BARBEROUSSE — BARBES
rapprocha pour ainsi dire Constantinople de Rome, fit des Tures les voisins de I’Espagne et les alliés nécessaires de la France. C’est en grande partie a cet illustre amiral que la Porte doit son admission dans la grande famille européenne, pesant sur l’équilibre de I’kurope a la fois par les bouches du Danube et par l’étendue de la Méditerranée.
Le tombeau de Khaireddin se voit encore & Bechiktoch, a entrée du canal de la mer Noire, ot il avait une maison de plaisance. Son nom de Khaireddin, dont les chrétiens ont fait Hariadan, \ui fut donné par Soliman, et signifie le bien de la religion. Son yéritable nom était Hader ou Hazer.
* W.-A. Duckett.
BARBEROUSSE, empereur. Voyez Fréperic 1°".
BARBES (Armanp) , démagogue contemporain , triste-
ment fameux , est né en 1810, a la Pointe-a-Pitre (Guadeloupe); mais il vint fort jeune encore habiter le midi de la France, d’ot sa famille est originaire. Elevé a l’école de Soréze, renommée de tout temps par les tendances éminemment religieuses et monarchiques de son enseignement, il répondit assez mal aux soins dont il était Pobjet, et tit au total des études classiques des plus médiocres. Mais la mort de son pére, riche négociant , en le laissant de bonne heure en possessiorl’une douzaine de mille livres de rente, avec un beau domaine situé A Fortoul prés de Carcassonne, l’avait dispensé de la grande loi du travail. L’existence pouvait donc étre des plus douces et des plus faciles pour ce fils de bourgeois enrichi, et on voit combien peu il appartenait ace que nos niveleurs contemporains appellent les classes desherilces de la société. Aprés la révolution de 1830, le tuteur d’Armand Barbés lenvoya faire, comme tant d’autres, son droit a Paris; mais au lieu de chercher a réparer le temps perdu et 4 suppléer a ce que son éducation premiére avait eu d’insuffisant et d’incomplet, par la frequentation des nombreux cours publics ot a Paris la jeunesse peut puiser une instruction si compléte et si variée, Armand Barbés, esprit orgueilleux et avide d’honneurs et de domination , se langa daus les intrigues de la politique, avec l’espoir de devenir une notabilité démocratique et d’occuper bientot de ses faits et gestes la déesse aux cent boucties. Au milieu de l’effervescence générale provoquée par les partis hostiles a l’établissement de la royauté nouvelle, on congoit qu'il ne lui fut pas difficile de se faire bien vite, avec sa fortune, une certaine position dans le parti ultra-républicain, ou de pareilles recrues étaient alors et seront toujours extrémement choyées, et surtout d’acquérir parmi les hommes afliliés aux nombreuses soeiétés secrétes qui surgirent a ce moment un grand renom de civisme. La Socié/é des Droits de /’ Homme et la Sociclé des Saisons, et je ne sais combien d’autres encore, n’eurent garde de ne pas flatter cette ambition swi generis, et lui décernérent en conséquence tous les honneurs dont elles pouvaient disposer. Armand Barbés obtint méme une grande marque de confiance de la part des fréres et amis. Le comité directeur initia au secret de linsurrection qui éclata en avril 1834 sur différents points de la France a la fois, et notamment 4 Lyon. Compromis par suite de cette confidence qui lui avait imposé des devoirs et exagéré outre toute mesure A ses propres yeux limportance de sa personne, Barbés fut arrété & cette occasion et jeté par la police a Sainte-Pélagie avec ceux des conspirateurs que le gouverne- ‘Ment de Louis-Philippe avait jugés dignes d’étre Pobjet de poursuites judiciaires. Cependant au bout de cing mois ce détention 1] y eut a son égard une ordonnance de non lieu, et il fut relaché. Mais son séjour a Sainte-Pélagie au milieu des douze cents prévenus qu’y avait entassés la maladresse du pouvoir acheva de poser Armand Barbes dans le parti républicain. Ses co-détenus, recrutés le plus géneralement dans Jes classes pativres et laborieuses de la population de divers grands centres d’activité manufacturiére, se sentirept touchés dun sympathique respect pour ce" beau jeune homme a la taille haute et svelle, a la figure accen.uée, au regard
énergique, et surtout 4 la mise toujours soignée, qui contras-~ tait singuligrement avec les haillons du plus grand nombre, Aux yeux de ces malheureux, Barbés, martyr volontaire de la bonne cause, alors qu’il n’edt dépendu que de lui de vivre de ses rentes & ne rien faire, fut un héros; et a force de s’entendre décerner cette qualification, celui qui était ainsi objet de Padmiration générale finit par croire de la meilleure foi du monde qu’il la méritait.
