BARTHE
des hommes de sa génération, M. Barthe s’affilia 4 une des ventes dela Charbonnerie, dans la conviction de faire en cela acte de patriotisme. Quelques proces politiques, ot il lui fut donné de défendre d’oflice des accusés placés sous le coup d’accusations capitales, ne tardérent pas a faire de Ini, malgré sa jeunesse, une des notabilités du barreau parisien. C’est ainsi qu'il défendit successivement les nommes Gravier et Bouton, qui, par Pexplosion de pétards jetés dans
Jun des gnichets des Tuileries, avaient voulu, disait-on, faire avorter la duchesse de Berry, alors euceiate du duc de Bordeaux ; puis le colonel Caron, qui avait essayé un mouvement militaire & Béfort, et l'un des quatre malheureux sergents de La Rochelle impliqués dans unautre mouvement insurrectionnel dont cette ville devait étre le théatre. Quelque temps aprés, Keechlin, ancien député, traduit en justice a Poccasion d’ine brochure contenant la reiation exacte des événements qui avaient amené la condamnation du colonel Caron, confiait le soin de sa défense & M. Barthe, et la chaleur avec laquelle le jeune avocat plaida en faveur de son client lui valut, conformément aux réquisitions du ministére public, une suspension d’un mois. Cette petite persécution du pouvoir acheva de populariser le nom de M. Barthe ; et bientot il fut Pun des avocats les plus occupés de Paris. Le gouvernement royal sembla pourtant, vers ce temps-la, vouloir entrer dans des voies meilleures; et une fois que la discussion de ses actes se trouva plus libre , on vit les soviétés secrétes et les conspirations abandonnées et réprouvées par tous ceux qui pensaient que la liberté de discussion suffisait désormais pour assurer dans un trésprochain avenir le triomphe des idées de liberté et de progrés vainement combattues par la contre-révolution. M. Ba the était de ce nombre, et cessa ses rapports avec les hommes du parti extréme; mais quelques années plus tard le mauvais génie dela Restauration poussa Charles X a tenter son coup d’Etat du 25 juillet 1830. Ce jour-la le Moniteur apprit Ala France que la charte avait vécu, et que la nation était désormais remise sous le régime du bon plaisir. M. Barthe ne fut que fidéle a ses principes en s’associant alors aux courageuses protestations faites par la presse contre les violences de la royauté; et de son cdté la population de Paris courut aux armes pour défendre les libertés nationales mises d’un trait de plume a néant par la royauté, aoe jours aprés était réduite 4 prendre le chemin de
xil,
M. Barthe, par tous ses précédents, occupait depuis longtemps une place trop éminente dans le parti de l’opposition pour ne pas se trouver A ce moment tout naturellement porté aux affaires. II fut donc appelé A faire partie de la commission municipale, constituée bientét en gouvernement provisoire. Le duc d’Orléans, investi d’abord des fonctions de lieutenant-général du royaume, fut quelques jours aprés invité par les deux cent vingt et nn A ceindre la couronne, Le nouveau roi prit Dupont de Eure pour Ministre de la justice; et celui-ci confia.a M. Barthe les fonctions de procureur du roi a Paris. Les modifications apportées a la charte, en abaissant age d’éligibilité, lui permirent de se mettre sur les rangs pour la députation , et au mois d’octobre les électeurs des 11° et 12° arrondissements de la capitale lui conférérent le mandat électoral. Dans les derniers jours de décembre 1830, M. Barthe était appelé 4 prendre le portefeuille de V'instruction publique. Trois mois plus tard , Casimir Périer lui confiait, dans le cabinet dont il devenait le chef, les fonctions de garde des sceaux, qu’il conserva jusqu’en avril 1834, époque ott Louis- Phinppe .¢ nomma premier président de la Cour des comptes |} et pair de France. I occupa le méme ministére dans le cabinet Mole (1836-1839),
Les premiéres années du régne de Louis-Philippe ne furent qu’une suite de conspirations tentées par les républicains. Ce parti qui avant 1830 était presque imperceptible
