‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 325 sur 488 · BARLAAM ET JOSAPHAT — BARMECIDES · texte numérisé non relu

BARLAAM ET JOSAPHAT — BARMECIDES

grec primitif de ce roman fut publié pour la premiére fois par M. Boissonade, dans le tome IV de ses Anecdota. Liebrecht en a donné une traduction allemande (Munster , 1847). Dés le moyen age on en possédait de nombreuses traductions latines, qui, vers la fin du quinziéme siécle , furent imprimées & diverses reprises isolément, et plus tard ajoutées aux ceuvres de saint Jean Damascéne.

Vincent de Beauvais Vintercala dans son Speculum Historiale. C'est d’aprés cette traduction latine que furent ensuite composées trois imitations en vers frangais restées inédites, de méme que quelques traductions libres, en prose (Paris, 1514, 1574, 1592), et une imitation par Girard (1642).

BARLETTA, ville d’'Italie, province de Bari, avec 26,952 ames, est située sur un ilot et reliée par un pont a la terre ferme. Sa fondation remonte au onziéme siecle; fortifiée par Frédéric I, elle passait pour une des meilleures positions de |’Adriatique. Elle fait un grand commerce avec le Levant et les iles Ioniennes.

BARLETTA, BARLETTE ou BARLET (GasnieL), religieux dominicain, né A Barletta, dans le royaume de Naples , se distingua , dans le quinziéme siécle, par ses prédications, qui, quoique toutes parsemées de traits d'une bouffonnerie grotesque, obtinrent un succés immense. Ses sermons, publiés & Lyon en 1536, ont eu plus de vingt éditions. Pour constater cette vogue, il suffit de rappeler le proverbe : Qui nescit barlettare, nescit predicare. Barletta était considéré par ses contemporains comme un modéle d’éloquence. On ne saurait lui refuser, il est vrai, de Yesprit, de la vivacité, du mouvement; mais, trop esclave du mauyais got de son époque, il avait transformé sa chaire en théatre. Son soin principal était de divertir ses auditeurs; Venseignement moral semblait n’étre pour lui qu’un accessoire. On cite de Barletta cette apostrophe célébre ; « Femmes de seigneurs et d’usuriers , si lon mettait vos robes de gala sous le pressoir, le sang des pauvres en dégoutterait. » Avec beaucoup de mouvements de cette force, il aurait assurément mérité et conservé sa haute réputation ; mais que penser d’un orateur qui commencait une phrase en langue vulgaire, la continuait en latin, la finissait en grec; qui citait Virgile aprés Moise, placait David a cété dW Hercule, et faisait entrer dans ses sermons jusqu’aux apologues d’Esope? CHAMPAGNAC.

BARLOW (Joex), poéte et homme d’Etat américain , né en 1755, a Reading dans le Connecticut, se fit connaitre dés 1778, a la sortie méme de l’école de New-Haven, ou il avait été élevé, par la publication d’un choix d’American Poems. Quoique destiné a la carriére du barreau, il accepta pendant la guerre de Vindépendance un emploi d’aumdnier de régiment. Mais au rétablissement de la paix il reprit ses études juridiques , et publia ensuite un journal a Hertford, puis, en 1787, un grand poeme épique intitulé : the Vision of Columbus. L’année suivante il se chargea d’aller vendre en Angleterre et en France des terres pour le compte de la compagnie de !’Ohio. Républicain ardent, Barlow, pendant son séjour en France, suivit avec le plus vif intérét les phases successives de la révolution, et se lia étroitement avec les Girondins. Il publia ensuite 4 Londres, en 1791, la premiére partie de son Advice to the priviledged orders, eten 1792 the Conspiracy of Kings, poéme quia pour sujet la coalition des puissances continentales contre la France. Le but de ces ouvrages, et aussi d’une Lettre qu'il adressa a l Assemblée nationale, et ot il proposait, entre autres, l’abolition de la royauté, était d’agir sur opinion publique en Angleterre, ou il s’était mis en rapport avec les partisans de la réforme. Envoyé a Paris en 1792 par le comité de constitution de Londres, il y obtint le titre de citoyen francais, et, par suite des obstacles mis 4 son retour en Angleterre, suivit en Savoie son ami l’abbé Grégoire. Aprés y avoir activement contribué a la propagation des idées républicaines ef y avoir composé son charmant poeéme héroique Hasty

