‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 319 sur 488 · BARBIE DU BOCAGE — BARBIER · texte numérisé non relu

BARBIE DU BOCAGE — BARBIER

pendus. Il y a vingt ans & peu prés, dom Miguel, durant sa courte apparition au tréne de Portugal, transforma son barbier fac-totum en marauis de Queluz! Mais celui-ci n’a pas été pendu, que nous sachions.

La corporation des barbiers wétait pas jadis la moins importante de celles qui faisaient partie des corps de métiers de la bonne ville de Paris; et il en était de méme dans le reste de la France, comme aussi en Angleterre, en Allemagne, etc. Au quatorziéme siécle, la corporation des barbiers de Paris s’honorait d’étre présidée par le premier valet de chambre ou barbier du roi, personnage ys comme on l’a vu, jouait souvent a la cour un réleenvié par les plus grands seigneurs. Nous voyons en outre par les statuts de la corporation , dressés en 1371, que tout barbier convaincu de mauvaises movurs devait en étre impitoyablement étiminé, et que ses outiis étaient alors confisqués, moitié au profit du roi, muitié au profit de son valet de chambre. Ces précautions prises 4 ’égard des barbiers pour s’assurer de leur savoir n’étonneront plus si l’on se rappelle qu’a cette époque, et bien longtemps encore aprés , ils étaient en possession de faire une foule d’opérations de petite chirurgie qui réclamaient évidemment de leur part des notions spéciales et préalables. C’est ainsi qu’on s’adressait a eux dés qu'il s’agissait de panser des clous, bosses, apostumes ou autres plaies non-mortelles, de pratiquer une saignée, de guérir des fractures , chancres, fistules et autres maux.

On voit par ce détail passablement effrayant qu’un vaste champ s’offrait & l’habileté et a adresse pratique des barbiers , qui, sous les régnes de Charles IX et de Henri I, finirent méme par tellement empicter sur les attributions des maitres et docteurs en chirurgie, que ceux-ci durent réclamer hautement contre leurs usurpations. Intervint alors un arrét du parlement qui enjoignit aux barbiers de se montrer plus discrets et plus réservés a Vavenir, et de respecter Jes priviléges des chirurgiens. Cet arrét n’eut cependant dautres résultats que de longues contestations entre le: parties intéressées au sujet des limites précises de ‘enrs attributions respectives. Intrigants et ambitieux , les barbiers affectaient de prendre le titre de chirurgiens-harbiers , et il fallut un nouvel arrét pour leur intimer la défense de prendre d’autres qualifications que celle de maitres barbierschirurgiens. Le nombre des mafires, qui était de quarantehuit, fut porté, en 1674, & deux cents. Ils ne purent avoir, a la fois, plus d’un apprenti, qui devait demeurer chez eux, sous peine de nullité d’apprentissage, atin quen y logeant et y coucnant, on pit plus aisémert Vinstruire et mieux veiller sur sa conduite et ses maurs. Les maltres barbiers chirurgiens furent enfin obligés d’avoir pour enseigne des bassins blancs, abn qu’on ne les confondit pas avec les chirurgiens proprement dits , lesquels avaient des bassins jaunes.

Dés le milieu du dix-septitme siécle , importance des barbiers avait au reste singulitrement déchu, et la supériorité sociale des chirurgiens était dés lors compiétement justifiée par leur savoir et leur talent. Toutefois, les barbiers restérent jusque vers la fin du dernier siécle en posséssion exclusive de manier la lancette , et il fallut presque la révolution de 1789 pour leur enlever le privilége des saignées ; privilége qu’ils ont conservé jusque aujourd'hui dans la plupart des pays étrangers.

Il nous serait facile de réunir ici toutes Jes plaisanteries banales qu’on trouve partout & propos de cette profession, Nous pourrions conduire nos lecteurs chez les barbiers d’Athénes ou de Rome, les faire assister aux graves discussions politiques qui s’agitaient dans ces boutiques, rendezyous ordinaire des oisifs , des conteurs de nouvelles et des bavards de toute classe , off chaque homme libre venait le matin faire sa toilette, ott les merveilleux se faisaient rogner les ongles, et oi, lorsque la mode veulait qu'on se laiss4t croftre la barbe, ils venaient la faire entretenir au point

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