BARTHELEMY — BARTHEZ
Mais Louis-Philippe monte sur le tréne! Il fait 4 Barthélemy une pensian de 1,200 fr. ‘Bientot apparait la Némésis. Le poéte ose dire que
D’Argout incendia le drapeau tricolore ;
et sa pension mensuelle lui est enlevée. A la vérité il en marche plus hardiment ; Il respire affranchi de son étau de fer.
tl veut
Tenir du peuple seul la yolontaire obole, Car, ajoute-t-il :
Le pain de servitude 4 ma bouche est amer.
Mais au bout de cinquante-deux semaines le fouet vengeur tombe de ses mains nerveuses; il va s’asseoir a la table de ceux qu’il a flagellés , il godte aux mets empoisonnés, il s’abreuve 4 l’auge des fonds secrets, ila de la prose en faveur de Pétat de siége et des vers contre le peuple, enfin il encense le pouvoir, Plus tard, dans le Zodiaque, le Deux Décembre, la keine Victoria, il a pu célébrer ses nouveaux amis politiques.
Barthélemy a essayé de se réhabiliter a force de talent; il a entrepris sa brillante traduction de UEnéide, pour laquelle le ministére lui a compté , dit-on, 80,000 fr. ; mais Yceuvre n’a pas trouvé d’échos, La postérité, qui n’a pas de colére, imposera peut-étre silence & son mépris pour Yhomme, et déposera encore quelques feuilles d’un laurier flétri sur la tombe du poéte Barthé’emy est mort le 23 aout 1857, 4 Marseille; il était pensionné par ’empereur.
BARTHELEMY-SAINT-HILAIRE (Jutes ), professeur de philosophie grecque et latine au Collége de France, membre de l'Institut, chevalier de la Légion d’Honneur, est né a Paris, le 19 aodt 1805. Au sortir du collége, ot il avait fait de brillantes études, il entra dans le monde, comme tant d’autres, riche de sa seule intelligence, mais avec beaucoup d’ambition et d’entregent. C’est la ce qui explique comment il fut admis de bonne heure dans une administration publique et attaché au ministére des finances (contributions indirectes). Son activité, toutefois, ne s’y absorbait point tout entiére, et il trouvait encore le temps de s’oecuper de la marche des affaires publiques. Il en cottait a sa fierté de citoyen d’avoir di, pour obtenir une place, dissimuler ses opinions politiques. Aussi eut-il hate de témdigner sa gratitude au gouvernement qui le faisait vivre , en Vattaquant dans Je Globe, de 1828 a 1830. « Il fut, dit M. Quérard, comme rédacteur habituel de ce recueil, Pun des signataires, au 26 juillet, de la protestation des journalistes contre les ordonnances. Son nom est dans/e Globe du 26 juillet 1830; mais il a été omis le plus souvent dans les listes incomplétes qui ont été données des signataires ; il l’a méme été sur la médaille frappée a cette occasion par le gouvernement; toutefois, ’erreur fut reconnue, et la médaille lui fut envoyée. »
Aprés la révolution de 1830 M. Barthélemy-Saint-Hilaire entra dans la société Aide-toi, le ciel t’aidera, dont il demeura jusqu’a la fin un des membres les plus assidus, coopérant avec zéle a tous ses travaux , et travaillant jusqu’en 1832 ases plus brdlantes circulaires. Il fonda vers ce temps, avec MM. Cauchois-Lemaire et Victor Rodde, le Bon Sens, et participa avec une extréme ardeur a la rédaction de ce journal, pendant les sept premiers mois de son existence hebdomadaire. Puis, des contestations dintérét s’étant élevées entre les fondateurs, !’affaire fut vidée devant la juridiction consulaire, et M. Barthélemy-Saint- Hilaire se retira du journal. A tour de rdle ou simultané- ment, le National, [ge Constitutionnel, le Courrier Fran- ¢ais, le comptérent parmi leurs rédacteurs , jusqué’ vers la fin de 1833, qu’il abandonna tout a coup la politique pour 8€ vouer exclusivement a Aristote et a la philosophie,
