‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 336 sur 488 · BARREAU · texte numérisé non relu

BARREAU

Dieu , aimant la justice, et pronongaient la peine de I’élimi. nation contre ceux qui prévariquaient. Cette disposition fait supposer qu’a cette époque reculée ils formaient déja un ordre constitué.

Sous saint Louis les avocats jouérent un réle important , qui leur donna pendant longtemps une influence notable sur les affaires du pays. Lors des démélés de la puissance royale avec la cour de Rome, c’est parmi eux que les rois recrutérent des défenseurs nombreux et dévoués. Versés dans toutes les subtilités du droit canonique, ils luttérent avec un zéle persévérant contre les prétentions du pouvoir ecclésiastique , soit 4 propos des excommunications , soit & l’égard des collations de bénéfices. Gui Foucaud, l'un deux, élevé aux plus hautes dignités ecclésiastiques et civiles, finit par ceindre la tiare sous le nom de Clément IV. La Pragmatique-Sanction est en grande partie leur ceuvre, et ils inspirérent vraisemblablement au génie de saint Louis V’idée de la codification connue sous lenom @’Etablissements.

Plus tard les querelles de Boniface VIII etde Philippe le Bel replacérent les avocats sur la scéne politique. C’est de l'un deux, Pierre de Cugniéres, qu’est cette fameuse lettre dinsultes adressée au pape que l'histoire a conseryée. On sait que sous Philippe le Bel le parlement fut rendusédentaire 4 Paris. A cette époque, les avocats les plus distingués s’attachaient exclusivement au parlement ; les autres se consacraient aux affaires de la juridiction du Chatelet. Un grand nombre plaidaient auprés des tribunaux des bailliages et sénéchaussées. Il y en avait enfin qui se vouaient enti¢rement a |’étude des lois canoniques, et quine fréquentaient que les juridictions ecelésiastiques. Les prétres pouvaient exercer la profesnon d’avocat auprés des cours épiscopales; il leur était interdit de se présenter devant les tribunaux civils. Tout homme noté d’infamie ne pouvait prétendre A l’exercice du ministére d’avocat. Les Juifs , les hérétiques, les excommuniés en étaient déclarés incapables.

La translation du saint-siége 4 Avignon vint augmenter encore la splendeur du barreau, en enfermant la justice dans des régles strictes pour l’instruction des affaires. A la suite de Clément V, les tribunaux, les praticiens , les avocats attachés 4 la cour de Rome, s’établirent en France. Depuis longtemps, les décrétales des papes , embrassant & la fois les matiéres civiles et ecclésiastiques , formaient un véritable code judiciaire. Ces réglements, mis en ceuvre par Vesprit italien, donnérent naissance a une science jusque alors inconnue : la procédure. C’est en ce temps que Pun des membres les plus distingués du barreau, Du Breuil, fil sur ce vaste sujet un livre intitulé : S/ylus curie parlementi (Style du parlement ).

Apres lamort de Louis le Hutin, Philippe le Long s’empara du tréne au détriment de sa niéce, et fit justifier son usurpation par le parlement et Je barreau. L’expédient ou plutét le subterfuge que trouverent les légistes devait rendre a la France d’immenses services. Ils firent la loi Saliq ue.

Nous lisons dans une ordonnance de Philippe de Valois, rendue en février 1327, que pour obtenir le titre d’avocat — il fallait ¢tre regu par la cour, aprés serment; l'inscription au tableau et un temps de stage donnaient seuls le droit de plaider.

Philippe le Bel institua en faveur des avocats un ordre de chevalerie sous le titre de chevaliers en lois. Les longues guerres contre les Anglais et les troubles civils de cette désastreuse période interrompirent la prospérité du barreau, quoique nous trouvions encore d’illustres noms a citer, par exemple, ceux de Jean Desmarets, de Juvénal des Ursins et d’Oudan des Moulins.

Le régne de Louis XI ne fut pas favorable au barreau ; la révocation de la Pragmatique-Sanction souleva le parlement, qui refusa de l'enregistrer. Le roi céda. Durant le quinzidme sidcle, le barreau ne soutint pas sa brillante répu

BARREAU — BARRERE DE VIEUSAC

tation. Aucun homme illustre, aucun talent remarquable.

