BARRICADES
mant contre 1 étranger. En 1436, le peuple, fatigué de la tyrannie des Anglais, se souleva avec fureur, tandis que les hommes d’armes du connétable de Richemond pénétraient dans la ville. Bient6t les tuiles, les poteries, les meubles , pleuvent de chaque croisée sur les champions du Léopard, arrétés de tous cotés par des barriéres soudaines , et Paris recouvre, sinon la liberté, du moins l'indépendance nationale.
Il faut maintenant franchir un long intervalle pour retrouver les barricades. Elles ne reparaissent qu’aprés un siécle et demi, pour consommer la ruine de ces Valois qu’elles ont rappelés jadis. Ce grand événement eut lieu le 12mai (588. Le roi Henri III était devenu odieux aux protestants, que dirigeait Henri de Navarre, et aux catholiques, dont la Lig we formidable ne reconnaissait en réalité d’autre chef qu’Henri de Guise, bien que le roi se fat mis officiellement a la téte de la Sainte-Union. Les seize quartiers de Paris, ou dominaient seize meneurs déyoués au duc de Guise, comptaient plus de vingt mille ligueurs déterminés 4d prendre les armes au premier signal, lorsque le roi, irrité de ce que le duc edt osé revenir dans la capitale malgré sa défense, parut se disposer 4 quelque coup d’Etat. La noblesse royaliste se rassemble au Louvre; quatre mille Suisses entrent dans Paris par la porte Saint-Honoré, et occupent les principaux postes de la ville. Le peupleles regarde en silence : « Il n’y a femme de bien qui ne passe aujourd’hui par la diserétion d’un Suisse, » dit tout haut un rodomont de cour. A cette insolente menace la masse inerte s’ébranle, les rues se dépavent, on court aux chaines; tonneaux remplis de terre, planches, solives, coffres, s’accumulent en barriéres infranchissables; le tocsin sonne; les barricades savancent de quartier en quartier, investissent les troupes royales, et la derniére d’entre elles vient se dresser en face du Louvre. Les Suisses, assaillis avec fureur en divers lieux, et surtout au Marché-Neuf, eussent été mis en piéces sans intervention du duc de Guise, qui leur permit de reprendre le chemin du Louvre, sans tambours, tétes découvertes et piques baissées. La marche du duc de son hdtel 4 celui de Soissons, ot la reine mére, Catherine de Médicis, Vattendait afin d’entamer des négociations de la part du roi, fut un véritable triomphe pour le prince Jurrain et pour le peuple. Henri III n’attendit pas la fin des pourparlers, et s’échappa le lendemain de Paris. Il n’y devait plus rentrer,
Le régne sage et bienveillant de Henri IV, le puissant despotisme du cardinal de Richelieu, surent prévenir le refour des mouvements populaires, un par J’affection, l’autre par la crainte. Mais aprés la mort de Louis XIJJ, I’administration a la fois faible et arbitraire de sa veuve, Anne dAutriche, les pillages effrontés de son ministre Mazarin et de ses avides courtisans’, firent monter sur horizon de nouveaux orages, Ils éclatérent 4 ’occasion de la résistance courageuse qu’opposa le parlement aux entreprises de la cour, le 26 aot 1648. La reine ayant fait arréter deux conseillers de la grand’ chambre, Broussel et Blancménil, le peuple conrut aux armes; ef quoiqu’on n’edt pu arracher le vénérable Broussel des mains des gardes, la sédition alla toujours croissant jusqu’aux environs du Palais-Royal, ot logeait alors la régente. Elle ne s’apaisa que sur la promesse de remettre en libertéles prisonniers, promesse faite par le coadjuteur de Paris, au nom de la reine. Le lendemain on ne pensait plus A Vexécution de cette parole; le peuple y songea, lui. Le coadjuteur, furieux d’avoir été joué par Anne d’Autriche et Mazarin, soufile le feu qu’il a éteint la veille, et tandis que le parlement délibére sur Yattentat commis contre ses membres, cent mille Parisiens se léyent en armes derriére deux mille barricades, espéces de citadelles dont quelques-unes étaient si hautes quwil fallait des échelles pour les franchir; elles étaient, disent les mémoires du temps, construites avec tant d’art que
tout le reste du royaume ensemble n’edt pas élé capable d» les forcer. Il n’y eut pas méme de combat, sinon a la porte de Nesle, of un détachement suisse fut écharpé par les amis du coadjuteur. La cour humilia son orgueil devant les piques de la garde bourgeoise, ralliée aux masses des Halles et de la place Maubert. Les deux magistrats retournérent au Palais , aux acclamations de la grande ville, et la déclaration du 24 octobre 1648, qui accordait au parlement un salutaire controle sur les actes de la couronne, fut le fruit des barricades : fruit peu durable, par malheur!
