BARBOU — BARCELONE
raire en 1746, prit alors le privilége de la veuve de ce dernier, et publia la jolie Collection des classiques qui porte son nom, et dont les premiers volumes remontent a Pannée 1743. L’abbé Lenglet-Dufresnoy est Pauteur de ce projet, par lequel il avait congu Vespoir de suppléer les jolies éditions des auteurs latins publiées par les Elzévirs , et qui devenaient plus rares de jour en jour. Ce fut Antoine Coustelier, fils d’Urbain, qui en commenga l’exécution ; Joseph-Gérard Barbou n’en fut que le continuateur.
Hugues Barsou, neveu de ce dernier, qui lui avait succédé en 1789, est mort en 1808. Son fonds passa alors aux mains de M. Delalain.
BARBOUR (Joun), le plus ancien poéte national de VEcosse, était né vers 1315. Archidiacre d’Aberdeen, il fut, en 1357, envoyé par l’évéque de son diocése en Angleterre, & Veffet d’y négocier la raagon du roi David II, alors prisonnier des Anglais. Vers Van 1375 il composa son poéme de Bruce, dont le sujet est Vhistoire du mi Robert I‘, et qui a ¢té pour la premiére fois imprimé en 1616. Comme l'un des plus anciens monuments du dialecte écossais, ce poéme, qui respire l'amour de la liberté et de la patrie, a une grande valeur linguistique ; car, encore que Barbour fit contemporain de Gower et de Chaucer, la langue anglaise ressemble bien plus dans ses vers a la langue parlée aujourd’hui que dans ces deux poétes. Tl avait été chapelain du roi d’Ecosse David Bruce, qui l’envoya plusieurs fois aussi en ambassade 4 Londres , ob Edouard TI
lui témoigna beaucoup de considération. I] mourut en 1396.
BARBUE. Voyes Carre et ( Ichthyologie ).
BARBUTES,, aventuriers ainsi nommés de ce qu’ils portaient la barbute ou barbue. C’était, suivant Pierre Borel, un casque garni d'une mentonniére; selon Grassi, une espéce de heaume; au dire du roman d’Alector, Vacecompagnement d’un certain casque et peut-étre la garniture avoisinant la barbe et qu’on nommait baviére ; d'aprés le bibliophile Jacob enfin, un masque 4 barbe au moyen duquel on se déguisait pour commettre impunément tous tes excés ef tous les crimes. On lit dans Montfaucon et
Hallam qué les Barbutes, soldats d’Italie, étaient des cavaliers mercenaires employés au quatorziéme siécle.
BARCA. Voyez Barkan.
BARCA. Voyez Amttcar et ASDRUBAL,
BARCAROLLE,, c’est-i-dire chanson de barque, de batelier, sorte de chanson en langue vénitienne , que chantent les gondoliers 4 Venise. Quoique les airs des barcarolles soient faits pour le peuple, et souvent composés par les gondoliers mémes, ils ont une mélodie si franche et si naive, un accent si agréable, qu’il n’y a pas de musicien dans toute l’Italie qui ne se pique d’en savoir et d’en chanter, L’entrée gratuite qu’ont les gondoliers 4 tous les théAtres les mef a portée de se former l’oreille et le goat; de sorte qwils composent et chantent leurs airs en gens qui, sans ignorer les finesses de la musique, ne veulent point altérer le genre simple et naturel de Jeurs barcarolles. Les paroles de ces petits airs sont communément plus que naturelles, zomme les conversations de ceux qui Jes chantent. Ces improvisateurs empruntent des stances au Tasse; car la plupart savent par ceeur une grande partie de son poéme; au Dante méme, et chantent ces beaux vers alternativement dune barque a l'autre. Rossini a donné une imitation parfaite de cette déclamation musicale dans le troisiéme acte dOtello. Le chant des Gondoliers, composé sur des vers du Dante, est empreint d’une mélodie délicieuse.
Les chansons des gondoliers ont tant 4’agrément que les compositeurs ont imaginé d’en placer dans leurs opéras, en lenr accordant cependant un cadre plus étendu. Cet exemple a été donné par Berton dans Aline et par Nicolo dans Michel-Ange. Amis, la matinée est belle, de la Muette de Portici ; O mattutini, dela Donna del Lago, sont aes barcarolles; celle du Roi Théodore, a plusiewrs
voix, est d’un effet charmant; celle O pescator dell’onda, fidelin, en dialecte vénitien, aprés avoir obtenu un succes prodigieux comme piéce fugitive, a été arrangée en trie et introduite dans l’opéra de la Sérénade. La barcarolle s’écrit ordinairement a six-huit, quelquefois 4 deux-quatre. Son mouvement est plutét gracieux que rapide, et son rhythme semble imiter et suivre l’ondulation du flot et le mouvement régulier de la rame. CASTIL-BLAZE.
BARCELONE, l'une des plus grandes villes d’Espagne, chef-lieu de la province de ce nom et ancienne cas pitale de la Catalogne, est située sur la Méditerranée, au nord de Vembouchure du Llobrégat; un chemin de fer Ja relie & Madrid et 4 Saragosse. Elle est balie en forme de crois« sant, bien fortifiée, et défendue a l’est par une redoutable citadelle , construite en 1715, et communiquant avec le fort de San-Carlos, qui s’éléve au bord de la mer. A Vouest on découvre la hauteur appelée le Montjouich (Mons Jovis ), avec un fort qui protége la place de ce cété. Le port de Barcelone est spacieux, mais entrée en est difficile et pas assez profonde pour les vaisseaux de guerre, Il est protégé par une longue jetée, a l’extrémité de laquelle s’éléve un phare au milieu d’un bastion. On divise Barcelone en ville haute et ville basse. On y comptait plus de 10,000 maisons et 252,015 habitants, en 1865, sans y comprendre Barcelonette, qui lui est attenante, et dont la population, composée en grande partie d’ouvriers, de matelots et de soldats, montait & 10,000 ames. Ce faubourg, qui a été construit sur un plan trés-régulier, ne date que de 1752.
La ville posséde une cathédrale, neuf églises paroissiales avec un grand nombre de succursales, un chateau , ancienne résidence des comtes de Barcelone, une universite, plusieurs bibliothéques publiques, diverses archives , entre autres celles de la couronne d’Aragon, lun des plus riches dépéts de ce genre; un beau thédtre, un muséum d’histoire naturelle , une école d’artillerie et une école du génie, une académie des sciences et belles-lettres, une école de dessin , une maison d’orphelins , un hépital pouvant recevoir frois mille malades , un grand arsenal, une fonderie de canons, un chantier de construction pour les vaisseaux, etc.
| Elle est le siége d’un éyéque suffragant de l’archevéque de
Tarragone , d’un capitaine général, et d’une haute cour de justice. Elle avait jadis un tribunal du saint-office. On y compte plus de 30 presses a calicot, 150 manufactures de cotunnades et bon nombre de manufactures de soieries. On y fabrique, en outre, de la toile, de la dentelle, des franges, des broderies, des tresses, des rubans, des chapeaux, des bas, des savons et de la quincaillerie grosse et fine, ainsi que de belles armes a feu et d’excellentes armes blanches. La banque de Barcelone est la premiére qui ait été fondée en Espagne.
Dés le moyen Age, Barcelone était devenue, grace a sa situation, une des places commerciales les plus importantes de la Méditerranée. Indépendamment des produits des manufactures locales, le commerce y exploite plus particuliérement les vins et eaux-de-vie. Les importations consistent en produits des fabriques francaises et italiennes , grains, riz, bois de construction provenant de la Baltique, cire jaune des Etats barbaresques, fers de Suéde, aciers de Styrie chanvre de Riga et de Saint-Pétersbourg, cordages , fils de fer et fils de laiton d’Allemagne. Les Anglais y apportent surtout de la morue de Terre-Neuve.
C’est a Barcelone que fut rédigé le plus ancien code de droit commercial et maritime que l’on connaisse (voyez Capmany, Memorias historicas sobre la marina, comercio y artes de Barcelona, 4 vol., Madrid, 1792; et Codigo de las Costumbres maritimas de Barcelona, Madrid, 1791 ). Des conciles se tinrent dans cette ville durant les années 504, 599, 906 et 1064. La derniére de ces assemblées, en dépit de la vive opposition du clergé espagnol, supprimna les lois ecclésiastiques des Goths. Cette ville, que l’on suppose avoir été fondée vers l’an 200 avant J.-C., par le général
earthaginois Amilear Barca, dont elle prit le nom, fut counue des Romains, d’abord sous le nom de Barcinum , puis sous celui de Faventia. On y voit encore des ruines dun temple d’Hercule et de bains datant de leur époque. Soumise aux Goths dés le cinquiéme siécle et aux Sarrasins vers le huitidme siécle, elle fut enlevée en 801 & ces derniers
r les Francs de Charlemagne, et obéit 4 ses propres comtes Denil cequ’elle edt été réunie au royaume d’Aragon, en 1137, par suite du mariage de Raimond V avec la fille de Ramiro II, souverain de ce pays. En 1640 , fatiguée du joug de ’'Espagne, elle se soumit ainsi que le reste de la Catalogne aux lois de la France. La force lui imposa de nouyeau en 1652 la domination de lEscurial; mais en 1697 elle fut reprise par les Frangais, qui, aux termes de la paix de Ryswick, durent la restituer au cabinet de Madrid.
