‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 340 sur 488 · RES DE PARIS — BARROS · texte numérisé non relu

RES DE PARIS — BARROS

leurs familles se rendent réguliérement les dimanches, les lundis, les joars de féte, pour se délasser des travaux des cing jours précédents, en manger le produit, oublier le présent et s’étourdir sur Pavenir. Ils y vont danser , jouer, et surtout s’abreuver A longs flots @un vin noir, dpre et dur, qui leur semble d’autant meilleur qu’il leur codte trois ou quatre sous de moins qu’en ville, mais qui en résultat leur revient A plus cher, parce qu’ils en boivent davantage. Bourgeois paisibles, méres de famille, jeunes gens des deux sexes, fuyez ces jours-la le voisinage des barriéres et les rues adjacentes, si vous ne voulez pas avoir le tympan brisé par le bruit des crins-crins, des grosses caisses, par les chants discordants, les jurements et les hurlements des buveurs, si vous tenez surtout a ne pas rencontrer d'ivrognes sur votre route! Et vous que vos devoirs, vos affaires, vos plaisirs , appellent & Paris, ou hors de Paris, ayez soin certains jours de la semaine de n’y entrer ou de n’en sortir que par les petites barriéres, les barriéres de renvoi. Si yous yous obstinez a passer par les grandes, vous courrez risque d’y attendre des heures entiéres. Vous les trouverez encombrées de troupeaux de moutons, de beeufs, de porcs, auxquels il vous faudra, bon gré mal gré, céder le pas. Pour faciliter la surveillance , on cldt la principale porte; il ne reste qu’un étroit passage, et vous pourrez, tout a vulre aise, voir défiler les animaux, et les compter un a un, comme le préposé.

Lorsqu’on enferma dans Paris, de 1784 a 1787, des jardins , des marais , des campagnes, des villages qui n’en avaient jamais fait partie, il n’y eut qu’un cri contre les fermiers généraux , cui auraient voulu emprisonner ainsi toute l'Ile-de-France, dans l’unique but d’augmenter leurs bénéfices, en soumettant au fisc une plus grande étendue de terrain. Tout se termina pourtant par un jeu de mots en vers :

Le mur murant Paris rend Paris murmurant.

H. AvDIFFRET.

Les barriéres de Paris étaient au nombre de 60; le ministre de Calonne leur avait donné le nom de propylées. Elles avaient certaines qualités d’ensemble, et suivant Quatremére de Quincy , un caractére imposant et grandiose pour la plupart, comme celles du Tréne et Saint-Martin. Par suite de la loi d’annexion dela banlieue a Paris (1860), le mur d’enceinte et les pavillons d’cctroi ont disparu, a Vexception de quelques-uns qui ont été conservés pour des Services publics.

BARRIQUE. On expédie en barrique diverses sortes de marchandises (voyez Barit ), principalement des vins et eaux-de-vie. — En Angleterre, la barriqué de vin contient a peu prés 235 litres; la barrique d’huile de morue pése ordinairement de 200 4 250 et quelquefois 260 kilogrammes. — A Paris, la barrique contenait 210 pintes (environ 195 litres ).

BARRISTER. C'est la qualification donnée en Angieterre aux individus autorisés 4 plaider et a défendre devant des cours de justice les causes de ceux qui leur confient leurs intéréts, en d’autres termes, aux avocats plaidants. Dans un ouvrage spécial, M. de Golbéry nous apprend que pour atteindre au titre de barrister il faut avoir été cing ans membre d'une des corporations appelées Inns of court, et que c’est assez de trois si le candidat a été gradé dans une université d’Angleterre ou d’Irlande. « Ces corporations, ajoute notre savant collaborateur, n’étaient dans Yorigine que des associations libres; mais aujourd’hui elles ont le droit exclusif de faire des barristers. Ordinairement on exige du candidat qu’il dine quatre fois par terme (le terme étant de trois semaines environ) dans la salle de Fassociation; et comme il faut douze termes au moins, il s’ensuit que ce n’est qu’aprés quarante-huit repas de corps que ce candidat peut faire afficher son nom, pour l’exposer & la critique. On n’arrive point sans de grandes dépenses a

