‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 34 sur 488 · ARNAULT · texte numérisé non relu

ARNAULT

voir impérial lui-méme ne fut pas toujours a Pabri de ses ‘épigrammes secrétes. Aprés l’exil de Lucien Bonaparte, i devint le patron d'un homme de lettres que le frere de l’empereur lui avait en quelque sorte légué, de Béranger, qui était alors aussi inconnu qu’il est devenu depuis justement célébre ; et c'est 4 ce double titre d’ami et d’opposant qu’Armault favorisa de tout son cceur la propagation de la fameuse chanson du Roi d’ Yvelot, considérée a cette époque comme la satire la plus vive de Napoléon et de son systéme.

Durant sa longue carriére administrative , Arnault livra seulement de tempsa autre aux journaux périodiques quelques fables qui ont un cachet particulier et renferment souvent de bonnes épigrammes qui sont aussi de bonnes peintares de meurs. Plus tard, elles furent réunies en un recueil, auquel, dans les derniéres années de sa vie, il ajouta un petit volume d’apologues, dont quelques-uns sont pleins de finesse et de bonhomie.

Ji était en 1814 secrétaire général de l'Université impériale, quand la Restauration vint, pour la premiére fois, franchir nos portes, I] avait été heureux sous l’empereur; il espéra, comme beaucoup de poétes de ce temps-la, pouvoir Yétre sous les Bourbons, et se rappela tout a coup qu'il était le filleul du comte de Provence , qui n’était autre que le roi Louis XVIII. Lui aussi courut plein d’espoir a sa rencontre ; mais il en fut, dit-on, trés-froidement accueilli.

Cette dette du coeur payée, Arnault redevint ce qu'il était la yeille, un homme d’opposition ; il rentra dans son atmosphére habituelle jusqu’au retour de lile @’Elbe, oi il reprit ses fonctions dans l'Université, et fit partie, comme membre de la chambre des représentants, de la députation qui, aprés le désastre de Waterloo , alla déctarer aux puissances alliées que la France n’accepterait pas pour roi un Bourbon de la branche ainée.

Compris pour ce fait dans !’ordonnance du 11 juillet, quand d’auires membres de la méme députation n’y figuraient pas, il alla s’en piaindre 4 un ministre de ses amis, qui lui dit pour excuse : « Que voulez-vous? on avait besoin dun homme de lettres 4 intercaler au milieu des proscrifs : on a pris la liste de l’Institut; votre nom commence par un A etse trouve en téte de la liste, on I’a inscrit dans V’ordonnance ; ce n’est pas ma faute. Mais ne partez pas; j’arrangerai cela. » L’arrangement aboutit & deux longues années d’exil, pendant lesquelles la fermeté de caractére d@’Arnault ne se démentit pas un instant. Retiré a Bruxelles, il y trouva les plus honorables distinctions. C’est de 1a qu’en 1817 il fit représenter, 4 Paris, au ThéAtre-Frangais, sa tragédie de Germanicus, qui devint le prétexte des plus affligeants scandales et des persécutions les plus odieuses. La police de M. Decazes n’en permit pas la seconde représentation. Elle n’eut lieu qu’en 1824, sans succes : la vieille tragédie classique commengait & pencher vers sa ruine.

Arnault , qui avait été éliminé de l'Institut a ’époque de son bannissement, rentra en France en 1819, et prit part immédiatement, avec ses amis Etienne, Jay, Jouy, Dupaty, ala rédaction de /a Minerve, recueil politique alors fort en vogue, & celle des journaux satiriques le Miroir et l’Opinion, et devint un des collaborateurs nommés de la Biographie nouvelle des Contemporains, qui fit alors quelque bruit; puis, en 1829, ilrentra aussi, mais par une ¢lection nouvelle , dans le sein de l'Académie Francaise , dont i’avait exclu un acte arbitraire. M. Villemain , en qualité de directeur, lui adressa un discours remarquable. Avant et depuis $a nomination 4 la place de secrétaire perpétuel , dans laquelle il remplaga Andrieux , on avait remarqué un heureux changement dans son humeur, jadis un peu vive et méme difficile. En gardant la malice de son espr't, il la tempérait par les agréments d'un commerce aimable. Tous ses collagues avaient pour lui de laffection, de l'vstime, et tous s’applaudissaient de Ini avoir donné leurs suffrapzes,

A soixante-huit ans sa coustitulion rebuste semblait lai

présager une longue carriére , el plus d’une fois ses amis mi avaient dit qu’il était né pour faire l’épitaphe du genre humain. Sa bonne mine, la vivacité de ses yeux, la fraicheur de son teint, la gaieté de son humeur, les saillies de son esprit chassaient de toutes les pensées l’ombre d’un funeste présage.