Puddings, il passa quelques années a Paris, s’occupant surtout de spéculations commerciales, jusqu’a ce qu'il eut été nommé en 1795 consul des Etats-Unis a Alger. Revenu a Paris en 1797, il fit d’mutiles efforts pour faire cesser la mésintelligence survenue entre la France et les Etats-Unis. En 1803 il retourna en Amérique, ou il publia en 1808 sa Columbiad (Philadelphie, 1808), poeme dont les formes ne sont pas précisément celles de l’épopée, et dont le sujet est une vision qu’aurait eue Christophe Colomb dans sa prison a Valladolid. Ce n’est guére d’ailleurs que Vamplification de sa Vision of Columbus. Malgré de nombreuses beautés de détail, cet ouvrage a le défaut d’étre surchargé de digressions politiques et philosophiques, et déparé par d’étranges accouplements de mots. Ayant fait Pacquisition duneterre considérable aux environs de Washington, Barlow s’y livrait aux travaux préliminaires d’une histoire générale des Etats-Unis, dont il avait concu le projet, lorsqu’en 1811 il fut nommé ambassadeur de l’Union américaine a Paris. Invité au mois d’octobre 1812, par Napoléon, 4 une conférence que l’empereur youlait avoir avec lui 4 Wilna, il mourut le 22 décembre de la méme année, a Zarnawicze, prés de Cracovie.

BARMECIDES,, ou plus correctement Barmakides , nom d’une famille persane , non moins illustre par ses malheurs que par les talents et les vertus qui la distinguérent pendant sa prospérité. Ce nom, en arabe Baramakah, et en persan Barmakian, signifie enfants ou issus de Barmak. La famille des Barmécides était une des plus riches et des plus nobles du Khoracan , lorsqu’elle s’attacha a Ja fortune des Abbassides, dont l’éléyvation commenga dans cette province.

Kuatep, le premier dont histoire ne soit pas douteuse , fut vizir d’Aboul-Abbas-al-Saffah , fondateur de cette dynastie.

Yau, fils de Khaled, fut doué, dit-on, de toutes les vertus, de tous Jes talents civils et militaires. Secrétaire du prince Haroun, il lui assura le khalifat en empéchant quwil fat déshérité de ses droits par le khalife Hady, son frére, qui voulait assurer le tréne a son propre fils. Haroun, y étant monté an 170 de Vhégire (786 de J.-C.), donna la charge de vizir au fidéle Yahia, et n’eut qu’a s’applaudir d’un tel choix. Ce ministre , sage, éloquent et habile, possédait en outre le talent assez rare de se faire aimer, craindre et respecter, en employant a propos la douceur, la fermeté, et surtout la libéralité. Il fit fleurir Pagriculture et Vindustrie , protégea les sciences, les lettres et les arts, maintint la tranquillité dans l’intérieur, pourvut a la streté des frontiéres, et porta au plus haut degré |’éclat du tréne. Ses quatre fils ne dégénérérent pas de la vertu de leur pére et de leur aieul. Fapuu fut le plus généreux des hommes. Il donnait des maisons , des terres , des trésors, comme un autre aurait donné un simple bijou. I] devait épouser la fille du khan des Turcs Khazars. Cette princesse étant morte en Arménie, l’an 788, lorsqu’elle venait trouver son futur époux , les gens de sa snite publiérent , 4 leur retour, qu’elle avait été empoisonnée, et déterminérent le khan a envahir, peu d’années aprés, les provinces de Chirwan et de Gandjah , frontiéres septentrionales de empire musulman. Un prince issu du Prophéte par Aly, Yahia, fils d’Abdallah, ayant renouvelé les éternelles prétentions de sa famille , prit le titre de khalife dans le Deylem, prés de ia mer Caspienne, an 792. Fadhl, pourvu par Haroun du gouvernement de I’Irak-Adjemi, du Djordjan et du Thabaristan, marcha a la téte de 50,000 hommes contre le prince alyde; mais au lieu de recourir aux armes, il capta sa confiance par ses présents et par des lettres pleines de bienveillance et de politesse , l’engageant 4 se soumettire, et promettant de le prendre sous sa sauvegarde. I] lui obtint méme un sauf-conduit écrit de la main du khalife, et signé de plusieurs témoins éminents. Le prince rebelle se remit entre les mains de Fadh!, qui Je conduisit 4 Bagdad, et le préuv

senta au khalife. Haroun accueillit favorablement son malheureux compétiteur ; mais dans la suite il le fit charger de fers, et ordonna a Djafar de le faire périr.