Lors de la guerre de la succession d’Espagne, elle se prononga en faveur de larchiduc Charles. Assiégée en 1714 par les troupes de Philippe V, que commandait le duc de Berwick, elle se vit obligée de capituler aprés une opiniatre résistance. Le 16 février 1809 elle fut surprise par les Francais, qui en restérent possesseurs jusqu’en 1814. La fiévre jaune y exerca d’horribles ravages en 1821, et les médecins, les sceurs de charité, accourus de Paris, s’y signalérent par un dévouement héroique. Lors de Voccupation del’Espagne en 1823 par une armée frangaise , Barcelone , oi: commandait le général Rotten, tint ferme jusqu’a la fin de la campagne, et n’ouvrit ses portes que sur l’ordre exprés du roi. Aprés la répression de l'insurrection des Agraviados, elle eut, comme toute la Catalogne, horriblement A souffrir, a partir de 1827, de la sanguinaire sévérité du comte d’Espaia, jusqu’au moment ou, en novembre 1832, il fut révoqué de ses fonctions par la reine. La guerre civile qui & peu de temps de Ja éclata en Espagne fut une source incessante de calamités pour Barcelone, ou les émeutes et les insurrections devinrent a Vordre du jour. La terrible révolle qui fit explosion au commencement de lannée 1835 a Saragosse et a Barcelone, ot le peuple brisa la statue de Ferdinand VII, incendia la plus grande fabrique de la ville, égorgea le général Bassa et traina son cadavre par les rues sur une claie, fut le signal de scénes semblables qui eurent encore lieu dans le courant de la méme année, et furent provoquées par I’arbitraire des mesures prises 4 l’égard des moines, dont, au mois de septembre 1835 seulement, déja plus de cing cents avaient ‘ni Aragon et la Catalogne pour demander un asile a la France. Enfin, dans la nuit du 4 au 5 janvier, pendant une absence du général Mina, eurent lieu d’horribles massacres de prisonniers carlistes et d’individus suspects de canlisme. Les élections pour les cortés provoquérent encore des scénes sanylantes en 1836 ; la garde nationale s’arma malgré l’autorité supérieure, et la tendance toute républicaine de la population devint de plus en plus prononcée,
Dans l’année 1840 la ville de Barcelone fut de nouveau le théatre d’une crise terrible. La reine régente, qui s’y ¢tait rendue , avait été recue avec beaucoup de pompe le 29 juin ; mais le 16 juillet suivant Espartero, qui y vint de son eoté pour préparer le coup de main a l'aide duquel il devait s’emparer de la régence, fut accueilli avec les démonstrations du plus vif enthousiasme, Quand, le 19, la nouvelle 8 répandit parmi le peuple qu’il avait échoué dans ses conférences avec la reine Christine et qu’il se disposait a repartir, une vive agitation se manifesta tout aussitot , et le parti modéré s’étant armé pour détendre la reine , cette agi- {ation fut suivie dans la nuit du 20 au 21 des scenes les p!us terribles. Pour apaiser la fureur de la populace et retablir Pordre et la sécurité, il ne faflut rien moins que intervention énergique des troupes mémes dont disposait Espartero. Mais Marie-Christine partit pour Valence, ot, aprds de longues tergiversations, elle se démit de la régence. Voyes Esracne,
BAKCELUNE — BARCELONNETTE
De nouvelles émeutes éclatérent 4 Barcelone en 1841, notamment le 7 juillet, 4 l'occasion d’une vente de quelques objets de contrebande, et au mois d’octobre, lorsque la garde nationale exigea la démolition immédiate des fortifications et la commenga elle-inéme, Comme tant d’autres, ce mouvement put étre comprimé par autorifé; mais le moment approchait de plus en plus ot devait éclater une nouvelle catastrophe dont lhorreur fit oublier toutes les calamités passées. Elle ful provoquée par des arrestations faites le 13 novembre 1842, a occasion d’une tentative dintroduction en fraude dans la ville d’un certain nombre de pitces de vin, par l’inearcération des rédacteurs du Republicano , enfin par la nouvelle de la prochaine mise en vigueur d’une loi qui soumettait indistinctement tous les citoyens 4 l’obligation du service militaire par la voie de la conscription. Une députation populaire, qui était venue trouver le chef politique, don Juan Guitterez, ayant été arrétée , cet acte de force brutale exaspéra tellement !a multitude, que, le 15 au matin, des hostilités ouvertes éclatérent entre le peuple et la garnison, et donnérent bientot lieu dans les rues a des luttes aussi sanglantes qu’acharnées. Les troupes , repoussées sur tous les points , durent évacuer le fort Atarazanes et se borner a conserver la possession du fort Montjouy, d’oui bientdt le capitaine général Van Halen ouvrit le feu sur Barcelone. La junte insurrectionnelle qui se forma tout aussitét étant entrée en négociation avec le capitaine général, la ville fut provisoirement épargnée; mais cette junte s’étant ensuite refusée a accepter les conditions qu’on lui imposait, Espartero envoya Vordre exprés de bombarder la cité rebelle. Le feu se rouvrit en conséquence dans la journée du 3 décembre, a la fin de laquelle huit cents bombes, cent grenades et deux cents obus avaient été lancés sur Barcelone. L’aspect d’une partie de la ville en cendres et imminence de la compléte destruction de la cité purent seuls déterminer les insurgés & céder et a éyvacuer Barcelone , qui fut immédiatement déclarée en état de siége et frappée une contribution extraordinaire de 12 millions de réaux (3 millions de fr.).
Cependant la chute du régent Espartero était résolue. Elle s’effectua par une coalition des progressistes et des christinos modérés. Le 9 mai {843 il avait été forcé de sanctionner wne amnistie générale ; cependant il refusa de sévir contre le général Zurbano, qui s’était rendu odieux par sa conduite A Barcelone, renvoya les ministres et prononga la dissolution des cortés. A cette nouvelle, des insurrections éclatent en Catalogne, en Andalousie, en Aragon, en Galice. Une junte révolutionnaire, constituée a Barcelone, proclame la majorité de la reine Isabelle et la déchéance d@Espartero. Plusieurs corps d’armée s’avancent contre lui. Il est frappé dirrésolution , tente une pointe sur Barcelone, se perd par ses lenteurs, et n’a bientot plus d’autre ressource cue de s’embarquer & Cadix pour l’Angleterre. Lors de la révolution accomplie 4 Madrid par O'Donnell en 1854, un soulivement éclata 4 Barcelone, meis sans amener d’effusion de sang. L’année suivante il y eut de nouveaux troubles et un membre des cortis y fut assassiné, A la suite du coup d’Etat d’O’Donnell en 1856, des barricades s’éleyerent a Barcelone ; tout le parti républicain, trés-nombreux dans cette ville, courut aux armes, et l’insurrection qui dura du 18 au 20 juin ne put étre réprimee qu’aprés une lutte acharnée, En 1871 up nouveau soulévement républicain y dura plusieurs jours. Depuis, Vancienne capitale de la Catalogne a joui d’une tranquillilé complete,
BARCELONETTE,, ville de France, chef-lieu d’arrondis-ement, dans le département des Basses-Alpes , & 50 hilom. nord-est de Digne, sur l"'Ubaye, avec une population de 1,992 Ames, un collége communal, des fabriques de goieries, draperies et cadis, un grand commerce de grains , mulets, beeufs et moutons. Cette ville a donné son nom & la belle yallée de ’Ubaye, dont les riches paturages
BARCELONNETTE — BARDAJI Y AZARA
aourrissent de nombreux troupeaux de gros et menu betail. Elle fut batie en 1230 par les comtes de Provence, sur l'emplacement d’une ancienne ville romaine, et, apres avoir cté prise et reprise plusieurs fois par les Frangais, cédée en 1713 par la Savoie a la France, en vertu du traité d’Utrecht,
BARCLAY ( Acexanpne ), poéte et prosateur anglais , né vers la fin du quinziéme siécle, fit ses études a Oxford, et obtint ensuite par Pentremise de son protecteur, l’éveque Cornish, une place de chapelain au collége d’Otlery, dans le comté de Devon. I] occupait cet emploi lorsqu’il composa, en 1508, son Ship of fools, d'aprés des imitations latine et francaise du Narrenschiff de Brandt, qui fut imprime par Pynson ( Londres, 1509), et dont une nouvelle édilion parut en année 1570. II s’était déja fait connaitre par un poéme allégorique, the Castle of Labour (Londres, 1506). Plus tard, Barclay entra au monastére d’Ely, oi i] composa son Mirror of Good Manners (imprimé par Pynson, Londres). Ses Eclogues, les premiéres qui aient été composées en langue anglaise, ont été réimprimées a diverses reprises, et souvent sous le titre de the Miseries, or miserable lives of courtiers. Des voyages en Hollande, en Allemagne, en France et en Italie l’avaient familiarisé avec la connaissance des langues parlées dans ces divers pays; on a méme de lui un ouvrage dédié au duc de Norfolk et intitulé ; /néroductory to write and to pronounce french (Londres, 1512). Aprés la suppression des couvents, il fut nommé vicaire a Wokey dans le Somerset, plus tard & Badda-Magna dans PEssex , enfin en 1552 dans la paroisse de Tous les Saints & Londres, ville o8 il mourut la méme année. Barclay est encore l’auteur d’une traduction de la Guerre de Jugurtha de Salluste , qui fut imprimée par Pynson.
BARCLAY (Joun), ingénieux poéte satirique latin, naquit vers 1582, 4 Pont-A-Mousson, ou son pére, William Barclay, Ecossais de naissance, mort en 1605, occupait une chaire de droit. Il fit ses études au collége des jésuites de cette ville, qui tAchérent de le faire entrer dans leur ordre. Son refus d’y consentir lui valut, ainsi qu’a son pére, force persécutions de la part de ces religieux. En 1603, il revint avec son pére en Angleterre, oi bientot il attira Pattention du roi Jacques I€", a qui il dédia Pun de ses ouvrages. Huphormionis Satyricon (Londres , 1603), roman satirique et politique, dirigé surtout contre la compagnie de Jésus. 1] fit ensuite paraitre sa Conspiratio AngZicana (Londres, 1605) et son Jcon Animorum (Londres, 1614). En 1615 il se rendit 4 Rome, ow i] mourut le 12 aodt 1621. La méme année fut publié a Paris son cé¢lébre ouvrage, pareillement écrit en latin et traduit en plusieurs langues, Argenis (Paris, 1621), allégorie politique of l'on trouve de spirituelles allusions a Pétat de PEurope, et plus particuliérement de la France, a Vépoque de la Ligue.
BARCLAY (Rosert), célébre apdtre des quakers, naquit en 1648, 4 Gordonstown, dans le comté de Murray, en Ecosse. Envoyé a Paris dans sa premiére jeunesse a |’époque des troubles d’Ecosse, il se laissa déterminer A y embrasser la religion catholique; mais, rappelé par sa famille, il ne tarda pas a entrer avec son pére dans la secte des quakers. Doué de talents naturels, possédant une instruction variée, il acquit bient6t une grande réputation comme défenseur deses nouvelles opinions religienses. L’ou- Yrage qu’il écrivit conire le prétre presbytérien Mitchell, et quia pourtitre: Truth agains! Ca/umnies (Aberdeen, 1670), contridua beaucoup a éclairer opinion au sujet des quakers ef & inspirer au gouvernement plus de tolérance a leur égard. 1! a donné une exposition plus complete des opinions religieuses de sa secte dans son principal ouvrage : an Apology jor the true christian divinity, as the same is preached and held forth by the people in scorn called quakers, ete., quil dédia au roi Charles Il. En compagnie de W- Penn, ilentreprit, a effet de propager Jes principes des quakers, plusieurs voyages en Angleterre, en Hol-
sil
iande et en Allemagne, ou presque partout on l’accueillit avec distinction, homage rendu autant 4 son talent qu’a son caractére. Cependant il ne manqua pas non plus d’enneinis, qui lui suscitérent force persécutions. Barclay mourut, en 1690, 4 Ury, prés d’ Aberdeen,
BARCLAY DE TOLLY ( Micnet, prince), Pun des plus celébres généraux qu’ait eus ’armée russe, descendait d'une branche de Vancienne fainille écossaise du méme nom, a laquelle appartenaient le poéte ainsi que le quaker dont il a été fait mention dans les articles qui précédent, et éinigrée du Mecklenbourg en Livonie, [| était le plus jeune de trois freres, et naquit en 1759, en Livonie, ob son pére, Gottlieb Barclay de Tolly, ancien membre de la municipalité de Riga, possédait une propriété.