BARTHEL 657 en France, s’était bien vite grossi d’une foule de mécontents et d’ambitieux de tous les étages, parce que les révolutions, si radicales qu’on puisse les supposer, ne disposent jamais d’assez d’emplois lucratifs pour satisfaire toutes les prétentions qu’elles font surgir. Investi de la confiance du nouveau roi, M. Barthe lui donna un concours loyal, et par la nature méme de ses fonctions se trouva obligé de sévir contre des hommes avec qui, dix ans auparavant, il avait défendu les principes de 1789 contre les intrigues de la contre-réyvolution. Ces principes étaient aujourd’hui hautement proclamés par le pouvoir; M. Barthe pensait donc que leur application sincere suffisait pour répondre aux veux dé Pimmense majorité de la nation, et que celle-ci ne demandait pas qu’on allat au dela. Ceux de ses anciens amis politiques qui entendaient, au contraire, soumettre la France a un nouvel essai de régime républicain, et a qui le ministre de la justice était obligé d’appliquer les sévérités de la loi, voyaient dans une telle conduite de sa part une apostasie ; et, quand il venait justifier a la tribune les mesures purement détensives prises par un gouvernement que les factions attaquaient A main armée, Jes journaux dont disposaient ces factions ne manquaient jamais de le signaler a la haine et au mépris des masses. A cet effet les feuilles républicaines exploitaient avec autant de perfidie que d’habileté les actes des premiéres phases de la vie politique de |’ancien charbonnier; actes qui, il faut bien l’'avouer, donnaient un si éclatant démenti aux doctrines d’ordre ct de légalité profess sées maintenant par le ministre d’un roi constitutionnel.
Il y aurait @ailleurs de injustice et de ingratitude a ne pas rappeler que !’administration de M. Barthe fut marquée par de notables améliorations. C’est pendant son ministére que le Code Pénal fut réformé, que les circonstances atténuantes furent introduites dans les procés criminels, qu’on abolit la mutilation du poignet, la peine de mort pour le crime de fausse monnaie, la marque, etc. Aprés la réyolution de février 1848, M. Barthe fut destilué; mais un décret du président le rétablita la téte de la Cour des comptes (15 aout 1849). Il fit partie en 1851 de la commission consultative et entra au sénat le 31 décembre 1852. Il est mort a Paris le 28 janvier 1863. On a de lui quelques écrits de circonstance. Il était membre, nommé par l’empereur, de VAcadémie des sciences morales et politiques.
BARTIIE (Giraro be La ), peintre frangais dont on a de jolis paysages et de gracieuses aquarelles, et qui résidait dans les premiéres années de ce siécle 4 Moscou. On ignore la date et le lieu de sa naissance, de méme que l’époque de sa mort. Cet artiste a publié un recueil de Vues de Pancienne capitale de empire de Russie.
BARTHEE (Me cator), sculpteur allemand, né en Saxe, au commencement du siécle dernier, ef mort en 1764. Il avait étudié son art & Venise, dans l’atelier de Just Le Curt, et résida longtemps dans cette ville. Il avait adopté la maniére du Bernin, et est considéré 4 bon droit comme |’un des éléves les plus distingués de cette école. On voit de lui dans I’église de Frari des statues d’un bon style et dans Véglise degli Scalzi une belle statue de saint Jean-Baptiste.
BARTHEL (Jean-Gasparp ), publiciste allemand, né 4 Kissingen, en 1607, mort 4 Wurtzbourg (Baviére), en 1771, est auteur d’un grand nombre d’ouvrages relatifs aux rapports de l’Allemagne avec la cour de Rome, au droit public et au droit canon, parmi lesquels on remarque surtout ceux qui sont intitulés ; Historia generalis pacificationum Imperii circa religionem sistens (1736); De restituia canonicorum in Germania electionum Politia (1740); De Jure conformandi antiquo et novo (1744); Tractatus de eo quod circa libertatem, exercitii religionis ex lege divina, et ex lege Imperii justum est (1764). Elevé au collége des Jésuites A Wurtzbourg, Barthel, quand il eut achevé ses études, se rendit 4 Rome, ou il obtint les bonnes graces et la protection du cardinal Lambertini, qui devait
devenir chef de l’Eglise sous le nom de Benoit XIV. Plus tard, i] revint se fixer aux lieux qui l’avaient vu naitre, et obtint successivement une chaire de droit canon, le titre de chanoine du chapitre de Wurtzbourg et enfin celui de vice-chancelier de l’université de cette ville. Les universités eatlioliques d’Allemagne lui sont redevables d’une meilleure direction donnée a l'étude du droit canon, restée jusque alors fort en arriére des progrés de la science.
