BAS-RELIEF
sa largeur. La composition pittoresque ou la formation des fizures en groupes est encore bien plus difficile dans ce travail, parce qu’il est impossible d’employer, comme dans la peinture, différents fonds éloignés les uns des autres, et qu’il est nécessaire de tout bien calculer d’aprés la lumiére dont Vouvrage est éclairé, puisque les ombres des bas-reliefs sont des ombres véritables.
Toutes les nations connues dans Vhistoire de Part ont eu des bas-reliefs, dont le style était semblable a celui de leurs autres monuments, et toutes aussi ont employé comme ornements de temples, palais, maisons, meubles, etc., ce travail, qui souvent nous aide 4 comprendre un auteur ou A connaitre les usages et coutumes d’un peuple que les chroniques mutilées ne nous ont qu’imparfaitement conservés. Sous ce dernier rapport, les Egyptiens surtout en sont une preuve convaincante; et ce n’est que dans les innombrables bas-reliefs dont ils ont couvert leurs temples , leurs palais ou leurs tombeaux , qu’il est permis d’espérer de retrouver les annales de cette nation. Les Egyptiens ont fait peu de véritables bas-reliefs, c’est-a-dire de figures saillantes plus ou moins sur le fond : leur relief est d’ordinaire dans le creux , de sorte que la figure ne dépasse pas le ‘plan général de la surface. Cette habitude a puissamment concouru a la conservation des sculptures égyptiennes en relief. Chez les Persans, au contraire, les reliefs étaient trés-prononcés. Les murs de Tschelminar , Yancienne Persépolis, attestent encore le godt des Persans pour les basreliefs. Ils sont ordinairement d’un relief trés-saillant, et souvent les tétes principales, surtout! celles des animaux , se détachent complétement du plan; ce qni en a surtout favorisé la destruction.
Les Etrusques nous ont aussi laissé de nombreux bas-reliefs ; l’on ne doit cependant pas leur attribuer toutes les productions de ce genre dont les figures ont des vétements a plis droits ou a style roide, et qui sont les plus anciennes productions de art chez les Grecs. Les Volsques avaient Pusage de peindre les figures de leurs bas-refefs , comme nous Vapprennent des monuments de ce genre conseryés dans différents cabinets d’antiquités.
Les bas-reliefs en terre cuite servaient souvent chez les anciens a orner les frontons des temples : on en connait aussi d’exécutés en ivoire, en métal; mais les plus nombreux sout en marbre. Parmi ceux qui ont été les plus célébres, on cite celui gue Phidias exécuta sur la base et le bouclier de la statue de Minerve a Athénes , et qui était en ivoire ; les bas-reliefs qui ornaient le trone de Jupiter olympien, exécutés par Alcaméne; celui d’Apollon amycléen, la caisse de Cypsélus , les bas-reliefs du temple d’Hercule a Thebes , exécutés par Praxitéle; ceux du temple de Delphes, exécutés par Praxias et Androsthéne ; le célébre monument funébre de Mausolus, appelé de la Mausolée ( voyes ARTEMISE ), ef exécuié par Scopas, Bryaxis , Timotheus et Leochares; les trente-six colonnes du temple de Diane d’Ephese, etc. Les artistes anciens qui se distinguérent dans Vexécutien des bas-reliefs dont on ornait les vases sont, enfre autres, d’aprés Pline, Mentor, Acragas, Beothus, Mys, Calamis, Antipater , Stratonicus, Praxitéle, etc.
Les bas-reliefs du fronton du Parthénon, qui existaient encore du temps de Spon, a qui on en doit la description, étaient travaillés en grand relief, comme autant de statues appliquées sur un fond de marbre. Leur grandeur et leur élévation les préservaient des atteintes auxquelles étaient exposés les bas-reliefs placés plus bas, et auxquels pour cette raison on donnait moins de saillie. Cette circonstance a donné lieu a de vives discussions parmi les artistes et les gavants, et enfin on a osé imiter les anciens dans la composition du sujet d’un fronton au moyen de figures de plein relief, isolées et détachées du fond ; il en existe des exemples & Paris. Nous ne citerons que le fronton de l’église Notre- Dame-de-Lorette. Le succes de cette tentative lui a pro-
curé des imitateurs, et elle aide 4 expliquer la singularité de la pose de certaines statues antiques : i] est reconnu que Pensemble des figures nommées la Famille de Niobé avait été composé pour l’ornement du fronton d’un temple grec.
Les bas-reliefs proprement dits, exécutés en marbre, sont ceux qui nous sont parvenus en plus grand nombre ; on les employait pour orner les autels, la base des statues, le plus souvent les tombeaux, quelquefois méme la margelle des puits, comme le prouve le monument conservé au musée du Capitole, et qui représente l'éducation d’Achille. Deux autres monuments qui se trouvent aussi dans le méme musée indiquent assez tout le soin et tout le talent que l’on déployait pour les bas-reliefs des autels anciens : Pun représente I’éducation de Jupiter, et l'autre les travaux d’Hercule. Lors de la décadence des arts en Gréce, au lieu d@ériger des statues en mémoire des hommes qui avaient bien mérité de la patrie, on leur consacra des bas-reliefs ; cest ce que nous rapporte Pausanias en citant le bas-relief que plusieurs yilles d’Arcadie consacrérent & Polybe. Dans les temples, on en voyait qui retracgaient les images des dieux et leurs aventures mythologiques. Pausanias nous a conservé la description de deux des plus fameux, qui représentaient Hercule et Minerve, ouvrages en marbre pentélique, de grandeur colossale, qu’avait exécutés Alcaméne, et que les Athéniens placérent dans le temple d’Hercule a Thébes apres . xnuision de leurs tyrans.
