BASILIQUE
nent essentiel A leur faire subir. L’évéque s’assit au centre de Vhémicyle, a la place du juge; la table de sacrifice ou Yautel fut placé entre ’évéque et le peuple ; on recula jusque dans la grande nef la balustrade qui séparait autrefois la bourse du tribunal, et dans Venceinte de cette balustrade on placa les ambons ou chaires propres a la lecture des évangiles et aux prédications, les pupitres des chantres, enfin tout ce qui est nécessaire pour accomplir le service divin avec magnificence. Les hommes et les femmes, séparés en deux chceurs, se rangérent dans les deux nefs latérales : c’est ainsi que nous les yoyons représentés audessus de leurs places respectives sur les mosaiques qui ernent la nef principale de la basilique de Saint-Fortunat 4 Ravenne. D’autres fois, et cet usage participait de Orient, les femmes voilées occupérent les galeries supérieures, et les hommes restérent seuls en bas. Les catéchuménes , les n¢éophytes, et généralement tous ceux qui n’avaient pasle droit de pénétrer dans le temple, trouvaient un asile sous le porche extérieur. Au reste, bien qu’on puisse juger par induction de la forme des premiéres basiliques chrétiennes, on ne sait au juste quelles furent les premiéres, et dans quelles dimensions on Jes batit. Ce qu’on n’a pas assez remarqué, c’est que les chapelles des catacombes, qu’on a tout lieu de regarder comme les premiers lieux d’assemblée des chrétiens, n’offrent aucun rapport avec les basiliques. Creusées généralement dans le roc, elles affectent a toutes leurs extrémités les formes demi-circulaires, et souvent présentent dans leurs plans des rapports avec la croix, qu’on a interprétés dans un sens mystique, mais qui n’étaient probablement a Vorigine que des imitations du plan des salles des thermes romains ou des excavations sépulcrales, avec lesquelles ces chapelles offrent dans les détails et Yornementation une si frappante analogie. Les salles des thermes romains devinrent, 4 compter de la fondation de Constantinople, le type le plus général des églises d’Orient, comme les basiliques restérent le type des églises d’Occident. Ces régles néanmoins ne furent pas tellement absolues qu’on ne rencontre et des imitations des basiliques& Constantinople, ou 4 Ravenne, sa succursale, et des ressouvenirs de V’architecture des thermes dans les églises @italie. Les églises circulaires qu’on trouve a Rome contemporaines et voisines des églises en forme de basiliques , sont évidemment imitées des salles rondes , surmontées de coupoles, qui s’élevaient au centre des thermes publics, tels que ceux de Titus, de Caracalla et de Dioclétien, Ces temples, il est vrai, avaient d’abord une destination fixe; ils servaient aux cérémonies du baptéme: c’est ainsi que nous trouvons le baptistére de Constantin a cété de la basilique de Saint-Jean, construite, dit-on, par cet empereur, sur l’emplacement du palais impérial de Latran. Mais l’existence en Italie d’un grand nombre d’églises circulaires trés-anciennes, semblables a Saint-Etienne-le-Rond a Rome, au temple de Nocéra de Pagani, etc..., la construction en France, dés les premiers temps du christianisme, déglises telles que Saint-Germain-le-Rond , remplace par Saint-Germain-l’Auxerrois 4 Paris, sans qu'il soit question de basiliques plus grandes dont ces églises n’auraient été que Yappendice, tout cela prouve que la forme des basiliques n’a pas été dans lorigine essentielle aux églises chretiennes de ’Occident, pas plus que les édifices circulaires, en croix, octogones, ete..., avec la coupole qui les surmonte, n’ont étéun produit spontané de Vimagination orientale.
