BARTHELEMY
poléon en Egypte , la Bacriade , Rome & Paris, la Pey= ronnéide, le Fils de Vhomme, le poéme de U’Insurrection... Nous pouvons tous réciter la plupart des strophes ou des chants de ces livres, dont le retentissement fut immense, et qui placérent les deux jouteurs sur la premiére ligne des poétes contemporains. En 1831, au mois d’avril , on garde dans la mémoire les époques des grandes choses, Barthélemy fonda la Némésis, ouvelie périodique , immortel, dont la trop courte durée fut un deuil pour la France, Jamais Barthélemy , jamais Méry, son collaborateur, n’ont eu de plus belles inspirations; jamais triomphe de poétes ne fut plus éclatant, plus universel. Aprés la Némésis vinrent les Douze Journées de la révolution, que Barthélemy signa seul, et dont Méry peut a juste titre revendiquer sa bonne part. Quatre ans aprés parut la traduction de VEnéide, ceuvre complete, exacte, qui laissa bien loin der- . riére elle celle de Delille, dont on ne parle plus avjourd’hui que pour mémoire. Que dire de son admirable chant de deuil sur les funérailles de Napoléon, de sa traduction du poéte latin Fracastor, de sa ravissante satire intitulée Marseille, et de son poéme la Pipe et le Cigare, ou Vesprit le dispute a la verve , ou chaque hémistiche est une étincelle, ol chaque page est un faisceau éblouissant de lumiéres !
En 1829 Barthélemy, bravant la police de Metternich et le carcere duro, se rendit 4 Vienne pour offrir au duc de Reichstadt son poéme de Napoléon en Egypte. A son retour, il publia Ze Fils de Vhomme, mémorable page poétique dont il subit les conséquences. C’était un crime alors 4 Paris de parler du grand empereur; Barthélemy fut condamné a six mois de prison et 4 10,000 francs d’amende.
Barthélemy se joue des petits vers, qu’il n’emploie guére que dans l’épigramme et le madrigal. Ce qu’il lui faut, a lui, c’est Palexandrin et son ampleur, c’est la rime carrée , la courte période, la précision. La rime n’est point pour lui une impérieuse despote, mais bien une esclave soumise ; il la saisit, il la traine au bout de son vers, il l’y cloue, et vous diriez qu’a lui seul appartient le droit de la choisir aussi exacte, aussi riche. Quant a ses épithétes, dont au reste il se montre fort avare, on chercherait en vain un poéte qui les trouve plus énergiques, plus piltoresques. C’est une nouvelle force, c'est une 4me nouvelle acquise a la pensée , ef l'on ne peut l’en déshériter sans la gater ou Pappauyrir, Ce qu’il y a de vraiment merveilleux dans cette male poésie de Barthélemy, c’est la richesse et la perfection des images, Elles naissent sous sa plume avec une incessante prodigalité; elles s’accumulent sans désordre, sans géne, comme dans ces foréts séculaires duNouveau Monde se pressent, se croisent, s’enlacent les ;uissants végétaux qui pésent sur le sol pour Venrichir et Vabriter. Jacques Araco.
Ce que notre spirituel collaborateur ne dit pas, mais ce qui a été révélé par d’autres et relevé par M. Quérard, cest qu’avant de venir 4 Paris, Barthélemy avait publié a Marseille une satire contre les Capucins. Bientdt il se ravise, et, si l’on en croit un in-8°, publié en 1836, sous le titre de Sacerdoce littéraire, par Aristophane (Scipion Marin), il écrivit dans le Drapeau Blanc, journal alors ministériel , certain article contre la liberté de la presse , qui lui valut un cadeau de 1500 fr. sur la cassette de Charles X. Puis le voila publiant, en 1825, sa piéce sur le Sacre de ce généreux monarque, qui prouverait, a elle seule, qu’on s’est trompé en affirmant que le poéte n’avail jamais recherché les faveurs du gouvernement. Cette fois, hélas! il ne recut que 300 fr., et cependant il avait dit :
Charles, vois prés de toi la France rassemblée ; Vois de tentes au loin la campagne peu lée; Entends ce cri d’amour, ce cri de mille voix,....06
La Camarilla n’avait pas été généreuse. Barthélemy lui en garda rancune, et cette rancune devint de la haine. Elle produisit les brillants ouvrages dont Jacques Arago fait Véloge.