Bien que la journée du faubourg Saint-Antoine ( 2 juillet 1652 ) sorte un peu de notre cadre, et doive étre considérée comme une bataille réguliére entre des troupes régulidres , nous ne pouvons passer sous silence cette lutte si terrible ot le faubourg Saint-Antoine entier offrit aspect d'un camp retranché, dont chaque palissade, chaque ouvrage furent pris, repris, arrosés de sang durant tout un jour. Les deux premiers capitaines de l'Europe dirigérent lattaque et la défense , ramenant tour 4 tour 4 la charge leurs bataillons épuisés. Condé défendant, Turenne attaquant le faubourg, se rencontrérent plus d’une fois ’épée au poing travers ce labyrinthe de retranchements improvisés, de maisons crénelées yomissant du feu et du plomb par toutes leurs meurtriéres. La rue de Charonne fut surtout fatale aux royalistes, la rue de Charenton aux frondeurs. Le neveu du cardinal Mazarin et le marquis de SaintMégrin, commandant Vaile droite de l’armée royale , expirérent dans la premiére aux pieds de Condé, dont ils avaient juré la mort. La seconde vit tomber morts ou criblés de blessures V’élite du parti des princes, Jes ducs de La Rochefoucauld, de Nemours, etc. L’armée de Condé, trés-inférieure en nombre, fut enfin acculée a la place de la Bastille, et les maréchaux de Turenne et La Ferté allaient en milrailler les débris, ramassés dans cet étroit espace, lorsque les portes de Paris, neutre jusque alors dans cette querelle , s’ouvrirent enfin pour recueillir les vaincus, dont le canon de la Bastille protégea la retraite.
Mais le parti féodal a succombé comme celui du parlement. La monarchie absolue a fait dans Paris son entrée triomphale : adieu la garde bourgeoise, les mots de passe et les tambours de l’insurrection! adieu les barricades! la voix de 89 ne les réveillera méme pas : le 14 juillet et le 10 aout ne feront pas appel a leur abriredoutable; la révolution attaque la poitrine nue, elle n’a que faire d'une armure défensive. L’Empire a passé. La Restauration nous raméne les orages de la tribune, entremélés, parfois, de ceux de la place publique. Nous ne nous arréterons pas sur les barricades de la rue Saint-Denis, en 1827, ot Virritation publique amena sous les balles des soldats une foule imprudente. Aprés quinze ans de luttes parlementaires, la royauté tire ’épée et jette a ses adversaires comme gage de combat les ordonnances du 25 juillet 1830. Les barricades se redressent, et c’est sur un tas de pavés que tombe la dynastie de l’étranger. Voyes JuiLet ( Réyolution de ).
