‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 368 sur 488 · BASQUES · texte numérisé non relu

BASQUES

Basse-Navarre et de la Soule, régies par des codes écrits en béarnais, qu’elles ne comprenaient pas, comme jadis beaucoup de nations par le code romain, qu’elles ne comprenaient pas davantage; assemblées qui n’accorderent jamais aux rois d’Espagne et de France que des dons gratuits , dont Voctroi méme était suspendu quand la saison avait été mauvaise ; systémes de liberté fort curieux, qui ont précédé de longtemps nos régimes représentatifs , d’invention moderne, aux formes bien plus gréles et bien moins protectrives du faible; étrange mot de létrange énigme des succés momentanés de don Carlos, représentant de l’absolutisme et promettant aux Basques espagnols la conservation de leurs vieux /fweros , autrement populaires a leurs yeux que tout ce constitutionalisme batard de fraiche date dont les menacent toujours les cortés de Madrid,

Les principaux monuments des Escualdunacs sont leurs églises , aux formes graves et majestueuses, entourées intérieurement de nombreuses tribunes superposées , et dont le porche, aujourd’hui défiguré , servit longtemps d’abri aux assemblées populaires. Pour s’en faire une idée, il faudrait citer toutes celles de la Cantabrie espagnole, si mystérieuses et si riches; il faudrait décrire cette belle cathédrale de Bayonne, qui remonte 4 la domination anglaise, et dont le cloitre est un chef-d’ceuvre de grace et de légéreté; ’église de Saint-Jean-de-Luz, ot s’accomplit le mariage de Louis XIV avec une infante d’Espagne; celle de Saint-Jean- Pied-de-Port, au style sévére ; le mémorable monastére de Roncevaux , si fier de la dépouille du fabuleux Roland, et les églises pittoresques de la Soule, au triple clocher.

Partout les cimetiéres sont des parterres de roses; chez eux le culfe des morts est en grande vénération ; aux obséques d’un parent et d’un ami ils s’arrachent les cheveux, se meurtrissent le visage et poussent des cris lamentables.

La valeur est un trait distinctif des Escualdunacs. Horace a dit d’eux :

Cantaber indoctus juga ferre nostra,

Ce sont d’excellents soldats pour la guerre des iontagnes , mais indisciplinés , désertant en masse pendant les tréves , et ne reparaissant que la veille d’un combat; on dirait qu’ils sentent l’odeur de ia poudre. En 1793, 1794 et 1795, ils se signalérent dans la guerre contre Espagne, sous les ordres de Hariet et de Harispe. Querelleurs et vindicatifs, il n’est pas de féte chez eux ow il ne se livre des combats meurtriers ; les premiers ils ont ouvert aux nations du globe le chemin des grandes péches de la morue et de la baleine; corsaires ef contrebandiers intrépides, ils pratiquent religieusement , comme tous les peuples primitifs, tous les devoirs de hospitalité. Aprés Vexercice de la paume, ou ils sont sans rivaux, ce qui exalte le plus l’imagination du Basque, c’est la danse, c’est le mouchico violent et caractéristique, qui transporte et enivre toute une multitude.

Mais d’ou vient cette race d’hommes si étrangére aux meeurs de la France et de l’Espagne, qui l’étreignent au nord et au midi? Le probléme n’est pas facile 4 résoudre. Le Basque, aussi fanatique que le Bas-Breton en fait d’origine , vous dira que sa langue est celle du paradis terrestre. Faites-lui lire les livres saints, les livres de Moise, faites-lui parcourir la Palestine, et vous serez surpris de le voir interpréter par sa langue tous les noms d’hommes, de districts , de montagnes, de villes , de plaines, qui s’offriront a ses regards. Le mont Ararat signifiera pour lui le voila! allons-y! Arménie, & portée de la main; Sem, fils ; Béthulie, ville ow les mouches abondent ; Sinai, serment ; Phasga , pdturage ; Amona, bonne mére, ville entourée de campagnes fertiles, etc., etc., et il mullipliera 4 V’infini ces traductions, qui prouvent, disent les érudits du pays, et la haute antiquité de la langue basque et son origine asiatique.

