BARBIER
de longueur convenable par les coupes fréquertes et savantes du xovged<¢, du ¢onsor ; on peut voir a ce sujet une savante digression de M. Burttiger aprés la cinquidme scene de Sabine. Théophraste , Plutarque, les poétes comiques font souvent mention de ces boutiques de barbiers. On s’y servait également de rasoirs pour la coupe de la barbe et pour celle des cheveux. Les ciseaux y étaient inconnus. On y suppléait par deux rasoirs qu’on faisait jouer en méme temps en les opposant Pun a l'autre, mais qui n’étaient pas réunis par une vis comme nos ciseaux.
Nous pourrions signaler ensuite & nos lecteurs la proche parenté qui existe encore de nos jours entre les barbiers des pays orientaux et les parbiers de nos faubourgs ou de nos villages, tous également sots, bavards, indiscrets et importuns. Chez les musulmans lusage de se raser la téte rend indispensable le secours des barbiers; ils y apportent une grande adresse; ce sont méme en certains lieux les femmes qui pratiquent cette opération.
Nous ue terminerons cependaat pas sans prévenir les étrangers que le mot barbier a disparu du vocabulaire usuel de notre langue, qu’il était généralement remplacé bien avant notre révolution de 1789 par celui de perruquier, lequel a cédé la place, dans nos temps modernes, & celui de coiffeur.
BARBIER (Antowe-ALexanpre ), savant bibliographe, naquit & Coulommiers (Seine-et-Marne), le 11 janvier 1765. Aprés qu'il eut terminé avec succés ses humanités au collégye de Meaux, son pére l'envoya a Paris, ou, aidé d’un oncle qui prenait intérét a lui, il étudia en théologie, et embrassa l'état ecclésiastique. Placé d’abord en qualité de vicaire 4 Acy, puis & Dammartin, il fut nommé en {791 curé de la Ferté-sous-Jouarre. Au plus fort de la Terreur, il se vit forcé de renoncer 4 son état, et se maria. Apres le concordat de 1801, il sollicita et obtint du pape une bulle qui le rendit & P’état séculier, et lui permit expressément de se marier en face de l’Eglise, ce qu’il s’empressa de faire.
Dés avant la révolution, et pendant son premier séjour a Paris, Barbier avait contracté un got trés-vif pour les livres. En 1794 il avait été envoyé a Paris par le département de Seine-et-Marne, avec la qualité d’éléve de Pécole Normale. Vers cette époque un des libraires les plus instruits de la capitale, Barrois Vainé , le fit nommer membre de la commission temporaire des arts , adjointe au comité d’instruction publique, section de bibliographie. Ce fut un véritable service rendu aux lettres. C’était ’époque ou les bibliothéques des couvents et autres établissements publics supprimés s’entassaient dans des dépdts formés a la hate, exposés aux intempéries des localités, et ce qui est pis, aux ravages du vandalisme et de l’ignorance. Barbier protégea avec un zéle infatigable ces objets d’une affection qu’on edt pu sans trop d’exagération qualifier de tendresse. En 1798 Francois de Neufchateau, alors ministre de lintérieur, nomma Barbier conservateur du dépét provisoire de la bibliothéque du Directoire exécutif, rue du Regard , hotel de Croi, coraposée d’environ 30,000 volumes choisis par Barbier dans les divers dépéts. Cette bibliothéque fut donnée au conseil d’Efat sous le gouvernement consulaire , et en 1807 transférée au chateau de Fontainebleau. Barbier en forma une nouvelle, qu'il placa, en 1814, dans la galerie du Louvre. En 1807 il devint aussi administrateur des diverses bibliothéques particuliéres de ’empereur, qu'il avait lui-méme formées a Paris, 4 Rambouillet, 2 Trianon, a Compiégne et a Fontainebleau. Celle de Saint-Cloud fut mise par lui dans un nouvel ordre.
