BARROT
dentifie avec aucune. Ce fut alors une grande rumeur. Le garde des sceaux réprimanda l’avocat; mais son systéme prévalut. »
D’autres procés politiques donnérent du renom a M. Odijon Barrot; il fut lancé plus avant dans les oppositions, et son nom parut dans la plupart des entreprises publiques contre le systéme de la Restauration. C’est ainsi qu’il essaya ancaite mais en vain, d’arracher l'infortuné Caron a la compétence des tribunaux militaires.
M. O. Barrot, qui avait épousé la petite-fillede Labbey de Pompiéres, un des vétérans du parti libéral , devint membre et président de lasociété Aid e-toi, le ciel t’aidera! société fameuse, qui fut chargée de réaliser par une action suivie les voeux cachés des autres sociétés qui travaillaient sourdement la France. Cependant deux directions étaient données A cette réunion, la premiére violente et emportée, la seconde lente et progressive. M. O. Barrot, qui devait avoir le malheur de pousser a fant de révolutions sans le youloir, et d’étre toujours débordé au jour de la lutte, croyait davantage & Yopposition légale, c’était le penchant naturel de ses idées, La scission fut éclatante. Elle se manifesta dans une occasion qui fit du bruit. « L’opposition des deux cent vingt et un, dit M. Laurentie, avait commencé un engagement hardi avec le pouvoir, et on voulut célébrer cette attaque dans un banquet qui leur fut donné au restaurant des Vendanges de Bourgogne. Ce fut une grande question de savoir sion porterait la santé du roi. M. O. Barrot fut de ceux qui adoptérent un avis favorable, et crurent justifier leur politique en laissant au pouvoir V’initiative ce la violence. Les autres déclarérent qu’ils briseraient plutdt leurs verres que de porter ce toast. L’opinion de M. Odilon Barrot prévalut; mais, pour ne pas choquer trop vivement le parti qui ne voulait aucune sorte de transaction, on adopta pour le toast cette vague formule : Aw concours des frois pouvoirs. Elle suffit pour effaroucher les républieains; ils ne parurent pas au banquet, et ce fut le signal public de cette rupture quelque temps déguisée par les joies de la victoire, et ravivée depuis par les rivalités du triomphe. M. Odilon Barrot représenta les électeurs de Paris dans ce fameux banquet, et il fut choisi par eux pour haranguer les 221. Son discours était encore le développement de cette pensée , gue les voies légales suffisaient au triomphe de la liberté, et que si ces voies étaient fermées, alors il n’y aurait dautre ressource que dans le courage des citoyens, e¢ que le courage ne manquerait pas. La haine du pouvoir était populaire, le langage de M. Odilon Barrot fut accueilli avec transports. On y vit le présage dun succes qui irait au dela de toutes les espérances, et ainsi de part et d’autre s’excitaient ces ardentes coléres qui deyaient finir par un sanglant conflit. »
A la révolution de Juillet M. O. Barrot se vit nommer secrélaire de la commission municipale. Familier du Palais- Royal, il fut un de ceux qui révérent Valliance de la monarchie et de la république, au moyen d’institutions libérales dont les bases furent jetées dans le fameux programme de Hotel de Ville. 11 concourut donc de tout son pouvoir aux actes qui consacrérent le triomphe de la révolution et a Pétablissement d’une royauté nouvelle. On assure méme que ce fut lui qui détourna le général La Fayette d’accepter la présidence républicaine que lui offraient de nombreuses députations.
M. O, Barrot fut un des trois commissaires chargés d’escorter jusqu’a Cherbourg la famille royale déchue. Si l’on en croit un journal royaliste, Charles X, avantdes’embarquer, lui remit, d’aprés le désir qu’il en avait exprimé, un écrit dans lequel il attestait les égards dont il avait été Y’objet de la part des commissaires. La Dauphine lui donna , comme un témoignage de gratitude, une feuille de papier portant ces deux mots : Marie-Thérése; enfin, M. O. Barrot aurait dit au vieux roi, en lui momtrant le duc de Bordeaux : « Sire,
conservez bien cet enfant, sur lequel peuvent un jour reposer les destinées de la France. » Ces paroles ont été déniées depuis.
Au retour de cette mission, M, O. Barrot fut nommé préfet de la Seine. 1) pouvait se croire placé au-dessous de son mérite révolutionnaire , relativement 4 beaucoup d’autres , qui déja faisaient dévier le programme et usurpaient le prix des longs efforts qui avaient été faits pour abattre la monarchie. I] demanda 4 Louis-Philippe de le dispenser d’accepter cette charge, qui troublerait son existence au lieu de l’améliorer. Le roi lui répondit en s’offrant lui-méme comme un modéle de désintéressement. Chacun, disait-il, se devait 4 son pays, et pour son compte il lui edt été plus doux de vivre & Neuilly que de se consacrer aux travaux pénibles de la royauté. M. Odilon Barrot céda 4 cette autorité. Dans ses fonctions, il ne donna point exemple de la subordination administrative. M. Guizot était ministre de lintérieur. C’étaient deux hommes qui représentaient des systémes contraires : M. Guizot la monarchie bourgeoise, M. Odilon Barrot la monarchie républicaine. Ses luttes avec M. Guizot lui furent utiles, et la faveur républicaine lui resta, surtout lorsqu’au moment du procés des ministres il se déclara dans sa proclamation contre le systéme du gouvernement.
