‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 333 sur 488 · BARRAS — BARRE D'UN FLEUVE, BARRE D'EAU · texte numérisé non relu

BARRAS — BARRE D'UN FLEUVE, BARRE D'EAU

ment pour les Bourbons, et revint 4 Paris lors de la rentrée de Louis XVIII. Consulté sur la marche du gouvernement par Blacas et d’André, il répondit : « Vous perdez le roi, et yous ramenerez nos calamités et Bonaparte. » Il lui était facile de parler ainsi ; il était au courant de la conspiration qui rappela Bonaparte de Vile d’Elbe. N’ayant pu obtenir une audience du roi, il se retira en Provence, et ne revint & Paris qu’aprés la seconde restauration, Mais sa carriére politique était terminée.

Il s’établit A Chaillot, od il recevait d’anciennes connaissances , et ne partagea point l’exil des conventionnels proscrits par ordonnance de Louis XVIII, que les deux Chambres convertirent en loi. I] mourut le 29 janvier 1829, accablé dinfirmités ; et sa mort n’edt été qu'un événement inapercu si les ministres de Charles X n’eussent renouvelé le scandale quis’était déja produit lors du décés de Cambacérés, en faisant mettre les scellés sur ses papiers. Cette vio- Jation du droit de propriété donna lieu a un procés. Un arrét du 7 mai de la méme année confirma la décision des premiers juges, qui avaient autorisé la présence du préfet a la levée des scellés et 4 Pinventaire, attendu que l’apposition des scellés était un droit acquis aux tiers intéressés a recouvrer des papiers ou titres, et sur la présomption que le défunt possédait des registres qui intéressaient ’Etat.

On a publié en 1816, 4 Bruxelles, de prétendus Mémoires de Barras en 2 vol. in-12. Durey (de l’Yonne).

BARRAUX, village de France, dans ’Isére , compte 1,800 habitants. Le fort Barraux, 4 2 kilométres de la Savoie, bati par Charles-Emmanuel, fut pris en 1598 par Lesdiguiéres.

BARRE. L’enceinte d’un tribunal est ordinairement fermée par une barre. Les membres du barreau, avocats et ayoués, restent toujours a la barre du tribunal. Lorsque la comparution soit des parties, soit d’un juge inculpé, est ordonnée par le tribunal, on dit de la partie citée qu’elle esi mandée a la barre. De 1d est venu Vusage de dire : se présenter 4 la barre, comparaitre 4 la barre.

Ce terme a été également employé par analogie dans nos assemblées politiques. Les pétitions se présentaient a la barre de nos premiéres assemblées, et souvent 4 main armée. La Charte de 1814 et celle de 1830 défendaient d’apporter soiméme et en personne a la barre les pétitions adressées aux Chambres législatives ; cependant elles réservaient a celles-ci le droit de mander a leur barre ceux par qui elles étaient outragées. La constitution de 1848 consacrait les mémes principes. Celle de 1852 a supprimé ce droit.

BARRE (Blason). C’est une des piéces de l’écu, laquelle va du haut de la partie gauche au bas de la partie droite, 4 ’opposé de Ja bande, qui va de droite 4 gauche. Deux barres ont chacune deux septiémes de largeur de l’écu; frois n’ont chacune qu’une partie et demie des sept de cette méme largeur. Quand il y a plus de trois de ces piéces, on les appelle cofices, mais on dit qu’elles sont posées en barres.

BARRE ( Marine). Ce mot s’étend 4 beaucoup @’objets dont le principal est le levier fixé 4 la téte du gouvernail , et qui sert & manceuvrer ce dernier; on le nomme ¢imon ou barre de gouvernail.

BARRE DE JUSTICE. C'est une barre en fer contre laquelle, A l’aide d’anneaux et de cadenas, on fixe les jambes des matelots coupables de quelques délits. Cet instrument de punition devient un instrument de cruelle sdreté a bord des batiments négriers. La, les malheureux noirs, entassés dans la cale et dans Ventrepont, sont retenus pendant des mois entiers les pieds serrés contre cette barre, dont les anneaux, souvent trop étroits, Jaissent sur leurs membres de profondes et douloureuses traces.

