‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 360 sur 488 · BAS-FOND — BASILE · texte numérisé non relu

BAS-FOND — BASILE

Sous les petits angles, comme on a vu, s’opérent les plus fortes réflexions ; done lobservateur recevra une portion d’autant plus considérable de la lumiére qui part de l’écueil, qu’il sera lui-méme placé plus baut.

Les rayons provenant de !’écueil sous-marin ne sont pas ies seuls qui arrivent a Pil de |’observateur. Dans la méme direction, confondus avee eux, se trouvent des rayons de la lumiére atmosphérique, réfléchis extérieurement par la surface de la mer. Si ceux-ci étaient soixante fois plus intenses que les premiers, ils en masqueraient totalement Veffet : VPécueil ne serait pas méme soupgonné, Posons une moindre proportion entre les deux lumiéres, et l’image de l’écueil ne disparaitra plus entiérement; elle ne sera qu’aflaiblie. Rappelons maintenant que les rayons atmosphériques renvoyés a lceil par la mer ont d’autant plus d’éclat qu’ils sont réfléchis sous un angle plus aigu, et tout le monde comprendra que deux causes différentes concourent a rendre un objet sous-marin de moins en moins apparent 4 mesure que la ligne visuelle se rapproche de la surface de la mer; savoir : d’une part, l’affaiblissement progressif et réel des rayons qui, émanant de cet objet, vont former son image dans lil; de l’autre, une augmentation rapide dans l’intensité de la lumiére réfléchie par la surface extérieure des eaux, ou bien, qu’on me passe cette expression, dans le rideau lumineux a travers lequel les rayons venant de 1’écueil doivent se faire jour.

Supposons que les intensités comparatives des deux faisceaux superposés soient, comme tout porte a le croire, Punique cause du phénoméne que nous analysons, et nous pourrons indiquer aux navigateurs un moyen d’apercevoir les écueils sous-marins mieux et beaucoup plus facilement que ne l’ont fait tous leurs devanciers. Ce moyen est tréssimple : il consiste 4 regarder la mer non plus a l’eil nu, mais a travers une lame de tourmaline, taillée parallelement aux arétes du prisme et placée devant la pupille dans une certaine position. Deux mots encore, et le mode d'action de la lame cristalline sera évident. Prenons que la ligne visuelle soit inclinée 4 la surface de la mer de 37°: la lumiére qui se réfléchit sous cet angle ala surface extérieure Je l'eau est complétement polarisée, La lumiére polarisée , tous les physiciens le savent, ne traverse pas les lames de tourmaline conyenablement situées. Une tourmaline peut done éliminer en totalité les rayons réfléchis par l’eau qui dans la direction de la ligne visuelle étaient mélés a la lumiére provenant de |’écueil, l’effagaient entitrement, ou du moins l’affaiblissaient beaucoup. Quand ceteffet est produit, Veil placé derriére la lame cristalline ne recoit donc qu’une seule espéce de rayons, ceux qui émanent des objets sousmarins; au lieu de deux images superposées, il n’y a plus sur la rétine qu’une image unique : la visibilité de l’objet que cette image représente se trouve donc notablement facilitée.

L’élimination entiére, absolue, de Ja lumiére réfléchic a la surface de la mer n’est possible que sous l’angle de 37, parce que cet angle est le seul dans lequel il y ait polarisation compléte ; mais sous des angles de 10 4 12° plus grands ou plus petits que 37° le nombre de rayons polarisés contenus dans le faisceau réfléchi, le nombre de rayons que la tourmaline peut arréter, est encore tellement considérable que l'emploi du méme moyen d’observation ne saurait manquer de donner des résultats trés-avantageux.

En se livrant aux essais que nous venons de leur proposer, les navigateurs doteront probablement la marine d’un smoyen d’observation qui pourra prévenir maints naufrages ; en introduisant enfin la polarisation dans l’art nautique , ils montreront par uy nouvel exemple 4 quoi s’exposent ceux qui accueillent sans cesse Jes expériences et les théories sans applications actuelles d’un dédaigneux @ quoi bon ?