Pour en revenir aux basiliques, la traditiun religieuse veut que la premiére ait été celle de Saint-Jean-de-Latran : il est pourtant bien difficile de croire que les chrétiens, dont le culte commengait a peine d’étre toléré a cette époque, aient débuté par un édifice immense, a cing nefs, et qui rappel!e dans ses dispositions comme dans ses proportions la fameuse basilique Ulpienne, construite sous le régne de Trajan. L’église de Saint-Paul hors les murs, non moins riche ni moins importante que celle de Saint-Jean-de-La-
tran; l’église de Saint-Pierre au Vatican, qui avait cing nefs comme les deux précédentes, sont aussi rapportées au régne de Constantin : il est vrai de dire toutefois que Yauthenticité de ces dates n’a pas encore été soumise au creuset dune critique sévére. Tout ce que l’on sait, c’est que l’église de Saint-Paul, dont ’ensemble a subsisté jusqu’&é incendie de 1823, bien qu’élevée sur l’emplacement d’une premiére église contemporaine de Constantin, fut cependant reprise sur un plan plus magnifique sous le régne de Théodose. Ce fait, que lon n’a jamais pu contester, a cause de existence @une mosaique qui attribuait au pape Honorius I** oeuvre dont une croyance plus respectable que raisonnée fait honneur a saint Sylvestre, ce fait doit nous laisser des doutes graves sur |’époque a laquelle les grandes basiliques de Saint-Jean et de Saint-Pierre ont été élevées, basiliques dont la premiére a été entiérement défigurée par les décorations modernes, et dont la seconde, détruite a la fin du quinziéme siécle , a été remplacée par l’église actuelle de Saint-Pierre. La basilique de Saint-Laurent hors les murs, auprés de Rome, attribuce également a Constantin, laisse voir dans son état actuel l’espéce de transformation que les premiéres basiliques ont di subir. La premiére église formée de colonnes et d’ornements empruntés a des monuments d’une grande époque, mais rassemblés avec la négligence et la grossiéreté qui caractérisent les travaux du régne de Constantin, n’avait que cing colonnes sur chaque cdté, ef deux colonnes en retour dans le sens de Ja largeur de l’édifice. Cette disposition , qui rappelle celle de la basilique romaine d’Otricoli, nous fait supposer que derriére ces deux colonnes de la largeur, devait se déployer un hémicycle proportionné au reste de l’édifice. Cette premiére basilique subsista jusqu’au commencement du treiziéme siécle, ou le pape Honorius IIL entreprit de refaire et d’agrandir |’église Samt-Laurent. A cette époque le sol s’était prodigieusement élevé par Paccumulation des décombres, non-seulement dans V’enceinte de Rome, mais aux environs; et l’on devait descendre dans ’église Saint-Laurent absolument comme on descend encore aujourd’hui dans celle de Sainte-Agnés, qui en est peu éloignée, et qui ne compte encore que sept colonnes sur chaque cété avec deux colonnes en retour, mais celles-ci du cété de l’entrée. Par une barbarie qui produisit un résultat pittoresque, au lieu de refaire ’église en entier, on laissa subsister les anciennes colonnes a leur niveau primitf, et l’on éleva le sol de la nouvelle église de facon que ces premiéres colonnes, devenues celles du chceeur, ne depassent plus le pavement que d’un tiers de leur hauteur. Dans la disposition de l’église d’Honorius III, Ja basilique primitive n’occupe plus aussi qu’un tiers de la dimension totale. Cet exemple et cette proportion peuvent servir de base aux probabilités chronologiques qui s’appliquent aux églises primitives de Saint-Jean, de Saint- Paul et de Saint-Pierre.
Afin donc de trouver 2 Rome une basilique d’une forme et une proportion vraiment originaires, il convient d’étudier Saint-Clément ou Sainte-Praxéde : non que la construction de ces édifices remonte authentiquement au quatriéme siécle de Pére chrétienne, mais parce que ces deux tempies offrent un ensemble de parties, et portent un caractére simple et en quelque sorte domestique, qui a dd distinguer les premiéres constructions chrétiennes. Ainsi, quand on entre a Sainte-Praxéde ou a Saint-Clément, on ne sait si ce n’est pas plutot Phabitation dun riche particulier qui s’offre a la vue : on croirait qu’on va participer 4 une réunion furtive de chrétiens dans la maison dun de ces citoyens qui encouraient le martyre en donnant un asile aux fauteurs de la religion nouvelle. A Samt-Clément, nous trouvens ua porche, ou vestibule exténeur, soutenu par quatre colonnes; a Sainte-Praxéde, aprés un vestibule décoré de deux colonnes seulement, nous traversons un vénitable prothy- ; rum eomme ceux de Pompei, dont un escalier d’une ving-
taine de marches, séparées par un palier, occupe la plus grande partie. L’atriwm de Saint-Clément est péristyle eomme celui des riches habitations romaines; celui de Sainte-Praxéde est nu, et n’a peut-étre jamais été plus orné. Cette cour antérieure se retroave aussi a Saint-Ambroise de Milan et A la cathédrale de Novare. Quant a l’iniérieur, eelui de Saint-Clément offre, comme on sait généralement, la réunion la plus compléte des parties qui composaient essentiellement une basilique chrétienne des premiers siécles, e’est-a-dire les trois nefs, la grande abside avec le siége de i’évéque et celui des prétres assistants, ainsi que |’autel ou eonfession ; le choeur, prissur la grande nef, entouré d’une balustrade en marbre incrusté de mosaiques, et renfermant les ambens, égalementen marbre incrusté ; enfin, les deux petites absides répondant aux deux nefs latérales, et dont l'une servait originairement de vestiaire, l’autre de bibliothéque.