« I] arrivait & M, Odilon Barrot, dit M. Laurentie, ce qui arrive 4 tous ceux qui hésitent a aller jusqu’au bout de leurs opinions. Il y était trainé par les autres sans les pouvoir désavouer, et dés ce moment il fut mélé a cette partie de la révolution qui se qualifia du nom de mouvement, en opposition avec la révolution qui s’était faite pouvoir et qu’on désigna sous le nom de résistance. Ainsi, Panarchie était consommée. Toutefois M. Odilon Barrot ne se laissaif aller qu’avec discrétion au mouvement de son parti. Il avait le pressentiment des périls qui étaient au terme de ce systéme de république, et il s’efforcait de se rattacher au systéme contraire par des idées de bon ordre et par un langage de modération et de politesse qui était d’ailleurs dans ses habitudes, et qui faisait contraste avec la fougue immodérée et l’éloquence passionnée de ses amis. On feignit quelque temps de ne point saisir les dissidences de ce parti du mouvement. C’était une scission ancienne qu'il fallait voiler. Et puis le nom de M. Odilon Barrot avait de l’autorité, la république en paraissait fiére, et lui-méme n’était pas d’un caractére assez fort pour disputer son renom aux opinions que secrétement il désavouait. Cet état de choses dura au milieu des déguisements , jusqu’a ce qu’enfin des occasions de rupture vinssent classer naturellement les opinions. »
L’émeute du 13 février, qui put durer assez longtemps sans qu’aucune autorité donnat signe de vie, absence de répression dont le ministre de Vintérieur, le préfet de la Seine et le préfet de police (voyes Baune) se renvoyérent la responsabilité, forca M. O. Barrot & donner sa démission. Rentré dans l’opposition, il se déclara contre le cabinet du 13 mars, se séparant toutefois de la partie avancée de l'extréme gauche, notamment dans la discussion sur l’insurrection lyonnaise.
Il combattit ’hérédité de la pairie , proposa l’élection directe des pairs par les conseillers municipaux, prit la parole surla plupart des questions que fit naitrela révision du Code Pénal , fut chargé du rapport sur le rétablissement du divorce, protesta contre la denomination de sujet, qu’il déclara insultante et inconstitutionnelle, etc. Aprés la mort de Casimir Périer, il fut un de ceux qui provoquérent et signérent le Compte rendu de Vopposition, manivste qu’il qualifia depuis de faute de tactique , et qui fut suivi de prés par l’émeute des 5 et 6 juin.
Alors eut lieu dans Popposition une scission qui dessina nettement la position de M. Barrot comme chefde la gauche dynastique. Tandis que les plus avancés s’engageaient hardiment dans la yoie du radicalisme, il groupait autour de
lui tous ceux qui, restant fidéles au programme Je I’ Hétel de Ville, s’obstinaient 4 vouloir entourer la monarchie d'institutions républicaines. Néanmoins , il plaida devant la cour de cassation l’illégalité de la mise en état de siége de Paris apres les éyénements de juin, et, s’appuyant sur le texte de la Charte, qui déclarait que nul ne pouvait étre distrait de ses juges naturels, il fit annuler par la cour supréme les jugements des conseils de guerre qui condamnaient des insurgés.
Hostile aux ministéres qui se succédérent jusqu’en 1840, M. O. Barrot combattit énergiquement les lois de septembre et la loi de disjonction; il soutint toutes les propositions de réforme électorale et parlementaire ; il fut l'un des chefs de la coalition qui fit tomber le ministtre Molé et refusa les fonds secrets. Il préta son appui passager au dernier ministére de M. Thiers, lui accordant méme ces fonds secrets que jusque 1a il avait regardés comme entachés d’immoralité, et 4 avénement du ministére du 29 octobre il reprit son apre opposition. Néanmoins il vota les fortifications de Paris, demanda la régence pour la mére du jeune prince en cas de décés du roi régnant, et, rapproché souvent de M. Thiers, il s’attacha de plus en plus a la réforme, combattit le droit de visite , les concessions 4 l’Angleterre, etc.
Enfin arriva le moment ou le ministére repoussa toute réforme, sous le prétexte qu’elle n’était nullement désirée du pays. La-dessus Popposition se rallia pour semer partout Yagitation; des banquets furent organisés, et toutes les nuances de la gauche se réunirent sous le méme drapeau pour faire la guerre a la corruption. M. O. Barrot apporta dans le combat son contingent de discours. II but seize fois 4 laréforme, et lorsque la Chambre fut assemblée il se trouva ala téte de Pagilation accusée d’aveuglement par le pouyoir. L’un des plus pressés a accepter Vinvitation au banquet du douziéme arrondissement, il défendit éloquemment le droit de réunion lorsque le ministére voulut linterdire ; mais quand la police déclara qu’elle s’opposerait a l’ouverture du banquet, M. O. Barrot fut le premier a faiblir et a céder. Pour se consoler, il porta 4 la Chambre un acte d’accusation contre le ministére , contre-signé de cinquantetrois de ses collégues. Mais sur ces entrefaites lagitation de la rue gagnait du terrain, et le 24 février au matin le roi se décidait 4 remettre le sort de la monarchie entre les mains de M. Thiers; celui-ci, se sentant déja dépassé par les événements , demanda l’adjonction de M. O, Barrot. Les deux nouveaux ministres se lancérent dans la rue; M. Thiers dut bientét rebrousser chemin; M. O. Barrot ne put aller au dela de la porte Saint-Denis, oi sa nomination ne fut pas favorablement accueillie. [1 revint 4 la Chambre, oii il plaida encore Ja cause perdue de la régence de la duchesse d’Orléans, et l’envahissement de l’assemblée ne put méme lui enlever ses derniéres illusions.
Nomme a l’Assemblée constituante par le département de PAisne, qu il représentait depuis longtemps a la Chambre des Députés, il y combattit la nomination d’une commission exécutive, et demanda que l’Assemblée nommat directement les ministres. Il fit partie de la commission chargée d’élaborer la constitution, et présida la commission qui, chargée d'une enquéte sur les événements de mai et de juin, se mit en définitive A instruire le procés,d’une revolution qui était allée au dela des veeux de opposition dynastique.
