BARNAVE — BARNEVELDT
Phomme s’éyeilla en lui. Il frappa du pied la planche de Péchafaud, et présenta sa téte au bourreau, en s’écriant : « Voila donc le prix de ce que j’ai fait pour la liberté! » Il se trompait. 1 avait fait beaucoup pour la révolution, pour la démocratie extréme , peu pour la liberté, son idole; l’une qui avait voulu étendre sur tout ordre social un impitoyable niveau, l'autre a qui cet universel nivellement devait étre mortel. C’était par la qu'il périssait avec l’élite de la France.
I] avait trente-deux ans alors. Que d’avenir dévoré ! que de services , de travaux , de gloire peut-¢tre, tranchés par cette hache ruisselante de crimes et que tant de crimes attendaient encore! Entre toutes les yoix éloquentes dont la tribune frangaise a retenti depuis ce temps, Pillustre orateur de Grenoble s’est distingué par le ton de !a discussion et impression pénétrante de son accent. On admirait en lui cette improvisation mesurée qui allie I’élégance a la facilité, la grace a la force, une rhétorique fleurie 4 une puissante dialectique. Les débats auxquels il prenait part révélaient d’abord une ame convaincue et une conscience dévouée , de sorte qu’il joignait 4 l’empire du talent celui de la sincérité. Mais ce que Barnave avait surtout, c’était la vigueur, c’était la passion ; et comme son éfoile le condamna a briller aux débuts de la révolution , la passion jointe 4 l’inexpérience fit ses torts et ses fautes; elle fit aussi ses malheurs, qui, aprés ses fautes , étaient nécessaires 4 Vhonneur de sa mémoire. Barnave comprit les conditions du salut de la monarchie et les principes nécessaires a l’établissement du systtme représentatif, mais ce fut quand il était trop tard. Il ne put que périr pour la cause unie de la royauté, de ordre et des lois. Il s’est honoré par 18, comme cette grande cause, malgré d’immenses erreurs, peut a juste titre s’honorer de lui. Sa gloire est d’avoir donné ses derniéres pensées ala monarchie constitutionnelle, comme il lui avait autrefois consacré les premiéres ; « La monarchie libre et limitée, écrivait-il dans sa prison, est le plus beau des gouvernements qui ait jamais régné sur la terre. Je ne puis m’arracher a en fixer l’image. Nations 4 qui da Nature ( enfant du dix-huitiéme siécle, il ne disait pas : la Providence! ) a permis d’arriver 4 cette forme de gouvernement, quels que soient les sacrifices qu’elle vous ait codtés, vous ne l’avez pas payée trop cher! » Par la évidemment il youlait dire trop cher en fait de malheurs et non en fait de crimes. Dans ce sens, il était beau a lui de s’exprimer ainsi quand pour son compte il payait de sa vie. Une génération tout enti¢re a donné le méme prix!..... Générations nouvelles, puissions-nous éviter par notre sagesse qu’un prix si grand n’ait pas été perdu! ( Paris, avril 1833. ) N.-A. DE SALYANDY, de l’Acad. Frangaise.
BARNEVELDT (Jean p’ OLDEN ), grand pensionnaire de Hollande, naquit vers (549, Amersfoord, dans l’Etat d’Utrecht, d’une ancienne famille. Aprés avoir étudié le droit et la théologie dans plusieurs villes des Provinces-Unies, d’Allemagne et de France, il servit comme volontaire contre les Espagnols dans la guerre de l'indépendance. Mais ce n’était point dans les camps que l'appelait son génie naturel. La carriére, plus difficile, de la diplomatie et des travaux parlementaires était celle oi il devait glorieusement lutter pour la liberté de son pays. En 1576 il fut nommé conseiller et pensionnaire de la ville de Rotterdam,
Aprés la prise d’Anvers par les Espagnols (1585) les Provinces-Unies, alarmées des progrés du duc de Parme, s’étaient vainement offertes 4 Henri LII. Une nouvelle ambassade, dont Barneveldt faisait partie, vint offrir A Elisabeth la souveraineté des Pays-Bas. La reine ne donna qu'une réponse dilatoire; et Barneveldt, pénétrant sa politique secréte, fit porter au stathoudérat réuni de la Hollande et de la Zélande le jeune Maurice de Nassau, avec assez de pouvoir pour lutter contre Leicester, favori d’Elisabeth, envoyé par elle en qualité de gouverneur général des Provinces-Unies. En méme temps il fut nommeé par les états de Hollande avocat général de cette province.
BARNEVELDT — BARNUEVU
Envoyé ensuite en ambassade auprés de Henri lV (1598), il détourna ce prince de faire la paix avec les nines Ce fut encore lui qui détermina les Anglais a restituer aux Provinces - Unies les places qui étaient demeurées entre leurs mains comme gage de leur créance pour les frais de fa guerre.
Trente années de services et de dévouement avaient acquis 4 Barneveldt un grand crédit dans la république. Il était devenu le chef du parti démocratique, qui réclamait Vamovibilité du stathoudérat et la prépondérance de la 1égislature sur le pouvoir exécutif. Depuis longtemps il avait entrevu les projets ambitieux de Maurice; depuis longtemps il luttait contre les tendances du stathouder ; car il ne youlait pas quela république ne se fat affranchie de la tyrannie del Espagne que pour tomber entreles mains d’un dictateur.