Ses fonctions le rapprochaient quelquefois de la personne de Napoléon; c’est Barbier qui choisissait parmi les nouvelles publications celles qui devaient étre acquises pour l'usage particulier de l’empereur. Quand il 4tait absent, il les envoyait avec un rapport prupre a intéresser en faveur de
l’ouvrage et quelquefois de l’auteur. Il fut aussi chargé par Napoléon de lui faire des rapports sur divers points et, en particulier, sur des matiéres religieuses. C’est ainsi que, le 5 janvier 1811, l’empereur voulut savoir « s'il y avait des exemples d’empereurs qui eussent suspendu ou déposé des papes ». Barbier s’acquitta de ces fonctions confidentielles avec la plus exacte impartialité. Le 1° juillet 1815, la Chambre des Représentants l’avait autorisé 4 remettre entre les mains de Napoléon les livres composant la bibliothéque de Trianon. Mais aucun de ces livres ne fut déplacé
Barbier conserva ses titres et fonctions sous la Restauration; mais ils n’avaient plus Pavantage de le rapprocher de la personne du souverain, En 1821 il fut décoré de la croix de la Légion d’Honneur, et néanmoins année suivante il fut mis a la retraite. Cette mesure, qui le séparait des établissements qu’il avait organisés, et qu’il administrait avec un zéle et un ordre parfaits, dut le blesser profondément. Une maladie violente , suivie d’un dépérissement graduel, le conduisit au tombeau le 5 décembre 1825, dans sa soixante et uniéme année. Sa femme l’avait précédé de quelques mois.
Vhistoire littéraire et la bibliographie doivent beaucoup aux travaux de Barbier. Son Dictionnaire des Ouvrages anonymes et pseudonymes, fruit de trente années de recherches et d’observations , est cité partout comme autorité : il était impossible de faire avec plus d’exactitude un livre d’une aussi difficile exécution. Personne ne fut plus sincérement ami des lettres et des lettrés. L’étude faisait ses délices; il ne chercha jamais ailleurs ni délassement ni récréation. Quiconque s’annonc¢ait comme occupé de quelque travail littéraire était certain de trouver a l’instant chez lui empressement, confiance et facilité. Sa mémoire était dailleurs un répertoire non moins vaste et non moins bien ordonné que les nombreux établissements confiés a sa garde. Aucun fait bibliographique des temps modernes n’y était égaré; son entretien élait aussi curieux qu’instructif.
Son fils ainé, Nicolas-Louis Bansier, né le 4 novembre 1779, 4 Paris, a été attaché en 1827 a la bibliothéque du Louvre et en est devenu, en 1848, administiateur. On luj doit des articles et des notices bibliographiques. Ila épousé la fille de Beuchot. Son frére, O/ivier-Alexandre Baneier, né le 20 juin 1806, a Paris, est aussi entré dans le s- rvice ces bibliothéques; en 1864, il a été nommé sous-directeur adjoint 4 celle de la rue Richelieu.
BARBIER (Henri-Aucuste), poéte satirique, qui, pour nous servir d’une expression de M. de Lamartine, naquit dun orage. Né a Paris, le 28 avril 1805, il débuta dans le monde littéraire le lendemain de la révolution de Juillet par un de ces heureux coups d’écolier qu’on est convenu d’appeler des coups de maitre. A cette époque on vit les plus poltrons disputer aprés la victoire leur récompense aux plus braves. La Curée, fougueuse satire, bien dessinée , dun coloris éclatant , étincelante de trivialités si hardies , et quelquefois si heureuses, qu’elle semblait toucher au sublime, fit justice de ces effrontés coureurs de salons. Une grande célébrilé s’attacha aussit6t au nom du poéte, qui continua sur le méme ton a fustiger tour a tour les sceptiques , les dramaturges, les danseurs obscénes, les apologistes du suicide, les journalistes sans coeur et la triste engeance des émeutiers de bas étage. Le recueil de ces diverses satires s’appela Jambes. Quatre éditions en justifiérent la réputation et le mérite. C’est un coin admirablement peint du grand tableau de la révolution de Juillet ; c'est un fidéle écho des rumeurs de cette tempéte. Auguste Barbier n’appartient a aucun parti politique. I] prend a tache de combattre les debordements de Pimmoralité.
Mon vers, rude et grossier, est honnéle homme au fond,
Mais ce vers rude et grossier devait bient6t, sans cesser d’étre honnéte homme, se civiliser et se polir.