BARRE D’UN FLEUVE, BARRE D’EAU. Les rivitres et les fleuves entrainent dans leur cours des particules terreuses qu’ils déposent a leur embouchure, et qui

furment a peu de distance du rivage une espéce de dune sousinarine & laquelle on donne le nom de barre, & cause de Vobstacle qu’elle oppose & I’écoulement naturel des eaux. C’est surtout quand le fleuve vient se perdre en pente douce dans la mer que la barre est forte; car la vitesse du courant se trouvant considérablement ralentie, les atterrissements se font avec plus de facilité, et la dune sous-marine devient une digue contre laquelle se brisent alternativement et la masse d’eau fluviale gonflée par les pluies, et les flots de la mer que chaque jour la marée améne et remporte. La force et Ja hauteur de la barre varient avec l’élévation des eaux du fleuve et la quantité de limon qu’elles charrient : ces variations sont si grandes qu’elles arrétent souvent la navigation pendant un certain temps de l’année. Ainsi l'on a vu des navires , surpris par les pluies dans la rade de Tampico (Mexique), obligés d’attendre plusieurs mois que la barre fat devenue praticable. Les barres du Mississipi sont tellement changeantes, que les pilotes sont forcés de sonder les passes presque fous les jours.

Sur toutes les barres, le choc de la mer contre les eaux du fleuve produit un ressac dangereux pour les navires, et quelquefois si violent, qu’il est impossible de les franchir : cest ce qui a lieu dans la plupart des rivitres de la céte occidentale de l’Afrique : aussi la géographie de cette partie du monde a-t-elle déja codté la vie 4 un grand nombre de marins. Le fait suivant pourra donner une idée des dangers auxquels on est exposé sur ces barres. Un de nos commandants de la station d’Afrique, ayant cru apercevoir un batiment mouillé dans la riviére de Noun , avait expédié un officier avec quatre embarcations pour reconnaftre si ce n’était pas un navire négrier, Pendant deux jours, lVofficier chercha en vain un passage, partout il ne trouva qu’un horrible ressac qui remplissait et faisait chavirer ses canots aussitét quwils osaient s’engager sur la barre : il revint done a bord, en déclarant que l’embouchure de la riviére était impraticable , et que chercher a la franchir serait exposer inutilement des matelots 4 se noyer. Le commandant se rendit 4 ces raisons, mais il conservait un léger doute spr la maniére dont lofficier avait remplisa mission, A quelque temps de la, le commodore de la station anglaise vint faire une visite au capitaine frangais, qui lui parla de son expédition dans la riviére de Noun. « La riviére de Noun! répéta Anglais avec surprise : j’ai perdu quatre aspirants et vingt matelots en y cherchant un passage, et fous nos efforts ont été infructueux. »

C’est surtout quand le fond est semé de rochers qu’il y a du danger 4a franchir les barres. S’il arrive que le navire touche le fond et qu’il soit arrété dans sa course , le courant du fleuve le prend en travers, ef le pousse sur les roches, ou le ressac I’a bient6t brisé. Aussi les ports de commerce situés sur les fleuves ne sauraient-ils apporter trop de soin a former d’habiles pilotes.

ll y ades rades fermées par des barres qui ne sont pas Je produit de Valluvion d’un fleuve. L’entrée est un goulet étroit dans Jequel Je flux et le reflux de la mer amoncellent des sables ; mais on concoit qu’alors les barres ne doivent pas étre sujettes 4 beaucoup de variations : ainsi, 4 Pensacola, port de la Floride occidentale, la barre n’a pas changé depuis vingt ans. Quand les eaux du fleuve ont été enflées par des pluies abondantes, leur rencontre avec le flot de la mer produit quelquefois un phénoméne remarquable , qu’on nomme barre d’eau. Les deux masses d’eau se heurtent avec violence, s’élévent en montagne couverte d’écume a une trés-grande hauteur. Si le fleuve a le dessus, cette montagne liquide disparait dans la mer; mais si le flot, ainsi qu’il arrive dans les grandes marées, est le plus fort, leau du fleuve est refoulée avec fracas, et la barre s’avance en frémissant vers le rivage , s’y brise quand la céte est ac core (escarpée) , et se répand dans les campagnes quand la plage est unie. Les habitants du golfe de Gascogne donnent a