Adopté par le général Van Vermoulen, il entra dans un régiment russe de cuirassiers en qualité de vaguemestre, et prit une part des plus distinguées aux campagnes de 1788 et 1789 contre les Tures, de 1790 contre la Suéde, et ue 1792 et 1794 contre la Pologne. En 1806 il commandait 4 Poultousk, avec le grade de général-major, Pavant-garde de Bennigsen, et il perdit un bras 4 Eylau. Quoiqu’en butte & la haine et aux attaques du vieux parti russe, qui persistait a ne voir en lui qu’un Allemand, il fut nommé en 1810 par lempereur Alexandre ministre de la guerre, en remplacement d’Araktchéjeff ; fonctions qu’il conserva jusqu’en 1813. En 1812 il obtint le commandement en chef de l’armée de Pouest. Aprés avoir lentement battu en retraite avec elle sur Smolensk et perdu la bataille livrée sous les murs de cette ville (17 aont), il se vit plus que jamais Pohjet des attaques du parti national russe, et dut céder son commandement en chef a Koutousof, On a souvent prétendu que le plan du systéime défensif de ’armée russe en 1812 fut oeuvre de Barclay de Tolly. Sans doute il conseilla de battre en retraite et de se retirer dans l’intérieur du pays en évitant toute bataille décisive ; mais il est désormais acquis 4 Vhistoire que ce plan fut congu dans son ensemble comme dans ses détails par le général Pfuel , sorti du service de Prusse, et qui depuis 1807 accompagnait partout Pempereur Alexandre sans avoir pourtant de position officielle auprés de lui. A la bataille de Mojaisk, Barclay de Tolly commandait Vaile droite. Aprés la mort de Koutousof, il reprit le commandement en chef de l’armée, qu’il conserva jusqu’a l’armistice conclu a la suite de la bataille de Bautzen. Plus tard il commanda I’armée russe de Bohéme, assista aux batailles de Dresde, de Kulm et de Leipzig , puis recut le commandement supérieur de toutes les forces russes entrées en France. Ses services dans cette derniére campagne furent récompensés par le grade de feld-maréchal et le titre de prince. La mort le surprit en 1818, 4 Insterburg, comme il se rendait en Bohéme pour y prendre les eaux.
BAR-COCIIBA. Voyes Bar-Koxépa,
BARDAJI Y AZARA (Don Eusesio pe), président du conseil des ministres d’Espagne en 1837, né en 1765, & Huete , dans la province de Cuenga, fut destiné a la carriére diplomatique par son oncle, le chevalier Azara. A répoque de Vabdication de Charles TV, en 1808, il était chef de bureau a la chancellerie d’Etat 4 Madrid; i] accompagna don Pedro Cevallos dans sa mission & Bayonne, et rédigea les notes célébres qui firent connaitre a !’Europe ce qui s’élait passé dans les conférences tenues en cette ville.
Bardaji y Azara suivit la junte centrale d’Aranjnez a Séville ; et a son retour d’une mission a Vienne, il fut nommé par les Cortés ministre des affaires étrangéres; puis, grace a influence de Pambassadeur d’Angleterre, envoyé en mission a Lisbonne en 1812 eta Saint-Pétersbourg, oii il négocia le traité de Welicki Lucki, par lequel la Russie reconnut la constitution des Cortés de 1812. Ambassadeur d’Espagne a Turin depuis Pannée 1816, il seconda la révolution qui y 6clata en 1n21, et, quand elle evt été élouffee, fut chargé @une mission pour Paris. En 1822 il fut pendant peu de
temps ministre des affaires étrangéres ; et il vécut ensuite dans une profonde retraite jusqu’au moment oi, en 1836, la reine régente le nomma procer du royaume et l’appela & prendre encore une fois la direction des affaires étrangéres, Bardaji appartenait au parti moderado ; partisan de la politique francaise, il était adversaire du ministtre Calatrava, Au moment de la chute de cette administration, l’influence toute-puissante d’Espartero lui fit déférer la présidence d’un nouveau cabinet qui ne se sentit pas de force a lutter contre les difficultés de la position. De nouvelles Cortés ayant été convoquées, Bardaji dut céder son portefeuille, le 17 décembre 1837, au comte d’Ofalia. Il se retira alors complétement des affaires, et mourut 4 Madrid, le 7 mars 1844.
BARDANE ou GLOUTERON (arctium, Linné ), genre de plantes appartenant 4 la syngénésie polygamie égale de Linné, et A la famille des cynarocéphales de Jussieu. Il se distingue facilement de ceux qui l’avoisinent, et en particulier des chardons, par son involucre presque globuleux, formé d’écailles allongées, étroites, terminées 4 leur sommet par une pointe recourbée en crochet; son réceptacle presque plan, garni de soies courtes, tous ses fleurons hermaphrodites et fertiles, 4 corolle tubuleuse, légérement évasée par le haut; ses fruits anguleux, couronnés par une aigrette courte , sessile et poilue.
Ce genre ne renferme qu’un petit nombre d’espéces , qui toutes appartiennent 4 l'Europe. La plus répandue de toutes est la bardane officinale (arctium lappa, Linné), tréscommune dans les lieux incultes et sur les bords des chemins, dans presque toutes les parties de la France. C’est une plante dont la tige est haute de soixante centimétres a deux métres, épaisse, striée et rameuse ; les feuillesinférieures sont fort grandes, en forme de coeur, vertes en dessus, blanchatres et cotonneuses en dessous, attachées a la tige par un pétiole assez long ; celles du haut de la tige sont plus petites et simplement ovales. Les fleurs sont situées 4 l’extrémité des rameaux , de couleur purpurine, entourées d’un involucre armé de crochets aigus, au moyen desquels les tétes de fleurs de cette plante restent souvent attachées aux poils des animaux. La racine est bisannuelle, charnue, pivotante, de la grosseur du doigt, blanchatre en dedans, mais enveloppée par un épiderme d’un brun foncé, trés-analogue, en un mot, a celle du salsifis, et la remplacgant souvent comme aliment dans les campagnes. La décoction de cette racine est aussi employée en médecine comme sudorifique , et particulitrement administrée dans les maladies chroniques de la peau, d’ot la plante est aussi appelée herbe aux teigneuzx. Les jeunes pousses de la bardane officinale , cueillies au printemps, offrert une saveur assez agréable, analogue a celle de l’artichaut, et sont quelquefois recherchées ponr aliment par les habitants des campagnes. Ses tiges pourratent probablement acquérir les propriétés alimentaires des cardes au moyen d’une culture conyenable. Les beeufs et les moutons les broutent, mais seulement quand elles sont jeunes. Malgré tous ces avantages, les cultivateurs s’attachent a détruire cette plante, qui envahit facilement les prairies, a cause du grand nombre de ses graines, et étouffe, par sa vigueur, des végétaux beaucoup plus précieux. Démezi.
BARDAS, patrice de l'empire d’Orient, frére de ’impératrice Théodora, tuteur de son neveu Michel IIT (842), corrompit son pupille, le livra de bonne heure aux femmes pour Je soustraire 4 l’influence de sa mére et des moines, enferma Théodora dans un cloitre avec ses filles, se fit donner le titre de César, et régna quelque temps sans partage, pendant que Michel chassait et buvait. Bardas décida le schisme des églises d’Orient et d’Occident, en élevant sur le trone patriarcal de Constantinople Je fougueux Photius ala place de l'illustre Ignace, quwil avait déposé, et dont le pape Nicolas 1** embrassa la cause. Bardas, malgré sa corruption, suivit Vimpulsion scientifique donnée par lempereur Théophile, ranima l'étude du droit, et établit une espdce
BARDAJI Y AZARA — BARDELEBEN
duniversité ot: Léon le Philosophe enseignait la philosophie, son éléve Théodore la géométrie , Théodeias l’astronomie, et Comeetas la rhétorique. Il assistait lui-méme aux lecons, et récompensait les maitres et les éléves. Mais Bardas avait de ses mains suspendu le glaive sur sa téte en favorisant les débauches de Michel. Basile le Macédonien , favori du jeune empereur et des femmes de la cour, le renversa et le fit tuer (866).
BARDAS PHOCAS et BARDAS SCLERUS, deux généraux de empire qui se disputérent le pouvoir sous le régne de Basile IJ et de Constantin IX. Le second, beaufrére de ’empereur Jean Zimiscés, avait soutenu avec 10,000 hommes le siége d’Andrinople (970) contre les Russes, les Bulgares, les Patzinaies et les Hongrois, les avait battus séparément et les avait forcés de regagner leur pays. Apres la mort de Jean Zimiscés, privé du commandement des troupes d’Orient par la jalousie de l’eunuque Basile, il se fit proclamer empereur par ses troupes, et fut vaincu dans un combat singulier en présence des deux armées par Bardas Phocas, que, par un jeu singufier de la fortune, il avait luiméme autrefois poursuivi comme rebelle. Réfugié chez le khalife de Bagdad, auquel il rendit des services contre les Perses , Sclérus, 4 la téte de 3,000 prisonniers chirétiens, passa l’Euphrate, reprit le titre d’empereur, conclut un traité avec Bardas Phocas, qui, comme lui, prétendait & Yempire , et fut enfermé dans une forteresse par son allié, qu’il voulait trahir. Délivré par la veuve de Phocas, au lieu de continuer la guerre civile, il négocia, obtint son pardon de la cour de Byzance, y fut investi de hautes fonctions, et mourut dans un age avancé, vers l’an 990. Bardas Phocas avait péri déja empoisonné au moment od il allait livrer bataille & son heureux rival.
