commune; ils assurent que ces ceufs ne sont pas moins bons que ceux de la carpe. Ferry.
Barbeau est encore le nom vulgaire du bluet des champs (centaurea cyanus) et de quelques autres centaurées. | E
BARBELIOTES, BARBELIOTS, BARBORIENS, secte de gnostiques qui prétendaient qu’un é0n immortel avait eu commerce avec un esprit vierge, appelé Barbéloth, auquel ilayait successivement accordéla prescience, l'incorruptibilité et la vie éternclle; que Barbéloth , étant un jour plus gai que de coutume, avait engendré la lumiére, qui, perfectionnée par l’onction de Vesprit, prit le nom de Christ ; que Christ désira Vintelligence et l’obtint; que Vintelligence, la raison, Vincorruptibilité et Christ s’unirent; que la raison et ‘intelligence engendrérent Antogéne ; qu’Antogéne engendra Adamas, homme parfait, et sa femme, la connaissance par-
BARBELIOTES — BARBEROUSSE
faite ; qu’Adamas et sa femme engendrérent le bois; que le premier Ange engendra |’Esprit-Saint, la sagesse ou Prunic ; que Prunic, sentant le besoin dun époux, engendra Protarchonte, ou le premier prince, qui fut sot et insolent ; que Protarchonte enfin engendra les créatures, et connut charnellement Arrogance, avec laquelle il engendra tous les vices.
BARBERINI, célébre famille princitre de Rome, qui possédait autrefois d’immenses richesses.
Antonio Jer Barserini, mort lui-méme sans enfants, fonda la grandeur de sa maison, par !'excellente éducation qu’il fit donner aux fils de son frére Carlo Jer. Le plus jeune, Rafael, servit avec distinction comme ingénieur dans les Pays-Bas, et en 1570 fut chargé par le duc d’Albe d'une mission diplomatique prés de la reine Elisabeth. L’atné, Antonio IJ, laissa trois fils, Carlo IT, Maffeo, qui fut pape sous lenom d’Urbain VIII, de 1623 a 1644, et Antonio IIT, cardinal, qui, malgré son ignorance, fut bibliothécaire de l’Eglise romaine (né en 1569, mort en 1646).
Francesco IJ Barserini, fils ainé de Carlo II, devint cardinal en 1623. C’est lui qui, avec le concours du célébre Leo Allatius de Chios (voyes ALxacct), fonda la précieuse biblioth¢que Barberini, qui contient 60,000 volumes et 9,000 manuscrits. Il traduisit Mare-Auréle, et mourut a un 4ge fort ayancé, en 1697, doyen du sacré-collége.
Taddeo BarBerini acquit par l’intervention de son oncle, pape régnant, et aussi par son mariage (1627) avec Anna Colonna, arriére-petite-fille du vainqueur de Lépante, la principauté de Palestrina et divers autres grands biens. La puissance toujours croissante de Barberini et ses plans ambitieux excitérent la jalousie des Médicis, des Este et des Farnése. De la la fameuse guerre qui eut lieu (1641-1644 ) pour s’emparer du fief de Castro, situé dans le duché de Parme et appartenant aux Farnése, guerre qui se termina par la destruction de ce chateau et la confiscation du fief, prononcée au profit de la chambre apostolique. Les persécutions qu’éprouvérent aussi pendant quelque temps les Barberini sous le pontificat d’Innocent X furent encore la suite de Yabus quils avaient fait de leur crédit sous le régne du prédécesseur de ce pape. Taddeo, forcé de se réfugier avec ses fréres en France, puissance a laquelle toute sa famille était dévouée, mourut en exil 4 Paris, en 1647. Sa femme le suivit dans la tombe en 1658.
Antonio III Barsenini, troisiéme fils de Carlo II, né en 1608, caractére inquiet et remuant, aimant le faste et les tournois, en outre protecteur des sciences, poéte latin et italien, cardinal dés ’année 1628, prit en 1631 possession pour le saint-siége du duché d’Urbino, tombé en deshérence, et obtint de Louis XIII ’évéché de Poitiers en méme temps que le protectorat de la IFrance, et de Mazarin le titre de grand-auménier et l’archevéché de Reims. Aprés s’étre réconcilié avec le pape, il revint en Italie, et mourut le 4 aout 1677, 4 Nemi. C’est par lui qu’en 1654 les biens des Frangipani, dont le dernier, Mario, V’avait institué son héritier, entrérent dans !a famille Barberini.