Dsarar était l’ami, le compagnon, le confident de son maitre: c’est le Gidfar des Mille et une Nuits. Fils puiné de Yahia le Barmécide, il ne se distinguait pas moins par son éloquence, son esprit, son jugement et son érudition que par son caractére doux et facile, et par ses maniéres nobles et agréables ; aussi Haroun le préférait-il 4 son frére ainé, qui, malgré ses talents supérieurs et ses brillantes qualités , déplaisait au khalife, 4 cause de son orgueil, de son humeur difficile et fAcheuse. Fadhl s’indigna de la violation d’un serment solennel commise par le monarque envers son illustre prisonnier, et détermina sans peine Djafar ne pas exécuter l’ordre sanguinaire qui lui avait été donné. Haroun dissimula plusieurs années son secret mécontentement; il confia méme a Djafar l’éducation de son fils ainé, qui fut le célébre Al-Mamoun.

Fadhl passait pour le plus grand capitaine de l’empire. Il était le lieutenant de son pére, Yahia; aussi le nommait-on le petit vizir. Mais sur la demande du khalife, Yahia céda 4 Djafar un département dans Vadministration , lui confia la surintendance du palais impérial, et Djafar ful aussi appelé le petit vizir. Fadhl consentit méme plus tard a se démettre du ministére du sceau en fayeur de son frére. Le crédit de ce personnage était si grand qu’ayant promis 4 un prince abbasside de payer ses dettes , qui montaient 4 un million de drachmes, et de procurer 4 son fils le gouvernement d’Egypte et la main d’une fille du khalife, il s’acquitta surle-champ de la premiére promesse, et obtint le lendemain la réalisation des deux autres,

La gloire et la puissance des Barmécides étaient parvenues, en dix-sept ans, au plus haut période, lorsque la fortune les abandonna touta coup; mais leur chute était préméditée, et, 4 défaut de motifs plausibles, les prétextes ne manquaient pas. On accusait les membres de cette famille de ne professer qu’extérieurement le mahométisme, de favoriser et de pratiquer secrétement le zendikisme, religion assez analogue a celle des mages ou prétres persans, dont ils étaient issus. On les calomniait sans cesse auprés du khalife, qui s’alarmait déja de leur puissance, de laffection publique dont ils jouissaient , et qui craignait qu’ils n’abusassent de ses secrets et de leur pouvoir pour rendre le khalifat A la maison d’Aly ou 4 celle d’?Ommyah. A ces causes générales se joignirent deux griefs personnels 4 Djafar, et qui provoquérent contre lui un traitement plus cruel qu’envers son pére et ses fréres. Loin de faire périr le prince alyde Yahia, il avait favorisé, comme on ]’a yu, son éyasion et désobéi & son souverain. Haroun lui demanda un jour ce qu’était devenu son prisonnier. Djafar répondit qu’il était toujours en prison. « Fais-en donc le serment sur ta vie! reprit Al-Raschid. — Non, seigneur, dit Djafar; je Vai mis en liberté, parce qu’il n’était pas coupable. » Le khalife feignit d’étre satisfait de la conduite de son fayori; mais a peine fut-il sorti qu’il s’écria : « Que Dieu m’extermine si je n’ai ta téte! »

Malgré l’assertion de lhistorien Ibn-Khaldoun, la plupart des écrivains arabes et persans attribuent 4 un autre motif Varrét de mort de Djafar et la proscription de toute sa famille. Le khalife avait une sceur qui partageait avec ce favori toutes ses affections. Afin de jouir plus souvent de la société de deux étres qui lui étaient si chers, et sans violer la défense que les mceurs de POrient lui opposaient de réunir juprés de lui deux personnes d’un sexe différent, il fit épouser la princesse a Djafar, pour qu’elle pot décemment paraitre en sa présence sans yoile, mais aprés avoir exigé de Jui la promesse qu'il n’userait jamais avec elle des droits du mariage. Maigré Vimpression que fit sur son coeur la beauté d’Abbassa dés la premitre vue, le Barmécide fut longtemps fidele & son serment. Mais des vers quil recut

