‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 32 sur 488 · ARNAULD · texte numérisé non relu

ARNAULD

dont il refusa ’évéché ; envoyé extraordinaire de France a Rome, ow il déploya un grand zéle et un esprit conciliateur; puis enfin évéque d’Angers. Ce fut dans ce dernier poste, et pendant une grande disette qui désola cette ville, que le charitable prélat employa en une seule fois jusqu’é 10,000 livres pour ramener Yabondance , libéralité qui resta longtemps secréte, et fut attribuée au mar¢chal de la Meilleraie, alors gouverneur de Bretagne. Les fonctions de Pépiscopat n’occupaient pas tout son temps; une grande partie en était consacrée & visiter les malades et a consoler les malheureux. Un de ses amis lui représentant qu’il devrait prendre un jour de la semaine pour se délasser : « Volontiers, répondit-il, pourvu que vous me donniez un jour ou je ne sois pas évéque. » Il mourut aveugle, a lage de quatre-vingt-quinze ans , apres quarante ans d’épiscopat, pleuré de ses ouailles, qui le regardaient comme un saint.

ARNAULD (Antoine ), surnommé le grand Arnauld , frére du précédent et le vingtiéme des enfants d’Antoine Arnauld et de Catherine Marion, naquit a Paris, le 16 février 1612, fit avec distinction ses études au collége de Calvi- Sorbonne , sa philosophie au collége de Lisieux, et prit le bonnet de docteur en Sorbonne en 1631. En prétant le serment dans l’église de Notre-Dame, sur l’autel des Martyrs, il jura « de défendre la vérité jusqu’a effusion de son sang ». En 1641 la Sorbonne voulut le recevoir de la société, quoiqu’il n’eit pas rempli les conditions exigées , parce que larare pi¢té du suppliant , sa capacité extraordinaire et le succes éclatant de sa licence \ui méritaient cette fa- Yeur; mais le cardinal de Richelieu, proviseur de Sorbonne, sy opposa. La méme année, il fut ordonné prétre. Bientot aprés, il publia son livre De la fréqguente Communion. qui fut vivement attaqué par les jésuites, contre lesquels il était dirigé ; cette disposition , qu’il tenait de son pére, fit dire alors que sa haine contre cette compagnie célébre #ait une haine d’éducation, et le fit comparer au jeune Annibal promettant 4 son pére, dés ses plus tendres années, de déclarer aux Romains une guerre éternelle. Cet ouvrage, qui fait époque dans I’ glise de France, par la réforme qu’il opéra dans !’administration des sacrements , fut le principe des persécutions que l’auteur essuya et d’une animosité que les disputes sur la grdce vinrent encore augmenter.

Dans ces hostilités de tous les jours, Arnauld ne jouissait pas d’un moment de repos qu'il ne s’occupat sur-lechamp d’un ouvrage de piété. II fit paraitre successivement un trés-grandnombre d’ouvrages originaux et de traductions. Pendant quatre ans il joignit 4 ces travaux de cabinet et a Pexercice du ministére ecclésiastique la direction des religieuses et des pensionnaires de Port-Royal.

Cependant, depuis quelque temps il observait le plus rigide silence , lorsque le refus d’absolution fait sur la paroisse de Saint-Sulpice au duc de Liancourt s'il ne retirait pas sa petite-fille pensionnaire 4 Port-Royal et s’il ne renvoyait pas de son hotel le pere Desmares et l’abbé de Bourzéis, lui inspira deux Lettres & une personne de qualité et a un duc et pair. Admirées par le pape Alexandre VII, elles ne lui valurent pas moins une censure de la Sorbonne. Des motifs de prudence Je contraignirent alors & abandonner Port-Royal, qu’il habitait depuis vingt ans, et & se réfugier, avec Nicole, dans une retraite inaccessible.

En 1656 il était exclu de la société de Sorbonne et de la faculté de théologie : « C'est aujourd’hui, écrivait-il & sa sour, qu’on me raye du nombre des docteurs ; jespére de la bonté de Dieu qu’il ne me rayera pas du nombre de ses serviteurs, C’est la seule qualité que je désire conserver. » Tous les docteurs qui ne voulurent pas signer sa condamnation furent également exclus et privés des avanlages attachés 4 ce titre. Rome cependant se montrait moins sévére : elle prohibait les écrits d’Arnauld , mais elle ne les censurait pas, Quant a lui, ilentretenait une Correspondance trés- ¢tendue et trés-suivie ; il était l'oracle du jansénisme. En-

nemi implacable des jésuites, il fournissaift 4 Pascal de précieux documents pour ses Provinciales.