Cependant les Provinces-Unies étaient a la veille de recueillir le fruit de leur persévérance et de leur courage. L’Espagne , épuisée, sans espoir de recouvrer ses provinces, venait d’entrer en négociations par l’entremise de l’archiduc, gouverneur des Pays-Bas. La ville de La Haye fut choisie pour le lieu d’un congrés auquel la France, |’ Angleterre, le Danemark , le Brandebourg et le Palatinat furent invités a prendre part. Barneveldt y porta la parole. Il obtint d’abord la reconnaissance pleine et sans aucune réserve de lindépendance des Provinces-Unies ; mais la liberté du commerce souleya un débat violent : les Espagnols exigeaient que les Hollandais renongassent a la navigation des mers de l’Inde pour leur en laisser le monopole. Barneveldt , ne voyant dautre élément de grandeur pour sa pafrie que le magnifique domaine de l’Océan, fit de la liberté des mers une condition aussi essentielle pour la paix que la liberté méme du territoire national. L’Espagne ne pouvant se résoudre a céder, Barnevyeldt proposa une tréve. Aussitét Maurice s’efforga de porter obstacle & une mesure quiruinait ses projets; et en un instant toute la république fut en feu. Chaque jour yoyait éclore de nouveaux libelles; on accusait Barneveldt d’étre vendu, soit 4 la France, soit 4 P Espagne. Un fait certain, c’est qu’il avait recu de Vargent du président Jeannin, ambassadeur de Henri IV. L’effervescence était son comble. Onallait jusqu’aé demander la mise en jugement et la mort du grand pensionnaire. Celui-ci se rendit alors devant l’assemblée des états , et aprés un discours aussi noble qu’énergique il résigna sa charge et se retira. Aussitét les états envoyérent des députés le conjurer de ne pas abandonner Ja république en des temps aussi difficiles. Cédant a leurs instances, il reprit ses fonctions, poursuivit avec ardeur les négociations, et conclut en 1609 une tréve de douze ans avec |’Espagne.
La conclusion de cettetréve, quiavait si longtemps divisé les esprits , ne ramena pas la concorde entre les deux factions rivales, La paix leur ouvrit, au contraire, un nouveu champ de bataille, le plus terrible de tous, celui des discussions religieuses. Deux sectes ennemies venaient de prendre naissance dans l’université de Leyde : l’une, dont Jacques Arminius était le chef, défendait en religion le libre arbitre de !homme et en politique inclinait vers le fédéralisme; autre , qui se rangeait sous la banniére de Francois Gomar, soutenait dans toute leur rigidité les dogmes de Calvin sur la prédestination et la grace, et réclamait avec violence l’unité et la centralisation du pouvoir. Le parti populaire tenait pour Gomar avec Maurice; les classes éclairées, pour Arminius avec Barneveldt.
Effrayé des progrés du stathouder vers le pouvoir souverain, Barneveldt, pour mettre fin aux séditions populaires, fit décréter par les états de Hollande un véritable coup d’Etat. Malgré la constitution , qui donnait 4 Maurice le commandement supérieur de toutes les forces de la république, les états ordonnérent aux villes de lever une milice particulitre, dépendante des municipalités. Cette atteinte portée a” pouvoir du stathouder ne fit rien perdre a Maurice de sa popularité. Le prétexte principal des émeutes était la con<
RICT. DE LA CONVERS. — T. Ll.
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vocation d'un synode général que les Gomaristes appelaient 4 grands cris pour condamner leurs adversaires. Les Arminiens, au contraire, réclamaient des synodes provinciaux pour conserver la prépondérance dans les pays oii ils étaient en majorité. Maurice excitait lui-méme le peuple & forcer la main aux états; il parcourait les villes, désarmant ou licenciant les milices bourgeoises, sans que personne osal s’y opposer. Les libelles et les outrages redoublérent contre Barneveldt. L’orage s’amoncelait sur sa téte. C’est alors qu'il publia lapologie de sa conduite sous forme d’un mémoire aux états de Hollande. Dans cet écrit, remarquable par la profondeur et la sagesse des pensées, il signalait aux Provinces-Unies les intrigues et les crimes dela faction de Nassau. Mais, tandis qu'il cherchait ainsi a se consolider par l’appui des étatsde sa province, le stathouder, plus habile, se ménageait celui des états généraux. La convocation du synode national fut décrétée, et Barieveldt arrété avec les deux pensionnaires de Hollande, Grotius et Hogerbeets. Unecommission de vingt-quatre membres des états généraux le condamna a mort. L’ambassadeur de France essaya vainement de le sauver. Il fut décapité, le 13 mai 1619, et mourut avec une grande fermeté.
L’ainé des fils de Barneveldt, Gwillawme, voulut plus tard venger la mort de son pére en assassinant Maurice; mais, tradi par ses propres enfants, qui étaient ses complices, il n’eut que le temps de se réfugier 4 Anvers. Son frére René eut la téte tranchée en 1623 pour n’avoir pas dénoncé son ainé. La veuve de Barneveldt avait pourtant dit a Maurice: « Je n’ai pas demandé grace pour mon mari, parce qu’il était innocent ; mais je la demande pour mon fils, parce qu’il est coupable. » W.-A. DUCKETT.
BARNIER (Jean), poéte francais qui vivait a la fin du dix-septidme siécle, est auteur de poémes de différents genres, remarquables par une versification élégante de méme que par la délicatesse et la grace de la pensée. Ils n’ont point encore été publiés; mais ils existent en manuscrits dans la bibliothéque de Nimes.
BARNIM (Mme de). Voyez Etssier (Thérése).
BARNSTORFE (Bernarp), né a Rostock en 1625, et mort en 1686, étudia la médecine 4 Wittemberg, parcourut ensuite la Hollande, VAngleterre et la France, et ne fut regu docteur qu’a lage de quarante-six ans, époque ot il se fixa dans sa ville natale. Il venait d’étre nommé professeur, quand la mort le surprif 4 Age de soixante et un ans, On a de lui : Dissertatio inauguralis de morbo virgineo, sive feedis virginum coloribus, thése soutenue pour |’épreuve du doctorat, et Programma de resuscilatione Plantarum, ou il prétend prouver que les plantes peuvent renaftre de leurs cendres, opinion dont tout démontre la fausseté.
Son fils, Everard BaRNstoreF, néen 1672, obtint le titre de docteur en 1696, aprés avoir étudié & Iéna, a Malie et a Leipzig, et occupa ensuite une chaire de mathématiques et de médecine a la seconde de ces universités. Il fut plus tard appelé aux fonctions de médecin cantonal , d’abord & Anklam, puis 4 Greifswald, Parmi les nombreuses dissertations qu’on a de lui, nous citerons celle qui est intitulée : Consilium preservatorium, ou wohlgemeinte Gedanken wie man sich bei grassirender und herumschleichender pestilenzialischer Contagion zu verhalten und zu verwahren habe (Conseil préservatif, ou ce qu’il convient de faire pour se préserver de \a contagion pestilentielle 1Greifswald, 1709]). Il mourut en 1712.