BARDELEBEN (Kort pe), membre de la chambre des députés de Prusse, est né le 24 avril 1796, dans une terre de la Prusse orientale appartenant 4 son pére, mort pendant le siége de Kustrin, dans une sortie qu’il fit avec un détachement de la landwehr dont le commandement luf avait été confié a titre d’ancien officier de Varmée. Le jeune Kurt de Bardeleben s’associa , lui aussi, aux patriotiques efforts tentés en 1813 par les Allemands pour recouvrer leur indépendance nationale; ef quelques années aprés le rétablissement de la paix générale, il quitta le service. En 1819 i! épousa la fille du président d’Auerswald 4 Keenigsberg. I fut élu en 1834 député de la noblesse a la diéte provinciale. Lors de la prestation de foi et hommage au nouveau roi, en 1840, il fut au nombre de ceux qui lui adressérent une pétition pour réclamer l’introduction du systeme représentatif en Prusse. Elu membre de la dite de 1847, il combattit de la maniére la plus énergique dans cette assemblée la politique des hommes alors au pouyoir, et plus particuligrement M. de Bodelschwing, commissaire du gouvernement. Lors de la réunion de la seconde diéte, convoquée en 1848, il fit encore preuve des opinions les plus libérales. Elu alors par le cercle de Koenigsberg député a l’Assemblée nationale de Francfort, il y vota avecle centre droit. Aprés l’assassinat de son beau-frére, le général d’ Auerswald (18 septembre 1848), il quitta Francfort, pour aller porter cette funeste nouvelle a sa belle-mére et accompagner a Berlin les enfants‘ mineurs laissés par la victime. A peu de temps de 1a il était élu parla ville de Berlin député A lAssemblée nationale de Prusse. La confirmation de cette dection se fit tellement attendre, qu’il ne put venir siéger a l’assemblée que lorsque le lieu de ses séances eut été transféré & Brandebourg. Bardeleben y volta encore avec la droite, et signa le manifeste que celle-ci publia contre la démagogie. Aprés la dissolution de cette assemblée, il se retira dans sos terres , et ne fut point élu membre de celle qui fut d’abord convoquée en 1849, mais seulement, aprés la dissolution de celle-ci, de la seconde, oi il siége comme député de Konigsberg. Il s’y est constamment montré l’énergique défenseur
BARDELEBEN du principe constitutionnel, et un discours qu’il y prononga en février 1850 contre la politique personnifiée en M. de Manteuffel eut un immense retentissement en Prusse.
BARDES (en langue erse Bard, en langue kymrique Bardh), nom donné aux poétes des Gaulois et autres populations celtes, telles que les Bretons, les Kymris, les Irlandais, les Ecossais, lesquels furent connus des Romains dés le deuxiéme siécle avant Jésus-Christ. A instar des Scépes des Anglo-Saxons etdes Skaldes des anciens Scandinaves, ils célébraient les hauts faits des dieux et des héros dans les cérémonies du culte et dans les fétes données par les princes et les grands, en s’accompagnant de la harpe ou chrotta (en erse cruit et clarseach ), excitaient le courage des guerriers qu’ils menaient aux combats, et remplissaient en outre les fonctions de hérauts des rois et de médiateurs de la paix. Chez les Gaulois Vinstitution des bardes ne tarda pas a4 périr, tandis quelle se maintint beaucoup plus longtemps dans le pays de Galles, en Irlande et en Ecosse. Partout ils constituaient une corporation héréditaire , organisée a Pinstar @une espéce d’ordre religieux et exercant une grande influence sur les peuples et sur les princes.
Chez les Germains comme chez les Celtes, le poéte était le dépositaire de toute tradition historique. Dans le pays de Galles, ses priviléges et ses franchises avaient été déterminés et limités par le roi-légisiateur Howel-Dha ; mais en Yan 1078 tout ordre fut reformé par Gryfyth ap Conan, qui lui imposa de nouvelles régles. Il se tenait de temps 4 autre a Caerwys, Aberfraw et Mathraval de grandes luttes de chant et de poésie, appelées Histeddfods, dont les juges étaient désignés par la couronne. Lors de la conquéte du pays de Galles , sous Edouard I‘, en année 1284, les bardes perdirent, il est vrai, leurs priviléges, et furent méme persécutés; cependant ils se maintinrent longtemps encore, et Pon célébra ayec lautorisation des rois d’Angleterre des Fisteddfods jusqu’au régne d’Elisabeth. Par la suite on cessa d’accorder des autorisations pour des tournois poétiques de ce genre ; mais dans ces derniers temps on a yu se eréer différentes associations ayant pour but la résurrection de Vancienne poésie nationale des Celtes, par exemple, en 1770, la Gwyneddigion Society, en 1818 la Cambrian Society, et tout récemment le Cymmoridion ou Metropolitan Cambrian institution. C’est aux travaux entrepris par ces diverses associations, ainsi qu’au patriotisme de quelques particuliers, que nous sommes redevables non-seulement d’informations précises sur linstitution des bardes, mais encore de la conservation des débris de leurs poémes, dont les plus intéressants sont ceux de Myrddyn ap Morfryn, Myrddyn Emrys et Taliesin. Consultez Jones, Relics of the Welsh bards ( Londres, 1794 ); Owen, the Myvyrian archeology of Wales (3 vol., Londres, 1801-07 ); William, Ar barddoniath Cymraeg ( Dolgelly, 1828 ).
En Irlande, la corporation des hardes était divisée en trois classes, suivant leur destination particuliére : les Fi-
ledha, qui dans les combats et les cérémonies du culte
chantaient en s’accompagnant de la harpe, faisaient partie de lentourage immédiat et du conseil des princes , et leur servaient en méme temps d’orateurs et de hérauts; les Breitheamhaim , chargés en certaines circonstances de rendre la justice; enfin , les Seanachaidhe, versés dans la connaissance de Vhistoire, généalogistes des familles nobles et princiéres. Protégés par de nombreuses franchises et immunités , les bardes arrivérent 4 la longue 4 posséder de si vastes propriétés territoriales et 4 jouir de tant d’autorité usurpéeé, qu’a diverses reprises le peuple se révolta contre eux ou enbannit un certain nombre. Déja Concobar Mac Neffa, roi d’Ulster, vers l’an 34, comme plus tard Cormac Ul- Fadha, avait di mettre des bornes a leurs priviléges et entreprendre la réforme de leur ordre. C’est ce que tenta encore au sixiéme siécle le roi Aidus. La grande habilete des Irlandais & jouerde la narpe était a cette époque reconnue méme DICT. DE LA CONVERS. — T. I.
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par leurs ennemis. I! existe un grand nombre de fragments manuscrits de la poésie des bardes irlandais. L’institution commmenca a décliner aussitét aprés la conquéte de I Irlande par Henri 11. Toutefois, les bardes se maintinrent longtemps dans les grandes familles irlandaises. Leurs chants et leurs réminiscences historiques entretenaient l'amour sacré de la patrie dans le coeur des Irlandais. Aussi les conquérants de ce pays crurent-ils 4 diverses reprises devoir prendre des mesures rigoureuses a l’égard des bardes , comme il arriva notamment sous le régne de Henri V et sous celui de Henri VII. La grande Elisabeth elle-méme ordonna maintes fois de pendre des minsérels arrétés, parce que leurs chants excitaient le peuple a la révolte et 4 d’autres crimes. La victoire de la Boyne acheva d’anéantir institution des bardes. Turlogh O’Carolan, né en 1670, mort en 1737, dont les poésies ont été traduites en anglais par Furlory, est regardé comme le dernier barde qu’ait eu l’Irlande. Divers poémes de cette catégorie ont été traduits par miss Brooke dans ses Reliques of Irish Poetry (Dublin, 1789; nouvelle édition par Seymour, 1816), et par Hardiman, dans l’ouyrage intitulé : Irish Minstrelsy (2 vol., Dublin, 1831). Consultez Walker, Mémoires of the Irish Bards (Londres, 1786 ).
L’institution des bardes eut la méme origine et la méme organisation en Ecosse ou en Calédonie. Les poémes appelés Fenniques, publiés sous le titre de Peésies d’Ossian, le barde calédonien par excellence , dans une traduction fort embellie de Macpherson, faite d’aprés des imitations gaéliques, sont originaires du nord de l’Irlande, dot, vers la seconde muitié du troisiéme siécle, ils se répandirent dans toute Ecosse avec la dynastie des Dalriades, en passant d’abord par Vile de Man, puis par les Hébrides et Argyle. En Ecosse aussi les bardes étaient les serviteurs héréditaires des princes et des gentilshommes, et leur ordre n’y disparut complétement qu’en 1788, lors de la suppression des juridictions patrimoniales.
Le nom de barde était tout a fait inconnu aux Allemands, quoique par abus ils s’en servissent quelquefois dans le style poétique. Klopstock et son école poussérent méme cette fiction si loin qu’ils en vinrent a employer ce terme pour désigner les tentatives de réforme faites dans la poésie alle-~ mande. C’est ainsi que Klopstock imagina d’appeler Bardiet ou Bardit un poéme le plus souvent religieux et guerrier, que auteur suppose étre l’ceuvre d’un barde, ou bien encore un chant de bataille reproduisant l’énergie sauvage de la vie primitive des Teutons. Ce mot de Bardiet ou de Bardit, il s’était cru autorisé a le créer par un passage de la Germanie de Tacite, ot on lit 4 tort dans quelques manuscrits, au lieu de baritus ( mot qui désigne action de pousser le cri du combat ), barditus, qu’on a traduit par chant du combat. Les poétes allemands de I’époque de Klopstock, qui exploitérent le bardiet jusqu’d l’abus, y reproduisirent pour la plupart la vague sensiblerie d’Ossian, ou firent retentir des accents si ridiculement belliqueux qu’il ne fallut rien moins que la verve de Heelty et d’autres pour en faire justice 4 l’aide de piquantes parodies. Au total , ce genre ne pouvait pas durer longtemps , puisqu’il n’était que limitation @un modéle trés-nuageux, trés-vague, et que le lecteur devait commencer par se supposer transporté en arriére a une époque de grossiére rudesse teutonne, a ’égard de laquelle on manque tout aussi bien de renseignements qu’a I’égard de la mythologie allemande ; d’oui il résulte qu’on se trouve dans limpossibilité absolue d’apprécier les allusions qu’y fait le poéte. 11 serait injuste toutefois de com prendre dans la proscription qui a frappé ce genre faux et ridicule les trois poémes que Klopstock désigne aussi sous le nom de Bardiet, et qui ont pour titre : a Batuille d’ Her mann, Hermann et les princes, et la Mort d’Hermann. Quelques poémes de ses amis, qualifiés aussi de bardie!, méritent également d’étre exceptés de cet anathéme,
S14 Denis et Gerstenberg traitérent le bardiet sous la forme lyrique, et Kretschmann sous la forme épique.