BARTHEL (Jean-CunistiAn-FreépEénic), artiste habile, dont on a un grand nombre de gravures justement estimées par les amateurs. Il maniait le pinceau avec antant de bonheur que le burin; et le duc de Brunswick lui fit exécuter, pour le chateau ov il réside dans sa capitale, divers sujets mythologiques dans lesquels Barthel a fait preuve d’une grande pureté de dessin et d'un coloris plein de vigueur. Parmi ses planches gravées, celle qu’on estime le plus représente une Grofte avec un paysage d’aprés Thormayer. Le Chdteau de Heidelberg daprés Primavesi, et Vaucluse, ceuvre de fantaisie, sont aussi fort recherchés. On a en outre de Barthel un livre intitulé : Humorphea (Leipzig, 1807), dans lequel il traite diverses questions de haute critique.
BARTHELEMITES, clercs séculiers qui vivaient en commun et s’occupaient de l'éducation des jeunes gens et des ecclésiatiques. [ls avaient pris leur nom de Barthélemy Holzhauser, qui fonda cet ordre, a Salzbourg , en 1640. Les services qu’ils rendirent en Autriche leur valurent la protection de l’empereur Léopold et du pape Innocent XI; mais dés 1795 cet ordre cessa d’exister.
BARTHELEMY (Saint) , apétre, fils de Tolmaé, est vraisemblablement la méme personne que Nathanael, dont ’Evangile selon saint Jean fait mention comme d’un honnéte Hébreu et d’un disciple de Jésus, qui fut un des premiers A embrasser la religion nouvelle, Eusébe rapporte qu’il alla précher la foi du Christ aux Indes, probablement dans V'Arabie méridionale , et qu’il y porta aussi l’Evangile selon saint Mathieu en langue hébraique. Saint Jean Chrysostome rapporte qu’il précha encore en Arménie et dans |’Asie Mineure ; enfin, une légende postérieure le fait mourir sur la croix & Albania-Pyla, aujourd’hui Derbent, en Russie. Les reliques de ce saint martyr sont conservées 4 Rome depuis Vannée 983, dans l’église qui porte son nom.
L’Eglise catholique célébre la féte de ce martyr le 24 aout, et PE glise grecque le 11 juin. L’ancienne Eglise possédait sous son nom un évangile apocryphe , qui a péri depuis.
BARTHELEMY (Massacres de la Saint-). Voyez Saint-Bantuétemy.
BARTHELEMY ou BARTHOLOMAUS, nom commun a divers personnages historiques, Dans le nombre nous citerons : 1° Bartuéiemy d’/desse, moine, qu’on suppose avoir véeu au huitidme siécle de notre ére, en Syrie. On a de lui une réfutation du Coran, qui fut publiée en 1665 dans Je premier volume dela Collectio variorum Sacrorum (in-4°, textes grec et latinen regard), avec une dissertation du méme auteur Contra Muhametum. 2° Bar- THELEMY ( Pierre), prétre, né a Marseille, qui suivit a la premiére croisade Raymond de Saint-Gilles et l’évéque du Puy, Adhémar, J) raconta un jour aux croisés que saint André lui était apparu pour lui apprendre que la lance qui avait servi & percer le flanc de notre Sauveur avait été enfouie A Pendroit ou s’élevait alors Pautel de Saint-Pierre d’Antioche, et que cette lance, dés qu’on la posséderait, sulfirait pour mettre les infidéles en fuite. Il ne manqua pas Winerédules qui contestérent |’authenticité de apparition. Pierre Barthélemy, pour la prouver, consentit a subir l’épreuve du feu. Elle eut effectivement lieu, le vendredi saint de l'année 1099; mais Pierre Barthélemy mourut des suites de cet inutile martyr. 3° Barrattemy, évéque d’Urbino au commencement du quatorziéme siécle. Il est auteur d’un choix des pensées de saint Augustin et de saint Ambroise. Le premier de ces recueils, Milleloguium Augus-
BARTHEL — BARTHELEMY
tint, dedié au pape Clément VI, a été imprimé en 1644 & Lyon, et réimprimé a Paris année suivante. Le Milleloquium Ambrosii fut également publié 4 Lyon, en 1646, 4° Bartuétemy ou BarTaote de Cologne, né dans cette ville vers le milieu du quinziéme siécle, mort A Minden au com-
-Mmencement du quinziéme, fut le condisciple d’Erasme, et
acquit la réputation de savant littérateur. I] fut chargé d’enseigner la littérature classique 4 Zwolle, puis a Minden, et contribua beaucoup au reveil des saines études.