BARNUEVO (Pepro be Peratto), poete espagnot qui florissait dans la moitié du siécle dernier, appartenait a Varmée et remplissait des fonctions militaires dans l’une des colonies espagnoles de |’Amérique du Sud. Un écrivain anglais contemporain, auteur d’une trés-bonne histoire de la littérature espagnole, Ticknor, voit en lui plutot une érudit
| qu’un poéte. Quoi qu’il en soit, on ade lui, sous le titre de
Lima fundada (Lima, 1732) un poéme héroique divisé en deux parties et consacré a célébrer la conquéte du Pérou par Pizarre. L’auteur a largement mis a contribution Phistoire de Vinca Garcilaso, qui lui reste supérieur; mais son poéme a un certain cachet de mysticisme qui le rend fort curieux. C’est ainsi qu’il représente les Américains implorant de Dieu qu'il leur fasse la grace de leur envoyer des conquérants qui les convertissent A Ja foi chrétienne. Sa fiction, on le voit, est un peu forte,
BARO (Batnasak), néa Valence en Dauphiné, en 1600, et mort en 1650, fut d’abord secrétaire de d’U rfé. La protection de la duchesse de Clhevreuse lui valut successivement la place de procureur du roi au présidial de sa ville vatale, puis les lucratives fonctions de trésorier de France a Montpellier. On a de lui différents poémes, entre autres : Celinde, poéme héroi-tragi-comique en cing actes et en prose (1629), Le prince Fugilif, et Saint-Eustache , martyr, poémes dramatiques (1649), Carista, ou les Charmes de la beauté, et L’dme vindicative, poéme du méme genre (1651); une tragédie intitulée : Rosemonde (1651 ); enfin, une Ode sur lamort du maréchal de Schomberg, publiée dans les Mémoires de l’Académie Francaise.
BAROCCI (Awmsnocio), peintre et sculpteur milanais qui florissait au commencement du seiziéme siécle. Il se fixa dans la ville d Urbino , et devint la souche de la famille quillustra plus tard Federigo Baroccio.
BAROCCIO (Fepenico ), peintre célébre, qui fit de la réaction contre la décadence de l’art a une époque ou lécole fondée par Raphaél dégénérait, ot les éléves du Corrége tombaient dans le maniéré et ot l’on copiait Michel-Ange sans le comprendre. Il y réussit en imitant librement , mais non pas superficiellement, le Corrége; sous ce rapport il offre beaucoup de points de ressemblance avec le Parmesan, quoiqu’il ne manque pas d’afféterie dans sa conception et que son expression soit trop Iéchée. En revanche, son coloris est fondu avec beaucoup de bonheur, et il excelle a distribuer les lumiéres et les ombres. Sa composition est gracieuse et délicate. Aprés avoir étudié successivement les ouvrages de Raphaél, du Titien et du Corrége, il produisil des tableanx dans la maniére particuliére 4 chacun de ces grands artistes, et finit par adopter celle du Corrége. Sa couleur, comme celle de ce mattre, a une fraicheur, une transparence, une délicatesse étonnantes; mais elle est peut-étre un peu trop rosée et violacée. Son clair-obscur est savant dans ses reflets, et ses figures sont correctes. Né en 1528, a Urbino, il mourut en 1612. Son pére était sculpteur, ef son oncle architecte. Il apprit de Pun les éléments du dessin et & manier l’argile ; l'autre Jui enseigna Ja géométrie, architecture et la perspective.
A Page de vingt ans Baroccio viot 4 Rome, el mérita les encouragements et les ¢loges de Michel-Ange; mais plus
tard, ses ennemis ayant essayé de l’empoisonner, il s’en | retourna dans son pays. Ii fut prés de quatre ans sans pou- |
voir reprendre un pinceau , tant ce lache attentat avait porté une grave atteinte 4 sa santé. On considére comme un de ses principaux ouvrages une Descente de croix colossale, qu’on yoit dans la cathédrale de Pérouse, composition qui effectivement ne manque point de grandeur. Une Madone dans les nuages, une Sainte Lucie et un Saint Antoine que posséde la collection du Louvre, sont des toiles d’une remarquable exécution technique, et le Christ et Madeleine qui orne la galerie Corsini 4 Rome se distingue par sa naive vérité. I] peignit pour Clément Xune Communion, qui se trouve aujourd’hui 4 Rome dans la Minerva, On voit de lui, entre autres, A Urbino, Ze Pardon, grand tableau auquel Vartiste travailla pendant sept années consécntives, 1] le grava lui-méme sur cuivre.
Au nombre des meilleures productions de ce peintre, il faut encore citer une Sainle Famille qui se trouve aujour- (’hui au Musée royal de Naples. C’est 1a, du reste, un sujet
BARNUEVO — BAROCHE
qu'il traita avec prédilection 4 diverses reprises, et toujours d'une maniére différente. Ses nombreuses toiles sont dispersées dans toute |’Italie; mais il est rare d’en rencontrer dans le commerce, et toujours elles atteignent dans les ventes des prix fort élevés. Bellori, qui a écrit sa vie, en a aussi donné Je catalogue complet. Ons’étonnera gu’il ait pu fant produire, quand on saura que la délicatesse de sa santé ne lui permettait pas de travailler plus de deux a trois heures par jour.