F. ARGO, secrét. perpetuel de l’Acad. des Sciences,

BASILE (Saint), surnommé le Grand, naquit a Césarée de Cappadoce , en 329, d’une famille qui donna Plu-

sieurs saints & ’Eglise. Son pére, qui portait le méme nom que lui, était un des hommes les plus vertueux et les plus éloquents de cette ville. Saint Basile nous apprend lui-méme quwil fut formé a Ja foi chrétienne d’aprés les principes de saint Grégoire le Thaumaturge, par Macrine , son aleule. 1) commenga ses études dans la province de Pont, berceau de sa famille, d’ou il alla 4 Constantinople assister aux lecons de Libanius , dont il excita l’enthousiasme par ses vertus et par ses talents. Venu ensuite & Athénes pour se perfectionner dans les lettres, il y lia avec saint Grégoire de Nazianze une étroite amitié, qui dura tout le temps de leur vie. Julien, qui fut depuis apostat , connut ces illustves amis en cette ville, et eut méme quelque part a leur confiance. Il voulut les attirer 4 sa cour lorsqu’il fut élevé sur le tréne ; mais ils refusérent d’avoir des relations avec un prince qui s’était déclaré lennemi de la religion chrétienne. De retour dans son pays, saint Basile y enseigna quelque temps la rhétorique, et se distingua dans le barreau ; mais ces occupations toutes mondaines, peu d’accord avec ses goats pour la religion , lui inspirérent la crainte de céder trop facilement aux séductions de la gloire humaine. Il recut donc le baptéme en 357, vendit ses biens, les distribua aux pauvres , et partit pour visiter les moines d’Egypte, de la Palestine et de la Syrie. Il trouva leur vie si parfaite qu’il résolut de Pimiter.

En effet, il ne fut pas plus tot de retour dans son pays qu’il se retira dans un lieu solitaire de la province de Pont, prés du fleuve Iris et de la ville d’Ybore, auprés du monastére de sainte Macrine , sa sceur, et de sainte Emmeline, sa mére, pour y mener une vie conforme a la vie religieuse des moines de la Thébaide. Saint Grégoire de Nazianze ne tarda pas a venir l’y joindre. Les habitants de Néocésarée voulurent confier 4 saint Basile l’éducation de la jeunesse; mais il refusa. Jl passa dans cette province depuis l’année 357 jusqu’a 362, avec les solitaires, auxquels il prescrivit la maniére de vivre dans Ja profession religieuse. Les régles qu’il donna, traduites en Jatin par Rufin, prétre d’Aquilée , ont été abrégées depuis et mises en vingt-trois articles par le savant cardinal Bessarion, Grec de nation et religieux de cet ordre. Il est 4 remarquer que saint Basile préférait de beaucoup la vie commune, ou cénobitique , a la vie anachorétique , ou solitaire. Il en donne de solides raisons dans plusieurs passages de ses écrits.

En 364 il fut ordonné prétre par Eusébe , évéque de Césarée, qui, l’ayant bientot pre aversion , l’obligea a retourner dans sa solitude du it. Cependant cet éloignement ne dura point. Il le rappela bient6t pour Vaider a gouverner son église, agitée par la cution de l’empereur Valens , protecteur des ariens. Eustbe étant mort en 370, saint Basile fut élu et ordonné évéque a sa place, du consentement de Grégoire, évéque de Nazianze , pére de son ami.

Revétu de cette dignité, il ne crut pas devoir changer sa maniére de vivre. Quelque grands que fussent ses revenus , il continua 4 vivre dans la pauvreté, se montrant inexorable sur le choix des mimstres des autels. L’instruction et )’édification de son peuple absorbaient toute son attention; ses soins cependant ne se bornaient pas a son diocése. Il s’efforca inutilement de réconcilier les Orientaux et les Occidentaux, divisés au sujet de deux évéques d’Antioche, Méléce, choisi par les ariens, et Paulin, déia évéque de cette ville. Les Orientaux, avec Méléce, prenaient le mot hypostase dans le sens de personne ; et les Occidentaux, avec Paulin, entendaient par hypostase essence, et reprochaient a leurs adyersaires d’admettre trois essences divines. Il eut plus de succes auprés des éyéques ariens de Macédoine, qu’il tenta de réunir a la foi de l’Eglise; mais ce ne fut pas sans attirer sur lui par sa condescendance le reproche de favoriser l’hérésie des pneumatomaques (ennemis du Saint-Esprit). I] est vrai qu’il exigeait simplement