Mais au siécle suivant, l'art oratoire se ressentit des progrés extraordinaires de esprit humain. C’est alors qu’on vit parattre ce luxe étrange de citations qui donne 4 I’éloquence une si singuliére allure; ces phrases interminables, bourrées de mots latins, grecs et méme hébreux; ces merveilleuses comparaisons, ces rapprochements inouis qui offensent si cruellement notre gotit aujourd'hui. La Renaissance semblait avoir inoculé A tout le monde une fiévre d’érudition et de pédanterie.

Au nombre des ordonnances des rois qui contiennent des dispositions & l’égard du barreau, la plus remarquable est celle de Blois & la date de mai 1579. Son article 161, particulier aux avocats, leur enjoint de signer lewrs escritures, et, en bas de leur seing, escrire et parapher de leurs mains ce qwils auront recu pour leur salaire, et ce sous peine de concussion. En 1600 Pordre des avocats menac¢a de se dissoudre jmmédiatement et de renoncer a son ministére si l’on ne rapportait pas cet article 161. Les avocats obtinrent satisfaction.

Sous le régne de Louis XIII et de Louis XIV le barreau brille du plus vif éclat. L’éloquence commengait a se dégager des nuages de la pédanterie; on se dégodtait des citations oiseuses, des détails ridicules, des déclamations stériles, des comparaisons bizarres. Tandis que les Bossuet et les Bourdaloue ramenaient !’éloquence de la chaire aux temps fortunés des Basile et des Chrysostume, le barreau prenait une large part au mouvement des intelligences ; Lemattre et Patru élevaient léloquence judiciaire 4 son plus haut période. Mais l’influence politique du barreau avait cessé depuis le triomphe du pouvoir royal. En 1727 et 1730 Vordre des avocats tout entier se prononga contre la bulle Unigenitus. « Les ayocats, dit Voltaire, signérent une déclaration tréséloquente, dans laquelle ils expliquérent les lois de royaume. Ils cessérent de plaider jusqu’a ce que leur déclaration ou plutét leur plainte edt été approuvée par la cour. Ils obfinrent cette fois ce qu’ils demandaient : de simples citoyens triomphérent, n’ayant pour armes que la raison. » Quand le parlement eut été dissous par Maupeou, les avocats ne séparérent pas leur cause de celle de ce grand corps judiciaire, Le barreau refusa de plaider devant les nouvelles cours, et les audiences, comme autrefois sous Sully, restérent désertes. Cependant vingt-huit de ces membres, lassés de Pinaction ou intimidés par les menaces, prirent la résolution de reparaitre a la Saint-Martin et de se résigner au serment. Quatre d’entre eux (on les appela les quatre mendiants, ce quien fit mourir un de dépit) furent députés au chancelier, qui les regut a bras ouverts. Leur exemple fut suivi par un grand nombre de leurs confréres. Le hasard youlut que des procés trés-intéressants attirassent alors lattention publique. Une foule énorme remplissait les salles d’audience encore désertes la veille. Les Gerbier, les Vermeil, les Hardouin, les de Bonniers, les Linguet, et cent autres qui jouissaient alors d’une grande célébrité , renouvelaient les beaux jours du barreau. L’appel comme d’abus des constitutions des Jésuites, et Pexamen de ces constitutions, dans lintervalle de 1762 & 1765, avaient imprimé un mouvement et donné du lustre a l’éloquence judiciaire. Il y eut des comptes-rendus sur les constitutions des jésuites par tous les parlements dans Je ressort desquels cette société avait des colléges ou d’autres établissements d’instruction. Parmi ces écrits du ministére public dans les provinces, on distingua les réquisitoires de La Chal otais, procureur géncral au parlement de Bretagne, et de Ripert de Monclar, procureur général au parlement de Provence.