BAROCHE (Pierre-Jores), vice-président da conseil d’Etat, ancien ministre de l'intérieur, est né a Paris, en 1802, dune famille de commergants. Orphelin dés l'dge de onze ans, il fit son droit, et se fit inscrire au tableau des avocats de la capitale en 1823. Ses débuts furent sans éclat, et il s'attacha d’abord & étude des questions de droit civil et commercial. Vers 1835, il défendit devant la cour d’assises assassin des époux Maés; et en 1839 il plaida dans la grande affaire de la coalition des messageries, Sans avoir jamais brillé au barreau, il devint bAtonnier en 1846, et fut réélu en 1847. Trois fois il se chargea de la défense d’accusés traduits devant la Cour des Pairs. En 1841, il défendit le marchand de vin Colombier, compromis dans J’affaire Quénisset, comme ayant prété sa maison aux réunions de la société des Travailleurs égalitaires; et malgré fa plaidoirie, Colombier fut condamné a mort. En 1846, Ml. Baroche défendit Joseph Henry, auteur d’une tentative « d’assassinat sur la personne de Louis-Philippe. L’année suivante, il défendit encore le général Despans-Cubiéres, accusé de tentative de corruption, et qui fut condamné a Ja dégradation civique et 4 10,000 francs @’amende. Elu en 1847 député de Rochefort, M. Baroche prit place sur les bancs de la gauche, et signa la mise en accusation des ministres. La réyolution de Février le trouva républicain, et ce ful en cette qualité qu’il vint dans la Constituante représenter la Charente-Inférieure; mais en général il vota avec la droite. Nommé procureur général prés la cour Wappel de Paris, il soutint accusation dans les proces politiques de Bourges et de Versailles. Déja acquis au parti napoléonien, il s’efforga de maintenir l’union entre le président et la majorité de la Législative, dont il était un des vice-présidents. Chargé du portefeuille de Vintériear (15 mars 1858), il présenta des lois contre la presse et les clubs, demanda le rétablissement de la censure, et d’accord avec les chefs de la droite, proposa la fameuse loi du 31 mai qui enlevait le droit de vote 4 deux millions d’électeurs. Bien qwil eit contresigné le décret de destitution du général Changarnier (9 janvier 1851), il ne figura point dans le cabinet du 18 janvier.
Trois mois plus tard (10 avril) M. Baroche rentrail au pouvoir comme ministre des affaires étrangéres; pendant les débats relatifs 4 la révision de la constitution il fut souvent aux prises avec les orateurs républicains, notamment avec Victor Hugo. S’il donna sa démission le 14 octobre, ce fut pour n’ayoir point 4 demander le retrait de la loi du 81 mai, laquelle était son ouvrage. Il n’en resta pas moins attaché plus que jamais a la fortune de Napoléon, et accepta de lui, aprés le coup d’Etat du 2 décembre, la vice-présidence de la commission consultative, puis celle du conseil d’Etat avec 100,000 fr. de traitement, un hdtel et le titre d’excellence. Ministre sans portefeuille il représenta le gouvernement dans toutes les délibérations du sénat et du corps législatif, et y apporta une intelligence remarquable, un certain talent de parole, et aussi uneextréme confiance en lui-méme. Le 23 juin 1863 il céda la présidence du conseil d’Etat 4 M. Rouher, et remplaca M. Delangle au ministére de la justice et des culles. Parmi les actes de celte période signalons le décret du 5 janvier 1865, rendu sur son rapport, pour défendre aux évéques la publication du Syllabus, et en 1869 sa circulaire sur la souscription
' Baudin, qui recommandait aux magistrats une répression
BAROCHA — BAROMETRE 53t i etira avec tous ses colléaues le | Paris sur la tour de Saint-Jacques-la-Boucherie, et trouve énergique. M. Baroche se relir me pour une différence de niveau de 25 toises une différence
27 décembre 1869. Il prit encore quelquefois la parole au sénat, ow il était entré en 1864, quitta Paris apres le 4 septembre, et se retira 4 Jersey. Il y est mort le 3 novembre
Quelques jours auparavant son fils, Hrnes¢ Banocue, ancien maitre des requétes, trouvait une mort glorieuse au Bourget (30 octobre), a la téte du 12* bataillon de mobiles de la Seine, dont il était commandant.
BAROCO, quatritme mode de la seconde figure du syllogisme. La majeure dans un syllogisme en baroco est universelle affirmative; la mineure et la conclusion sont particuliéres négatives. Tel est ce syllogisme :
BA Toute vertu est accompagnée de discrétion. RO Quiiques zéles ne sont pas accompagnés de diserétion ¢ co Done, quelques zéles ne sont pas vertu.
BAROMETRE (de Bago, poids, et wétpov,, mesure). De ce que l’eau ne s’éléve jamais au dela de trente-deux pieds dans les corps depompe, Galilée soupgonna que Yascension des fluides dans le vide pouvait étre due a la pesanteur de l’air. Mais la mort vint bientOt surprendre le savant Florentin, et son disciple Torricelli, continuant les recherches du maitre, arriva par la seule puissance du raisonnement a cette conclusion que l’eau s’éléve dans les corps de pompe par la pression que lair extérieur exerce sur elle, pression qui fait justement équilibre & une colonne @eau de 32 pieds. Il restait &corroborer cette découverte par une expérience décisive ; pour simplifier cette vérification, Torricelli se basa sur ce principe , que la hauteur de la colonne liquide a laquelle la colonne atmosphérique fait contre poids doit étre en raison inverse de la densité du liquide. Ainsi le mercure, dont la densité est a celle de Veau & peu prés comme 13 + est a 1, ne devait s’élever qu’ une hauteur égale au résultat de la division de 32 pieds par 13 4, e’est-a-dire 28 pouces environ. Torricelli prit un tube de verre d’environ 3 pieds de longueur, dont il boucha un des orifices; il le remplit de mercure, puis le plongea par son extrémité ouverte dans un bain de ce métal; le liquide descendit aussitét, laissa au haut du tube un espace vide dair, et, aprés quelques oscillations, se fixa enfin ala hauteur de 28 pouces au-dessus de la surface du bain. Cette expérience réalisait pleinement les prévisions de Torricelli; cependant elle démontrait seulement que la méme cause qui élevait l’eau dans les corps de pompe soutenait le mercure dans Je tube d’expérimentation, sans prouver que cette cause fit la pesanteur de lair. Torricelli fut enlevé aux sciences en 1647, avant d’avoir pu compléter sa théorie.