BARDESANE, fondateur de Ia plus célebre école gnostique de la Syrie, naquit 4 Eaesse, vers le commencement duesecond siécle de l’ére chrétienne. Il fut dabord entiérement dévoué a la cause chrétienne, et un philosophe impérial, Apollonius, ami de Lucius Verus, ayant essayé de Jui arracher par menaces une apostasie qu’il ne pouvait obtenir par ses arguments, Bardesane lui fit cette belle réponse : « Je ne crains pas la mort; je sais bien que je ne Péviterais pas, méme en cédant 4 ’empereur. » I] combattit aussi avec chaleur les erreurs de Marcion; les chrétiens étaient fiers de compter dans leurs rangs un homme d’une aussi haute science, et les hymnes qu’il avait composées pour le culte des fidéles continuérent 4 étre chantées dans les églises de la Syrie longtemps aprés que leur auteur eut été condamné pour son gnosticisme. C’est que Bardesane ne s’éloigna que peu A peu de V’Eglise, s’attachant toujours 4 rester aussi orthodoxe que possible, admettant tous les écrits du Canon, et cherchant dans des interprétations mystiques sa gnose, qui rappelle tour a tour celles de Valentin, des ophites, du Zend-Avesta et de la Kabbale.
Il pose d’aborfi le Pére inconnu, le Dieu supréme , éternel, qui vit dans le sein de la lumiére , heureux de la pureté parfaite de son étre. Puis vient la matiére élernelle, masse inerte, informe, ténébreuse, source de tous les maux , la mére et le siége de Satan. Le Diew inconnu s’est manifesté et s'est déployé en plusieurs étres participant de sa nature et appelés Kons. D’abord, il crée sa compagne, celle qui sera la mére du Dieu vivant, de Christos; ce qui signifie que l’Eternel a congu, dans le silence de ses décrets, la pensée de se révéler par un étre qui soit son image, son fils. Le fils nait de ce premier couple; il s’allie 4 sa sceur, Pneuma, et de ce second couple ou de cette syzygie s’en engendrent réciproquement six autres, Une heptas spéciale est chargée par les puissances créatrices de présider, du haut des planétes, an gouvernement du monde. Le bonheur et le malheur, l’abondance et la disette , les destinées de homme et celles de la terre qu’il habite, dépendent de leur volonté, Bardesane ajoute a ces étres douze génies, correspondant aux douze constellations du zodiaque ; et tandis que les astrologues attribuaient 4 chaque signe du zodiaque trente ¢toiles , il prépose 4 chaque décurie d’étoiles un décanos, ce qui produit en tout trente-six décanoi. Ces émanations, a mesure qu’elles s’éloignent de la Divinité, voient leur pureté décroitre. L’homme est né de ces Eons. Il est au fond une émanation de l’Etre supréme; mais, ayant transgressé la loi que celui-ci lui avait donnée, ila été relégué pour l’expiation de sa faute dans un corps emprunté au monde matériel, la source du mal. L’dme seule est appelée A la résurrection , seule elle est libre, et ’homme matériel ast seul assujetti aux puissances sidérales, Mais il y a pour homme un moyen de s’en affranchir, Le fils du Dieu vivant, le Christos, est venu apprendre a l’dme sa haute origine, qu’elle ignorait auparavant ; revétu d’un corps céleste, il n’a souffert qu’une mort apparente, mais sa doctrine suffit pour rendre la vie divine 4 l’4me humaine.
Tel est, bien séchement analysé d’ailleurs, le systéme de Bardesane, autant que nous permettent de l’apprécier les ouvrages d’Ephrem, de Porphyre, d’Eustbe, de Diodore de Tarse, de saint Epiphane, de saint Jéréme, saint Augustin, Sozoméne et Théodoret , presque tous dirigés contre lui et son école, Bardesane était écrivain. Il publia, outre les hymnes que nous avons citées, des commentaires sur "Inde, des dialogues sur le destin, des apologies et quelques autres ouvrages. Mais nous n’ayons plus de tous ses travaux que des fragments épars dans les écrits de ses adversaires. Peu d’écoles gnostiques se trouvérent placées dans de meilleures conditions de suceés que la sienne , ouverte au confluent des doctrines persanes, judaiques, chrétiennes
BARDES — BARDILI
et grecques , dans un moment oii ces théories se croisaient dans tous les sens. Peu d’écoles ont enseigné avec autant de sagesse et d’érudition; et cependant les bardesanites ne furent jamais nombreux. Deux disciples de Bardesane , tfarmonius, son fils, qui composa de belles hymnes, et Marinus, ont seuls échappé a l’oubli. Les bardesanites s’éteignent et se perdent dans les rangs des chrétiens vers le cinquiéme siécle. Leur absorption dans lEglise fut d’autant plus facile qu’ils admettaient les codes sacrés et que leur morale était pure. Albert Matter,
BARDESANITES. Voyez Barpesane.
BARDIET ou BARDIT. Voyez Barves.
BARDILI (Corétien-Georrroi), philosophe allemand, né le 28 mai 1761, a Blaubeuren, dans le Wurtemberg, mort en 1808, a Stuttgard, ot depuis 1794 il était attaché au gymnase en qualité de professeur de philosophie, occupe une place honorable dans Vhistoire de la philosophie moderne de Allemagne. Le mouvement philosophique qui avait commencé par Kant produisit une longue série de penseurs profonds, qui cherchérent 4 développer et & compléter la doctrine ou proposérent de nouveaux systémes, plus ou moins éloignés de celui du philosophe de Keenigsberg. Bardili crut avoir trouvé la solution du probléme de la philosophie par un nouveau principe de logique; mais ce principe et le systeme qu'il en déduisait étaient trop étroits et trop insuffisants pour finir par prévaloir : de tous cdtés une opposition trés-prononcée se déclara contre lui; le peu de partisans qu’il avait trouvés l’abandonnérent, et son systéme disparut bientét, aprés n’ayoir joué en philosophie qu’un rdéle secondaire et de courte durée. Pourtant, la pensée qui y dominait était remarquable, comme témoignant de la tendance générale de cette époque 4 chercber un principe unique, absolu, d’oul pussent étre déduites toutes les vérités,
Kant avait établi la nécessité d’un tel principe pour la philosophie, mais il ne croyait pas que Vhomme pit jamais le découvrir. Or, comme il est dans la nature de l’esprif humain de considérer comme possible tout ce quil juge étre nécessaire , ef que cette nécessité découle pour lui en quelque sorte de la position méme du probleme, on ne s’arréta pas a la décision négative de Kant.
Le premier systeme important qui prétendit résoudre le probléme posé par Kant fut celui de Fichte. La grande difficulté signalée par Kant, A savoir, comment l’esprit humain peut dépasser le cercle du moi, et arriver 4 la connaissance des choses extérieures et de leur essence, fut moins résolue que laissée de cété par le systéme idéaliste de Fichte , qui nia l’existence réelle d’un monde extérieur, et chercha a expliquer tous les phénoménes par la supposition d’un moi universel, dont tous les individus spirituels ne sont que des parties, et dont le prétendu monde extérieur ne forme qu’une limite extérieure, nécessaire pour que le moi puisse parvenir par cette opposition a la conscience de soi-méme. :
Mais ce systeme, quoiqu’il ait exereé une grande influence sur le développement de la philosophie , renfermait évidemment l’absolu dans le moi, au lieu de reconnaitre le moi dans l’absolu; il faisait ainsi sentir la nécessité d'un principe supérieur embrassant le monde extérieur aussi bien que le moi de ’homme.
On est en droit de dire que la théorie de Bardili n’était en quelque sorte que la transition du systéme idéaliste de Fichte dla philosophie absolue de Schelling, qui reconnaissait Dieu comme principe contenant en lui l'idéal et le réel, Vesprit et la nature. Mais la théorie méme de Bardili était loin de satisfaire aux moindres exigences d’une science méthodique. Le principe de la philosophie qu’il proposa dans ses éléments de la premiére logique (1799 ) était a ses yeux l'identité absolue de la pensée, La pensée, suivant lui, c'est Punidé ; or, pour que cette pensée puisse se mani-
BARDILI — BAREBONE
fester, puisse étre appliquée, elle a besoin de la matiére , de Ja nature extérieure, qui constitue lidée du multiple. Mais I’harmonie entre la pensée et Ja matiére, le lien entre l’esprit et la nature, sont fondés sur une wnifé primitive , qui se manifeste également dans la pensée comme dans les objets extérieurs. Cette wnité primitive est essentiellement la vérité primitive, c’est-a-dire Dieu, le principe de toute science et de toute réalité.
L’étroitesse et Pincohérence de ce systtme, qui voulail ainsi réduire toute la philosophie 4 un pur formalisme logique , furent bient6t démontrées par les critiques de Fichte , de Schelling et d’autres penseurs. Ce systéme n’aurait méme jamais acquis quelque importance, si Reinhold, philosophe distingué, qui le premier avait apprécié et proclamé la haute portée de la philosophie de Kant, ne s’était pas laissé tromper pour quelque temps par l’apparence, qui semblait lui promettre la découverte d’un réalisme rationnel , qu’il croyait étre le but de la philosophie moderne. Reinhold recommanda donc a plusieurs reprises, dans les années {801 4 1805, les travaux de Bardili; mais plus tard il revint de son erreur, et la théorie de Bardili tomba bientét dans un oubli complet. Ses écrits ont pourtant le mérife incontestable @’avoir contribué au perfectionnement de la logique , en y signalant des fautes et des lacunes importantes. H. Aurens.
BARDIN (Etrenne-ALexanpre, baron), maréchal de camp , commandeur de la Légion d’Honneur et chevalier de Saint-Louis, né a Paris , le 31 mai 1774, était fils de Jean Barpin , de Montbard , qui remporta, au concours de 1764, le premier grand prix de peinture, fut envoyé 4 Rome aux frais du gouvernement, devint maitre du célébre David, puis professeur de dessin a l’école centrale, ensuite lycée d’Orléans , fonda dans cette ville une académie de peinture , qu'il dirigea jusqu’a sa mort, et figura avec honneur parmi les correspondants de l'Institut de France.