Il était allé passer quelques jours 4 Goderville , aux environs du Havre, pour éloigner de Paris le plus jeune de ses fils, livré & une douleur profonde par la mort inattendue, prématurée de sa femme. La famille était réunie a la suite d'un repas, dans lequel, toujours attentif 4 distraire son fils, il avait montré la plus douce gaieté. Il se reposa un moment tandis que sa fille touchait du piano. A peine venait-il de s’assoupir qu’dn enfant le tira par la manche pour lui dire Bonjour. « C'est trés-bien a toi, mon petit ami, lui répondit le vieillard, en entr'ouvrant les yeux; mais Cet été mieux encore de me laisser dormir, » Puis il s’assoupit de nouveau. A quelque temps de la, on youlut le réveiller : il avait cessé de vivre, sans angoisse, sans con~ vulsion , le 16 septembre 1834.

Pendant son séjour 4 Bruxelles, Arnault avait encore composé une tragédie, Guillawme de Nassau, qui ne fut pas représentée, mais qui figure dans ses euvres, en huit volumes in-8°, avec ses fables, ses mélanges en prose, d'autres tragédies, plusieurs comédies , des poésies diverses, etc. On a encore de lui : De Administration des ¢iablissements @instruction publique, une Vie politique et militaire de

Napoléon, en trois volumes, et les Souvenirs d’un Sexagénaire, quatre volumes. L’empereur porta Arnault pour 100,000 fr. dans son testament de Sainte-Héléne. Il recut dabord 62,143 fr.; 32,218 fr. y ont été ajoutés en 1855.

ARNAULT (Lucten-Emixe), fils ainé du précédent, né a Versailles, en 1787, dut son premier prénom au prince Lucien Bonaparte, protecteur de sa farnille. H était sous 'Empire auditeur au conseil d’Etat, et fut chargé, en cette qualité, de l’'administration de plusieurs pays conquis, entre autres, pendant cing ans, de l’Istrie, dans les provinces Illyriennes. Revenu en France aprés la perte de nos conquétes, il fut d’abord sous-préfet 4 La Chatre, fonctions qu'il conserva pendant la premiére Restauration ; puis, au retour de Napoléon, préfet de I’Ardéche. Destitué a la se~ conde Restauration, lorsque son pére fut proscrit, il le suivit sur la terre d’exil, et ne revint en Fratice que quelques mois avant Je rappel de Pauteur de Marius a Minturnes.

Ce fut dans cet intervalle quaprés avoir présenté au Théatre-Frangais la tragédie de Pertinax, ou les Prétoriens,. qui ne devait étre livrée au public que beaucoup plus tard, et attribuée 4 son pére, il en fit jouer sur la méme scéne une autre, en trois actes, qui avait pear titre et pour sujet Régulus.

Cette pitce, qui est loin certes d’étre sans mérite , ne dut. pas uniquement son succes a elle-méme, mais encore au talent hors ligne de Talma, qui jouait le principal rdle, et surtout aux applications, aux rapprochements qui s’offraient. sans cesse entre les malheurs et la situation de Régulus et les infortunes et l’exil de Napoléon,

En 1823 M. Lucien Arnault fit jouer une nouvelle tragédie, Pierre de Portugal, vieux sujet, souvent traité sur diverses scénes de diverses nations, mais qu’il a su rajeunir parfois avec bonheur; et plus tard une autre tragédie, le Dernier Jour de Tibére, bien supérieure a la précédente , dans laquelle, brisant les entraves d'un passé qui ne peut plus que s’épuiser en vains eflorts, ila le courage de s’élancer avec ses contemporains a la recherche trop longiemps attendue d'une forme nouvelle,

A ces trayédies , sans compter Pertinax , ou les Prétoriens, de douloureuse mémoire, il en faut ajouter deux autres, Catherine de Medicis aux etats de Blois, et Gustave- Adolphe, oula Bataille de Lutsen, qui datent, la premidre. “de 1829, la seconde de 1830, et montrent, a des degrés de.

mérite différents, que auteur persistait dans ses nouvelles convictions littéraires.