Pascal reprit alors les travaux inachevés de Torricelli. Il s’appuya sur cette considération : « Si on concoit une colonne d’air verticale de méme hauteur que ’atmosphére, divisée en tranches ou couches horizontales par des plans équidistants et trés-rapprochés Pun de lautre, la pression exercée au niveau inférieur de chaque tranche, dans Vhypothése de la pesanteur de lair, est due au poids de cette tranche augmenté de celni de toutes les tranches supérieures ; cette pression doit étre d’autant moindre que la tranche est plus élevée dans la colonne ;: d’ou il résulte que la pression de l’air doit diminuer & mesure qu’on s’éléve dans Yatmosphére, et par suile que, dans un mouvement graduel @ ascension au-dessus de la surface de la mer, la longueur de la colonne de mercure qui, dans le tube de Torricelli, fait équilibre a la pression des couches supérieures, doit ailer graduellement en diminuant. » Pascal écrivit alors A son beau-frére Périer, conseiller des aides d’Auvergne, en Je priant de vouloir bien se charger d’exécuter l’expérience sur la montagne du Puy-de-Déme. Le succés fut complet; les hauteurs de la colonne de mercure, observées successivement au niveau de la ville de Clermont et au sommet du Puy-de-Déme, présentérent a Périer une différence de 3 pouces 1 ligne }, Pascal lui-méme répéta l’expérience a
de plus de 2 lignes dans la hauteur dela colonne de mercure.
Telle fut Vorigine de un des plus précieux instruments que posséde la physique, du barométre , qui n'est encore aujourd'hui, malgré les nombreux perfectionnements qu’il a recus , que le (ube de Torricelli.
Tout liquide serait propre a faire un barométre; mais le mercure est de beaucoup préférable, par la raison qu’a volume égal il est le plus pesant de tous. D’ailleurs le mercure n’est pas sujet, comme les autres liquides, 4 passer al’état de vapeur par de faibles élévations de température : ces vapeurs se rendant dans la partie supérieure du tube, s'‘opposeraient par leur élasticité 4 l’action de atmosphere; C’est pour la méme raison qu’une des premiéres conditions a remplir pour obtenir un instrument exact est de purger et le mercure et le tube de l’air qui peut s’y trouver retenu. Pour arriver a ce résultat, on prend du mercure que on rend aussi pur que possible en Je distillant dans une cornue de fer ou de grés ; aprés quoi on le fait boulllir dans un vase couvert, afin qu’il ne soit pas en contact avec air. Ayant choisiun tube de verre d’environ un métre de long et d’un diameétre de huit millimétres, on bouche un de ses orifices a ia tlamme d’une lampe d’émailleur, et l’on effile le tube vers le bout : sans cette précaution , il pourrait arriver, lorsqu’on renverserait l’instrument, que orifice bouché fat brisé par le choc du mercure. Le tube étant prét, on le remplit au quart de mercure préparé comme il vient d’étre dit; on ‘e proméne sur des charbons allumés pour faire bouillir le mercure et chasser ainsi l’air qu’il pourrait contenir. Quand il ne se dégage plus de bulles, on verse de nouvean du mercure un peu chaud, on fait bouillir, et l’on continue de la méme maniére jusqu’a ce que le tube soit entiérement plein; cela fait, on pose le doigt sur V’orifice ouvert, et l'on renverse |’appareil dans une cuvette pleine de mereure bouilli, sur laquelle on le tient dans une position verticale; Je mercure abandonne Je hant du tube; et si les opérations onf été faites avee soin, lorsqu’on renverse |’instrument, le mercure le remplit de nouveau entiérement aprés avoir donné un coup sec contre Je sommet; si le coup est mou ef s'il reste quelque vide entre le mercure et Yorifice bouché du tube, c’est un indice que l’opération est manquée. Le tube rempli est fixé avec !a cuvette dans laquelle il plonge sur une planche tenue verticalement et dont la hauteur est graduée en millimétres 4 partir du niveau du mercure contenu dans la cuvette; un vernier lui est adapté. Enfin, un petit thermomeétre frés-sensible est fixé a cété du tube du barométre, pour en indiquer la température.
Dans ce barométre, le plus simple de tous les baromé/res @ cuvette, il importe beaucoup que le diamétre de la cuvette contienne un grand nombre de fois celui du tube, par Ja raison que voici : quand, par une cause quelconque, le poids de Patmosphére diminue, le poids de la colonne de mercure contenue dans le tube n’étant plus contrebalancé, une certaine quantité de mercure de cette colonne se répand dans la cuvette, et la surface du métal contenu dans celle-ci s’éléve ; il en résulte que le niveau du mercure dans la cuvette n’est pas constant, et qu’il varie d’autant plus que celle-ci est moins large. Ceperdant on peut obvier a l’inconvénient des variations de niveau, en rendant mobile I’échelle qui mesure les diverses hauteurs de la colonne, et en placant a chaque observation le zéro de cette échelle vis-a-vis la surface du bain contenu dans la cuvette.
Le barométre de Fortin est aussi a cuvette, mais il se distingue des autres instruments de méme genre, en ce qu’on peut toujours ramener avec exactitude le niveau du mercure de la cuyette au zéro de I’échelle, en rendant ce niveau mobile, et en laissant l’échelle fixe. A cet effet, le fond de la cuvette est formé par un sac de peau qui, s’appuyant sur une téte de vis, et devenant mobile lorsqu’on fait marcher
cette vis, peut toujours ramener le mercure 4 effleurer la pointe d’une aiguille fixe. Les barométres du systéme Fortin, avec le perfectionnement d’exécution qu’y a apporté I'habile artiste Ernst, sont les meilleurs qui aient jamais été faits. Leur prix n’est que de 1204 130 francs.
Supposons un siphon dont la plus longue branche ait enyiron un métre et soit fermée; remplissons V’appareil de mercure : nous aurons un nouveau barométre ot le zéro de I’échelle correspondra a la surface du mercure dans la petite branche : comme cette surface varie de hauteur, on est obligé de rendre l’échelle mobile; on peut néanmoins s’en dispenser en doublant les variations de hauteur de l'une des colonnes, pourvu qu’elles aient absolument le méme diametre. Pour rendre le barometre & siphon portatif, on y adaptait autrefois un robinet de fer qui fermait la branche ouverte; mais ce systéme avait des inconvénients : les matitres grasses qui facilitaient le jeu du robinet altéraient a Ja longue la pureté du mercure.