Cette détermination a été heureuse &4 M. Barthélemy-Saint- Hilaire , et tout lui a souri depuis. On le voit en effet successivement nommé répétiteur du cours de littérature frangaise 4 Ecole Polytechnique, en 1834; professeur de philosophie grecque et latine au Collége de France, le 6 janvier 1838; membre de ’Académie des Sciences morales et politiques, le 23 mars 1839, ete. Cette méme année il obtint la croix d’Honneur de son collégue a l’Institut, M. Villemain, ministre de Vinstruction publique. « Beaucoup sé sont demandé, a dit quelque part, peut-¢tre bien dans ce livre, un écrivain qui ne désirait pas moins lui-méme ce ruban si envié, pourquoi le professeur de philosophic grecque et latine au Collége de France tenait tant a étre décoré, Cela se concoit trés-bien : le philosophe de Stagire , que M. Barthélemy-Saint-Hilaire a choisi pour maitre, et qu’il représente parmi nous , ne dédaignait pas, dit-on, les joutssances de la vanité, que Platon bannissait de sa république : or, Platon ayant été décoré par Charles X dans la personne de M. Cousin, il ne se pouvait pas qu’Aristote, le philosophe calculateur, ne le fat point par Louis-Philippe dans la personne de M. Barthélemy. »
Sous le ministére de M. Cousin, en 1840, M. Barthélemy fut quelque temps chef du secrétariat et du cabinet, faisant fonctions de secrétaire général du ministére.
Aprés la révolution de Février, le réveil de ses convictions républicaines le désigna tout naturellement au choix du gouvernement provisoire pour les fonctions de chef de son secrétariat. Elu membre de l’Assemblée constituante par le département de Seine-et-Oise, il y fit partie du comité de l’instruction publique, et présida la commission chargée de préparer la loi sur V’instruction primaire, dont il fit ensuite le rapport. Bientét ses opinions devinrent de plus en plus modérées; il vota en faveur des deux Chambres, et refusa sa confiance au général Cavaignac qu’il attaqua méme de la fagon la plus passionnée. Dans l’Assemblée législative ilse rapprocha de la gauche, puis il protesta contre le coup @Etat, et quitta sa chaire du Collége de France. De 1855 a 1858, il fit partie de Ja commission internationale de Visthme de Suez. Le département de Seine-et-Oise l’envoya en 1869 au Corps législatif, et renouvela son mandat en 1871. Ami particulier de M. Thiers, il fut un des députés qui proposérent 4 Bordeaux de lui remettre Je pouvoir exécutif sans contréle, et devint peu de temps aprés son chef de cabinet.
On doit a cet habile érudit une série de versions d’Aristote (1837-1866, 17 vol, in-8°), accompagnées d’un copieux commentaire ; une traduction en vers frangais de l’Iliade (1868, 2 vol.), des Védas (1854, in-8), du Boudhisme (1855, in-8°), Lettres sur V Egypte (1856, in-8°), le Boudha et sa religion (1859 , in-8°), Mahomet et le Coran (1865, in-8°), Philosophie des deux Ampére (1866, in-8). On cite encore de lui un Mémoire sur la philosophie sanscrite et sur le Nydya, un article de la Revue des Deuz- Mondes ayant pour titre: Psychologie criminelle : Louvel (1832), et un petit traité De la vraie Démocratic (1848).
BARTHEZ ( Pierre-Josern ), l'un des hommes célébres de l’école de Montpellier, naquit dans cette ville, le 11 décembre 1734. Les succés qu’eurent ses premiéres études ne pouvaient faire présager sa haute fortune , puisqu’il étudiait a Narbonne. Mais qu’importent les premiers enseignements a des hommes aussi studieux que Barthez! Concentré dans
-une obscure bourgade, il ignora longtemps sa vocation
veritable. D’abord ecclésiastique, 4 Vexemple , et peut-étre a Pinstigation de ses premiers maitres, il devint en méme temps géométre, par une sorte a de famille, son pere étant ingénieur ; mais bient6t les matlématiques l’attirerent vers la physique, la physique le mit en présence de la médecine, et c’est a elle qu'il se fixa pour toujours , comme a un aimant irrésistible.