L’attentat Fieschi vint 4 quelque temps de la frapper la France @horreur et d’effroi. De nombreuses arrestations eurent lieu, et Armand Barbeés, signalé aux défiances du pouvoir par tous ses antécédents, par les demi-révélations de Pépin, mais plus encore par la jactance habituelle de ses propos, y fut encore une fois compris. Mais au bout d’un certain temps il était de nouveau rendu 4 la liberté faute de preuves. L’année d’aprés, Je tribunal de police correctionnelle de la Seine le condamna & quelques mois d’emprisonnement pour fabrication clandestine de poudre. L’amnistie accordée en 1837 par Louis-Philippe a tous les condamnrés politiques comprit dans ses bienfaits ce conspirateur relaps et endurci, devenu désormais lune des illustrations incontestées de la démagogie. La France toutefois fut deux années sans entendre reparler de lui. L’obscurité dans laquelle il était tombé pesait a ’orgueil de Barbés, qui résolut d’en sortir par un coup d’éclat.
Le 12 mai 1839, un jour de dimanche, au sein de la plus profonde paix, au moment ou la partie laborieuse de la population de la capitale se répand joyeuse dans les différentes promenades pour s’y délasser de ses travaux de la semaine, le bruit se répandit tout 4 coup qu’une tentative venait d’étre faite par le parti républicain pour renverser le gouvernement royal et proclamer la république, que des barricades étaient formées, et qu’on se battait déja sur plusieurs points de la grande cité. Ces rumeurs n’étaient malheureusement que trop vraies.
Vers les trois heures de l’aprés-midi, une centaine d’individus armés jusqu’aux dents étaient sortis tout a coup dune tabagie située dans Pune des rues étroites et fétides du vieux Paris, entre la rue Saint-Denis et la rue Saint- Martin, en se dirigeant vers l’Apport-Paris et le palais de justice aux cris de Vive la république! C’étaient des membres de la Société des Familles (laquelle tout entiére devait, dit-on, prendre les armes, mais dont, par suite d’un malentendu, une section seulement répondit ce jour-la a l’'appel du comité directeur), qui avaient jugé le moment opportun pour essayer d’en finir avec la royauté. Armand Barbés marchait en téte de cette bande, qui, dans le plan général de |’insurrection , avait sans doute pour mission particuliére d’enlever les postes de la Conciergerie et de la préfecture de police ; entreprise rendue facile par cette circonstance que Pautorité était surprise en défaut des précautions de sdreté les plus ordinaires , distraite qu’elle avait été par des mesures de police a prendre pour assurer le bon ordre aux abords du Champ de Mars, ou se célébrait une solennité publiqne.
En entendant les clameurs confuses poussées par le rassemblement tumulfueux qui se ruait au pas de course vers la Conciergerie , Vofficier commandant du poste, le lieutenant Drouineau , ordonna a sa troupe de prendre les armes; mais pourtant, avant d’en faire usage, il crut devoir s’avancer et parlementer avec le chef de ce rassemblement a l’effet de savoir a qui Pon en youlait, de quoi il s’agissait, tant il y avait peu lieu de penser a une tentative insurrectionnelle. Alors un coup de pistolet tiré & bout portant l’étendit roide mort, et ‘a bande de furicux, répondant a ce signal, fit immédiatement feu sur les soldats du poste, dont le plus grand nombre tombérent tués ou blessés.