Aprés l’élection du 10 décembre, le président de la république confia 4 M. O. Barrot le soin de présider le ministere avec les fonctions de garde des sceaux. Ce ministére louvoya @abord avec l’Assemblée constituante ; mais M. O. Barrot, appuyant ta proposition Rateau, lui donna fe conseil de se retirer, et devant la nouvelle assemblée M. O, Barrot, ne craignant pas de ratifier la prophétie que lui avait lancée M. Guizot, qui lui avait dit quelque temps auparayant : « Si vous étiez a ma place, yous feriez comme moi, » se vit condamné a proposer toutes les mesures qu'il avait
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combattues dans d'autres temps. Défendant l’expédition de ‘ome, il présenta un projet de loi contre la presse, un ‘utre contre le droit de réunion , qui lui avait été si cher; | s’éleva contre l’examen qu’on voulait faire des demandes accusation présentées contre les représentants, et lui, qui wutenait en 1848 que les gardes nationaux pouvaient se oindre en uniforme aux groupes qui voulaient aller aux banquets, il demandait, l'année suivante, le renvoi devant la haute cour de Versailles de ceux qui s’étaient réunis le 13 juin pour porter une pétition 4 l’Assemblée. Sans doute es temps étaient bien changés, puisque M. O. Barrot était le chef du cabinet.
Au mois de septembre 1849, une indisposition force M. O. Barrot 4 prendre quelques jours de repos. Tout 4 coup, le 31 octobre, un message du président de la république informe le pouvoir législatif de la nomination d’un nouveau ministére, « Sans rancune contre aucune individualité , contre aucun parti , disait le président, j'ai laissé arriver aux affaires les hommes d’opinions les plus diverses, mais sans obtenir les heureux résultats que j’attendais de ce rapprochement. Au lieu d’opérer une fusion de nuances, je n’ai obtenu qu’une neutralisation de forces. » M. Rouher remplaca done M. O. Barrot a la justice.
M. O. Barrot reparut bientot a Assemblée, et, sans faire d’opposition au gouvernement, il s’en prit de sa déconfi- « ture a entourage du président. On fut bien éfonné pourtant lorsqu’il vota en faveur de la loi de déportation, lui qui avait combattu une loi semblable en termes éloquents mais amers en 1835. Enfin, au mois de juillet 1851, lors de la discussion sur la révision de la constitution, il se prononga pour cette révision. La constitution était, suivant lui, pleine de vices; il la youlait plus monarehique. La Constituante était bien libre 4 son avis; mais cependant il y avait, dit-il, un courant d’idées qui yesait sur tout le monde. Au 2 décembre il rentra dans la retraite,
En 1834 M. O. Barrot avait cédé sa charge d’avocat au conseil d’Etat et a la cour de cassation, moyennant 200,000 francs , dit-on, Il se fit inscrire alors au tableau des avocats a Ja cour d’appel de Paris; mais on re le vit plus guére au palais. En 1852 il fit un voyage en Italie, et en {863 un autre en Espagne. Dans cette méme année il prit part aux conférences publiques qui se tinrent & la salle Barthélemy en faveur de la Pologne. Ses opinions sur la centralisation (il avait publié en 1861 une brochure remarquable sur ce sujet) et encore plus le besoin de rehausser le ministére Ollivier par le concours de quelques notabilités du parti libéral, le firent mettre en 1870 & la téte de la commission qui devait préparer, en dehors du Corps législatif, un projet de loi sur la réorganisation des conseils généraux et municipaux. Ce choix permit & M. Barrot de reparai(re un moment sur la scéne politique; mais la guerre éclata, et les événements qui précipitérent la chute de empire et rappelérent ensuite M. Thiers et ses amis au pouvoir ne farent point favorables a l’ancien chef de V'opposition dynastique: il rentra dans la vie privée, et les élections de l’As~ semblée ne réussirenf pas a |’en faire sortir. Toutefois ses opinions hostiles 4 la démocratie le mirent en fayeur au- 4% prés de la majorité réactionnaire de l’Assemblée nationale, qui fit de M. Barrot un de ses candidats au nouveau conseil d’Etat. Quelques jours aprés un décret de M. Thiers lui en conférait la vice-présidence (31 juillet 1872).
En 1855, il a é(é élu membre libre de l’Académie des sciences morales et politiques.