Tel était ’état de Péloquence judiciaire, lorsque la révolution vint fermer en quelque sorte le barreau par le décret cu tt septembre 1790, qui abolit l’ordre des avocats, et en brisa le sceptre entre les mains de Tronchet, batonnier. {. ’y eut plus Wavocats, et ce titre fut remplacé par celui

Vhommes de loi. Mais on ne tarda pas a reconnaltre les inconvénients d’une liberté sans limites; la justice fut servie par des mains moins pures, par des intelligences moins éclairées, En ’an XU, une loi reconstitua en termes généraux Pordre des avocats, laissant a ’autorité exécutive le soin des dispositions réglementaires. Celles-ci furent l'objet d’un décret de 1810, qui, dicté par l’esprit de défiance et d’arbitraire qui animait le pouvoir, porta de graves atteintes a la dignité comme a Vindépendance de la profession. La Restauration ajouta encore a Villibéralité du décret de 1810 par l’ordonnance de 1822; les ordonnances de 1830 effacerent ce que les précédentes renfermaient de plus vexatvire. Le décret du 22 mars 1852 a rétabli 4 peu prés l’ancien état de choses. Voyez Baronniern et CONSEIL DE DISCIPLINE.

Du reste, un nouveau genre d’¢loquencejudiciaire naquit avec le gouvernement représentatif; le barreau rappela le Forum et rivalisa avec la tribune antique et moderne. S’il fallait citer des noms, nous rappellerions ceux des Bellart, des Marchangy, des Dupin, des Berryer, des O. Barrot, ete.

Dans |’état actuel des barreaux étrangers, celui d’Angleterre est sans contredit le plus remarquable. Ila été illustré par Erskine, Samuel Romilly, Mackintosh, Brougham, Scarlett, Denman. Une école rivale s’est élevée a cété de celle qui reconnait Erskine pour fondateur ; ses orateurs les plus brillants sont Curran, Grattan et Philipps. Pour lorganisation du barreau anglais nous renvoyons a l’article BARRISTER.

Le barreau allemand n’a pas encore eu le temps de naitre; un jour sans doute l’Allemagne, qui a produit tant @hommes remarquables dans I’étude du droit, mais qui ne fait qu’entrer dans la pratique de la vie publique, pourra s’enorgueillir des hommes qui se consacreront aux luttes judiciaires. | W.-A. Duckerr.

BARREE (Femme). On désigne sous ce nom un vice de conformation du bassin chez la femme, et dans lequel la symphise du pubis, trop rapprochée de l’angle sacro-yertébral, ou par sa trop grande hauteur, diminue I’étendue de Vouverture 4 travers laquelle l’enfant doit se dégager. Dans les cas ot ce vice est trop prononcé , l’accouchement devient impossible, et ne peut se terminer sans que le mécecin intervienne en appliquant le forceps, ou méme en recourant a d’autres moyens plus violents.

BARREME (Francois), né a Lyon, vers 1640, mort a Paris en 1703, arithméticien des plus vulgaires, n’en a pas moins eu la gloire de laisser un nom qui ira a la postérité, grace a l’expression proverbiale : compter comme Barréme, a laquelle a donné lieu son Livre des Comptes faits. Un ouvrage de ce genre, entrepris pour faciliter aux artisans et aux petits commercants les opérations de Varithmétique usuelle, devait nécessairement obfenir un immense débit et populariser la mémoire de utile vulgarisateur de notions indispensables au grand nombre. Aussi le nom de Barréme est-il devenu le titre méme imposé par l’usage aux livres publiés par la suite dans le méme but, et pour répondre aux besoins nouveaux créés par Vintroduction du systéme décimal ef son application aux poids et aux mesures.

BARRERE DE VIEUSAC (Berrranp) naquit en 1755, a Tarbes ( Hautes-Pyrénées), of sa famille jouissait dune considération méritée. Rien ne fut négligé pour son éducation. Regu avocat au parlement de Toulouse, il s’y distingua par ses talents. Nommé a l’académie des Jeux Floraux, il préluda dans la carriére littéraire par les éloges de’ Louis XII et de Michel I’Hospital. Ce début fut un double suceés. Le barreau lui offrait un brillant avenir : il quitta fa plaidoirie et la capitale du Languedoe, et vint occuper Tarbes une charge de conseiller a la sénéchaussée de Bigorre. La convocation des états généraux devait étre l’époque dune ére nouvelle. Les citoyens appelés aux élections comprirent toute Pimportance de leur haute mission. La rédaction du cahier fut dans chaque localité l'objet de graves dis