la qualité de barriséer ; et Yon est, de plus, obligé de prendre un logement dans les batiments de la corporation. Cet usage vient de ce que les étudiants vivaient autrefois en communauté dans les hétels des tribunaux. Ces auberges ont donné naissance aux sociétés d’/nner Temple, Middle Temple, Lincoln’s Inn et Gray’s Inn. Les barristers sont tenus & une certaine représentation. Deux fois l’an ils font des tournées en Angleterre a la suite des juges d’assises, Ils peuvent indifféremment exercer leur profession devant tous les tribunaux; mais ils s’attachent plus spécialement aux courts of common law, ou aux courts of equity , ou aux tribunaux criminels, ou enfin 4 la consultation, chacun suivant sa vocation particuliére. »

Nous ajouterons que, de méme que nos avocats, qui se distinguent des avoués, notaires, etc., en ce que leur ministére n’est point rétribué d’aprés un tarif fixé 4 Pavance , les barristers, différents en cela des attorneys, sollicitors, serjeants, etc., croiraient manquer a la dignité de Jeur profession en réclamant jamais de leurs clients les honoraires qui leur sont dus. C’est aux clients a les leur faire accepter.

BARROILHET ( Pavv), chanteur de haut mérite, est né a Bayonne, en 1809. Fils d’un commercant de cette ville, ses parents contrariérent d’abord le penchant qu’il avait pour la musique, et il était arrivé a l’age de vingt ans sans avoir encore fait aucune étude suivie de cet art; mais ses dispositions naturelles et sa facilité 4 retenir les airs qu’il entendait lui permettaient de les reproduire avec les nuances délicates que leur imprimait le chanteur, et quelquefois méme il savait y ajouter de son chef une expression ou des agréments tout A fait inattendus. Un riche amateur qui passait a Bayonne, l’ayant par hasard entendu, lui conseilla de venir a Paris, et, ’'y ayant déterminé, le présenta a Rossini, qui le fit entrer au Conservatoire dans la classe de Banderali, dont il commenga de suivre les legons en 1828. Sentant sa force et connaissant aussi son cdté faible, il eut le bon sens de ne pas risquer son avenir sur les théatres de Paris, et, muni de lettres de Rossini, il se rendit 4 Milan, ot dés ses débuts, qui furent des plus heurewx, il se trouva chaque soir sur la méme scéne que les artistes de premier ordre qui brillaient alors en Italie. De ce moment il obtint plusieurs engagements avantageux, et se montra successivement dans les principales villes de la Péninsule, ou il a chanté d’original quantité d’opéras, entre autres Z/ena di Feltra et la Vestale de Mercadante, l’ Assedio di Calais, Roberto Devereux et Colombo de Donizetti.

Ses nombreux triomphes ne Vempéchaient pas de désirer un engagement a Paris, quil obtint en 1839. I! lui fallut faire alors de nouvelles études pour s’habituer au genre francais et corriger son accent méridional. Ce travail lui cofita peu, et il obtint bientét a cété de Duprez des applaudissements non moins vifS que ceux qui l’avaient accueilli en socicté de Rubini. Il a paru depuis dans les principaux rdles du répertoire, et il a monté entre autres piéces les Martyrs et la Favorite de Donizetti : le succés de ce dernier ouvrage lui appartient presque en entier. Il a su donner aux réles de Guillaume Tell et de Charles VI uncachet particulier, qui en a mieux fait comprendre le mérite. En effet, un des plus grands avantages de Barroilhet fut d@’avoir, comme on dit, son individualité , et c’est elle qui donna a sa belle voix de baryton, dont les deux octaves partaient du la bémol grave, un caractére tout spécial. En 1847, ce chanteur quitta Opéra, et ne se fit plus entendre que de temps a autre dans les concerts. Amateur capricieux de peinture, Barroilhet réunit et vendit plusieurs fois des collections faites avec godt de tableaux modernes. II est mort d’une attaque dapoplexie le 17 avril 1871, 4 Paris, en jouant aux dominos dans un café,

BARROIS. Voyez Bar (Duché de).