BARTHELEMY (Jean-Jacques), né & Cassis, prés d’Aubagne, en Provence, le 20 janvier 1716 , commenca ses études chez les oratoriens de Marseille, ef les continua chez les jésuites de la méme ville : Jes uns et les autres distinguérent en lui un éléve aussi intelligent que laborieux. Les deux Jangues anciennes enseignées dans les colléges ne suffisaient point a son avidité d’instruction. Il apprit aussi ’hébreu, le chaldéen, le syriaque, et acquit une connaissance approfondie des maurs et des usages de I’antiquité. Cet excés de travail fut la source d’une grave maladie. Lorsque le jeune Barthélemy fut rétabli, ses parents, qui le destinaient a I’état ecclésiastique, le firent entrer au séminaire de Marseille, dirigé par les lazaristes. Il paratt que l’étude aride de la théologie fut loin de lui offrir le méme attrait que les précédentes ; peut-étre aussi cette Ame si consciencieuse s’effraya-t-elle des obligations imposées par le sacerdoce, En partant du séminaire, il déclara qu’il renoncait 4 exercer les fonctions du ministére sacré; toutefois, il en garda Ihabit, pour satisfaire en quelque chose au yoeu de sa famille; il le conserva méme toute sa vie, et fut dés lors connu sous le nom de l’abbé Barthélemy.
Ses goats, ses talents, son désir ardent d’ajouter A ses onnaissances, tout l’appelait dans la capifale; il y vint en 1744. Gros de Boze, l’un de ces savants qui ne feraient point faire un pas & la science, mais quien conservent dans leur téte le dépét intact , était alors garde du cabinet des médailles 4 la Bibliothéque du roi, L’érudition précoce du jeune Provencal trouva grace pour sa viveimagination auprés de cet homme positif. Boze se plut a lui apprendre la nu-ousmatique, et bient6t son éléve fut en état de partager ses fonctions et ses travaux. « Il n’est pes malheureux pour moi, disait gaiement l’abbé Barthélemy, d’avoir gagné l’affection d’un homme qui met les points sur les i, moi qui ne mets pas toujours les i sous les points, » Gros de Boze mourut en 1753. Le choix qu'il avait fait de Barthélemy pour son associé le désignait au gouvernement pour son successeur ; en effet, ’abbé le remplaga avec un grand avantage pour la science, puisqu’en quelques années ses recherches et ses soins éclairés augmentérent de plus du double la précieuse collection des antiques, Un voyage qu'il entreprit en Italie lui fit surtout découvrir un grand nombre de ces trésors. Le sort lui en réservait un autre dans ce pays: !a commenga pour lui la vive et constante attention de madame de Stainville et de son mari, depuis le duc de Choiseul, alors ambassadeur de France A Rome, devenu ministre, et ministre tout-puissant, peu aprés leur retour en France. Le duc s’empressa de prodiguer les places lucratives a l’abbé Barthélemy, auquel son propre mérite avait déja procuré @honorables distinctions : depuis plusieurs années, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, la Société royale de Londres et celle des Antiquités de la méme ville le comptaient parmi leurs membres. Des mémoires , des dissertations , remarquables également par le fond et le style, avaient été ses titres d’admission.
Jamais faveurs ne furent mieux justifiées sous tous les rapports que celles dont le duc de Choiseul voulut, suivant son expression empruntée A Corneille, accabler le savant homme de lettres. Cette aisance , créée autour de Barthélemy, fut en grande partie répandue par tui sur sa famille ; elle servit surtout & l'éducation de trois neveux , dont l'un, Barthélemy-Courcet, mort en 1800, était en l’an 1 dé &