BARMECIDES — BARNABE

de cette princesse, l'amour, la jeunesse, la nature, le lui firent oublier un moment : Abbassa devint enceinte , et mit au monde un fils qui fut élevé secrétement en Arabie. Le khalife , ayant pénétré ce mystére, dissimula ses projets de vengeance, et ne cessa de combler de présents son favori pendant tout le voyage. ’

Ce fut en janvier 803, 4 Anbar, sur ’Euphrate, que se dénoua ce terrible drame. Djafar était 4 boire ayec un médecin et un poete, lorsque Yeunuque Mesrour (cité aussi dans les Mille et une Nuits) vint brusquement lui demander sa téte de la part du khalife. Dans l’espoir de faire rétracter un ordre donné peut-étre dans un instant de colére ou de déhauche , Djafar obtint de Mesrour qu’il le conduirait 4 Pentrée du salon ou était le khalife , auquel il annoncerait que son ordre était exécuté. Mais, sur une injonction itérative, ’eunuque alla aussitét couper la téte de Djafar, la présenta au monarque sur un bouclier, et lui apporta ensuite le corps dans un sac de cuir.

Djafar n’avait que trente-sept ans. Sa fin tragiquen’assouvit pas la vengeance du monarque, qu’on s’était trop haté de surnommer Al-Raschid (le juste). Des ordres furent expédiés dans les diverses parties de empire pour arréter les Barmécides et confisquer leurs biens. La mére de Fadhl, qui avait allaité Haroun, n’ayant pu obtenir de lui la liberté de son fils et de son époux, Yahia et ses fils, Fadhl, Mohammed et Mouza furent enyoyés prisonniers 4 Racca en Mésopotamie, ou le premier mourut en 806, a soixante-dix ans, et le second en 808, A quarante-cing ans. On ne sait si ses deux fréres eurent le méme sort. Il n’y eut d’excepté de la proscription que la branche de Mohammed, fils de Khaled , qui, n’ayant pas égalé en faveur-et en crédit la famille de Yahia , n’ayait eu ni Jes mémes torts ni d’aussi puissants ennemis. Quelques rejetons de cette derniére branche, échappés au désastre de leur famille, tombérent dans l’indigence et l’obscurité. La gloire et le souvenir des Barmécides survécurent a leur disgrace. Les vertus, les malheurs de cette illustre famille ont trouvé presque autant d’historiens que les monarques et les conquérants,

Les infortunées amours de Djafar et de la sceur d’Haroun ont fourni & mademoiselle Fauque, d’Avignon , le sujet d’un roman intitulé Abbassai, histoire orientale, 1752, in-12. Les Barmeécides sont aussi le titre d’une tragédie de La Harpe, représentée au Théatre-Frangais, et imprimée en 1778. Cette pidce n’eut aucun succés au thédtre, et fit inventer des cannes & la Barmécide, munies d’un sifflet a piston. M. de Hammer a aussi écrit une tragédie allemande sur la chute des Barmécides. H. AvDIFFRET.

BARNABE (Saint), placé par l’évangéliste saint Lue aurang des apdtres, mais en général mis au nombre des soixante-dix disciples de Jésus-Christ, était né dans Vile de Chypre, d’une famille de la tribu de Lévi. Son véritable nom était José ou Joseph ; a la naissance de l’Eglise, les apétres le surnommérent Barnabé (fils de consolation ou fils de prophéte), afin de marquer par une seule appellation qu’il possédait un rare talent pour consoler les affligés , et qu'il avait recu le don de prophétie, Possesseur d’une fort belle terre aux environs de Jérusalem, il la vendit pour en déposer le prix aux pieds des apdtres. Il avait été condisciple de saint Paul sous Gamaliel; lorsque ce compagnon de ses études, fougueux ennemi du christianisme, eut embrassé la yraie foi, Barnabé le présenta aux apdtres en leur garantissant que le persécuteur de Jésus-Christ deviendrait le plus ardent prédicateur de son nom. Ging ans aprés, Barnabé fut enyoyé par I’Eglise de Jérusalem vers celle d’Antioche, pour y accélérer, par ses instructions, les progrés de ’Eyangile; il y recut la mission du ciel pour aller avec saint Paul précher la foi aux gentils. Avant cette vocation commune des deux condisciples A Papostolat des gentils , Barnabé passait pour le premier des docteurs et des prophétes de l'Fglise, tandis que Paul était au dernier rang ;

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