cussions. Barrére eut une grande part a celle du cahier du tiers état de la sénéchaussée de Bigorre; i] se prononga hautement contre les priviléges de la naissance. 1! fut élu ccpate, et resta fidéle A son mandat et aux principes qu’il avait manifestés avant son élection. De tous les orateurs qui se sont distingués A la tribune de Assemblée constituante et de la Convention, aucun n’occupe une aussi large place que Barrére dans les procés-verbaux de ces deux assemblées : la nomenclature de ses rapports et de ses opinions remplit vingt-sept colonnes in-4° des tables du Moniteuwr. Droit public, finances, liquidation civile , judiciaire , administrative, il discutait les questions les plus graves avec une prodigieuse facilité. Son élocution était brillante et concise, mais elle avait plus d’éclat que de profondeur. Il fonda le premier journal politique de la réyolution, Je Point du Jour, Cette feuille, exclusivement consacrée aux débats de l’Assemblée nationale, obtint un succés mérité.

La yérification des pouvoirs n’était pas terminée quand il appela l’attention de ses collégues sur la disette qui aflligeait Paris. I] proposa qu’il fot nommé immédiatement une commission spéciale pour en examiner les causes et indiquer les moyens d’en arréter ou du moins d’en atténuer les déplorables effets. Ces causes ne purent étre connues que plus tard : on ignorait alors l’existence du Pacte de famine; on ignorait que depuis 1765 le monupole des grains avait été accordé 4 une compagnie privilégiée. Des ministres , des intendants de province, des chefs de la magistrature, des princes méme étaient intéressés dans cette horrible spéculation. Le marché ne fut découvert que dans les archives de la Bastille. Le ministre des finances, Necker, proposa un emprunt hypothéqué sur les biens du clergé. L’adoption de ce projet edt été un obstacle a Valiénation de ces biens; Barrére s’y opposa, et l’emprunt ne fut pas voté. A l’exemple du congrés des Etats-Unis , Assemblée nationale crut devoir faire précéder le nouveau pacte constitutionnel d’une déclaration des droits. Elle adopta 4 la presque unanimité, sur la proposition de M. de La Rochefoucault, Particle suivant : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de ’homme. Tout citoyen peut done parler, écrire, imprimer librement, sauf a répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Barrére trouvait cette rédaction incompléte. I] soutenait qu’il fallait déclarer en principe que la liberté de la presse est la garantie nécessaire de la liberté publique. Les articles constitutionnels votés dans la célébre séance du 4 aott attendirent longtemps la sanction royale; enfin, le roi envoya des observations, qui donnérent lieu a de graves débats. Barrére soutint le principe que les articles constitutionnels étaient au-dessus de la censure royale; que le velo n’était applicable qu’aux lois ordinaires; que le roi n’avait pas le droit d’examen de la loi fondamentale, qu'il n’avait que la faculté d’y aceéder.

Dans l’Assemblée nationale, & peine quelques orateurs du coté droit prenaient part aux discussions; le cété gauche seul supportait tout le poids des travaux législatifs. Barréve se livra tout entier 4 ces pénibles et honoradles fonctions. Il s’opposa a ce que les ministres prissent l’initiative en matiére de finances. Lors de la fuite de Louis XVI, il ne pensa point que sa qualité de roi dot le placer en dehors du droil commun, et soutint qu’il ne devait pas étre interrogé par des commissaires. Son opinion ne fut pas adoptée.

Il appartenait au premier peintre de (époque de reproduire sur la toile le serment da jeu de paume. David avait commencé cette large composition, oi l'artiste avait voulu conserver les portraits fidéles des principaux personnages et Vensemble de ce grand drame politique ; travail qui exigeait beaucoup de temps etde dépense. Sur la proposition de Barrére, Assemblée décréta que ce tableau monumental serait terminé aux frais de la nation, Ce fut aussi sur sa proposition que la yeuve de J.-J. Rousseau obtint une pension.