Cenf ans 4 peine aprés le pontificat d’Urbain VIII, la descendance masculine de sa maison s’éteignait. Cornelia Constantia BarBERINI, petite-fille de Taddeo et d’Anna, mariée, en 1728, A Giulio Cesare Colonna, prince de Carbognano et duc de Bassanello, petit-fils de Colonna, qui avait transmis Palestrina aux Barberini, lui apporta en dot immense fortune de la maison dont elle était ’unique hérititre. Une fille issue de ce mariage, Olympia Barserini, mariée au Napolitain don Gennaro Caracciolo, duc de Girifalco, morte en 1800, est restée célébre par sa destinse romanesque et tragique. L’ainé des trois fils, Urbain, prince de Carbognano (né en 1733), fut apanagé, tandis que le plus jeune, Carlo III, objet des préférences de sa mére, héritait de Palestrina et des autres domaines des familles Colonna et Barberini. A la suite d’un procés avec son neveu Maffeo Sciarra, qui ne se termina qu’en 1810, par Vintervention
de Napoléon, il dut faire @’importants abandons 4 la maison de Sciarra; et a sa mort, arrivée en 1819, ses propriétés firent retour & son ainé, alors encore vivant, don Francesco IV.
Indépendamment d’une délicieuse villa aux environs d’Albano, Jes Barberini possédent sur le versant nord-ouest du Quirinal, au fond de la Piazza Barberini, un palais bati sous le pontifical d’Urbain VII, par les architectes Carlo Maderno, Borromini et Bernini, aprés celui du Vatican le plus vaste qu’il y ait 4 Rome. A l’occasion des déprédations de monuments antiques commises pour enrichir cet édifice, on fit cette épigramme : Quod non fecerunt Barbari, fecere Barberini. Pendant longtemps l’atelier de Thorwaldsen occupa le rez-de-chaussée du palais Barberini. Le plafond de la grande salle de ce palais est le chef-d’ceuvre de Pietro da Cortona. La galerie contient, entre autres tableaux d’une inestimable valeur, la Fornarina de Raphael, une admirable téte de jeune fille, portrait de Béatrix Cenci suivant quelquesuns, Saint André Corsini en extase de Guido Reni, et le vieux tableau de Rome personnifiée ( Roma Dea), trouvé, le7 aott 1655, dans Je sol méme du palais. Beaucoup de précieux objets appartenant a cette collection ont été vendus a 1’étranger : c’est ainsi qu’on voit aujourd’hui a la glyptothéque de Munich le Faune Barberini (satyre dormant), et que le Muséum britannique posséde le célébre vase de Portland. De nombreuses soustractions de livres commises dans la bibliothéque ont déterminé depuis peu le propriétaire a en interdire acces au public.
BARBEROUSSE I* (Arouns), né en 1474, ¢tait le troisitme des quatre enfants d’un renégat sicilien, nommé Yacoub, corsaire 4 Mételin (Lesbos ). Il se fit pirate de bonne heure, et se signala dés V’dge de treize ans par la prise de deux galéres du pape. Un seul brigantin composa d’abord toute sa fortune; mais huit ans aprés, grace a ses nombreuses captures, il se trouva a la téte d’une escadre de quarante galéres montées par de hardis forbans qu’avaient attirés sa réputation d’habile homme de guerre et ses succés.
En faisant ainsi le métier d’écumeur de mer, il ne tarda pas a apprendre celui de conquérant. Un port lui manquait pour mettre ses prises en sdreté : il tenta un coup de main sur Bougie; mais il dut se rembarquer, aprés avoir eu le bras gauche emporté d’un boulet de canon. Quelque temps aprés il fut. plus heureux contre Djidjelli, qu'il prit sur les Génois, aprés une courte occupation de ceux-ci.
Sur ces entrefaites, le cheik arabe Salem-ebn-Témi, qui était maitre d’Alger, s’efforcait d’enlever aux Espagnols la forteresse qu’ils avaient élevée en face de la ville; il invita Aroudj a joindre ses efforts aux siens et a opérer sur le fort une attaque par mer. Aussitdt le pirate fit partir dix-huit galéres et trente barques sous les ordres de son frére Khaireddin (voyez Varticle suivant); lui-méme marcha sur Alger avec cing mille hommes de ses meilleurs soldats. Mais Aroudj, au mépris de la foi jurée, livra au pillage des siens la ville qu'il était venu défendre, et, se débarrassant sans plus tarder du cheik son rival, se fit proclamer souverain d’Alger.
Le roi de Tlemcen, Abou-Hamou, ne vit pas sans inquiétude le puissant voisin qui fondait prés de lui un Etat déja redoutable. Aussi ce fut a son instigation et sur la demande dun fils de Salem-ebn-Témi, réfugié 4 Oran, que les Espagnols tentérent un coup de main sur Alger; mais Ja flotte, commandée par don Diégo de Vera, ne toucha le rivage que pour s’y briser; et les troupes de débarquement, attaquées par Barberousse pendant qu’elles se livraient au pillage, furent presque anéanties.