Gay-Lussac inventa alors un barométre a siphon qu’il rendit portatif sans l'emploi du robinet. Le tube de ce barométre se compose de trois parties distinctes : la premiére et la troisitme ont un méme diamétre, égal a celui d’un tube barométrique ordinaire; la seconde, qui forme le coude du siphon, est beaucoup plus étroile, afin de prévenir toute introduction de lair dans la plus longue branche de l’appareil. Cette branche est fermée supérieurement, tandis que Yautre communique avec l’atmosphére par une trés-petite ouverture qui laisse entrer Pair, mais par laquelle le mercure ne peut sortir. Le tube est fixé sur une échelle graduée double, et renfermé dans une boite longue et étroite. Le barométre de Gay-Lussac , avec une ingénieuse modification due 4M. Bunten, est le meilleur des barométres portatifs a siphon.
Le baroméire & cadran, encore appelé barométre de Jecker, etconstruit pour la premiére fois par Hooke en 1668, n’est qu’un barométre a siphon fixé derriére un cadran dont Yaiguille se meut a l’aide dune petite poulie trés-mobile. Sur la gorge de cette poulie passe un fil portant ses deux extrémités deux poids égaux; l'un de ces poids entre dans Youverture de la petite branche et repose sur le mercure; Yautre pend librement au dehors. Lorsque la pression atmosphérique augmente, le mercure descend dans la branche ouverte, ainsi que le poids qui pése a sa surface, et I'aiguille, suivant le mouvement de la poulie entrainée par le fil, vient s’arréter sur un point du cadran. Si, au contraire, a pression atmosphérique diminue, le mercure remonte ayec les poids, et Paiguille tourne en sens contraire. Comme la circonférence parcourue par la pointe de laiguille peut étre rendue trés-grande, il s’ensuit, en apparence du moins, que les plus petites différences de niveau dans la colonne de mercure, et par conséquent les moindres variations atmosphériques, sont appréciables sur le cadran. Ces indications sont loin cependant d’étre aussi précises qu’on pourrait dabord le croire ;: il faut, avant que l’aiguille se mette en mouvement, que la force qui fait monter ou descendre le mercure dans la petite branche , surmonte la résistance que lui oppose le double frottement de la poulie sur son axe et du fil sur la poulie. Aussi, quand on vent consulter cet instrument, est-il bon de le frapper doucement a petits coups, pour faire mouvoir l’aiguille,
Quelque bien construit que soit un barométre, les observations faites avec cet instrument doivent toujours subir deux corrections pour donner une mesure exacte de la pres sion de l’air : Pune, relative a la capillarité, tient compte de la dépression occasionnée dans la colonne de mercure par son contact avec le tube de verre; l'autre est relative a la température, dont les variations, en déterminant des changements dans ja densité du mercure, obligent de ramener les hautcurs observées & une méme température, pour qu’elles puissent devenir comparables; c’est pourquoi nous
BAROMETRE
avons vu qu’on joint ordinairement un thermorétre a |’ap pareil barométrique.
Les expériences faites au Puy-de-Déme par le beau-frére de Pascal ayant démontré qu’on ne pouvait s’éleyer sans que le mercure s’abaissat dans le tube barométrique, l’application du barométre a la mesure des hauteurs se présenta bientot a Pesprit des mathématiciens, et, comme nous le verrons tout a l'heure, Halley eut le premier une idée précise de cette méthode.
Il fallait déterminer préalablement la loi suivant laquelle les variations de la colonne de mercure répondaient aux élévations des lieux observés. Si la densité de Pair était toujours la méme a toutes les hauteurs, il aurait été facile de calculer Dabaissement progressif du mercure 4 mesure qu’on s’éléve. En effet, lorsque le barométre est & 0™,76, et la température a 0°, on trouve, par expérience, qu’il faut s’élever de 10,5 pour faire baisser le mercure de 0™,001, en sorte que, sous l’empire de ces circonstances, un cylindre de mercure d’un millimetre de hauteur a précisément le méme poids qu’un cylindre d’air de méme base et d’une hauteur de 10™,5. Si les mémes circonstances se présentaient dans toutes les couches atmosphériques, chaque millimétre de la colonne barométrique répondant a 10™,5 de la colonne atmosphérique, la hauteur de atmosphére devrait étre égale 4 760 fois 10,5 ou & 7980 métres; or, ce résultat est bien loin de la vérité, puisque, dans sa mémorable ascension, Gay-Lussac s’éleva & plus de 7000 métres, et qu’a cette prodigieuse hauteur, le mercure du barométre ne descendit qu’a 0,328. Mais on reconnait facilement que c’est 1a un résultat de la compressibilité de lair. On sait, en effet, que lair se comprime en raison du poids dont il est chargé, et qu’en conséquence la densité de ce fluide, dans un point quelconque, est toujours proportionnelle au poids de la partie supérieure de la colonne atmosphérique sous laquelle il est placé, ou bien, ce qui revient au méme, 4 l’élévation du mercure dans le barométre 4 ce point. On arrive ainsi & cette loi formulée par Halley : Les densités de lV'air diminuent en progression géométrique , lorsque les hauteurs croissent en progression arithmétique. Les differences de hauteur des diverses couches au-dessus du niveau de la mer sont done proportionnelles aux différences des logarithmes des hauteurs du mercure dans le barométre.
Rien ne serait plus simple que cette régle si le nombre ou module par lequel il faut multiplier la différence des logarithmes pouvait étre regardé comme constant; mais, 4 mesure qu’on s’éléve dans l’atmosphére, la densité de lair, qui décroit en raison de la diminution de pression des couches supérieures, éprouve une variation en sens inverse par le refroidissement qui a lieu 4 mesure qu’on s’éloigne de la surface terrestre. Deluc, Tremblay et quelques autres savants cherchérent 4 déterminer la loi de ce refroidissement et de la condensation qui en résulte. Laplace imagina une méthode dont Hatty fit application aux observations faites par de Saussure sur le Mont-Blanc. La formule de Laplace étant trés-compliquée, M. Oltmanns a dressé, pour calculer la hauteur des montagnes, des tables qui facilitent singuliérement l’opération. Ces tables, publiées en 1817 dans lAnnuaire du Bureau des Longitudes, y ont été reproduites depuis.