Le jeune Bardin achevait a peine ses études a lécole centrale que nous venons de citer, lorsque, le 12 septembre 1791, il entra comme capitaine adjudant-major dans le 8* bataillon de volontaires du Loiret. Il fit, dans ce grade, les campagnes de 1792 a 1796, al’armée du Nord; passa plus tard a la 8* demi-brigade d’infanterie légére , servit avec distinction, de l’an ya l’an yin, aux armées de Sambre et Meuse et d’Italie, sous Beurnonville , Jourdan , Macdonald et Masséna, et prit part aux brillantes défenses d’Ancone et de Génes. A la fin de 1800 il fut attaché en qualité d@aide de camp au général Junot, gouverneur de Paris, et nommé en 1803 chef de bataillon au 1°" régiment d’infanterie
de la garde de Paris. II fit avec une partie de ce corps la cam- |
pagne de Hollande de 1806. Nommé Ja méme année major du 2° régiment de la garde de Paris, l’empereur lui confia, en 1809, le commandement d’une cohorte de la garde nationale destinée a reprendre J’ile de Flessingue aux Anglais. Nommeé officier de la Légion d’Honneur en 1804, le major Bardin organisa en 18{{ le régiment des pupilles de la garde, dont il devint colonel peu de temps aprés. Placé a ja téte du 9° régiment de tirailleurs de la jeune garde en 1813, il fit avec ce corps la campagne de Saxe, y remplit les fonctions de général de brigade, se distingua particuligrement 4 Ja bataille de Dresde, et contribua en 1814 a la défense d’Anvers. Rentré en France aprés la premiére abdication de ’empereur, le colonel Bardin se livra & l’étude des sciences et de lart de la guerre. Admis & la retraite en 1322, Louis XVIII lui conféra VPannée suivante le grade honorifique de maréchal de camp, et le décora de la croix de Saint-Louis. Il est mort a Montargis , en novembre 1840. On a de Jui, outre un grand nombre d’articles relatifs a lhistoire de l'art militaire , insérés dans le Dictionnaire de la Conversation : 1° Manuel de I’Infanterie, in-8° , qui a €fé traduit dans plusieurs langues ; 2° Mémorial de Ll O/ficker @Infanterie , 2 vol.; 3° Cours d’Instructions 6 Pu-
sage des éleves de V Ecole de Fontainebleau ; 4° Examen de la Législation des Troupes encampagne. Apres sa mort on a publié sur ses manuscrits le Dictionnaire de l Armée de terre, 6 vol. grand in-8°,
BARDOU (Oscar-Frangois), acteur, est né 4 Montpellier. Sa famille, qui croyait avoir deviné en lui un godt trésprononcé pour labasoche, l'avait placé, 4 dix-huit ans, dans une étude d’avoué. Bardou, au lieu de copier des réles , en apprenail. Un jour il s’élanga de Vétude sur les planches d'un théatre de société , et débuta dans César, non pas le César des Rendez-vous bourgeois, mais le César de la tragédie ; il fitrire. Bardou comprit. Il renonga tout de suite au genre tragique; et comme il avait une voix d’un certain volume, ronde, vibrante , comme il était musicien, il s’essaya dans les secondes basses. Cette tentative fut moins malheureuse que la premiére; Bardou fut écoufé avec plaisir. C’en est fait, notre artiste est lancé! Le voila qui s*engage dans une troupe nomade, et court demander des applaudissements aux populations éclairées de Carcassonne , de Pézenas, de Béziers. Chemin faisant, il rencontre quelques conseils , exprimés sous une forme assez aigué, qui l’avertissent que sa voix de seconde basse, un peu génée dans Yopéra, serait fort 4 son aise dans le vaudeville. Docile & ces avis, il abdique l’opéra comme il avait abdiqué la tragédie, et se voue corps et dme au vaudeville.
C’est dans le vaudeville que Bayonne, Anvers et Brest Vapplaudirent ; c’est aprés avoir vu dans le vaudeville que Toulouse lui cria que Paris le réclamait. Cette fois encore, Bardou se rend aux conseils; il se hate de venir chercher une petite place aux rayons du soleil parisien. Le thédtre du Vaudeville offre ?hospitalité au triomphateur de Toulouse, et lui permet de débuter dans quelques rdéles de Bernard-Léon : Giraudeau, de Pourquoi? Grochard, du Bal d’Ouvriers. Bardou réussit, mais sans éclat. Il réussit encore dans L’Ami Grandet,en reprenant le réle qu’avait établi Volnys. Mais tous ces réles n’étaient pas des créations, et le public parisien, public blasé s’il en fut, public quia la manie du vieillard (lawdator temporis acti), s’obstinait a comparer Bardou avec ses devanciers, et déclarait que le présent n’avait pas vaincu le passé. Enfin, les auteurs, qui peu a peu avaient pris confiance, écrivirent pour Bardou : dés lors le proces fut gagné. Une femme raisonnable , L’Article 960, Passé minuit, Les Mémoires du Diable, Les Petites Miséres de la Vie humaine, un Péché de Jeunesse, Manche a Manche, La Gazette des Tribunauzx , furent autant d’occasions pour Bardou de prouver qu'il y a en lui de Voriginalité, de la franchise, du naturel et de la vérité.
En décembre 1850il faisaitencore merveille aux Variétés, dans le Maitre d’armes. — Cet acteur est mort a Neuilly, prés Paris, au mois d’aodt 1863. Il était né en 1804.
BARDYLIS, roi des Illyriens vers 340 ay. J.-C., fut @abord charbonnier , puis chef de brigands, et combattit les prétentions qu’Amyntas II élevait au trone de Macédoine. Devenu roi, celui-ci dut acheter la paix de Bardylis et lui donner méme un de ses fils en otage. Le roi des Illyriens n’en continua pas moins ses incursions en Macédoine sous Perdiccas If], qu il vainquit et tua en |’an 360 ay. J.-C. Mais a son tour Bardylis, agé alors de quatre-vingt-dix ans, fut vaincu par Philippe.
BAREBONE (Praise Gop), fanatique anglais, qui fit beaucoup parler de lui au milieu du dix-septiéme siécle. Il était corroyeur, et devint, en 1654, un des membres les plus ardents du parlement que Cromwell tenait asa compléte dévotion. Quand Monk arriva 4 Londres, bien déterminé a rétablir la royauté des Stuarts, Barebone fut un de ceux qui entrevirent ses desseins véritables , et qui le générent le plus dans leur exécution,.par suite de ascendant qu’il exergail sur la populace. Barebone présenta au parlement une pétition ayant pour but d’arracher a cette assemblée un nouveau décret d’exclusion a perpétuité contre Charles Il et sa famille ; 65,
aussi Monk se plaignit-il haufement des encouragements oc- Cultes que ce forcené trouvait dans l’assemblée, L’histoire ne nous apprend pas ce qu'il devint aprés la restauration.
BAREGES. C'est ici la source minérale la plus connue, la plus vantée, et sans contredit la plus méritante de la France et de |‘Europe. La réputation de ce lieu est si bien faite aujourd’hui, qu’il pourrait lutter contre la partialité injuste des médecins et des auteurs. Baréges a cela de commun avec la plupart des hommes d’un vrai mérite, qu’il a da a lui-méme toute sa renommée, qu’il a attendu patiemment la fortune, sans rien devoir a Vintrigue, sans se préter aux caprices de la mode, sans complaire aux fantaisies des grands, et qu’il a constamment dédaigné les ornements frivoles, pour mieux conserver sa physionomie austere et un peu sauvage. Aussi les commencements de Baréges furent obscurs et difficiles. Avant Louis XIV il n’y avait la pour habitations que des cabanes, pour clientéle que des montagnards gazouillant le patois de Henri IV , pour restaurateurs que des-marchands d’ail et d’olives ; d’ hommes du monde et de citadins élégants, pas un.
A quelque temps de 1a, le duc du Maine devint souffrant, et donna a la cour des inquiétudes pour sa vie. Ce jeune prince avait ce tempérament si familier & nos Parisiens aujourd'hui : il était lymphatique, un peu faible, et disposé aux scrofules (mot affreux , qu’on se gardait de prononcer); il avait l’esprit vif et trés-précoce, la téte trop grosse, les jointures un peu gonflées , et par-dessus tout cela un commencement de pied bot! — Un pied bot! un fils de Louis XIV! — Mon Dieu, oui. Vous jugez si cela jurait
parmi ces superbes vanités en talons rouges, au milieu de |
ce concours perpétuel de galanteries, de louanges outrées, de fétes et d’amours : cela scandalisait , cela humiliait : c’étaient des pourparlers, des consultations sans terme et sans effet. — Que dit Fagon?... Fagon, médecin du roi, bon courtisan, ef néanmoins ami dévoué de madame de Mainfenon, alors en sous-ordre et encore sans puissance, Fagon ne disait rien, essayant de lire dans les yeux de madame de Maintenon sa pensée secréte et ses désirs. Enfin, un voyage fut décidé, un voyage loin de Versailles, un voyage aux eaux, a Baréges. Ah! c’est qu’une fois séparé de son fils par immense intervalle de deux cents lieues, le grand roi, alors mal distrait par madame de Montespan, s’inquiéterait du duc du Maine, dépécherait plusieurs fois la semaine des courriers quérir des bulletins, écrirait de son auguste main ala spirituelle Maintenon , qui alors laisserait courir sur le papier cette raison enchanteresse, cette grace de diction qu’elle n’aurait pu produire dans le salon de madame de Montespan en présence de Louis XIV et du grand Condé.
Deux mois passés 4 Baréges redonnérent au jeune prince plus d’énergie , plus de santé, mais le pied bot n’était point guéri! Les chirurgiens n’avaient pas encore inventé la t énotomie et d’ingénieuses machines. Le grand et merveilleux effet des eaux fut pour madame de Maintenon et pour Louis XIV. Mademoiselle d’Aubigné-Scarron revint de Baréges favorite et maitresse adorée, et elle retrouva Louis XIV dans un enfhuusiasme effervescent, dans un amour qui faisait rougir sa vertu, toute grande personne quelle était.