Un journaliste trop pen favorable & M. O. Barrot faisait de lui ce portrait en 1841: « Gest un homme de taille ordinaire, bien prise ; ses traits n’ontrien de remarquable ; son front s’étudie A paraitre haut et large; une calvitie précoce a favorisé ces efforts et secondé ce v@u, Dans l’extérieur de M. Barrot il n’ya rien qui dénote le tribun ; au contraire, tout y sent le consul ; ses habitudes, ses mosurs, son lan-
BARROT — BARRUEL
gage et sa personne entiére ne sont point précisément aristocratiques, mais portent nous ne savons quelle empreinte qui touche de si prés & Porgueil qu'elle se confond avee lui, Il y a du commandement dans sa maniére; sa politesse froide se défend dés Vabord de toute effusion, Comme orateur, M. O. Barrot n’a que des mérites insaisissables a Yoreille nue. Sa voix gronde sourdement; sa phrase, sa période, sa parole et sa pensée yont expirer dans un gouffre profond, ou elles tombent péle-méle avee de sombres et lointains muyissements. »
BARROT (Ferpinanp) , frére du précédent, né en 1805, fit également son droit et fut regu avocat. Aprés la révolution de juillet il devint substitut du procureur du roi. En 1836 il se fit inscrire au tableau des avocats de Paris. Député de Loches, il se fit remarquer en 1845 par un discours sur !’Algérie, et il obtint quelques mois aprés une concession de 600 hectares de terrain en Afrique. Défenseur du colonel Vaudrey dans le procés de Strasbourg et Pun des trois conseils de Louis-Napoléon devant la Cour des Pairs aprés laffaire de Boulogne, il fut élu représentant 4 Assemblée. constituante en 1848 par l’Algérie; il y vota avec la réunion de la rue de Poitiers, et aprés le 10 décembre Louis-Napoléon l’appela prés de lui comme secrétaire général. Il occupait encore cette position lorsque son frére fut dépossédé de la présidence du conseil. En revanche, M. F. Barrot prit le portefeuille de Vintérieur dans le nouveau ministére (31 octobre 1849). Il brilla peu dans cet emploi. Accusé de faiblesse par la majorité pour avoir destitué un agent de police désigné comme ayant fait enlever les couronnes portées 4 la colonne de Juillet le 24 février, il fut remplacé Je 15 mars 1850 par M. Baroche. En retour, il était nommé ministre de France en Sardaigne, a la place de M. Lucien Murat. Il resta 4 Turin jusqu’au mois de novembre; c’est la qu’il recut la croix de chevalier, puis d’officier de la Légion d’Honneur. M. Barrot n’avait pas d’abord été réélu a PAssemblée législative ; mais aux élections complémentaires du 8 juillet il passa, & Paris , avec toute la liste de Union électorale. Lors de la dissolution de Assemblée nationale , Louis-Napoléon a appelé M. F. Barrot a la commission consultative et par suite au conseil d’Etat (janv. 1852), puis au Sénat (4 mars 1853). Il a aussi fait partie de la commission municipale de Paris,
Un autre frére de M. O. Barrot, Adolphe Barror, a embrassé la carriére diplomatique. Successivement envoyé a Haiti, consul 4 Carthagéne des Indes, consul général en Egypte, il est devenu ministre plénipotentiaire & Lisbonne en 1849, puis 4 Naples en 1851, en Belgique en 1853, et en Espagne en 1858. 1] entra au Sénat en 1864, et mourut le 21 juin 1870, a Paris. :
BARROW (Isaac), célébre théologien et mathémaficien. Né 4 Londres, en 1630, d’un pére marchand de draps, il étudia 4 Cambridge simultanément la théologie , ies mathématiques et les sciences naturelles , sans se méler aux luttes des partis qui divisaient alors son pays. Accusé @arminianisme , il se décida a entreprendre un long voyage a l’étranger, et visita tour 4 tour la France, I’Italie et I’Asie Mineure. Aprés un an de séjour en Turquie, il revint de Constantinople par Venise, |’Allemagne et la Hollande, en Angleterre , et fut ordonné prétre en 1659. L’année suivante il fut nommeé professeur de langue grecque 4 Cambridge, et quelque temps aprés on le chargea, dans cette universitd , de Penseignement des mathématiques. C’est dans !’exercice de ces fonctions qu’il connut le jeune Isaac Newton, dont il devina tout aussit6t le génie; et pour conserver a l’université un si grand talent, il céda sa chaire a son illustre éléve. Retiré dans la solitude, Barrow se livra dés lors tout entier a l'étude de la theologie. En 1670 il fut nommé docteur en théologie et chapelain de Charles IJ; en 1675, ehancelier de Puniversité de Cambridge, et il mourut a Londres, en 1677. Il se distingua tellement comme théologien,
que Tillotson crut rendre a Ja science un service signalé en publiant une édition compléte de ses sermons et de ses ou~ vrages théologiques (3 vol. in-fol., Londres, 1683; nouvelle édition, 1741). Les plus célébres de ses ouvrayes su les sciences mathématiques sont : Lectiones Optice (Lox dres, 1669); Lectiones Geometric# (Londres, 1670 ).
BARROW (Sir Joun ), célébre voyageur anglais, membre de la Société Royale de Londres, né le 19 juin 1764, a Drayleybeck dans le Lancashire, apprit de bonne heure les mathématiques , et, aprés avoir publié un petit ouvrage relatif a Part de Varpentage, obtint un modeste emploi dans une fonderi fer 4 Liverpool. Plus tard il alla visiter le Groenland avec un baleinier, et au retour de ce voyage il donna des lecons de mathématiques dans une pension 4 Greenwich. Il obtint ensuite la place de secrétaire particulier de lord Macartney, nommé ambassadeur en Chine. Barrow mit a profit son séjour dans ce pays pour y étudier a fond la langue chinoise et pour y recueillir une foule de renseignements précieux, qu’il utilisa pour une série d’articles publiés daus le Quaterly-Review et pour ses Travels in China (2 vol., Londres, 1804). Quand par la suite lord Macartney fut nommé au gouvernement de la colonie du cap de Bonne-Espérance, Barrow utilisa encore son séjour dans l'Afrique méridionale pour entreprendre de grandes courses dans l’intérieur du pays, et il consigna les observa~ tions qu’elles lui donnérent occasion de faire dans l’ouvrage intitulé : Travels in the interior of southern Africa (2 vol., Londres, 1801-1803). Revenu & Londres en 1804, il fut nommé par lord Melville seerétaire de l’Amirauté , poste que, 2 exception d’une minime interruption en 1806, il conserva jusqu’en 1845.
Barrow publia en outre A Voyage to Cochinchina in thé years 1792 and 1793 (Londres, 1806; traduit en francais par Malte-Brun, Paris, 1807); plus, une série de biographies des marins anglais illustres , telles que celles de Anson (Londres , 1839), Drake ( 1843; 2° édition, 1844 ), Sidney Smith (2 vol., 1846), ceuvres auxquelles se rattachent entiérement ses Memoires of naval Worthies of Queen Elizabeth’s reign ( Londres, 1845). Sous l’administration de Robert Peel, il fut créé baronnet. En 1845 il prit sa retraite, et publia encore an Autobiographical Memoir (Londres , 1847 ) et Sketches of the Royal Society ( Londres , 1849 ). Il mourut 4 Londres, le 23 novembre 1849. John Barrow a rendu d’importants services 4 la géographie, en excitant
et en propageant le goiit des expéditions scientifiques. C’est
lui qui en 1830 fonda 4 Londres la Société géographique dont il fut vice-président jusqu’a sa mort.