Le comte Garat, gui était Basque lui-méme, a cru.recon-

naitre dans les Kscualdunacs des deux versants des Pyrénées des Phéniciens venus dans ces montagnes il y a cing mille ans pour en exploder les mines. Sans nous arréter & cette hypothése toute gratuite, si nous parcourons rapidement la nomenclature des désignations topographiques usitées jusqu’’ ce jour en Espagne, nous verrons qu’il ne s’y trouve presque aucun nom de ville, de village, de bourg, de hameau , de montagne, de colline , de plaine, de vallée, de fleuve, de riviérs, de ruisseau, de source, de forét, dont lorigine ne soit incontestablement basque : preuve manifeste que l’espace limité par la Méditerranée , POcéan et les Pyrénées a été a la fois ou tour 4 tour occupé par ce peuple.

Le Cantabre passa plus difficilement que ses voisins sous la domination romaine, et résista 4 immense force d’assimilation du peuple vainqueur. Plus tard, quand Charlemagne rentrait en France aprés son expédition d’Espagne, les Basques écrasérent son armée dans les défilés de R oncevaux. Le chant d’Altabicar, que répétent encore aujourd’ hui les bergers de ces montagnes, conserve le souvenir de cette victoire.

A quelle époque les Basques ibériens sont-ils venus s’établir au nord des Pyrénées? On porte généralement a Yan 588 leur grande invasion. Pressés par Récaréde, roi des Goths, ils se jetérent en grand nombre dans la Novempopulanie , enlevant les bestiaux, détruisant les vignes et les moissons. Bientét un gros corps de ces turbulents montagnards, emmenant femmes et enfants, vint former des établissements réguliers dans la Basse-Navarre, la Soule, le Labourd et le Guipuzcoa septentrional : ce fut l’origine du duché de Vasconie, gouverné par des chefs tour a tour électifs et héréditaires.

Toutefois l’invasion de 588 n’étaif pas la premiére des Basques en France ; au temps de César, une tribu des plaines du Gers habitait une ville appelée Zlimberri et portait elleméme le nom d’Ausci. Ces deux mots basques prouvent assez qu’elle était une colonie des Escualdunacs ibériens , ainsi qu’une autre tribu des Aquitains , les E/usates, dont la ville s’appelait Hlusaberri.

Aujourd’hui les noms basques imposés 4 des localités sont trés-fréquents dans toute l’étendue de |’Espagne, mais en France ils ne dépassent guére la rive gauche de l’Adour au nord des Pyrénées; on n’en rencontre plus a 120 kilométres au nord de cette chaine. .

Les savants jésuites espagnols Rivera et Larramendi, ’érudit Scaliger, MM. Depping, Fauriel, Humboldt , Michelet, et plusieurs autres explorateurs judicieux , ne balancent pas a regarder cette langue comme antérieure a la latine, et peut-étre a la grecque , comme contemporaine de Phébraique et mére de l’espagnole. Elle est simple, naturelle , riche , abondante. Les substantifs , les adiectifs et les pronoms s’y déclinent. Chaque déclinaison basque a plus du double de cas que chaque déclinaison latine ; car chaque article, chaque préposition, produit une nouvelle désinence. Tous les substantifs peuvent former des verbes par un simple changement de terminaison exprimant une action déterminée. Chaque verbe radical se conjugue jusqu’a vingttrois fois sans altérer son unité indivisible, et toujours avec des désinences nouvelles , produites par les personnes, les temps, les modes, les régimes directs et indirects. La langue basque ne connait pas de verbes réfléchis ; leurs désinences comme celles des autres verbes sont completes. Les prépositions, les adverbes, les interjections, tout ce qui est indéclinable et inconjugable dans les langues modernes se conjugue et se décline en basque. Cette langue offre en conséquence un plus grand nombre de désinences que toute autre langue de l'Europe et méme que toutes les autres langues de |’Europe réunies.

Il en résulte qu’elle est intiniment ingénieuse dans ses combinaisons; mais elle n’est ni harmonieuse ni sonore;

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