De cette circonstance heureuse date la grande célébrité de Baréges. C’est depuis lors que ce lieu thermal regoit la visite des grands malades et de tous les infirmes qu’on désespérait de guérir ailleurs. Vers juin ou septembre, quand on est riche et quand on souffre , surtout si!’on aime a voyager, on prend la poste ou le chemin de fer , on court A Bordeaux $ de Bordeaux on vada Pau, et enfin on arrive 4 Baréges. Vous yous trouvey alors dans un triste village, mal bati, n’ayant qu’une rue; vous étes au milieu des vieilles Pyrénées, de toutes parts environné de montagnes couvertes de neiges en tout temps, 4 peu de distance de Saint-Sauveur , de Bonnes et de Bagnéres, et vous étes élevé & prés de quatre mille pieds au-dessus du niveau de la mer; vous respirez dans les
BAREBONE — BAREGES
nuages. D’un cdté vous voyez le pic d’Eyrée , et de l’autr un gave ou torrent nommé le Bastan , dont le cours s’alimente et se grossit de la fonte des neiges au printemps. Tout prés de Baréges, 4 cOté de ce torrent , de ces ravins, de ces avalanches, on voit une jeune forét de hétres , seule verdure de cette Sibérie méridionale: c’est comme une pros tection a cété des dangers, un abri tout prés des orages.
Il y a six sources 4 Baréges ; toutes ont des noms distinctifs, une température différente et des propriétés jusqu’a un certain point particuliéres.
L’eau de Baréges ne redoute la rivalité ni de Cauteréts ni de Luchon , lieux mondains et délicieux , ot se rendent de préférence les curieux , les derni-malades ; les malades yéritables sont pour Baréges. Ici la nature a donné les eaux comme il en faut, ni trop chaudes ni trop froides, diversifiées (ailleurs selon presque toutes les constitutions, toujours claires, toujours elles , et assez bonnes a boire, si ce n’était ’odeur. Soit a cause de la soude qu’elles renferment, soit par tout autre principe, ces eaux sont fort excitantes; elles suscitent bientot une sorte de fiévre, et de 1a dérivent leurs excellents effets dans un grand nombre de maladies chroniques. Elles activent la circulation, stimulent les organes , et donnent a la vie plus d’intensité, plus de vigueur.
Si une personne bien portante se met a l'usage des eaux de Baréges-, il en résulte bientét de lirritation , des picotements a la peau ou a la gorge, de l’agitation dans les muscles; la téte devient lourde , la digestion pénible, le sommeil est troublé. Ces effets sont encore plus prononcés s'il s’agit d’un homme fort, sanguin et pléthorique; presque toutes les sécrétions sont alors comme interceptées : plus durine; constipation génante , perte d’appétit. C’est comme apres des veilles excessives ou des abus de café. Il ne faut done jamais recourir 4 usage de ces eaux ni dans les palpitations ni dans Jes anévrysmes ; jamais sil y a imminence d’apoplexie ou de pertes , d’hémoptysie et de mal caduc; jamais dans l’asthme, dans les maladies de poitrine, ni dans les paralysies cérébrales , ni quand il existe des maux de téte, des gastrites, des affections de reins ou de vessie. J’ai remarqué que les eaux sulfureuses excitent quelquefois en de jeunes sujets de telles douleurs dans la vessie qu’on serait tenté de croire alors 4 l’existence d’un calcul.
ll en est des eaux de Baréges comme de tous les remédes souverains : miraculeuses la ow elles conviennent, mais préjudiciables et méme dangereuses si on Jes prend a contretemps : jamais insignifiantes.
Ces eaux conviennent dans quelques paralysies du premier age, dans les rhumastismes chroniques, dans les rhumatismes des muscles et des ligaments surtout, peu dans ceux qui attaquentles articulations , cas dans lequel les eaux de Bourbonne conviennent davantage. Elles exaspérent presque toujours la goutte, et souvent la réveillent si elle n’était qu’assoupie : et cela parce que la plupart des goutteux sont des hommes sanguins et pléthoriques. Elles font presque constamment du mal aux hommes de cette complexion : s’ils ont des dartres , ces eaux les rendent plus vives; alors aussi elles enflamment et font suppurer les glandes engorgées , elles donnent lieu A des phlegmons, a des abcés. On cite l’exemple de quelques personnes sanguines qu’on a trouvées mortes dans leur bain. Hors ces cas de pléthore rouge, les eaux de Baréges soulagent la sciatique , le lumbago, les entorses , d’anciennes luxations , des tumeurs blanches , et quelquefois elles guérissent de fausses ankyloses et font cesser des claudications, En 1830, leprince A. Demidoff guérit la en 25 jours une coxalgie qui ’'empéchait de monter a cheval, et il eut la générosité pendant sa cure de dépenser 12,000 fr. & Baréges. Elles ne guérissent jamais les tremblements nerveux , et elles échouent fréquemment contre les scrofules, & moins qu’on n’en seconde les effets soit avec le mercure , soit avec l’iode,
Mais le triomphe des eaux de Baréges, c’est dans les maladies de la peau qu’elles l’obtiennent; principalement
BAREGES — BARI
lorsque ces affections sont superficielles et anciennes. A la vérité, beaucoup de ces guérisons ne sont que passageres et peu durables, et elles sont plus apparentes que reéelles ; mais enfin ne guériraient-elles de pareils maux que durant six mois, Ce serait encore beaucoup, puisque aucun autre reméde n’agit ni aussi bien ni avec autant d’innocuité.
On a lhabitude de soumettre les malades d’abord aux eaux les plus tempérées, puis graduellement a des sources plus chaudes, plus excitantes. L’éruption dartreuse commence par rougir, par devenir plus vive, plus douloureuse ; mais un mieux sensible succéde bientOt a cette exaspération momentanée , et au bout de quarante a cinquante jours les eaux ont produit leur effet ; inutile @en prolonger usage au dela de deux mois.
Les eaux de Baréges ne sont pas moins souveraines dans les plaies fistuleuses, avec ou sans carie; dans les vieux uleéres, surtout sils sont variqueux ; aprés les coups de feu; dans les paralysies par cause locale etnon apoplectique. Elles guérissent quelquelois les ophthalmies invétérées et la chlorose, soulagent les douleurs lentes du foie et de la rate ; mais elles échouent fréquemment dans les maux vénériens.
Malgré les puissantes qualités de ses eaux et son immense réputation, Baréges ne regoit guére plus de mille a douze cents malades chaque année, et les militaires y sont d’ordinaire en majorité. C’est le lieu thermal ou le ministre de la guerre envoie le plus d’infirmes, de convalescents et de blessés. Beaucoup de motifs dissuadent les malades civils ou @un voyage ou dun séjour prolongé a Baréges : d’abord, rien n’y flatte la yue; yous n’avez la pour perspective que des montagnes arides, des neiges, des torrents, des rayins a faire frissonner, et pas le plus petit ombrage pour calmer tant d’émotions et pour vous recueillir, nulle verdure pour récréer les yeux, pas de lieu de réunion , presque aucune société, absence de plaisirs. Les quatre-vingts maisons dont se compose le hameau thermal restent inhabitées huit mois de l'année; Vhiver, on ne laisse la que quelques sentinelles perdues préposées a leur garde : les appartements, en conséquence de cet abandon, sont mal nantis des objets d'utilité , et totalement dépourvus de ces attirails de luxe que la vie citadine a rendus si nécessaires. Sans doute les eaux de Baréges vous guériraient, mais mieux yaut rester malade que d’éprouver un instant d’ennui.
On remarque aussi que les sources de Baréges sont trop peu abondantes pour alimenter convenablement tout a la fois et les bains civils et les piscines militaires. Ce sont des conflits perpétuels ef souvent attristants entre l’inspecteur, que personne ne soutient, et lautorité militaire , toujours maitresse et souvent despote 14 ou elle a droit a un égal partage : on se dispute les eaux dés l’aube du. jour; on s’arrache les douches. Ce sont des combats de corridor, des escarmouches de baignoires, dont le monde bourgeois sort toujours rancuneux, mais vaincu. Il y aurait un moyen bien simple de rendre la paix a Baréges et de faire cesser tant de rivalités pénibles, ce serait de fonder un hdpital militaire & Ax, ol se trouvent des sources nombreuses et abondantes. Isid. Bournon.
De 1861 4 1865, on a reconstruit et étendu I’hdpital militaire qui doit contenir 60 lits d’ofticiers et 300 lits de soldats.
BARENTIN (Cuan es-Louts-FRANGOIS-DE-PAULE DE), né en 1739, morta Paris, en 1819, avait été avocat général au parlement de Paris et puis premier président a la cour des aides. Il remplissait ces derniéres fonctions, lorsqu’en 1788 Louis XVI le nomma garde des sceaux , en remplacement de Lamoignon. En cette qualité, il prononga les discours d’ouverture de la seconde assemblée des notables, et ensuite des Etats g/néraux, morceaux parfaitement insignifiants et sous le rapport politique et sous le rapport oratoire. Chargé plus tard de notifier a Assemblée nationale la révonse de Louis XVI a l’adresse aui l’invitait 4 donner des
ordres pour éloigner les troupes qu’on avait fait venir prés de Paris, il encourut la défaveur marquée de l’assemblée, et se vit méme dénoncer a la tribune par le fougueux Mirabeau, Comme l'un des hommes dont les conseils perfides et coupables égaraient esprit du prince sur les véritables sentiments de la nation, et comme ayant été l’auteur indirect du 14 juillet. Barentin, effrayé, donna bien vite sa déinission, Mais son éloignement des affaires ne satisfit point encore les rancunes de Passemblée, et on le fit poursuivre devant le Chatelet, sous accusation d@avoir voulu employer la force militaire pour comprimer la régénération politique de la France. Barentin fut acquitté, et se hata de passer a ’étranger. Il ne rentra en France qu’aprés le 18 brumaire. En 1814, il fut nommé chancelier de France honoraire.
BARERE. Voyez Barrére.
BARFOD (PauL-FrepEénxic), écrivain danois, aujourd’hui Pun des membres les plus influents du Volksthing , est né en 1834, aux environs de la petite ville de Grenaae, en Jutland. Aprés avoir, au début de sa carriére, professé les opinions les plus monarchiques, sans doute par reconnaissance pour le feu roi Frédéric VJ, qui avait été pour lui plein de bonté, il s’est jeté, depuis la mort de ce prince, dans le parti démocratique le plus avancé. On le considére, en outre, dans le Nord, comme le représentant le plus important de ces idées scandinaves qui tendraient a faire des trois peuples une seule nation obéissant aux mémes lois et ayant les mémes intéréts. Ces idées ne sont qu'un retour vers un passé encore peu éloigné; aussi font-elles chaque jour de nouyeaux progrés en Suéde, en Norvege et en Danemark. Il y a 14 sujet a de vives inquiétudes pour le gouvernement danois, intéressé au maintien de préjugés et de rivalités qui, habilement entretenus et exploités, ont si longtemps divisé les trois peuples d’origine scandinave. On peut donc admettre qu’en essayant , dans ces derniers temps, de fanatiser les esprits en Danemark pour la danisation des duchés allemands de Schleswig-Holstein , le cabinet de Copenhague a surtout eu en vue de donner momentanément le change a Vopinion et, par l’apparence d’une conquéte, de raviver Vesprit national, singuli¢rement affaibli depuis quelque temps.