BARROW, ville maritime d’Angleterre , dans le Lancashire , en face d’une fle du méme nom, n’était en 1847 qu’un pauvre hameau habité par des pécheurs; elle comptait, en 1871, 17,992 ames. Cette ville doit sa prosperité aux mines de fer (hématite rouge) de ses environs, dont exploitation toute récente en a fait rapidement un centre industriel des plus importants. La production en 1867 a été de 8 millions de quintaux.
BARROW ( Détroit de). Il a de 50 4 60 kilométres de largeur, et s’étend de l’est a l’ouest , sous le 70° de latitude, pendant 370 4 444 kilométres, dans les eaux aretiques de Amérique septentrionale, dont les cétes escarpées et rocheuses forment au nord North-Devon et les iles Parry, et au sud Cockburn et North-Somerset. Découvert en 1616 par Baffin, qui le prit pour une baie formée a l’ouest, et lui donna le nom de défroit de Lancastre, sa dénomination actuelle lui fut donnée en l’'honneur de John Barrow par le capitaine Parry, qui en 1819 s’y enfonca dans la direction de Pouest. Depuis, il est trés-fréquenté par les baleiniers.
BARROWISTES. Voyez BROUNISTES.
BARRUEL (L’abbé Avucustin pe), issu d’une ancienne et honorable famille du Vivarais, naquit 4 Villeneuve-de- Berg, en 1741. ll embrassa l'état ecclésiastique, entra chet
les jésuites, et devint aumdénier de la princesse de Conti. Il s’était recommandé aux faveurs de la cour par une ode sur Yavénement de Louis XVI, en 1774. Quelques années aprés (1781), il publia Zes Helviennes, ou Lettres provinciales philosophiques. C’était la part d’un jésuite spirituel et haineux dans la guerre des gens d’Eglise contre les philosophes. Lorsque la révolution éclata, ’abbé Barruel fut Pun des premiers écrivains a la combattre. Il fit paraitre dés 1789 un pamphlet sous le titre de Discours sur les causes de la révolution, ou le Patriote véridique. Un an aprés il attaqua vivement introduction du divorce dans la législation frangaise, et s'attacha a réfuter le rapport de Durand- Maillane. En 1791 il publia un Recueil complet des ouvrages faits depuis Pouverture des états généraux, relativement au clergé. Cependant la révolution, aigrie par d’opiniatres résistances et par ’imminence du péril, se faisait de plus en plus violente, ombrageuse et persécutrice. L’abbé Barruel, qui l’avait combattue avec autant d’emportement que de persistance, comprit qu’il s’était exposé aux coléres et aux vengeances du parti dominant: il émigra en 1792. Indépendamment des écrits dont nous avons parlé, il avait rédigé jusque la le Jowrnal Ecclésiastique, dans lequel il jetait périodiquement l’amertume et l’abondance de son fiel contre les nouvelles institutions de la France.
Retiré en Angleterre, il y écrivit les Mémoires pour servir a Uhistoire du jacobinisme, qui parurent en 1797. C’est Pouvrage ott ’abbé Barruel s’est le plus abandonné a la fougue de son caractére et al’exagération de ses idées contre la philosophie et la révolution, ou plutét contre les philosophes et les fondateurs de la liberté, car sa verve caustique ne s’exerce sur les choses que pour arriver aux hommes, et
semble chercher dans l’abus de Ja personnalité un moyen @éclat et de succes pour son livre. A ses yeux les jacobins sont les héritiers des doctrines des francs-macons, et Robespierre n’est quele disciple de Malesherbes ou de Montesquieu. Les Mémoires de l’abbé Barruel furent frappés de prohibition. Cependant cet émigré furibond, ce champion si exalté de Vancien régime, se montra l'un des plus empressés a rentrer en France et 4 flatter le pouvoir consulaire, en publiant un nouvel opuscule en faveur du vainqueur du 18 brumaire. Cette défection lui valut une place de chanoine 4 la cathédrale de Paris, Les personnes qui ne connaissaient pas intimement Pabbé Barruel s’en étonnérent; mais d’autres, qui avaient apergu le fonds sceptique de la pensée et le levain d’ambition qui fermentait en son 4me sous les apparences d’une conviction ardente et d’un zéle frénétique pour les hommes et les choses du passé, se montrérent moins surpris de rencontrer ancien rédacteur du Journal Ecclésiastique parmi les courtisans du pouvoir nouveau. L’abbé Barruel ne fit, du reste, que suivre la route oii ne craignit pas de se jeter aussi un prétre célébre, placé plus haut que lui parmi les défenseurs de !’Eglise et du tréne, Vabbé Maury. En 1803 il manifesta son adhésion au concordat dans un nouvel écrit intitulé : De VAutorité du Pape.
A la chute de ’Empire, en 1814, il rentra dans la lice comme champion des vieilles doctrines, et attaqua vivement les institutions constitutionnelles et leurs partisans, le vénérable et savant abbé Grégoire entre autres. Cette produc; tion lui valut une réponse spirituelle de la part de M. Victor Augier. Pendant les Cent Jours Vabbé Barruel resta attaché au trone impérial. Il mourut peu de temps aprés la secunde Restauration. Il a laissé, outre les écrits déja cités : 1° Traduction du poéme sur les Eclipses ; 2° Histoire du Clergé de France pendant la révolution (1794) ; 3° Questions décisives sur la juridiction des nouveaux pasteurs.