En 1668 il se préta de bonne grace 4 l’accommodement appelé la paix de U Eglise, et tut présenté au nonce, qui l’accueillit avec la plus grande distinction et fit ’éloge de ses rares talents. « Monsieur, lui dit-il, yous avez une plume dor, servez-vous-en pour défendre l’Eglise de Dieu. » Tl fut également présenté au roi, qui lui dit qu'il était bien aise de yoir un homme de son mérite. Il recut partout le méme accueil, les mémes louanges, et ne fut pas, néanmoins, rétabli en Sorbonne.

Afin de remplir les engagements qu’il avait contractés, il publia plusieurs ouvrages contre les protestants; il fit en outre quelques voyages pour aller visiter ses parents, se lia avec Boileau , avec le réformateur de la Trappe, et se réconcilia avec Racine, dont la tragédie de Phédre Vayait éloigné. Tout le monde était curieux de voir un homme aussi célébre; lui se dérobait, le plus qu’il lui était possible, a ce qu’il appelait Ja servitude des visites. Mais il était écrit qu’il ne jouirait jamais d’un instant de repos : de nouyeaux écrits et de nouvelles persécutions que lui suscita Varchevéque de Paris , M. de Harlay, l’obligérent, en 1679, a se retirer d’abord A Fontenay-aux-Roses, tout prés de Paris, puis & Mons, dans la Flandre autrichienne. Cette contrainte, & son Age et avec une santé affaiblie par une vie laborieuse et sédentaire, lui fut extrémement pénible , et il la déplore amérement dans un de ses ouvrages.

Cependant Arnauld ne resta pas longtemps a Mons; il erra de ville en ville, sans demeure fixe, écrivant toujours avec la méme verve pour la défense de sa cause, et quelquefois aussi, dans V’irritation de son esprit, contre ses amis ou ses protecteurs, Pascal, Domat et Nicole, contre Gilbert de Choiseul, évéque de Tournai, et contre le pape Innocent XI luiméme. Et cependant le pontife lui avait fait offrir une retraite honorable 4 Rome ; mais Arnauld l’avait refusée, pour ne point se rendre suspect 4 Louis XIV, dont il s’était attiré la disgrace aprés en avoir été si bien accueilli. C’est a cette occasion que Boileau, devant qui l’on disait que le roi faisait chercher Arnauld pour qu’on Varrétat, répondit : « Le roi est trop heureux pour le trouver. » Réfugié 4 Bruxelles, il y composa son Apologie pour les catholiques contre les Saussetés du ministre Jurieu, ouvrage auquel ce dernier répondit par un libelle rempli de calomnies grossiéres, et qu'il intitula ? Zsprit de M. Arnauld.

En 1683 commenga entre Arnauld et Malebranche, au sujet de lagrdce, une lutte violente , qui dura jusqu’a la mort du premier, arrivée 4 Bruxelles, le 8 aodt 1694. Cette mort enleva aux partisans de Jansenius le plus habile défenseur qu’ils aient jamais eu, et aux jésuites leur plus redoutable adversaire. Son corps fut enterré dans I’église Sainte- Catherine de cette ville; son coeur, porté d’abord A Port- Royal-des-Champs, fut transféré 4 Palaiseau, en 1710. Boileau composa son épitaphe; Racine, Santeuil et d’autres poétes célébrérent ses talents et ses vertus : ses traités et ses pamphlets, qui ne forment pas moins de cent trente-cing volumes, réduits depuis 4 quarante-huit tomes in-4°, renferment une foule de documents précieux pour l’histoire de son époque en particulier, et pour celle des égarements de lesprit humain en général.

Les principaux ouvrages du grand Arnauld sont: Ie livre De la fréquente communion (1643); Théologie morale des Jésuites; Traditions de UEglise sur la pénitence (1644); des Premieres et Secondes observations, puis des Considérations et avtres brochures relatives & la censure du traité de Janséniussur la doctrine de saint Augustin ; la traduction de divers onvrages de saint Augustin; Nova objectiones contra Renati Cartesii Meditationes ; une Apologie pour les Saints Peres, qu'il considérait comme le meilleur ouvrage sorti de sa plume; diverses Let/res au sujet de l’apostasie du jésuite Labadie, devenu calviniste ;

Page 1