M. Barfod a fondé en 1839, dans un but de propagande facile 4 entrevoir, et sous le titre de Brage-og-Idun, une revue trimestrielle destinée a accueillir et a vulgariser les essais en vers et en prose d’écrivains danois, suédois et norvégiens réunis par le méme symbole politique. Le simple prospectus de cette publication produisit en Suéde une si vive sensation, et y fut accueilli avec un enthousiasme tel, que Bernadotte crut nécessaire de s’en expliquer dans une circulaire officielle adressée 4 ses agents a l’étranger, et dans laquelle il se défendait de toute part directe ou indirecte a un mouvement de lopinion bien fait pour effaroucher les puissances signataires des traités de 1814 et 1815. Sila revue de M. Barfod n’a pas acquis depuis toute limportance politique qui semblait alors lui étre réservée, on peut dire du moins qu’elle est trés-répandue dans les trois royaumes, et qu’on y trouve fréquemment des articles du plus haut mérite, écrits tantét en langue suédoise, et tantét en langue danoise.
Les travaux du publiciste, les préoccupations de la vie militante du journalisme, n’absorbent pas tellement M. Barfod qu il n’ait encore trouvé le temps de publier quelques poésies et quelques essais historiques justement estimés. Nous citerons ici, comme se distinguant par toutes les qualités qu’on exige de lhistorien, son Histoire du Danemark et de la Norvége sous le régne de Frédérick III, sa biographie de la famille Rantzau et sa dissertation sur l’¢/at des juifs en Danemark.
BARI (Terra bi), province maritime d'Italie (ancien royaume de Naples) , entre la Pouille et ]’Adriatique, ayant uve superficie de 5,938 kilométres carrés peup'éc, en 1861, de 994,402 habitants; l’intérieur est rempli par divers
groupes de montagnes dont le plus important est le plateau du San-Agostino, est en grande partie la continuation de la plaine de l’Apulie, si pauvre en cours d’eau, ot , indépendamment de quelques petits lacs intérieurs, on ne rencontre que!’Ofanto et la Puglia, petits ruisseaux qui vont sejeter dans Ja mer. Malgré cette rareté de cours d’eau , dont les longues chaleurs rendent souvent l’absence bien sensible, la Terra di Bari est encore une des provinces les plus fertiles et les plus peuplées du royaume. Elle est justement renommée pour ses vins, ses cotons, ses soies, ses huiles, ses fruits, ses laines, qui proviennent d’une magnifique race de moutons, ses riches salines, ses pécheries; enfin, par l’intrépidité de sa population maritime, qui se livre 4 un commerce de eabotage trés-actif.
Son chef-lieu est Bari, ville forte, peuplée de plus de 35,000 Ames, et admirablement située, siége d’un archevéché, dun lycée, et centre d’un important commerce en grains, huiles d’olive, vins, cotons et laines. Des ruines assez précieuses y rappellent l’antique Bariwm, situé dans le district de Peucétie.
Les Sarrasins furent maitres de cette province de l’an 852 a Yan 871; mais a cette époque les empereurs de Constantinople parvinrent a s’en emparer, et l’élevérent au rang de principauté indépendante. Les Normands en firent la conquéte en 1059; les Grecs Ja reprirent dés Vannée suivante; puis les Normands la leur enlevérent de nouveau en 1070, et un baron de cette nation y régna sous la suzeraineté de la Pouille d’abord, et plus tard de la Sicile, jusqu’a ce que la ville finit par s’unir au royaume de Naples.
BARIL. Ce mot exprime a la fois le vase et sa capacilé, Le baril est un petit tonneau dont les dimensions sont as sez exactement fixées pour qu’il contienne, a trés-peu prés, une quantité connue de la marchandise qu’il renfermera. Le mot de barrique est beaucoup plus usité, soit comme mesure, soit comme vase contenant des liquides ou d’autrés matiéres mises dans le commerce. Dans la marine, l’usage a prévalu de dire un baril de poudre, et eau douce est déposée dans des barriques. En Toscane, le baril ne contient guére que 20 litres de vin; le baril de poudre en contient 50 kilogrammes, En France, les ordonnances concernant le barillage prescrivaient de donner a ces petits vaisseaux le huitiéme de la capacité d’un muid ou 18 boisseaux de Paris. On subdivisait le bari! en demi et quart. Ferry.
BARILS ARDENTS. Voyez Brator.
BARING FRERES ET COMP*£, l'une des plus grandes maisons de commerce de Londres et du monde entier.
Jean Barinc , fils de Francois Baninc , pasteur de l’église Saint-Amschaire, 4 Bréme, vint s’établir dans la premiére moitié du siécle dernier 4 Exeter, dans le comté de Devon, et y entreprit un petit négoce. Il eut quatre fils: John, né en 1730; Thomas, mort en 1757; Francis et Charles (né en 1742, mort le 13 janvier 1829). Francis et John fondeérent en 1770 & Londres une maison de commerce , berceau de celle qui existe encore aujourd’hui.
Francis Baninc, troisiéme fils de Jean , Pun des membres les plus influents de J’aristocratie financiére sous le ministére Pitt, naquit le 18 avril 1740, & Exeter. Il fut membre du comité de direction de la Compagnie des Indes orientales , seconda avec ardeur la politique de Pitt , et fut créé baronet le 29 mai 1793. Par ses Observations on the establishment of the Bank of England (Londres, 1797), il exerca une influence prépondérante sur Je vote de la Iégislature en vertu duquel fut renouvelé a cette époque le privilége de la Banque d’Angleterre , objet des plaintes et des attaques les plus vives do la part du commerce. Il mourut le 12 septembre 1810, laissant dix enfants, cinq filles et cing fils : Thomas, Alexandre, Henry, William et Georges. Les trois premiers furent longtemps associés gérants de la maison, et membres de la chambre des Communes.
BARI -— BARING FRERES ET COMPre
Henry Banrinc, troisiéme fils de Francis, né en 1776, se retira de la maison pour suivre lord Macartney en Chine. Plus tard, il accepta un emploi dans Ja factorerie de la Compagnie des Indes a Calcutta, et mourut le 13 avril 1848. —Son fils ainé, Henry-Bingham Baninc, né en 1803, est major dans l’armée anglaise, membre de la chambre des communes et’un des lords dela trésorerie. —- William Barine, troisiéme fils de sir Francis Baring, né le 8 décembre 1779, mort le 9 juillet 1820, résida longtemps en Chine, de méme que son frere Georges Baninc, né le 23 septembre 1781, et qui vit encore aujourd’hui. A son retour en Europe, ce dernier est entré dans les ordres comme prétre de l’église anglicane; mais plus tard il s’est séparé de I’église officielle pour fonder une église libre & Exeter, a l’usage de laquelle il a fait batir a ses frais une chapelle.
Thomas Bare, fils ainé de sir Francis Baring, né le 12 juin 1772, hérita en 1810 du titre de son pére, entra en 1830 4 la chambre des communes, mais renonga dés 1832 a son siége en faveur du colonel Grey. A sa mort, arrivée le 3 avril 1848, sa magnifique collection de tableaux fut vendue aux enchéres et dispersée.
Le second fils de sir Francis Baring, Alexandre Baninc , lord Ashburton, né le 27 octobre 1773, travailla dés sa jeunesse dans les bureaux de sa maison, et plus tard dans les comptoirs-qu’elle entretenait aux Etats-Unis et au Canada. En 1830 il se retira du commerce, avec l’intention de se consacrer désormais aux affaires publiques. De bonne heure il avait commencé 4 faire de la politique l’objet de ses études particuliéres. C’est ainsi que dés 1817 il écrivait son Inquiry into the causes and consequences of the orders in council (Londres, 1818); que l’année suivante il assistait au congrés d’Aix-la-Chapelle, ou il négociait le grand emprunt fran- ¢ais; qu’a partir de 1806 il n’avait pas cessé d’étre membre du parlement, et qu’en 1820 il figura a la téte des négociants de la Cité de Londres qui pétitionnérent a l’effet d’obtenir Pabrogation des diverses mesures portant obstacle aux développements et a la prospérité du commerce extérieur. En décembre 1834, Robert Peel le nomma directeur des monnaies et président du bureau de commerce (Board of trade), fonctions dont il se démit l’année suivante. Le 10 avril 1835 il fut promu a la pairie sous le titre de baron Ashburton d’ Ashburton. Alexandre Baring fut constamment attaché au parti whig, mais uniquement a cause des principes professés en matitre de commerce par les hommes de cette opinion, et vota toujours aussi contre le systéme de banques proposé par sir Robert Peel. Du reste, une fois devenu lord
et grand propriétaire foncier, il cessa de s’intéresser si vive-.
ment a la liberté commerciale, et en 1846 il volta méme contre le dernier bill de Robert Peel, qui en proclamait formellement les principes. En 1842 il réussit dans la mission qui lui fut confiée d’arranger Jes différends survenus entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. I] mourut le 12 mai 1848, a Lougleath, terre appartenant a son petit-fils, le marquis de Bath. Il était marié depuis 1798 avec Anne, fille ainée du sénateur Bingham de Philadelphie, dont la fille cadette, Marie, épousa en 1802 Henry Barinc. Chacune delles apporta A son mari une dot de 100,000 livres sterl.
Francis Tornhill Barine , qui la mort de son pére, Thomas Baring, hérita de son titre de baronet , entra dans l’administration , devint en 1830 I’un des lords de Ja trésorerie , puls, sous les différents ministres whigs , sous-secrétaire @tat, ministre secrétaire d’Etat des finances, et lord de Vamirauté.
Thomas Baninc, né en 1800, est frére du précédent. Comme membre du parlement il soutient la politique conservatrice. Il est chef de la maison Baring fréres et comp.
William-Bingham Baninc, baron Ashburton, fils ainé de lord Ashburton, né en 1799, entra dans l’administration sous le ministére Peel et devint membre du conseil privé. Aprés sa mort (mars 1864) sa pairie passa 4 son fils cade',