BARRERE DE VIEUSAG

Les représentants d’une nation ne s’apy artiennent point, rien nedevrail les distraire des devoirs que leur impose le mandat qu'ils ont accepté, et cependant des cartels étaient adressés aux principaux orateurs du cété gauche. Des duels eurent lieu entre Cazalés et Barnave, Lameth et Castries. A l’occasion de ces déplorables scénes Barrére publia de judicleuses et énergiques observations sur le duel. Des clubs nouveaux s’étant formés, il ne fit qu'une courte apparition A celui des Feuillants, et revint ala société des Amis dé la Constitution (les Jacobins), La mort de Mirabeau avait surpris et affligé toute la France; ses obséques furent une grande solennité nationale; Barrére prononga l’oraison funébre du célébre orateur, et se montra le digne interpréte dc la douleur publique. L’Assemblée termina sa longue et mémorable session par la constitution. Elle s’interdit le droit de siéger 4 l’Assemblée législative qui devait lui succéder. Barrére rentra comme tous ses collegues dans la vie privée. Il fut appelé pendant la session de la premieére législature au tribunal de cassation. Lorsqu’une Convention nationale fut convoquée, Barrére fut nommé député. La république fut proclamée dés la premiére séance. Une ére nouvelle s’ouvrit alors pour la France, et a partir de ce moment le nom de Barrére se rattache aux actes les plus importants, aux éyénements les plus graves de cette époque.

La Convention s’était constituée le 23 septembre; l’un de ses premiers actes fut l’envoi de Barrére en mission dans les départements des Hautes et Basses-Pyrénées. Son absence ne fut pas longue, et dans la séance du 1° octobre il signala le premier a la censure de la Convention l’influence funeste de la municipalité de Paris, qui envahissait tous les pouvoirs et se plagait au-dessus des lois. Dans cette circonstance , Barrére fit preuve d’un grand courage et d’une rare prévision; mais la municipalité trouva dans l’assemblée de puissants défenseurs, et la proposition de Barrére ne fut qu’un avertissement courageux, mais inulile. Le lendemain, 10 octobre, il fut nommé membre du comité de constitution ; toutes les nuances d’opinions s’y trouvaient représentées : Barrére avait pour collégues Brissot , Vergniaud , Gensonné , Thomas Payne, Sieyés, Danton et Pétion, qui, huit jours aprés, fut élu maire de Paris, a la majorilé de 13,746 voix sur 15,317. Barrére fut élu président de la Convention le 29 novembre suivant. II dirigea les premiers débats du procés de Louis XVJ1; il vota pour la mort, et s’opposa au sursis; il rédigea adresse aux Frangais sur la mort du tyran, provoqua le jugement des assassins des 2 et 3 septembre et l’expulsion des Bourbons, La Convention, sur sa proposition , décerna a Michel Lepelletier les honneurs du Panthéon, et adopta sa fille au nom de la république. Barrére avait bien compris le mandat d'omnipotence de la Convention; il ne dépendit pas de lui que le plan de constitution proposé par Condorcet ne fat adopté; il le défendit avec plus de talent que de succés contre les efforts du parti de la Montagne.

La Convention réunissait tous les pouvoirs; une immense responsabilité pesait sur elle, mais il lui importait d’étre libre dans ses actes , et dés le premier jour de son existence elle eut & soutenir une lutte contlinuelle el orageuse contre la municipalité de Paris. Le 10 mars des émeutes nombreuses et armées avaient été dirigées contre les Girondins. Santerre rendit leur tentative impuissante. Barrére osa les féliciter a la tribune. Le 25 décembre 1792 il fut nommé membre du comité de défense générale : on comptait parm: ses vingt-quatre collégues les principaux Girondins; ils com. posaient la majorité. Le 7 avril 1793 le premier comité de salut public fut organisé; Barrére ne cessa point d’en faire partie jusques et méme aprés le 9 thermidor an II. Ses collogues.s’élaient partagé la partie active du pouvoir, et ne lui avaient Jaissé que les rapports ; il n’élait que lorgane des arrétés de ce comité, Dans la fameuse journée du 1° juin 1793 la Convention se vit envahie par une foule immense et menagante, Barrére proposa a lassemblée de quitter la