Laurent (de l'Ardéche),
BARRUEL (Jean-Pierre), né a Autun, département de Saéne-et-Loire , le 21 janvier 1780, et mort en 1838 a Paris. Ce savant modeste consacra sa vie entidre A l’étude de la chimie. Foureroy et Deyeux Vappelérent en qualité
BARRUEL — BARSABAS
d’aide préparateur a l’Ecole de Médecine. Son atsiduité et son habileté comme manipulateur le firent l’éléve et Yami de Vauquelin. Plus tard, M. Thouret le fit nommer chef des travaux chimiques & la méme Faculté, position qu’il a gardée trente-sept ans, jusqu’a sa mort. Il était en méme temps pharmacien en chef de ’hopital de la Clinique.
Un titre scientifique de Barruel qui mérite d’étre relaté ici, c’est son travail sur la fabrication et la cristallisation du sucre de betteraves. Pendant les Cent-Jours, ’empereur avait eu le projet de lui décerner, a titre d’encouragement , une récompense de 300,000 francs; les tristes éyénements de juin et juillet 1815 en arrétérent l’exécution.
Barruel a été aussi membre de l’Académie de Médecine et adjoint au conseil de salubrité; il a constamment montré un grand esprit de justice. Jules GARNIER.
BARRUEL DE BEAUVERT. Voyez Beavyenrt.
BARRY (Comtesse pu). Voyes Dunarry.
BARRY (James), peintre et critique célébre, né en 1741, 4 Cork, en Irlande, mort en i806. Le mérite de son premier tableau, représentant saint Patrick, patron de Irlande, baptisant le roi de Cashel, qu’il exposa a une des exhibitions publiques de la Société des Amis des Arts de Dublin, frappa si vivement Burke, que celui-ci se décida a emmener avec lui 4 Londres notre artiste, alors 4gé seulement de vingt-trois ans. Pauvre et inconnu, il s’exerca dans cette capitale 4 copier de vieux tableaux, subsistant des secours que lui donnait son protecteur , dont la générosité lui fournft méme plus tard les moyens d’aller se perfectionner successivement & Paris, 4 Florence, A Bologne, a Rome et a Naples. Pendant son séjour en Italie, qui ne dura pas moins de trois ans, Barry se livra 4 I’étude approfondie des grands maitres de l’art; il les apprécia avec une rare finesse d’observation, et fitde leurs ceuvres l’objet des plus ingénieuses critiques. A son retour en Angleterre, nommé membre del’Académie royale des Reaux-Arts et professeur de peinture, il peignit dans le court espace de trois années les six grands tableaux allégoriques qui ornent la salle de la Société d’Encouragement, et dont deux n’ont pas moins de 14 métres de longueur.
Au nombre de ses meilleures toiles, on cite Adam et Eve; Vénus, Jupiter et Junon sur le mont Ida; la Chute du mauvais ange, qui se trouve dans |’église Saint-Paul, et surtout la Mort du général Wolf. Disons toutefois qu’on lui reproche des incorrections de dessin. Un écrit qu’il publia 4 Londres, en 1775, sur les obstacles qui s’opposent en Angleterre au progrés des arts, obtint un grand succés. Cependant Barry manquait totalement de cette éducation premiére qui lui edt été nécessaire pour présenter ses idées dans une forme convenable. Sans doute, s’il avait su plus adroitement dissimuler ce que ses critiques avaient de sévére, il ne se fat pas attiré de petites persécutions qui nuisirent & sa fortune. C’est ainsi qu’& propos d’observations sur organisation de l’académie, il se vit rayer de la liste des membres de cette corporation, et que la rancune de ses adversaires alla jusqu’d lui faire enlever sa chaire. Depuis cette disgrace officielle Barry vécut toujours trés-isolé et dans un état qui semblait voisin de la misére. Cependant on reconnut & sa mort que sa fortune, fruit de son travail, ne s’élevait pas A moins de 30,000 livres sterling.
BARRY-CORNWALL. Voyez Procter.
BARS. Voyez Bar.
BARSABAS I* (Josern) était fils d’Alphée, frdre de saint Jacques le Mineur et de Jude, surnommé Thadeée ; i! était aussi cousin germain de Jésus-Christ. 1] fut proposé aux apétres pour remplacer le traitre Judas Iscariote ; mais le sort étant tombé sur Mathias, il se soumit A cet ordre du ciel, et se contenta d’étre au nombre des soixante-dix disciples. Elu évéque d’Eleuthéropolis, en Palestine, il mérita par ses vertus lenom de Juste. Eusdbe, en citant Papias, rapporte que Joseph Barsabas, ayant bu du poison pour donner une
BARSABAS — BARTAS
nouvelle preuve de la sincérité de sa foi, n’en ressentit aucun mal. Il recut la couronne du martyre le 20 juillet, jour consacré par VEglise & sa commémoration.
BARSABAS LI est le surnom de Jude, frére de Joseph Barsabas, et l'un des principaux disciples dont il est parlé dans les Actes des Apdtres. Il se joignit 4 saint Paul, a saint Barnabé, a Silas et A plusieurs autres pour aller précher l’Evangile & Antioche; et aprés avoir instruit et fortifié ses fréres de cette ville, il revint & Jérusalem, ob il mourut dans un age avancée. E. Lavicne.
BARSANIENS ou SEMIDULITES, hérétiques du sixiéme siecle, qui soutenaient les erreurs des gadanaites et des théodosiens sur la nature de Jésus-Christ, dont ils niaient la divinité. Tous leurs sacrifices consistaient en outre a prendre du bout du doigt un peu de fleur de farine, et a ta porter & la bouche.