1 différences de niveau dans la colonne barométrique ne se manifestent pas seulement en passant d'un lieu plus bas a un lieu plus élevé, on les observe encore dans un méme lieu : ainsi, a Paris, il n'y a pas de jour ot ce niveau ne change de plusieurs millimétres. En général, on remarque denx sortes de variations dans le barométre, les variations accidentelles et les variations horaires. Celles-ci se reproduisent régulidrement a des heures marquées, et sont d’une étendue constante; les autres surviennent irrégulidrement sans qu'on puisse en prévoir mi l’époque ni l’étendue.
Sous !’équateur ies mouvements de dépression et d’ascen-
BAROMETRE — BARON
sion du mercure sont, d’apres M. de Humboldt, qui les a longuement observés, tellement réguliers quils pourraient servir A indiquer les heures comme le ferait une horloge; seulement ils ont peu d’amplitude, car ils s’accomplissent dans une étendue qui ne dépasse point deux millimétres. A nesure que l’on s’éloigne des régions tropicales , les oscillations horaires du barométre se compliquent avec des variations accidentelles beaucoup plus considérables, qui les masquent complétement aux yeux d’un observateur superficiel. Mais, par cela méme que des variations sont accidentelles et irréguliéres , leurs effets doivent se compenser sensiblement quand on embrasse un assez grand nombre d’observations, de maniére a ne plus laisser subsister dans les valeurs moyennes que l’influence des causes constantes et réguliéres. Par cette ingénieuse déduction de la théorie des chances, Ramond a constalé en France l’existence d’une période semblable a celle qui s’observe entre les tropiques, mais moins étendue, et dont les instants correspondants aux plus grandes et aux plus petites hauteurs ne sont pas les mémes en toutes saisons. Le maximum du matin arrive entre sept et huit heures pendant l’été, et de neuf a dix pendant Phiver. Le minimwm du soir tombe entre quatre et cing heures durant la premiére saison, et entre deux et trois heures durant la seconde. En discutant plusieurs milliers d’observations faites & ’ Observatoire de Paris, M. Bouvard a trouvé que la plus petite étendue des oscillations correspondait au trimestre de novembre, décembre et janvier, et la plus grande au trimestre suivant. Il parait que lorsqu’on atteint le 70° degré de latitude, Pinfluence des variations horaires cesse entiérement.
Quant aux variations accidentelles, elles ne sont soumises 4 aucune loi. A Paris, par exemple, le barométre est en oscillation continuelle au-dessus ou au-dessous de la moyenne de l’année, et quelquefois ces oscillations occupent une trés-grande étendue : ainsi, dans cette localité, ou la hauteur moyenne du barométre est 4 peu prés de 0™,754, on observa dans la méme année, en 1821, deux oscillations présentant entre elles une différence de 0™,061. Ces fluctuations deviennent encore plus sensibles lorsqu’on les observe dans un grand barométre a eau, comme celui qu’on a construit 4 Londres; un tel barométre est continuellement dans une vive agitation.
L’emploi vulgaire du barométre (et principalement du barométre 4 cadran) repose sur la propriété qu’on accorde aux variations accidentelles de présager le beaa et le mauvais temps.
Cette opinion est fondée sur des observations justes, quoiqu’elles soient le plus ordinairement mal interprétées ; aussi deyons-nous entrer ici dans quelques détails relativement a ces observations, afin de leur assigner leur véritable importance, ef de rectifier les fausses interprétations auxquelles elles peuvent donner lieu.
Les vents sont les grands arbitres de la pluie et du beau temps; ce n’est donc point la pluie ou le beau temps que le barométre annonce lorsquw’il baisse ou quand il monte : il indique uniquement, par ces variations opposées, que la direction du vent n’est plus la méme. Comme lorsque ce changement de direction survient , le temps aussi change le plus souvent, on ena conclu que le barométre devait l’annoncer, et on I'a accusé d’infidélité quand, le vent ayant changé, le temps est resté le méme. Or, ce reproche ne doit pas étre adressé au barométre, et ce n’est que Je vent qu’il faut accuser de n’avoir point chassé les nuages comme a son ordinaire, ou de ne les avoir pas rassemblés et précipites sous forme de pluie. Quelques exemples vont le demontrer. L’observation apprend que le barométre est plus bas par les vents compris entre le sud et le sud-sud-ouest que par ceux compris entre le nord-ouest et le nord-est. Or, les premiers sont des vents chargés des vapeurs de locéan Atlantique qui se résolvent trés-souvent en pluie; les seconds, traversant des
continents, sont secs et rarement accompagnés de pluie. Supposons que le vent souffle du nord depuis quelque temps ; si le barométre commence 4 baisser, on peul annoncer avec une grande prohabilité qu’il sera remplacé par un vent du sud-ouest , d'autant mieux que déja ce vent aura pu étre observé dans les hautes régions de |’atmosphére par la direction des nuages : en effet, ce vent étant chargé de vapeurs maritimes, la pluie est probable. Elle peut aussi étre amenée par le vent du nord; car supposons que le vent du sudouest soufilait au moment du changement de vent, on verra le barométre commencer a monter 4 mesure que le vent du nord sétablira; mais alors Vatmosphere ne tardera pas & éprouver un refroidissement qui condensera les vapeurs amenées précédemment du sud-ouest, et dont la précipitation aura lieu sous forme de pluie. C’est la un de ces cas qui se présentent souvent (environ une fois sur cing a Paris ), et dont la cause, inconnue du vulgaire, est attribuée par lui seulement a une imperfection du barométre. II faut donc reconnaltre que les erreurs qui proviennent des inductions tirées généralement de la simple observation de la. hausse et de la baisse de cet instrument sont dues a ce qu’on veut absolument qu’il indique par ses variations des changements de temps, tandis que, rigoureusement parlant, il ne peut constater par 1a que des changements de vent ; mais comme la pluie est le plus souvent amenée par le vent du sud-ouest, les prophéties tirées de la hausse ou de la baisse du barométre se trouvent étre le plus ordinairement réalisées. Dans !es lieux ov il pleut indifféremment par tous les vents, et cest ce qui s’observe & Pétersbourg, par exemple, les indications générales du barométre sont sans valeur.
