C. Tovvarn ainé
BAS-EMPIRE. On n’est pas d’accord sur l’époque ow le titre de bas doit étre appliqué a cette partie de l’empire romain, connue aussi sous le nom d’empire d’Orient, empire grec ou byzantin, empire de Constantinople, dont cette ville en effet fut sans interruption la capifale, et qui, commengant a lv mort de Théodose, finit & la prise de Constantinople par Mahomet II, en 1453. La vraie date du commencement du Bas-Empire est 395. Il y avait bien eu précédemment, en 364, un partage officiel de Yempire entre Valentinien I°* et Valens; la tétrarchie de Dioclétien elleméme avait établi un partage réel en empire d’Occident et en empire d’Orient; mais Je partage dont résulta Je Bas-Empire ne fut complet et définitif qu’aprés la mort de Théodose.
L’histoire du Bas-Emipire se divise en six périodes : pendant la premiére (395-565), dont Justinien est le personnage principal, le Bas-Empire, aprés avoir subi les ravages des Huns et perdu presque toute lArménie, voit périr ’empire d’Occident ; mais il recueille quelques-unes de ses dépouilles, en Italie, en Afrique et en Espagne.
A la deuxiéme période (565-717) la décadence n’est plus douteuse; les Lombards occupent les deux tiers de |’Italie ; les Bulgares , les Serbes, les Croates s’établissent au sud du Danube; les Arabes soumettent la Syrie, l’Egypte, l’Afrique et Vile de Chypre.
Avec la troisiéme période (717-867 ) commence la dynastie isaurienne, qui se prolonge jusqu’en $02, et dont le zéle iconoclaste améne la perte de presque tout ce qui reste aux Grecs en Italie. Le culte des images rétabli, le schisme d’0rient éclate. Candie, presque toute la Sicile , la Cilicie échappent au Bas-Empire. Les guerres contre les Bulgares aménent d’affreux désastres.
La dynastie macédonienne remplit une partie de la quatriéme période (867-1056). Elle ralentit la chute de ’Empire, et offre quelques princes remarquables. Les Bulgares et les Russes ravagent, il est vrai, le pays; mais la Bulgarie est deux fois reprise avec la Servie; Chypre, la Cilicie, Candie rentrent sous la domination du Bas-Empire; Alep et la Sicile sont momentanément recouvrées.
Au commencement de la cinquiéme période (1056-1260), les Seldjoucides s’emparent des deux tiers de l’Asie Mineure. Les Croisés qui traversent le Bas-Empire ne lui sont d’aucun secours, et lui deviennent méme onéreux et funestes. Des guerres contre les Normands qui ont conquis la Sicile et contre Jes Hongrois épuisent les forces des Grecs : les Serbes et les Bulgares redeviennent indépendants; la quatriéme croisade se détourne de Jérusalem sur Constantinople, qui est prise et qui devient le siége d’un empire latin, tandis que les lambeaux du Bas-Empire s’en vont en poussiére.
La reprise de Constantinople, en 1261, ouvre la sixiéme période, que remplit la dynastie des Paléologues; mais ils sont impuissants a reconstituer le Bas-Empire. La Servie, la Bulgarie, la Bosnie, les files, presque tout le sud de la péninsule , se démembrent; le reste passe aux Turcs, ainsi que les neuf dixiémes de |’Asie Mineure. Les guerres civiles achéyent la ruine de Etat, et Mahomet II s’empare de Constantinople malgré l’héroique défense du dernier des
Constantins.
Tel fut le Bas-Empire, que l'histoire a flétri de ce nom, dont elle a fait le synonyme de bassesse et de corruption. Sa décadence dura onze siéeles. A la suite de Constantin étaient arrivés dans Byzance le libertinage tastueux des patriciens, la servilité des sénateurs, Vindiscipline des soldats. Uhabitude “es révolutions de cour y avait continué sa déjastreuse influence. Le tréne était comme toujours le prix de Ja révolte, de Vassassinat, du parricide. Il n’y avait de thangé dans cette corruption que les jeux et les spectacles. Les cochers de l’hippodrome avaient remplacé les gladiateurs, avec cette différence que le peuple se passionnait pour ces meneurs de chars, et les quatre factions qu’ils avaient fait naitre étaient devenues les instrumeats des ambitieux qui aspiraient a la couronne.
Aux vices de la vieille Rome s’était joint tout ce que le climat de Orient peut enfanter de mollesse et d’incurie. La prostitution était partout. Le costume méme dénongait un peuple d’histrions efféminés, Le christianisme n’y apporta aucune des vertus qu’il professe et qu’il commande. II y toléra dés l’origine mutilations d’esclaves qui révoltent Vhumanité; et telle était la bassesse des souverains, des grands et du peuple, que ces hommes déchus arrivaient a la plus scandaleuse opulence, aux premiéres charges de l’empire, 4 disposer méme de I’Etat et de la destinée des empereurs.
L’hérésie, fille de l’Orient, se multiplia sous tant de formes que la dispute et la controyerse devinrent presque un deyoir pour les évéques, et passérent dans toutes les classes de citoyens. Les empereurs, a limitation de Constantin, commencérent par présider les conciles; ils en vinrent a prescrire des articles de foi, et finirent par écrire des plaidoyers théologiques pour ou contre les décisions des patriarches.
Un mot ajouté au symbole de Nicée par un synode espagnol du septiéme siécle coupa l’Fglise en deux grandes divisions. L’Occident adopta le Filioque, Orient le rejeta, et I’Eglise grecque se sépara pour jamais de ’Eglise latine. L’ambition rivale des papes et des patriarches se signala dans cette querelle; mais la nation grecque en fut plus exclusivement occupée. Le saint siége et ses croyances lui devinrent plus odieux que le Perse, le Bulgare ou le musulman, dont elle avait & redouter les armes. Sonvent méme son opiniatreté, plus forte que celle de ses maitres, repoussait Yunion que ceux-ci youlaient lui imposer. Les questions religieuses, divisées, subdiyisées 4 l’infini, dégénérérent en subtilités ridicules, et les entations éfaient encore plus absurdes que les théses.
A ces querelles de mots se mélaient les dissensions des prétres qui se disputaient le patriarcat, et le peuple s’y intéressait plus vivement qu’aux débats des prétendants a Vempire. Les moines s’emparérent de Orient chrétien avec une telle profusion, que la paix publique en fut cent fois troublée. Les légions redoutaient plus la rencontre de leurs bandes que celle des barbares, Le régne honteux de ces enfants de saint Basile acheva d’étouffer le peu de courage et de patriotisme qu’avait laissé la corruption. Les césars byzantins étaient plus glorieux de mourir en moines qu’en héros.
Si nous cherchons maintenant le contingent que le Bas- Empire a apporté dans la civilisation moderne, nous trouverons le corps des lois romaines recueilli par Justinien, et Pintroduction des vers 4 soie sous le méme régne. Aprés Jui, rien, & moins que nous n’admettions 4 son compte les moulins & vent, apportés del’Asie Mineure en Normandie au commencement du douziéme siécle. Le feu grégeois n’est point arrivé jusqu’d nous, et nous avons plus tard inventé mieux ou pis. Cet intervalle de onze cents ans n’offre pas, dit Gibbon, une découverte qui ait augmenté la dignité de ’homme ou contribué 4 son bonheur.
Bous le rapport des lettres, nous n’en ayons retiré que