BARRERE DE VIEUSAC — BARRES

salle de ses séances, et de se transporter au milieu méme des masses qui l’environnaient; sa proposition fut adoptée et exéoutée A instant méme. La Convention parcourut en corps le jardin des Tuileries, rentra dans la salle de ses séances, et reprit le cours de ses délibérations, Dans son rapport sur les moyens d’extirper la mendicité, qu’il appelle la lépre des monarchies, Barrére déclare qu'il considére les secours A lindigence infirme comme une dette de l’Etat; son projet, malheureusement, ne put étre mis 4 exécution, La faction de Uétranger, dont des écrivains sans portée ou sans bonne foi ont nié Vexistence, entravait déja la réalisation de toutes les ceuvres utiles. Son influence s’était fait sentir aprés la journée du 13 aodt. Son plan était habilement concerté: son but était de détruire la Convention par la Convention elle-méme ; elle avait placé son centre d@opérations dans la commune de Paris. Barrére Pavait deviné. La faction agissait surtout dans les assemblées des sections. Le proces de Louis XVI n’était encore qu’un projet, quand, en décembre 1792, de nombreuses députations de sectionnaires osérent prendre Vinitiative et poser la question suivante : Louis, ci-devant roi des Francais, est-il digne de mort? Barrére, président, avait répondu ; « La Convention ne doit compte de ses pensées et du jugement de Louis qu’a la république entiire. » La mort de Louis XVI ne changea rien au systéme d’opposition de la commune contre la Convention. Guadet avait proposé de casser toutes les autorités de Paris, et de convoquer 4 Bourges tous les suppléants de la Convention pour former une nouvelle assemblée, dans le cas od la dissolution de la Convention serait effectuée par la force ou par sa yolonté. Barrére, au nom du comité de salut public, répond: « Il est vrai qu’il existe 4 Paris, et, par des ramifications dans toute la république, un mouvement préparé pour perdre la liberté. Ce mouvement, commencé a Marseille , s’est étendu jusqu’a Lyon et dans plusieurs autres départements. Parmi nous la peur, la vengeance et les haines personnelles ont fait attribuer aux divers cdtés ce qui n’est que Youvrage de laristocratie. Voila la véritable cause de nos dissensions... Les étrangers ne veulent pas nous attaquer ; ils espérent tout de!’esprit de désordre qui régne parmi nous. »

Barrére cite plusieurs faits d’ot il résulte que Chaumette et Hébert, qui dominent a la commune et dans les sections, ont tout disposé pour un mouvement dont le but est de décimer la Convention. Il examine ensuite le projet de Guadet : « Si je voulais l’anarchie, dit-il, j'appuierais la proposition de casser les auturités constituées de Paris; » et le projet fut écarté par ordre du jour.

Les journées des 31 mai et 2 juin eurent de déplorables résultats. La division qui régnait dans l’assemblée atteignit les comités et méme celui de salut public, sur lequel pesait tout le fardeau de administration intérieure et des armées. Robespierre ainé, Couthon et Saint-Just s’emparérent seuls de la police générale, agirent sans le concours de leurs collégues, et leurs relations avec les membres influents de la commune, des sections ef des Jacobins devinrent plus actives et plus intimes. Le décret du 22 prairial , qui proscrivit un grand nombre de députés, fut proposé sans avoir été communiqué aux autres membres du comité. 1 est certain que lorsque les commissaires s’emparérent de la commune, on trouva parmi les papiers caisis dans les bureaux plusieurs piéces qui révélérent le projet des conjurés. Le non: de Barrere était inscrit le second sur une liste de députés qui le méme jour devaient étre mis 4 mort. Une faction nouvelle , mais dont le but était le méme, s’empara de l’éyénement de thermidor, et l’exploita 4 son profit. Barrére avait eu une grande part au succés de cette journee, et bientot aprés il fut proscrit et frappé d’une accusation capitale. Tous les actes des membres des anciens comités du gouvernement furent soumis a une sévére investigation par une commission spéciale. Le rapporteur de cette commission des yingt et un

DICT. DE LA CONYERS, — T, Il.

avait conclu A l’arrestation de Barrére, Collot-d’Herbois, Billaud-Varennes et Vadier. Barrére publia une defense remarquable par un rare talent de discussion. La Convention se constitua juge du proces ; les débats se prolongérent, Un décret du 11 germinal an [11 (31 mars 1795) le condamna a la déportation avec Collot-d’Herbois, Billaud-Varennes et Vadier.