Il vivsit retiré en Auvergne lorsque éclata la réyolution de Juillet; et protégé par le nom de son pére, il fut nommeé préfet de Sadne-et-Loire, puis de la Meurthe, etc., et partout il a laissé @honorables souvenirs. I] remplissait encore ces fonctions en 1848. Aprés la proclamation de la république il rentra dans la vie privée. Il mourut a Paris le 24 avril 1863.

ARNAUTES. Cest le nom que les Turcs donnent aux peuples que nous appelons Albanais.

Ona aussi donné le nom d’arnautes aux argoulets.

ARNAY-LE-DUC, petite ville de France , département de la Céte-d’Or, avec 2,559 habitants, est située sur 'Arroux, dans une contrée montagneuse. Elle fait un commerce de grains, chanvres, bestiaux et laines; il y a quelques fabriques, Le 25 juin 1570, Pamiral de Coligny remporta une victoire sur les troupes catholiques aux ordres du maréchal de Cossé. Dans la guerre de 1870, un brillant

combat y eut lieu entre les Frangais et les Prussiens. Garibaldi, secondé par le général Cremer, refoula les 10 a |

11,000 ennemis qui s’étaient engagés dans la vallée de YOuche, leur mit prés de 400 hommes hors de combat et les poursuivit jusqus sous les murs de Dijon (3 décembre). Ce suceés fut le fruit des combinaisons personnelles du capitaine italien, qui dirigea tous les mouvements. ARND (Jean), né le 27 décembre 1555, a Ballenstedt, dans la principauté d’Anhalt, aprés avoir suivi les cours de plusieurs universités, et étudié la chimie et 1a médecine, fut nommé, en 1583, a la cure de Paderborn, Expulsé de cette église pour s’étre refusé a renoncer & Ja formule d’exorcisme prescrite par le prince dans la cérémonie du baptéme, il seretira 4 Quedlimbourg, ou il fut nommé pasteur en 1590,

En 1599 il passa 4 Brunswick en qualité de prédicateur de |

la cour; de 1a a Eisleben, ow il resta de 1608 & 1611, ef enfin devint surintendant a Zell, oli] mourut, le 141 mai 1621.

Ses écrits ascétiques sont pleins de chaleur et d’onction : aussi l’a-t-on, a juste titre, surnommé le Fénelon de l’Eglise protestante. Son principal ouvrage , Le Véritable Christianisme, est encore populaire parmi les travailleurs, qu'il a mission de moraliser et de consoler, et restera longtemps le meilleur livre de piété de l’Eglise protestante. Il a été traduit en francais par Samuel Beauyal. De fanatiques luthériens

ne se firent pas faute cependant de l’attaquer, comme propre |

a entratner les lecteurs dans un dangereux mysticisme. Plus de deux siécles de succés ont fait justice de ces critiques , aussi injustes que passionnées.

ARNDT (Ennest-Mavrice) , poéte allemand trés-populaire, naquit le 26 décembre 1769, a Schoritz, dans Pile de Rigen, d’un pére fermier de divers domaines seigneuriaux, recut, dans la maison paternelle, une éducation simple, sévyére méme sous plusieurs rapports. Aprés avoir suivi les cours du gymnase de Stralsund, il alla étudier, de 1791 41794, la théologie et la philosophie, d’abord a Greifswald et ensuite 4 Iéna. Quelque temps apreés il entreprit en Suéde, en Autriche , en Hongrie, en Italie et en France, des voyages qui durérent dix-huit mois. Les observations qu'il y recueillit sont consignées dans une série de volumes qu’il publia de 1797 a 1804. En 1806, il fut nommé professeur a Vuniversité de Greifswald, et y fit un cours d’histoire.

Parmi les ouvrages les plus importants qu’il publia pendant son séjour dans cette ville, nous citerons La Germanie et l’Europe, ou il y a beaucoup d’idées neuves sur les arts, sur I’éducation, sur la tendance des esprits ; son Histoire du Servage en Poméranie et dans Vile de Riigen, qui lui attira force accusations et méme quelques dénonciations de la part de la noblesse; puis son Esprit du Temps ( Geist der Zeit ), dans lequel il attaquait Napoléon avec la plus audacieuse liberté : aussi, aprés la bataille d’léna, dut-il se réfugier en Suéde. En 1809 il revint de son exil, en se ca-

— ARNE p

chant sousle nom du maitrede langues Allmann, et la méme année il remonta dans sa chaire de Greifswald; mais approche de la guerre de 1812 il passa en Russie.