que ces éyéques confessassent la foi de Nicée et déclarassent quils ne croyaient pas le Saint-Esprit créature, sans les obliger a dire expressément qu'il est Dieu. Cette conduite était justifiée par les circonstances : cependant il fut attaqué sur ce point par un moine dans un repas oi se trouvait saint Grégoire de Nazianze. Celui-ci prit la défense de Basile, et lui rendit quelque temps aprés compte de ce différend. Saint Basile répondit : « Si nos fréres ne sont pas encore convaincus de messentiments, je n’ai rien a répondre; car comment persuaderai-je par une petite lettre ceux qu’un silong temps n’a pas persuadés? » Saint Athanase approuva cette réserve, et saint Grégoire de Nazianze expose dans le panégyrique de saint Basile que ce saint évéque réfutait par de solides raisons les hérétiques ennemis du Saint-Esprit, qui avaient commencé a paraitre en 367.

Une source nouvelle d’humiliations et de tourments s’ouvrit encore pour saint Basile, par sa confiance excessive dans Vorthodoxie d’Eus tathe de Sébaste, confiance que ne partageait aucun des éyéques de la province ; mais éclairé deux ans aprés sur la fourberie d’Eustathe, il se sépara entiérement de sa communion. Cependant une persécution plus redoutable le menacait. L’empereur Valens, qui s’était déclaré le protecteur de l’arianisme, youlut l’obliger de communiquer avec Eudo xe, usurpateur du siége de Constantinople, et d’embrasser Ja doctrine des ariens. Ni les menaces du préfet Modeste ni celles de l’empereur lui-méme ne parvinrent a le faire fléchir. Valens, surpris de cette génércuse fermeté, et renoncant a ses projets contre lui, assista le jour de ’Epiphanie aux saints mystéres, et fit a ?aufel son offrande, qui fut recue par saint Basile. Deux fois encore Valens, obsédé par les ariens, ordonna son exil ; mais les craintes superstitieuses de l’empereur firent révoquer le premier ordre, et une réyolte du peuple de Césarée empésha l’exécntion du seoond, Depuis ce moment, aucun événement ne se fait remarquer dans la vie de saint Basile. Epuisé par les travaux de son ministére, exténué par les rigueurs de la pénitence, il mourut le 1°" janvier 379.

Ila laissé de nombreux ouvrages écrits en grec : essais dexplication de ’'Eeriture , homélies , controverses théologiques , lettres. C’est surtout 4 la morale du christianisme qu'il s’attache, et dans ses ouvrages de théologie il se rapporte plutét a la tradition et a V’écriture qu’a un systéme pliilosophique quelconque : aussi ne saurait-il occuper dans Vhistoire de la philosophiela place qu’y ont obtenue d’autres péres. La meilleure édifion et la plus compléte de ses cuvres est en trois vol, in-folio, le texte grec et Ja traduction latine en aes, Les deux premiers volumes ont été jmprimés en 1721 par les soins de D. Julien Garnier, bénédictin ; le troisitme, publié en 1730, aprés la mort de cet éditeur, est dQ aux travaux de la congrégation de Saint- Maur. H. Bovcwirré, ancien recteur,

BASILE I**, dit Je Macédonien, empereur grec (866- 886), né en Macédoine, de parents pauvres, était d’abord simple écuyer, et obtint la faveur de l’empereur Michel 111, auquel il plut par son adresse 4 dresser es chevaux. Michel l’associa 4 empire en 866, en reconnaissance de ce qw il Pavait délivré du patrice Bardas. Peu de mois aprés , Basile se placa seul sur le fréne en donnant la mort a Michel, qui méditait sa perte. Il se montra digne de la couronne, fit avec succés la guerre en Orient, repoussa les Sarrasins de la Sicile, fit fleurir la justice et réforma les abus. On a de lui un traité de l’Art de Régner, adressé A son fils Léon. Il avait commencé 1n recueil de lois en soixante livres, que son fils termina, et qui est connu sous le titre de Basiliques. Ce west qu'une traduction grecque et une continuation du Digeste.

BASILE ff, dit le Jeune, empereur grec (967-1025), fils fle Romain 11, régna conjointement avec son frére Conslantin, aprés la mort de Zimiscés. II étouffa les révoltes de

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