La Convention fut envahieet presque entidrement dispersée dans la désastreuse journée du 1°" prairial. Romme profita de cette circonstance pour enlever un décret qui rappelait Barrére et les autres déportés. La Convention, rendue a ses fonctions, en rendit un autre qui rapporta le premier, et renvoya Barrére, Collot-d’Herbois et Billaud devant le tribunal criminel de la Charente-Inférieure. Le courrier porteur de ce décret arriva trop tard pour Collot et Bilaud ; ils étaient déja partis pour la Guyane. Barrére seul était resté a Pile d’Oieron. I fut transféré & Saintes. Aprés la journée du 13 vendémiaire an IV , par une contradiction qu’il serait difficile @’expliquer, le décret qui ordonnait sa mise en jugement devant le tribunal de Saintes fut rapporté, mais celui qui pronongait sa déportation fut maintenu, {1 mit fin a ce conflit en s’évadant, et sa liberté lui fut légalement rendue par le décret d’amnistie qui rappela les proscrits du 18 fructidor.

Ses compatriotes, dont il avait conservé la confiance , Yavaient désigné, en 1805, comme candidat au Sénat conservateur et au Corps Législatif; mais il ne fut pas agréé par le Sénat. Depuis sa miseen liberté, il rédigeait le Memorial anti-Britannique, journal destiné a faire connaitre les envahissements du gouvernement anglais ef les moyens d’y mettre un terme; il publia plusieurs autres ouvrages de haute politique, Dela Pensée du Gouvernement, la Liberté des Mers, etc. On lui doit un Eloge de l Hospital, des Observations sur Montesquieu. Ilavait fait paraitre pendant son premier exil (1795) une traduction des Veillées du Tasse et des Nuits d Young. Il fut élu pendant les Cent-Jours 4 la Chambre des Représentants. Le désastre de Waterloo ramena les armées coalisées sous les murs de la capitale. Barrére démontra l’insuffisance des lois constitutionnelles pour sauver ia France envahie et non conquise. Il appuya la proposition de Garat pour la promulgation dune déclaration des droits. Cet acte ne pouvait étre ef ne fut en effet qu’une profestation coutre linvasion étrangere. « Occupez-vous sans délai de ce travail, disail-il ; c’est ce que vous léguerez de mieux aux générations futures, et ce sera un beau spectacle dans Vhistoire que de vous voir discuter vos droits avec calme en présence méme de toutes les armées coalisées. »

La capitulation de Paris ouvrit pour la seconde fois, sous la protection des baionnettes étrangéres, Ventrée de cette ville aux Bourbons. Barrére fut compris dans ]’ordonnance d’exil du 24 juillet 1815; il se retira 4 Bruxelles, ot il vécut de ses travaux littéraires jusqu’a ce que la réyolution de 1830 lui permit de revoir le sol natal. En 1831 il fut de nouveau élu député par les Hautes-Pyrénées, mais son élection fut annulée pour vice de forme. Appelé alors & faire partie de l’administration supérieure de ce département, comme membre de son conseil général, son grand age |’obligea & se démettre de ces fonctions en 1840. Il rendit le dernier soupir le 14 janvier 1841. Il avait chargé M. Hippolyte Carnot de la publication de ses mémoires, et le fils de son ancien collégue & la Convention s’est pieusement acquitté de ce devoir ; ils ont vu le jour a Paris en 2 yolumes in-8° ( 1842 ), Durey ( de PYonne ).

BARRES ( Jeu de ). C’était dans Vorigine un jeu militaire. Les armes de trait étaient alors les seules en usage. Les jeunes gens s’exercaient 4 lancer, sur un point déterminé, de lourdes barres; celui qui avait fait preuve de plus d’adresse et de force était proclamé vainqueur. L’invention des armes a feu a rendu cet ancien exercice inutile. Le jeu

de barres ne consiste plus aujourd'hui que dans une lutte a la course.