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Le poéte partit pour l’Italie. Sa muse, qui cherchait a dominer le tumulte de la grande cité du bruit de sa voix, céda aux douces influences du climat et de la solitude, et se dépouilla de son apreté; elle passa, comme il ¢onvenait, de Vaccent de la colére 4 celui de la tristesse. Les graces antiques, qui l’avaient un peu abandonnée, la reprirent parla main, et la dirigérent & travers les ruines; et quand elle laissa au retour découler de ses lévresles belles élégies etles sonnets ravissants d’Jl Pianto (le second recueil d’Auguste Barbier), ce fut de tous cétés un murmure d’étonnement et d’admiration. Cette métamorphose n’avait point cependant altéré loriginalité de l’écrivain ; elle brillait seulement par un choix d’expressions et d’images plus poétiques et plus harmonieuses. Aussi ne pouyait-il s’empécher de s’écrier, comme un homme qui sent pénétrer dans sa poitrine un air pur et vivifiant :
Noble et douce Italie! 6 mére du vrai beau!
Quand il quitta cette terre féconde en inspirations, ce fut pour passer en Angleterre. Il n’hésita pas a lever le fouet de la satire sur lorgueilleuse Albion. Il intitula son poéme Lazare, et découyrit toutes les plaies du corps social. 11 mit en scéne la misére, les atroces douleurs des classes ouvriéres, et jamais poéte tragique ne fit entrer plus avant dans le cceur humain l’épouvante et la pitié. Une belle page, La Lyre d’Airain, est gravée dans la mémoire du peuple. Auguste Barbier est le premier poéte qui ait résolument mis le pied sur le terrain de l’industrie, et qui ait osé lutter contre sa prétendue aridité. Il ena plus d’une fois triomphé, et il a dompté au service de la poésie tous ces instruments et toutes ces machines, qu’il appelle, dans son pittoresque langage,
Des enfants vigoureux du cuivre et de l’airain,
Ce n’est point ici le lieu de se plaindre des inégalités de talent de ce lutteur, plus robuste qu’agile; ses derniéres productions, d’ailleurs, les Nouvelles Satires, les Rimes héroiques, et surtout les Chants civils et religieux, sont purgés de ce cynisme dont Auguste Barbier lui-méme redoutait le reproche. Dans les Nouvelles Satires, la premiére seule, Pot-de-vin, peut choquer en certains passages les gens qui ont le goat délicat. La seconde, Erostrate, est de tous points une admirable étude et du coeur humain et de J'antiquité. Sous le tire de Rimes héroiques, auteur aréuni les sonnets que lui avaient inspiréa diverses époques de grandes renommées ou de belles actions. — Jules PATON.
Auguste Barbier avait débuté avant d’écrire les Iambes par un roman de moeurs, les Mauvais garcons (1830), écrit en collaboration d’Alphonse Royer. En 1838 il fit, avec Léon de Wailly , le libretto de Benvenuto Cellini, opéra qui n’eut aucun succes. La révolution de Février ne lui rendit pas sa verve po¢tique de 1830 : se renfermant de plus en plus dans les études purement littéraires , il publia depuis une traduction en vers de Jules César de Shakspeare, un recueil anonyme intitulé Chansons et Odelettes (1851), ’Hymne & la France (1855), cantate; Silves, poésies diverses (1864), une nouvelle collection de Salires (1865), bien pales a cOté des premiéres; et Trois passions (1867) , historiettes en prose.
Le 29 avril 1869, Auguste Barbier a été élu membre de V’ Académie frangaise a la place d’Empis. Il est officier de la Légion d’honneur.
BARBIER D’AUCOUR (Jean), né & Langres, vers 1641, mort A Paris, membre de l’Académie francaise, le 13 septembre 1694. D’abord répétiteur au collége de Lisieux, il suivit ensuite la carriére du barreau, mais sans grand succds, On le désignait au Palais sous le nom d’avocat Sacrus, et voici d’ot lui venait ce sobriquet. Un jour qu'il se trouvait dans l’église des Jésuites, un des péres lui fitdes observations sur sa tenue et lui rappela qu’une église est un