BART (Jean). Cet homme, qui a fait époque dans les annales de la marine francaise et qui a mérité de voir passer son nom en proverbe pour peindre un marin déterminé , était né le 20 octobre 1650. Il débuta de bonne heure dans la marine hollandaise, alors la premiére du monde; mais quand la guerre éclata entre la France et la Hollande, il revint offrir & sa patrie son bras et sa valeur. Né roturier, et par conséquent indigne de servir comme officier sur les batiments du roi, il se fit capitaine de corsaire, et se signala par tant de traits d’audace que Louis XIV lui donna une commission pour croiser dans la Méditerranée. Dans un combat & outrance qu’il livra a un corsaire anglais, il crut remarquer au milieu de la mélée de Paltération sur la figure de son fils, jeune enfant de dix ans ; frémissant a Pidée que jamais la peur pdt entrer au cceur de son fils, il le fit attacher au pied du grand mat, et le laissa exposé 4 une gréle de balles pendant tout Pengagement.
Nommé lieutenant de vaisseau malgré le préjugé de sa naissance, il protégeait ayec deux petites frégates un convoi de vingt navires marchands, lorsqu’on signala deux vaisseaux anglais de cinquante canons chacun. Des forces si supérieures effrayérent le chevalier de Forbin, alors sous ses ordres, qui lui conseilla d’éviter Pengagement, au risque d’exposer la flotte marchande 4 étre prise ou détruite. « Fuir devant Pennemi! s’écria Jean Bart, jamais!... » et le signal du combat flotte au haut des mats. Il arma comme il put trois des navires marchands, donna V’ordre aux autres de prendre le large au plus vite, et vira fiérement sur l’ennemi. Le combat fut long et terrible; plusieurs fois Jean Bart tenta Vabordage; mais les trois batiments marchands n’ayant pas secondé sa manceeuvre , il fallut enfin céder au nombre. Jean Bart et Forbin furent faits prisonniers aprés avoir vu leurs navires et leurs équipages hachés par les boulets et la mitraille. Quoique serré de prés dans sa prison a Plymouth, il parvint a s’évader, fit plus de soixante lieues en mer dans un canot de pécheur, et arriva sur les cétes de France. Le bruit deses exploits ly avait devanceé ; les navires marchands sauvés par son dévouement avaient vanté partout son intrépidité, et le roi ’éleva au grade de capitaine de frégate.
Appelé a croiser dans la Manche, il avait fait sur les ennemis des prises considérables qu'il avait conduites a Bergen (Suéde), port neutre, oii il restait pour se radouber. Un jour qwil se promenait 4 terre, le capitaine @un corsaire anglais ’aborde, et lui demande s’il n’est pas M. Jean Bart? « Oui, répondit celui-ci. — Eh bien! répond l’Anglais, il y a longtemps que je vous cherche; je veux avoir une affaire avec vous. — J’accepte, dit Jean Bart; aussitét mon navire réparé, nous irons nous battre en pleine mer. » Sur le point de quitter le port, Anglais invite 4 déjedner a son bord. « Deux ennemis comme nous, répond Jean Bart, ne doivent plus se parler qu’a coups de canon. » L’Anglais insiste, sollicite, et Jean Bart, confiant dans sa loyauté, accepte enfin. Aprés le déjedner, le capitaine anglais lui déclare qwayant juré dele ramener mort ou vif 4 Plymouth, il le
fait son prisonnier. Jean Bart, indigné de tant de lacheté, saisit une méche allumée, se précipite vers un baril a poudro qu’on avait monté par hasard sur le pont, et menace de faire sauter le navire si on ne lui rend sur-le-champ sa liberté. A la vue de tant d’audace, l’équipage entier reste muet d’effroi : les matelots francais, qui étaient 4 peu de distance, entendant le cri de leur capitaine, volent a sa défense, et, malgré la neutralité de port, enlévent a l’abordage et coulent bas le navire anglais.
De retour en France, il s’ennuya de rester inactif pendant que les Anglais et les Hollandais tenaient bloqué le port de Dunkerque. Profitant d’une nuit obscure, il se fraya de vive force un passage a travers la ligne ennemie, alla croiser sur les cotes de l’Angleterre, causa des pertes immenses au commerce des puissances coalisées, qui ne s’attendaient pas a le rencontrer dans ces parages; puis, opérant un débarquement, il saccagea la ville de Neweastle : cruelle et sanglante compensation des désastres qu’essuyait ailleurs notre marine !
Il vint a Paris aprés cette expédition, pour obéir au désir qu’avait le roi de le voir, et recut de luile brevet de capitaine de vaisseau. Mais l’étiquette de la cour ne lui convenait guére, et il retourna 4 Dunkerque, ou il prit le commandement d’une escadre. Les Hollandais bloquaient alors ce port et empéchaient Varrivée d’une flotte suédoise chargée de blé pour la France, qu’une disette tourmentait. Jean Bart eut recours 4 la ruse pour échapper a leur croisiére ; il fit sortir pendant la nuif un nombre de barques égal a celui de ses navires, leur recommandant de serrer la céte; de hisser des fanaux au haut des mats pour faire croire a |’ennemi que c’était V’escadre frangaise , et de les éteindre dés qu'il serait tombé dans le piége. Le stratagéme réussit’, et Jean Bart alla croiser dans la Manche. Sur l’avis qu’il recut qu'une division hollandaise forte de huit vaisseaux avait capturé un conyoi suédois chargé de blé pour la France, il jura de le reprendre. Il joint Vennemi, et, quoique inférieur en forces , engage le combat en criant 4 ses matelofs : « Mes amis, point de canons, point de fusils; 4 Vabordage!... » Jean Bart essuie le feu du vaisseau amiral, l’accroche, saute a son bord, attaque corps 4 corps l’amiral lui-méme , le tue d’un coup de pistolet dans la poitrine , et raméne en triomphe la flotte marchande 4 Dunkerque.