Enflammé par ces succés , Aroudj concut le projet de soumettre tout le Maghreb. Aprés s’étre emparé de Cherchel, il marcha 4 la rencontre du souverain de Tenés, mit en pleine déroute avec la milice turque ses quinze mille Arabes, et s’empara deses Etats. Presque aussitét Tlemcen tombait en son pouvoir, et le roi Abou-Hamou se réfugiait chez les Espagnols. Son nevyeu, Abou-Zian-Mesaoud, proclamé un ins-
tant roi de Tlemeen, partagea bientdt le sort de Salem-ebn- Témi; il fut étranglé par ordre d’Aroudj avec sept de ses fils.
C’en était fait peut-étre de la domination espagnole. Un coup de vigueur seul pouvait sauver Oran, Par ordre de Charles-Quint, dix mille soldats, commandés par le marquis de Gomarés, gouverneur des possessions espagnoles, soutenus par de nombreux contingents des tribus indigénes, prirent tout a coup loffensive. L’importante forteresse de Collo, située entre Alger et Tlemcen, fut enlevée d’assaut; Barberousse, assiégé dans Tlemcen, se jeta dans le Mechouar, chateau fort qui domine la ville, et fit une résistance vigoureuse. Ses ressources épuisées, il se sauva avec ses Turcs par un souterrain qu’il avait fait creuser , emportant avec lui toutes ses richesses. Poursuivi par les Espagnols, il fit semer derriére lui , comme ce héros de l’antiquité, son or et son argent pour protéger sa fuite; mais le général espagnol le joignit sur les bords de l’Oued-el-Maleh (Rio-Salado), a quelques lieues de Tlemcen. Obligé de faire face, Barberousse combattit avec acharnement ; mais, accablé par le nombre, il périt dans la mélée (1518).
BARBEROUSSE II ( Kuaineppin ) naquit vers 1476, 4 Mételin, et suivit les traces de son pére et de son frére, avec lequel il se mit a faire la course en commun. Le principal commandement appartenait, il est vrai, 4 Aroudj ; mais en son absence, Khaireddin exergait une autorité égale 4 la sienne. Prenant part A tous les dangers que courait son ainé, il devait en recueillir également et gloire et profit. Aprés la prise d’Alger, Aroudj fit avec Khaireddin le partage de leurs possessions ; celui-ci garda la partie orientale, et établit le siége de son royaume a Tedlis. J! se rendit ensuite 4 Alger pour remplacer son frére pendant son expédition contre Tlemcen. Entin, aprés le désastre du Rio-Salado, il futreconnu pour son successeur et proclamé général de la mer par tous les capitaines corsaires de la cOte barbaresque.
L’année méme de son avénement, une flotte espagnole, sous les ordres du comte de Moncada, parut devant Alger; inais une tempéte la dispersa. Etfrayé et jaloux des progres des Tures, le souverain hafsite de Tunis envoya une armée contre Alger. Khaireddin fit face 4 tous les dangers, et de sanglantes répressions le délivrérent des complots qui se tramaient contre lui. Toutefois, ne pouvant se dissimuler la haine croissante des Arabes et laffaiblissement graduel de son armée, Khaireddin se mit sous la protection de la Porte, dont il reconnut la souveraineté (1520 ). Sélim 1€ lenomma bey d’Alger, et lui envoya deux mille janissaires.
Fort de ces nouvelles ressources, et plus encore de ce puissant appui, Khaireddin mit alors a exécution deux grands projets qu’il méditait depuis lonytemps ; il se rendit maitre du fort élevé par les Espagnols en face d’Alger, sur I’tle appelée aujourd’hui fle de /a Marine, et fit construire le mole et la jetée qui réunit cet ilut a la terre ferme (voyez tome I*, p. 308). Trente mille esclaves chrétiens travaillérent A ce nouveau port, qui fut achevé en moins de trois ans. Barberousse, une fois en possession d’une rade vaste et sire, organisa la piraterie sur une large échelle, et pendant plus de dix ans i! fut la terreur de la Méditerranee.
Cependant de nouvelles destinées plus glorieuses encore lui étaient réservées, La renommée dont il jouissait dans tous les Etats islamiques fit jeter les yeux sur lui par le sultan Soliman I] pour opposer au célébre Doria, et contrebalancer Vinfluence toujours croissante des marines européennes. Dans les entrevoes qu'il eut alors avec Soliman, Barberousse appela attention du sultan sur les chances de facile conquéte qu’offrait a ce prince le Maghreb, dans l’état d’anarchie et de décadence ou se trouvaient alors les divers Etats qui le composaient. Ces ouvertures furent bien accueillies par Pambitieux sultan, qui iit a la disposition de Khaireddin quatrevingt-dix yaléres, deux cents navires chargés de munitions de guerre et de troupes de débarquement, et 80,000 ducats Les troubles qui agitaient alors Tunis offrirent & Bacbe-