Si l’on veut élablir une identité a peu prés absolue entre le type de la basilique romaine fourni par Vitruve et les basiliques chrétiennes qui subsistent encore, il conviendra de réunir les deux églises de Sainte-Marie-Majeure et de Sainte-Agnés, et d’extraire du premier de ces monuments ce qui sera vécessaire pour assimiler complétement le second aux tribunaux antiques. Ainsi, dans Pune et Pautre basilique , vous trouverez les trois nefs et Pabside du fond ; mais A Sainte-Agnés seulement vous remarquerez la double colonnade et les galeries supérieures; et, seule aussi, Sainte- Marie-Majeure vous fournira exemple du podium, ou balustrade A hauteur V’appui, entre l’entablement des colonres inférieures et la base de celles d’en haut, que Vitruve regarde comme utile, pour que les personnes placées dans la galerie ne soient pas vues des promeneurs du rez-dechaussée. Au reste, le caractére obligé des basiliques antiques, c’est-da-dire Vexistence des colennades qui les divisent en trois nefs, et la couverture en bois a solives, soit apparentes , soit dissimulées par des caissons, ce caractére s’est conservé intact dans les églises de Rome jusqu’au treiziéme sitcle. Seulement voit-on quelquefois, comme a Sainte-Marie in Cosmedin, substituer aux deux colonnes de chaque cété de la grande nef placées 4 la hauteur des ambons un pilier contre lequel ies ambons sont appuyés. D’autres fois, comme A Saint-Vincent-aux-trois-Fontaines, on rencontre le principe des vottes, qui, universellement adoptées dans le nord de l'Europe, ont fini par devenir un caractére essentiel de l’architecture ecclésiastique.
Depuis que Vattention des architectes s’est reportée sur les monuments du christianisme primitif, les basifiques de Rome ont été l'objet d’études approfondies : on en est venu & penser que dans nos meeurs nulle forme ne serait plus appropriée aux églises que celle des basiliques. Déja méme quelques imitations, telles que l’église de Notre-Dame-de- Lorette, par M. Lebas; la paroisse de Bercy, par M. Chatillon; I’église de Saint-Vincent-de-Paul, par MM. Lepére ef Hittorff, ont été tentées sous nos yeux. Mais, quel que soit le mérite de ces essais, la difficulté capitale que présente avjourd’hui Vexécution des basiliques n’a pas été résolue. Cette difficulté git dans Vextérieur d’un monument que les anciens paraissent avoir congu trés-simple, et dans lequel au moins les chrétiens se sont contentés d’accuser a nu la construction. Les mosaiques que Von voyait a lextérieur de \a facade de Saint-Paul, celles qui décorent la place correspondante de Sainte-Marie in Trastevere, n’iraient ni a notre climat ni A nos murs: ce serait de l’archaisme pur et sirnple. Le porche bas, si gracieux & Saint-Laurent et au déme de Civita-Castellana, a trop de modestie et en quelque sorte de bonhomie pour une église qui ne rappelle pas les premiers chrétiens, Celui qui trouvera pour les basiliques une facade riche comme il la faut pour nos villes , et qui ne dénature pas en méme temps le type de ce genre de monument, rendra un grand service aux arts; mais nous eraignons bien que la difficulté ne soit insoluble.