Ayant regu la mission de conduire 4 Elseneur le prince de Conti, élu roi de Pologne, il fut attaqué par les Anglais, et courut grand risque d’étre pris. Aprés laffaire, comme le prince lui exprimait sa joie d’avoir échappé : « Nous n’avions pas a craindre d’étre faits prisonniers, lui répondit Jean Bart : mon fils était & la sainte-barbe, prét a nous faire sauter s’il edt fallu nous rendre. »
Il mourut d’une pleurésiele 27 avril 1702, 4géde cinquantedeux ans,
Jean Bart doit étre considéré comme le modéle des capitaines de vaisseau, mais il est douteux qu’un si bouillant courage soit compatible avec les qualités que l’art réclame aujourd’hui d’un amiral. La ville de Dunkerque lui a élevé en 1845 une statue, due au ciseau de M. David (d’Angers ). Théogeéne Pace.
BARTAS (Guittaume-Sattusre, sieur pu ), né en 1544, a Montfort, prés d’Auch en Gascogne, gentilhomme protestant, embrassa dés sa premiére jeunesse |’état militaire, fut chargé par Henri roi de Navarre, depuis Henri IV, dont il était valet de chambre, de missions en Danemark, en Angleterre et en Ecosse, et mourut en 1590. Il est difficile de comprendre comment du Bartas, sans étre jamais venu a Paris, a pu produire tant et si bien, comparativement. Son style est emphatique, de mauvais gout, e€ méme parfois barbare; mais sa pensée ne manque pas d’élévation et d’une sorte d’originalité gasconne qui a son charme. Rempli de la lecture des anciens, il s’en inspire dune maniére ingénieuse; son poéme intitulé la Semaine
dela Création du Monde est un texte heureusement choisi pour la poésie descriptive, qu'il affectionnait, dont il est Vintroducteur en France, et dont il savait tirer parti avec une véritable habileté : ainsi, 4 propos du saumon, qui, aprés avoir remonteé les fleuves retourne vers l’Océan, du Bartas dit :
Semblables au Frangois, qui durant son jeune age Et du Tibre et du Po fraye le beau rivage,
Car, bien que nuict et jour ses esprits soient flattés Du pipeur escadron des doulces voluptes,
Ilne peut oublier le lieu de sa naissance ;
A chaque instant du jour iltourne vers la France
Et sou coeur et son ail, se faschant qu’il ne voit La fumée a flots gris voltiger sur son Loit,
La Seconde Semaine, histoire abrégée des faits et des héros primitifs, est le plus faible de ses poémes. L’Uranie, ceuvre de sa premiére jeunesse, est un poéme en l’honneur de la poésie. Dans celui de Judith, dans son hymne sur la Bataille d’Iviry, dans quelques autres piéces qu’il adresse a Ja reine de Navarre et au roi d’Ecosse, on retrouve ses défauts, mais non pas ses qualilés, C’est partout une puérile affectation de tournures grecques et latines, avec des intentions continuelles de jeux de mots du plus mauvais godt. Ce qu’il y a de remarquable, cependant, c’est qu’il vit ses @uvres imprimées trente fois en six ans, et traduites en cing langues, ce qui serait encore de nos jours un beau succés. La premiére édition porte la date de 1601 (2 vol. in-12). La plus compléte est celle de 1611; elle est dans le format in-folio et contient des commentaires par Goulard de Genlis, VIoLLet-LeDuc.
BARTAVELLE. Voyez Perprix.
BARTENSTEIN (Laurent-Apam), philosophe allemand, né en 1711, 4 Heldburg en Saxe, et mort en 1796, fut appelé en 1757 4 remplir 4 Cobourg une chaire d’éloquence et de poésie, qu’il cumula buit années aprés avec une chaire de mathématiques. Dans le nombre de ses ouvrages nous signalerons plus particuli¢rement la dissertation intitulée ; Cur Virgilius moriens Aineida comburi jusserit (Cobourg, 1774) , et un mémoire sur la quadrature du cercle (Discussio recentissime machine quadrature circuli {1772]). Dans le domaine de la philologie, science dont il s’occupait plus particulitrement, il publia une méthode pour étudier le grec (Anweisung zur griechischen Sprache, 1757) et un ouvrage qui a pour titre Latine linguz Commendatio (3 parties, 1765).
BARTH (Henri), voyageur allemand, naquitle {8 avril 1821 4 Hambourg. Ses parents le destinaien! au commerce 5 mais un godt trés-vif pour les yoyages le porta dés lage de dix-neuf ans a visiter l’Italie et la Sicile. 11 avait fait a Berlin, des études serieuses qu’il couronna par une savante thése sur le Commerce de Vancienne Corinthe (1844). Aprés avoir parcouru |’Angleterre, la France et VEspagne, i) passa en Afrique, ov il explora avec soin les régences de Tunis et de Tripoli. Sur le point de pénétrer en Egypte, il fut assailli par des brigands qui le dépouillérent, lui enlevérent ses papiers et le laissérent pour mort. Il en revint pourtant, refit son journal de mémoire, et remontant le cours du Nil jusqu’’ la seconde cataracte, parvint & travers le désert jusqu’A Assouan. Il passa ensuite en Asie (1846) par ’Arabie Pétrée, parcourut la Syrie ainsi que toutes les provinces maritimes de l’Asie mineure, ef consacra six mois A connaitre la Grace. De retour 4 Berlin (1848), Barth ouvrit un cours de géographie et publia ses Courses sur les c6les de la Méditerranée (1849). Ayant appris que Richardson préparait un voyage de découyertes dans V’intérieur de |’Afrique sous les auspices du gouvernement anglais, il se rendit 4 Londres en compagnie d'Overweg et parvint A faire agréer leurs services. L’expédition s’embarqua le 8 décembre 1849 & Marseille : elle devait se prolonger six années, mais avec des fortunes bien diver-
| a l’église. »