Les joueurs se séparent en deux troupes; ils viennent se provoquer réciproquement, ils courent les uns contre les autres entre des limites marquées, en sorte que si quelqu'un de lun ou de l’autre parti est pris par ses adversaires, il demeure prisonnier jusqu’a ce que quelqu’un de son parti le délivre, en ’emmenant malgré les poursuites du parti contraire.

Les parties de barres du Champ de Mars étaient célébres jadis dans l’université de Paris, ef de nombreux spectateurs s’y donnaient rendez-vous les grands jours de congé. Le Plessis et le collége des Irlandais réunis y luttaient contre les Grassins et Harcourt ; chaque parti avait son camp ef sa couleur: le Plessis le bleu, les autres le rouge.

Durey ( de ’Yonne ).

BARRETTE, BERRETTE, BERRET. Ce sont des espéces de petits bonnets ronds que les nobles portaient jadis 4 Venise, et que les enfants, les ouvriers, les hommes du peuple portent encore dans quelques pays. Le berret de laine, de diverses couleurs , est la coiffure nationale des Béarnais et des Basques. Il y a cinquante ans la premiére de ces deux races le portait brun, et la seconde bleu. Aujourd’hui les deux peuples le portent indifféremment de toutes couleurs, depuis le rouge jusqu’au blanc.

Dans l’Eglise , la barrette était originairement un bonnet de toile mince, qui s’appliquait exactement sur les oreilles, a la différence du berre¢, posé négligemment sur la téte, et qui ne les couvre jamais. C’était une espéce de béguin enfant, qui n’était qu’a Pusage des papes. Elle se transforma, plus tard, en ce bonnet carré rouge, du méme nom, que portent les cardinaux , et qui est une des marques de leur dignité. Aussi recevoir la barretéte signifie-t-il étre promu au cardinalat ( voyez CARDINAL ).

BARRICADES. Lorigine des barricades doit se reporter sans doute a celle de la civilisation elle-méme. La premiére bourgade de bois et de terre glaise ou s’agglomérérent quelques familles humaines fut infailliblement pil- ée et brdlée par ses voisins errants des foréts. Elle se releva cité, batie de pierres et enclose de murs. La premiére ville vit bientot le premier siége, et fut forcée de reconnaitre que l’enceinte invincible et sacrée dont l’abri la rendait si fire pouvait étre ouverte par le bélier ou escaladée par la tortue et les tours roulantes. Il fallait done songer 1 une seconde barriére, locale, mobile, instantanée, proore & défendre chaque rue, chaque temple, chaque foyer, quand la cité elle-méme était forcée, 4 rendre inutile par cent résistances partielles le succés général de l’assaut extérieur. Cette barriére fut improvisée avec les matériaux que ie hasard offrit aux assiégés, poutres et piéces de hois de tout genre, tables, barriques, pierres, décombres des murailles renversées par ’ennemi, et derriére ce nouveau rempart le courage et le désespoir purent de nouveau suppléer a Vinfériorité du nombre.

Les barricades naq¥irent probablement dans quelquesunes de ces villes de l'Hellénie antique ou de I’Italie primitive dont chacune était le chef-lieu d’une république ou d’un royaume belliqueux, au territoire si exigu que quelques heures de marche amenaient le voisin, ou Pennemi — c’était tout un — sur les bords de leurs fossés. Dans les temps historiques , nous voyons les habitants de Sagonte employer ce moyen de défense contre Annibal; les Lacédémoniens contre Pyrrhus, alors que les femmes de Sparte arrachérent la victoire aux Epirotes, vainqueurs de leurs maris; les infortunés débris de Carthage, réfugiés dans leur citadelle avec le dernier chef dela race hérorque des Barca, la disputérent ainsi pied & pied aux perfides destructeurs de leur patrie. Bien d’autres villes ont suivi depuis cet exemple.

Les barricades modernes changérent entitrement de but et de caractére ; bien que la guerre réguliére ait continué

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