Avant la pluie, la hauteur du barométre est au-dessous de la moyenne du lieu d’environ quatre millimétres. Quand la pluie continue, le barométre se tient plus bas qu’il ne se tiendrait avec le méme vent si le temps était beau; mais lorsque la pluie tombe, il commence a monter un peu. Pendant les orages, il baisse rapidement, pour remonter et redescendre ensuite. En hiver, cette baisse subite, lorsqu’elle se joint 4 une température élevée pour la saison, annonce presque infailliblement un orage. Dans tous ces cas, la baisse. du barométre n’est point généraie ala surface d’un pays, et en rayonnant a partir du point ou elle est le plus forte, on trouve que la colonne barométrique est de plus en plus élevée.
Lorsque le barométre oscille trés-vite, qu’il monte et descend rapidement, on peut en conclure que de grandes perturbations sont survenues dans les conditions climatériques d’une partie de la terre. Vers Noél 1821 le barométre se tint trés-bas dans presque toute l'Europe: aussi a Paris et dans ?Europe occidentale la température de janvier et de février fut-elle supérieure de plusieurs degrés a Ja moyenne, tandis que Vhiver fut trés-rigoureux aux Etats-Unis et en Perse. L’été suivant fut trés-chaud et tres-sec 4 Paris ; dans ]’Inde, au contraire , des vents de mer violents et humides régnérent pendant ce méme été. Souvent ces perturbations ne se manifestent pas dans la région dont l’observateur occupe le centre, et elles ont lieu sur des points plus ou moins éloignés de celui ot il observe les oscillations de son instrument. Les orages et les coups de vent sont toujours précédés d'une baisse barométrique d’autant plus forte qu’on s’¢loigne davantage de l’eyuateur. Aussi une baisse de quelques millimétres sous la ligne équinoxiale a-t-elle autant d’effet que celle de plusieurs centimétres au dela du cercle polaire. C’est ainsi que dans une grande tempéte, qui parcourut une partie de l’Europe en février 1783, le barométre baissa considérablement sur toutes les régions parcourues par la tempéte : dans le centre de l’Angleterre il s’abaissa 4 31 millimetres au-dessous de sa hauteur moyenne; en France et en Allemagne l’abaissement fut de 11 & 30 millimétres, et 4 Rome de 7 millimétres.
BARON, dans la basse latinité baro, barus, qui signifie homme. En Germanie, en Gaule, a ]’époque de invasion
des barbares, nulle idée de distinction, de dignité, ne se rattachait 4 ce mot. Duns les lois des Ripuaires, des Alemans, des Longobards, baro, barus est employé pour homo, et il est toujours opposé a femina. On y trouve souvent cette formule : sive baro, sive femina. En Espagne le mot varones, qu’on rencontre dans les anciens documents, signifie hommes en général. Ce mot, d’origine germanique, fut incontestahlement apporté dans la péninsule hispanique par tes Goths.
L’acception générale de l’ancien mot se conserva longtemps encore. A l’époque ot baron signifiait déja un seigneur puissant , maitre de grands fiefs, le méme nom servait 4 désigner le mari, par opposition & la femme. On le retrouve avec ce sens dans un document du treiziéme siécle, cité par Beaumanoir, dans les Assises de Jérusalem et dans les lois normandes qui furent importées en Angleterre par les conquérants. :
Au moment ow s’établit le systéme féodal, les propriétaires de grands domaines, ceux qu’on appela plus tard les grands vassaux, recurent généralement le nom honorifique de ba- 7ons. Sous Charles le Chauve on désignait par ce mot ceux qui dans Pempire carlovingien tenaient un rang illustre par leur mérite ou l’étendue de leurs propriétés.
Au moyen age les grands vassaux étaient appelés barons ou bers, et en langue vulgaire hauts barons, hauts bers. La femme du baron était qualifiée de baronesse, en latin baronissa, mot qu’on retrouve dans plusieurs auteurs qui ont écrit en langue vulgaire, notamment dans Christine de Pisan. Dans son Traité sur les Seigneuries, Loisel remarque que dans certaines provinces de France les fils ainés des puissants seigneurs recevaient le titre de barons ; cette qualification était réputée honorable parmi les plus illustres; et un vieux poéte dif en parlant de Thibaut [**, comte de Chartres :
Thibault fut né de France un des plus hauts barons, Moult avoit par la terre chasteaux et fors maisons,
Quelques hommes en France étaient néanmoins spécialement appelés barons. C’étaient ceux qui jouissaient dans leurs terres des droits féudaux dans toute leur plénitude. Les pairs de la cour du roi, qu’on désigna plus tard sous le nom de pairs de France, étaient aussi appelés barons ; c’étaient de hauts barons. Les Montmorency se qualifiaient de premiers barons de France ou premiers barons chrétiens. Certains dictons, généralement répandus, restreignaient beaucoup le nombre des barons. Il y avait, selon les uns, quatre baronnies notables et principales : Coucy , Craon , Sully et Beaujeu ; suivant d’autres, trois seulement: Bourbon, Coucy et Beaujeu.
L’expression baronnie, qui désignait l’étendue des possessions et de la juridiction d’un baron, était aussi employée pour signifier l'assemblée des barons qui accompagnait le roi a la guerre:
Moulti ot riches hom, grant fu la baronie,
‘Ce mot servait en outre a désigner la noblesse en général : on le retrouve avec cette acception dans Jes chroniqueurs francais, anglais etitaliens. Tenir en baronnie signifiait tenir en fief. Ce que nous disons de baronnie s’applique également a barnage et & baronage.
Sous le régne de Philippe-Auguste, comme on le voit dans le cartulaire qui porte le nom de ce prince, le nombre des barons francais était déja trés-considérable : on en comptait cinquante-neuf, parmi lesquels il n’y avait pas seulement des vassaux relevant immédiatement du roi, mais encore plusieurs arriére-vassaux. Du temps de Louis XI les barons étaient nobiliairement, mais non féodalement, audessous des comtes, Il n’y avait au-dessous des barons que les chevaliers; le nombre des barons était incalculable.
En Allemagne les anciens barons ou Freiherrn de VEm-