Regu docteur de Montpellier aprés trois années d’études,
en 1753, 4 Pdge de dix-neuf ans, déja théologien , médecin , et méme un peu mathématicien, Barthez s’empressa de venir chercher A Paris cette science encyclopédique a laquelle aspirait son ardente intelligence, et dont Montpellier ne lui offrait qu’un abrégé incomplet et stérile.
Dans la capitale, Barthez trouva tous ses plaisirs dans Vintimité remplie de charmes des hommes célébres auxquels on l’avait recommandeé : le président Hénault, d’Alembert, lephysicien Mairan, l’auteur d’Anacharsis, V antiquaire Caylus et tant d'autres, Toutefois, il ne parait pas avoir cultivé la bienveillance des quatre véritablement grands hommes de cette époque; peut-¢tre était-il trop disputeur pour Voltaire, trop peu correct pour Buffon , trop médecin pour Rousseau et pour Montesquieu.
Barthez publia d’abord quelques mémoires d’érudition, que l’Académie des Inscriptions couronna. Employé ensuite assez obscurément dans ’armée du maréchal de Broglie, if s’acquitta si bien de ses devoirs qu’il gagna une sorte de typhus ou fiévre des camps, et ce fut 1a tout ce que ses campagnes lui valurent. De retour a Paris, il coopéra a YEncyclopédie, au Journal des Savants, plus lu alors quwaujourd’hui, sans doute parce qu’on se sentait plus ignorant et qu’on donnait moins de temps 4 la politique. A quelque temps de 1a, en 1759, une chaire devenue vacante et mise au concours 4 Montpellier (car les concours datent de ancien régime) le rappela dans sa patrie. Ce fut 1a son début dans la carriére de l’enseignement, oi il obtint de grands suceés. On va méme jusqu’a assurer que l’élocution de Barthez était claire, élégante et rapide, lui dont les ouvrages sont d’un style si abstrait, si embarrassé et si obscur. Attribuons donc plutdt ses succés a ce qu’il exposait pour la premiére fois devant un public beaucoup plus épris de la métaphysique que celui de Paris sa nouvelle doctrine du principe vital, dont tout le monde parle, que certains médecins critiquent, mais qui certes n’est bien comprise que par un petit nombre de vrais adeptes.
Pour nouyeauté, Barthez rattachait tous les phénoménes de la vie, tous les mystéres de l’existence, a d’autres principes que ceux de la physique générale et de la philosophie du temps : e’était divorcer ouvertement avec tous les médecins, c’était faire scission avec Boérhaaye et son école; dés lors, schisme médical. Avant lui on expliquait tout par les propriétés générales de la matiére, par les Jois de la physique, de la mécanique et de Ja chimie. La circulation du sang ne se réalisait absolument, assurait-on, que par les lois de Vhydraulique; les sécrétions ne s’opéraient qu’en vertu dune affinité chimique ; les sensations, c’étaient tout simplement des images et des empreintes déterminées par les ébranlements des fibres nerveuses; ef la contraction musculaire elle-méme, on l’attribuait & une sorte d’attraction. Barthez s’appliqua & démontrer qu’indépendamment de la faculté de penser, il y a dans homme et dans les animaux deux propriétés qui président aux phénoménes de la vie : le principe de la sensation et le principe du mouvement, c’est-a-dire Ja sensibilité et la contractibilité. Il porta.les choses plus loin, et ce fut la son tort, comme aussi le secret de sa prompte réputation; car remarquez que les grandes fautes et les erreurs mémorables ont fondé plus de célébrités que les actions lJouables et les découvyertes.
Barthez réunit done les deux propriétés du mouvement et de Ja sensation Vune a l'autre pour n’en former. qu’un principe commun, une propriété unique, qu’il nomma principe vital, sorte d’dme physique (s'il est permis d’employer ce terme), qu’il opposa 4 ’Ame intellectuelle, et, A V’aide de ce principe, il explique tous les actes de la vie, qu'il soustrait de la sorte & la subordination des sciences physiques et mécaniques. Qu’on ne s'imagine pas, aprés tout, que Barthez soit le seul ou le premier physiologiste qui ait formulé, & aide d’abstractions, les obscurités, presque toutes