Le poste de la Conciergerie, grace a l’odieux assassinat ainsi commis sur la personne du malheureux lieutenant Drouineau, était enlevé : restait encore celui de la préfecture de police; mais la décharge faite sur Je quai aux Fleurs par
les insurgés avait donné l’alarme 4 la rue de Jérusalem. Toutes les forces qui s'y trouvaient disponibles avaient immédiatement couru aux armes. Aussi, en arrivant dans la rue de la Barillerie et sur le quai des Orfévres, la bande commandée par Barbés jugea-t-elle prudent de battre en retraite pour aller se retrancher dans les rues du vieux Paris et y faire appel aux barricades et 4 insurrection,
Le soir méme, cette folle et odieuse tentative avait complétement avorté; et les principaux coupables, Barbés notamment, étaient sous la main de la justice. Les journaux républicains s’efforcérent alors de poétiser les détails de la lutte et surtout de laver Barbés ce l’accusation d’avoir été Yauteur du meurtre du lieutenant Drouineau; mais dans Vintimité les hommes du parti n’y mettaient pas tant de facons, et traifaient hautement cette action d’héroique , ajoutant, pour la justifier, que Barbés en bralant la cervelle a Drouineau n’avait fait que punir un traitre qui, complice de la conspiration , avait hésité au moment ow il était tenu de remplir les engagements sacrés sur la foi desquels cent braves n’avaient pas hésité 4 jouer leur vie. Est-il besoin d’ajouter que ce n’était 14 encore qu’une odieuse calomnie, et que, non contents de l’avoir assassiné, les républicains jugeaient utile 4 Pintérét de leur cause de déshonorer Drouineau ?
Barbés avait opposé une vive résistance aux troupes chargées de comprimer cette émeute. Et, quoiqu’un coup de feu lui efit dénudé le crane, peut-é@tre edt-il réussi a s’échapper avec quelques-uns de ses complices sur lesquels la justice ne put mettre la main, s’il n’avait été apergu par un garde municipal au moment oii il sortait de chez un marchand de vin, dans la boutique duquel il s’était réfugié pendant le temps nécessaire pour y bander sa plaie.
Traduit devant la cour des Pairs, Barbés se drapa dans Yaccusation qui le plagait sous le coup de la vindicte des lois, et se posa en martyr de la liberté. Comme on devait s’y aftendre, il repoussa d’ailleurs énergiquement le chef d’accusation qui le représentait comme I’assassin du lieutenant Drouineau. « Cette imputation infame, dit-il mélodramati- « quement, est au-dessous de moi. Je n’y répondrai pas... « J’ai excité une insurrection, )’ai fait la guerre... Mais que « j'aie assassiné, personne ne le croira... » Tout mauvais cas étant niable , nous n’insisterons pas sur cette singuliére défense, et nous souhaitons méme frés-sincérement que jamais Je spectre sanglant du malheureux Drouineau ne soit venu troubler les longues nuits du détenu du mont Saint-Michel. Signalons seulement les étranges idées morales que professent tous ces renverseurs de gouvernements.
Les soldats du poste de la Conciergerie jouaient paisiblement aux cartes, Une rumeur étrange ef toujours croissante appelle attention du commandant, qui, par précaution leur ordonne de prendre les armes et de se ranger devant le poste, Au lieu de faire feu sur le rassemblement de forcenés qui vient a lui, cet officier essaye de parlementer. On répond a ses paternelles représentations en lui brdlant la cervelle; une centaine de coups de fusil sont en méme temps tirés sur les malheureux soldats, dont l’instant d’aprés les cadavres jonchent le pavé avec celui de leur chef. Or, gardezvous bien de prendre cela pour autant de meurtres; ce ne sont que les conséquences de la guerre! La guerre, n’est-on pas toujours libre dela déclarer a la société établie, et les plus horribles assassinats ne se transforment-ils pas en actes @héroisme dés qu’il s’agit de se saisir du pouvoir supréme!
« J’ai voulu renverser un gouvernement qui fait le mal- « heur et le déshonneur de la France, » ajouta encore Barbés dans les quelques mots qu’il adressa aux pairs chargés de le juger. « Je suis vaincu, usez de la force, et vengez-vous; « je ne viens pas me défendre. Je viens , comme le sauvage « des Indes, présenter ma téte au scalpel. » Le président Pasquier, s’emparant de cette comparaison, lui dit alors ; « Vous avez yous-méme caractérisé votre attentaten yous