Avant cette époque et depuis il se lia avec la plupart des hommes considérables qui agissaient alors de concert pour arracher !Allemagne au joug de V’étranger. Le ministre baron de Stein, quwil accompagna en France, lemploya dans Vintérét de la cause & laquelle il s’était dévoué; et Arndt eut désormais pour mission d’entretenir et de raviver par de nombreuses brochures la haine contre les oppresseurs étrangers , ’amour de la patrie et de |’indépendance nationale. C’est & cette époque que parurent ses célébres pamphilets ; Le Rhin, fleuve, mais non pas frontiére de VAllemagne ; Le Catéchisme du Soldat; et sa brochure sur La Landwehr et la Landsturm, vendus a plusieurs centainesde milliers d’exemplaires. Ses meilleures poésies, dont plusieurs sont devenues des chants populaires, appartiennenf$ également a la guerre de V’indépendance eta la premiére époque d’ardent enthousiasme qui la suivit. On cite surtout

La Patriede V Allemand ; Le Dieu qui fit le fer ne voulut pas Wesclaves; le Chant de Bliicher, etc. Elles ont été réunies sous le titre deGedichte (1843, 1850).

En 1815, il s’établit sur les bords du Rhin, et publia 4 Cologne, jusqu’en 1816, le journal Ze Veilleur. En 1817 it se fixa a Bonn, et fut nommé, !’année suivante, a la chaire @histoire de Puniversité de cette ville. Mais, dés 1819, il se vit enveloppé dans des proces politiques, suspendu de ses fonctions , puis absous et mis 4 la retraite , avec maintien toutefois de son traitement. En 1834 il eut la douleur de perdre son jeune fils, qui se noya misérablement en se baignant dans le Rhin. En 1840, le roi Frédéric-Guillaume IV le rappela dans sa chaire. L’année suivante, il devint recteur de Puniversilé, et en 1842 il recut la décoration de |’Aigle- Rouge. En 1848, Arndt ful envoyé a Vassemblée nationale de Francfort par les provinces Rhénanes. Il y fut objet dune ovation, mais il se rangea du cdté des princes et se retira avec le parti Gagern en mai 1849. I! publia encore des. poésies patriotiques et des brochures politiques, et s’éleignit. doucement a Bonn le 29 janvier 1860.

De ses écrits, cilons encore: les Heures de Loisir ( 1826) ; I’ Histoire de Suéde sous les régnes de Gustave Ill et dé Gustave-Adolphe IV (1839); Souvenirs de lavie exlérieure (1840); Voyages sur le Rhin et sur VAar (1849), etc. *

ARNE (Tuomas-Avucustin), l'un des plus grands composileurs qu’ait produits l’Angleterre, qui lui doit son célébre hymne national Rule Britannia, né a Loniresen 1710, mort dans la méme ville, en® 1778, était fils dun riche tapissier, qui le fit élever a l’école d’Eton. Destiné au barreau, il céda, malgré l’opposition de son pére, a la vocation plus forte qui l’entrainait vers la musique. En étudiant les concertos de Corelli et les ouvertures de Heendel, il apprit a perfectionner son jeu sur le violon; et son godt pour la musique , partagé par sa sceur, détermina celle-ci a se faire cantatrice. Ce fut la célébre mistress Cibber. Il écrivit pour elle un réle dans son premier opéra, Rosamund, paroles d’Addison , qui fut représenté pour la premiére fois en 1733 et qui oblint un grand succés. Il donna ensuite le petit opéra comique Tom Thumb, or the opera of operas. Son style parut avoir pris encore plus de largeur et d’originalité dans son Comus (1738). Vers 1740, il épousa une. cantatrice formée 4l’école italienne, Cécile Young, avec laquelle :1 se rendit en 1742 en Irlande, ou il fut parfaitement accueilli. Deux ans plus tard, il fut engagé comme compositeur par le théatre de Drury-Lane, a Londres, ot sa femme fut aussi engagée comme cantatrice. A partir de 1745, il écrivit divers morceaux de chant pour les concerts du Wauxhall: et plus tard Puniversité d’Oxford lui conféra le titrede docteur en philosophie, Aprés avoir composé deux oratorios et quelques opéras, par exemple Eliza, il s’essaya aussi a écrire de la musique dans le gout it

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