BARRES — BARRICADES
den faire emploi, ce n’est pas a leurs services contre |’invasion étrangére qu’elles soht redevables de leur immense célébrité, et nous renverrons le lecteur a l’article Pauissa- DEs pour leurs rapports avec l’art militaire et le génie. Les barricades dont nous avons 4 narrer Ja turbulente histoire, cest l’arme offensive et défensive de l’insurrection bourgeoise, c’est le veto définitif du peuple contre la surcharge des tailles, le blocus du palais des rois par les rues courroucées, le boulevard infranchissable contre lequel sont venues se briser trois dynasties, les Valois, les Bourbons et les d’Orléans.
Sceurs des libertés municipales au moyen dge, elles apparaissent avec cette révolution communale du douziéme siécle, qui constitua le tiers état, en émancipant du joug de la race franque une partie des vrais enfants du sol gaulois; c’était en effet la fortification la plus efficace 4 opposer aux gens d’armes que pouvait vomir dans la ville le chatel ou la tour du seigneur laique ou ecclésiastique, souvent situés en dedans des murailles. De ce qui n’avait été qu’une heureuse inspiration, une ressource créée 4 Ja hate contre un péril imminent, on fit bientét un systéme de défense permanent, comme les compagnies bourgeoises , qui recurent en beaucoup de lieux une organisation militaire, sous les noms d’archers , arbalétriers, puis arquebusiers et canonniers. Nous n’entreprendrons pas l’impossible énumération des scénes ow les barricades jouérent un réle important dans nos provinces pendant le cours des luttes féodales, puis des guerres religieuses ef politiques qui les suivirent. Hatonsnous de les montrer surgissantes sur un plus brillant théatre, en ce Paris dont les exploits font retentir les annales de siécle en siécle.
Elles n’y parurent que fort tard. Tenu en respect par la grosse tour du Louvre et par la puissance royale, qui pesait 14 comme sur son centre, Paris ne put tenter que vers le milieu du quatorziéme siécle de conquérir ce privilége des communes , dont la royauté lui refusait les chartes libératrices. En 1358, durant la captivité du roi Jean en Angleterre, la mauvaise conduite des favoris du dauphin Charles, son peu de déférence pour le conseil que lui avaient donné les états généraux, poussérent a bout le peuple parisien. Ce fut Etienne Marcel, ce prévét des marshands dont Paris, trompé par des historiens ignorants ou menteurs, a si longtemps maudit la mémoire et oublié les services pour ne se rappeler que ses fautes; ce fut, disons-nous , Etienne Marcel, membre du conseil des Trente-Six, qui s’avisa pour lors de barrer chaque coin de rue avec de fortes chaines. Retroussées habituellement autour de l’anneau qui les scellait 4 la muyvaille, au premier cri d’alarme on les tendait au travers de la rue pour les aller fixer de l’autre part & un crochet de fer. Leurs anneaux se voyaient encore dans certains quartiers il n’y a pas longtemps. Les chaines demeurérent bien des années l’4me des barricades, qui s’y appuyaient et les serraient entre un double rang de pierres et de bahuts. On connait la fin tragique de leur inventeur. Elles demeurérent immobiles aux angles des rues depuis samortet larentrée du dauphin Charles jusqu’en 1383, époque A laquelle les ducs d’Anjou, de Bourgogne et de Berri, oncles du roi Charles VI, les enlevérent aux Parisiens , pour empécher toute résistance & leurs horribles exactions. Plusieurs années aprés, Jean-sans-Peur, fils de ce duc de Bourgogne que nous venons de signaler comme l'un des oppresseurs de Paris, fit rapporter les chaines du chateau de Vincennes, oi elles avaient été déposées, et les rendit aux Parisiens. Ce fut 14 ’une des causes de cette popularité dont il abusa bient6t si cruellement. On ne tarda pas & mettre A profit cette restitution : les chaines furent tendues maintes fois durant les troubles des Armagnacs et des Bourguignons, et pendant les horribles massacres exécutés par les cabochiens sous les auspices du duc Jean.
Les barricades se purifidrent de cette souillure en se for-