GR

ce phénoméne le nom de Mascaret. Mais le fleuve oi il se produit avec le plus de majesté est la riviére des Amazones. Entre Macapa et le cap Nord, dans l’endroit o0 le canal du fleuve est le plus resserré par les tles, pendant les trois jours qui avoisinent la pleine et la nouvelle lune, la mer, au lieu d’employer prés de six heures 4 monter, parvient en quelques minutes a sa plus grande hauteur. Un mouvement si rapide dans une énorme masse d’eau ne peut se passer tranquillement : a deux lieues de distance, on entend le bruit effrayant qui annonce le terrible flot ; le bruit augmente 4 mesure qu’il approche, et bientot l’on voit s’avancer une vague de quatre a cing métres de haut , puis une seconde plus élevée, puis une troisiéme et d’autres qui se suivent de prés et occupent toute la largeur du canal en refoulant au loin les eaux du fleuve. Cette lame se précipite avec une prodigieuse rapidité, brisant tout ce qui lui résiste ; partout ou elle se répand, elle produit des ravages affreux, déracine les arbres, renverse les rochers et bouleverse des terrains de fond en comble. Le bruit des roches qu’elle pousse les unes contre les autres, celui que les eaux font elles-mémes dans leur course, lui ont fait donner par les indiens le nom imitatif de Pororoca. Quelquefois cette vague s’éléve jusqu’a la hauteur de soixante métres.

Th. PAGE, yiec-amiral.

BARRE (Pierre-Yves ), auteur dramatique, directeur et fondateur du thédtre du Vaudeville, naquit a Paris, le 16 avril 1749, dans une boutique de mercerie, rue Mouffetard. Son pére le fit entrer de bonne heure au collége d’Harcourt, ow il se distingua. Ses études brillamment terminées , il devint avocat au parlement de Paris, puis greffier a celui de Pau en Béarn. Ayant perdu cette charge en 1789, il se mit & composer des piéces de thédtre. Aprés la réunion de YOpéra-Comique 4 la Comédie-Italienne, Piis et Barré y obtinrent de grands succes avec de petits tableaux villageois : les Amours d’été, les Vendangeurs, les Veillées villageoises. Mais Sedaine n’aimait pas le genre du vaudeville, pour lequel a cette époque il fallait plus de grace et d’esprit que de métier et de talent : aussi, dans les opéras comiques qu’il faisait représenter sur les mémes planches et par les mémes acteurs , se permettait-il de lancer contre le genre plus léger, exploité par ses jeunes confréres, des épigrammes acerbes. Cette petite guerre intestine ne pouvait pas durer : Sedaine et Grétry triomphérent de Barré et de Piis; et ce dernier, ayant vu repousser par le théatre une demande de subyention, de prime ou de pension, résolut de transporter ailleurs son léger répertoire. La loi, qui a cette époque proclamait la liberté des théatres , lui permettait d’élever autel contre autel : il s’associa A Barré, Rositres , Monnier et Cambon, et une salle de bal, appelée Je Wauxhall @hiver ou le petit Panthéon, qui existait rue de Chartres , s’ouvrit comme théatre le 12 janvier 1792.

Barré resta directeur du Vaudeville pendant vingt-cing années , mettant en scéne ses propres ouvrages comme ceux de ses confréres, enrichissant ses associés, soutenant sa famille, élevant ses neveux et secourant plus d’un artiste dramatique. Il composa des chansons et une quantité prodigieuse de piéces de théatre, tant pour l’Opéra-Comique que pour le théatre du Vaudeville, en collaboration de Piis, Despréaux , Ourry, Rosiéres , Radet, Desfontaines, etc., etc.

En 1815 il fut remplacé par Desaugiers a la direction du Vaudeviile. Ce théatre, qu’il avait dirigé avec un succes constant , lui fut toujours cher. Durant sa longue et verte vieillesse, ce patriarche du flon flon se glissait tuus les matins le long des coulisses pour assister A la répetition des ouvrages de ses successeurs; et quand un vieil air de vaudeville frappait son oreille en y réveillant un souvenir endormi, ses traits prenaient une expression joyeuse, et sa voix de quatre-vingt-trois ans fredonnait encore un de ces gais refrains qui avaient été signés de son nom et de ceux de ses collaborateurs habituels, Radet et Desfontaines., Resté le der-

Page 1