BARROS (Jean ve), le plus célébre de tous les historiens portugais, né 4 Viseu, eu 1496, d’une noble et

ancienne famille, se distingua par son esprit et son intelligence lorsqu’il était page du roi Emmanuel, a tel point que ce roi le choisit & Page de dix-sept ans pour tenir compagnie au prince royal. Il employait tout le temps que ses nouvelles fonctions lui laissaient & la lecture de Virgile, Salluste et Tite-Live. Au milieu des distractions de la cour, il écrivit, 4 Vdge de vingt-quatre ans, son premier ouvrage : Cronica do emperador Clarismundo (Coimbre, 1520; dernitre édition, Lisbonne, 1791), roman historique, qui se fait remarquer par la beauté du Jangage et la pureté du style. Il présenta cet ouvrage au roi, qui en fut si satisfait qu’il le chargea d’écrire histoire des Portugais dans les Indes. Le monarque étant venu 4 mourir quelque temps aprés, sa commission ne lui fut pas retirée, et trentedeux ans plus tard cet ouvrage historique fut publié. Le roi Jean III nomma Barros au gouvernement des colonies portugaises en Guinée, et par la suite il fut créé agent général de toutes les possessions portugaises dans ces contrées ; fonctions qu’il remplit avec autant de zéle que de probité. En 1539 le roi Jui fit don de la province de Maragnon, dans le Brésil, pour y fonder une colonie. Mais Barros, aprés y avoir employé toute sa fortune sans succés, fut contraint de la rendre au roi, qui s’efforca de le dédommager de ses pertes. II se retira dans sa terre d’Alifem a Page de soixante-douze ans, et y mourut trois années aprés. Les trois premiéres décades seulement de son grand ouvrage, lAzia portugueza (Lisbonne, 1552-1563; nouy. édit., 3 vol., 1736), relatif a Vhistoire des possessions portugaises en Asie, sont de lui; les neuf autres décades sont Yceuvre de Diego de Couto. Yne nouvelle édition de Youvrage complet a paru a Lisbonne en 24 volumes (1778-1788). Barros a écrit en outre in dialogue moral, Ropicancuma , dans \equel il démontre tombien il est pernicieux d’abandonner ses principes pour saccommoder aux circonstances; mais cet ouvrage fut condamné par Vinquisition. On a encore de lui des dialogues sur la fausse honte et une grammaire de la langue portugaise , la premiére qui ait été publiée,

BARROT. Cette famille a donné plusieurs célébrités , tant au barreau moderne qu’a nos assemblées législatives.

BARROT (J.-A.) , pere , membre dela Convention, vota contre la mort de Louis XVI et pour l’appel au peuple; puis, on ne sait trop pourquoi, aprés avoir prononcé un discours contre la sentence sanglante qui envoyait le roi a Véchafaud, il vota contre le sursis. Membre du Corps législatif, et ensuite de la Chambre des Députés de 1814, il fil éclater dans des circonstances décisives son éloignement pour YEmpire et son attachement pour la Restauration. Le 18 mars 1815 il proposa 4 la Chambre une adresse qu’elle yota; pendant les Cent-Jours, il se tint éloigné des affaires, et lorsque Louis XVIII rentra pour la seconde fois, il sollicita une place de conseiller 4 la cour royale de Paris. Le roi le nomma seulement membre du tribunal de premiére instance, et ce fut assez pour exciter contre lui les royalistes, qui rappelérent son vote contre le sursis. M. O. Barrot, jeune encore, publia alors un mémoire en faveur de son pére. « Dans le Corps législatif, disait le futur président du conseil du 20 décembre, M. Barrot Soutint son caractére; seul dans ce corps, il vota contre l’Empire; les registres en font foi, et son département lui doit d’avoir été le seul dont le représentant n’ait pas sanctionné l’usurpation. A une époque plus récente, lorsque le Corps législatif, réveillé de sa trop longue léthargie par l’excés de nos malheurs, se dressa enfin contre le despotisme, M. Barrot fut un des plus ardents promoteurs de cette fameuse opposition qui arracha le masque du tyran.,, Au 18 mars 1815, au moment ot Bonaparte touchait aux portes de Paris, oi chacun s’occupait déja de ses transactions avec le parti qui allait triompher, ol quelques voix généreuses se faisaient seules entendre, M. Barrot, n’écoutant que sa conscience, monta 4 la tribune, et y proposa contre ’usurpateur un manifeste

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