Dans les heures d’enivrement et d’apparente union qui suivirent le triomphe populaire, qui n’edt pu croire l'histoire des barricades 4 jamais close par cette éclatante catastrophe? Il n’en devait pas étre ainsi : les germes de discorde cachés dans le sein du vaste parti libéral, od s’amalgamaient tant d’éléments divers, ne tardérent pas a étre travaillés par des mains inactives pendant le combat : Pirritation des hommes d'action qui s’étaient vus pris pour dupes ne tarda pas 4 se manifester avec violence. Un premier essai de barricades, sans importance, il est vrai, fut tenté lors de la nouvelle du désastre de Varsovie (17 septembre 1831). Paris était réservé, neuf mois aprés, a des scénes bien plus déplorables & propos du conyoi du général Lamarque, Pun des plus illustres chefs du coté gauche de la Chambre. Voyez Juin 1832 (Journées de). Henri Martin,
Lhistoire des barricades ne devait pas s’arréter of Va
Jaissée notre savant collaborateur en 1833. On sait qu’en 1834 Lyon, Paris et d’autres villes se hérissérent de barricades (voyez Avrit [Journées d’]). En mai 1839 deux cents jeunes gens, appartenant a la Société des Familles , et dirigés par Barbés, Auguste Blanqui et Martin Bernard, descendent dans la rue au moment ot l’on s’y attend le moins, dressent des barricades et s’avancent jusque sur Je Palais de Justive et ’Hotel de Ville, qui sont sur le point de tomber en leur pouvoir. En fé vrier 1848 la royauté de 1830 tumbe devant ces mémes barricades qui l’avaient élevée. Mais a peine la république est-elle proclamée que Yinsurrection redresse la téte, et les hommes les plus avancés soulévent encore les pavés contre ceux qui ont saisi le pouvoir. Les barricades de juin 1848 resteront comme un des plus tristes souvenirs de l’histoire de nos discordes civiles. A cette époque on proposa au gouvernement de faire construire des barricades mobiles derriére lesquelles les troupes pourraient avancer contre les barricades des insurgés. Plusieurs fois encore, et dans différentes villes, on tenta d’en dresser, mais elles n’ont pas depuis arrété la marche du gouvernement. Dans les journées de décembre 1851 le représentant Baudin se fit tuer sur une barricade de la rue du Faubourg-Saint-Antoine. Des peines sévéres ont été portées contre les faiseurs de barricades, et en dernier lieu le ministre dela guerre ordonna de passer par les armes tous ceux qui seraient trouvés travaillant a ces fortifications. L’art de faire des barricades fut porté a l’étranger aprés la réyolution de Février, et en plusieurs endroits elles ont arraché des concessions aux gouvernements.
BARRICADES (Les), défilé de Piémont, 4 56 kilométres d’Embrun. Le prince de Conti, avec une armée francaise de vingt mille hommes, et don Philippe, a la téte de vingt mille Espagnols , passérent le Var le 1°" avril 1742. Le comté de Nice se rendit ; Villefranche fut emportée d’assaut. Les Anglais, qui avaient pénétré dans les Alpes, furent culbutés; on arriva aux Barricades : c'est un passage de six métres environ de largeur, resserré entre deux montagnes s’élevant jusqu’aux nues. Le roi de Sardaigne avait fait couler dans ce précipice la Stura, qui baigne la vallée. Trois retranchements et un chemin couvert défendaient ce poste; il fallut ensuite se rendre maitre du chateau de Démont, bati avee des frais immenses sur la créte d’un rocher isolé. Ces barricades avaient été tournées habilement par les Frangais et les Espagnols ; ils les avaient emportées presque sans. coup férir, en mettant ceux qui les défendaient entre deux feux. « Cet avantage, dit Voltaire, fut un des chefsd’euvre de Part de la guerre; car il fut glorieux, il atteignit le but proposé, et ne fut pas sanglant. »
Plus de cinquante ans aprés, le 14 septembre 1794, les Frangais, commandés par le général Vaubois , attaquaient 4 la baionnette ce méme poste des Barricades, et s’en rendaient maitres.
BARRIERE (dérivé de barre, barrer), obstacle en bois ou en fer, placé jadis devant certains hétels comme signe d’autorité, de féodalite. S’il survenait une émeute, si Je peuple s’attroupait pour porter quelque plainte, le seigneur, le fonclionnaire , le magistrat descendait a sa porte, afin d’entendre les griefs; mais il restait en deca de la barriére, pour ne pas ¢tre assailli par les mutins. Telle fut l’origine des barriéres que les grands seigneurs avaient ou s’arrogeaient le droit de placer devant leurs hétels, mais qu’ils furent obligés, méme avant la révolution, de laisser périr de pourriture et de vétusté, car on ne les forca pas de les faire enlever,
Les différents gouvernements , dans un intérét fiscal, et afin de protéger l'industrie nationale contre la concurrence étrangére, ne permettent l’introduction dans leurs Etats des marchandises venant de l’étranger que moyennant lacquit de droits déterminés, L’entrée de certaines marchandises ou denrées est méme quelquefois entitrement prohibée. Pour