Queloues monuments nous ont aussi appris que les basreliefs servaient pour ainsi dire de table figurée d’une partie du cezcic mytnologique, ou méme de Vhistoire cyclique tout entiére; ils étaient accompagnés d’épigraphes qui désignaient les choses et les personnes , ef qui souvent étaient disposées en forme de table chronologique, comme la liste des prétresses de Junon argienne. C’est ce qu’on voit par les bas-reliefs du Repos ou ce PApothéose d’Hercule de la villa Albani, par la table isiaque maintenant au musée de Turin, par les fragments mythologiques de Vérone, que Yon a vus longtemps au cabinet des antiques de Paris, et par ceux du cabinet du cardinal Borgia. Les arcs de triomphe que Jes Romains firent lever pour immortaliser leurs victoires lorsque les arts de la Gréce furent appelés dans la capitale du monde pour y répandre le luxe et les ornements, furent décorés de bas-reliefs qui retracaient les faits les plus mémorables de Vhistoire de Rome.
Mais l’usage des cercueils ou sarcophages que |’on adopta sous les empereurs, soit par imitation de la religion des Orientaux , soit pour accroitre la splendeur des honneurs funéraires, rendit usage des bas-reliefs encore bien plus commun. A Rome et dans les environs de cette ville, le nombre en était prodigieux, et Je travail g’néralement trésgrossier et exécuté avec peu de soin. Mais quelques-uns ont le mérite assez rare de retracer les plus beaux morceaux des plus célébres sculpteurs. On a trouvé plusieurs de ces sarcophages grecs dont la figure du bas-relief n’était que dégrossie; d’ot on a pu présumer qu’il en existait des manufactures, et qu’en achevant la figure principale on tachait de lui donner de la ressemblance avec celle du mort, Le luxe ef la protection des empereurs romains avaient attiré les artistes les plus distingués de la Gréce daus la capitale de empire : aussi ce genre de production n‘est-il da qu’a des sculpteurs d’un talent trés-médiocre ; et quoique dun mauvais godt, ils n’en ont pas moins été travaillés par des artistes grecs. Les nombreuses carriéres de marbre de la Gréce, et surtout de lAttique, durent Jes engager a ces sortes de productions, qui, du reste , se vendaient trésbien & Rome.
Ces bas-reliefs sont d’une grande utilité pour étude de Part et des usages de l’antiquité. Ts nous rappellent une multitude de scénes mythologiques extrémement curieuses, et plusieurs nous ont ainsi conservé la copie de quelquesunes des belles productions de la sculpture grecque ; car il
arivait souvent que Vartiste, choisissant dans les bas-reliefs célébres la figure ou le groupe qui l’avait le plus frappé, le reproduisait dans la scéne qu’il avait 4 exécuter. Ainsi, par la comparaison des figures avec les bas-reliefs, on a déterminé que celle dite vulgairement le Rémouleur devait étre dun Scythe qui écorche Marsyas , et que celle du prétendu Amphion de Florence est d’un des pédagogues des Niobides. De méme, |’on trouve sur des intailles ou sur des tampes la figure de Minerve observant Oreste dans l’Aréopage, etc.
Dans le moyen 4ge et dans les temps modernes, on a fait le méme emploi du bas-relief que les anciens ; on en a décoré les monuments publics, les meubles, les palais, les églises, les tombeaux, ete.; mais par la profusion des détails et le grand nombre des tétes représentées dans le méme sujet, les artistes se sont éloignés de la belle simplicité des bas-reliefs antiques. On retrouve dans plusieurs vieilles églises des figures dites gothiques, et qui ornent les stalles , les devants d’autels, etc.; leur relief est tréssaillant, et annonce l’art dans sa décadence. Les bas-reliefs de la Porte-Saint-Denis, de Girardon et Michel Anguier, et ceux de la fontaine des Innocents et du Louvre, ouvrage de Jean Goujon, sont ceux que !’on admire le plus 4 Paris parmi les pro .uctions modernes de ce genre. CHAMPOLLION-FIGEAC.
BAS-RUIN (Département du). Voyes Ruin ( Bas-).
BASSAM. Voyez Grand-Bassam.
BASSAN (Jacopo pA PONTE, surnomme Le), pemtre de Vécole vénitienne, doit ce surnor a la ville de Bassano, dans laquelle il naquit, en 1510. I) mouruta Venise, en 1592. Il fut le fondateur et le peintre le plus remarquable d’une école qui étendit aux choses ordinaires de la vie le principe de la reproduction fidéle de la nature, principe que Paul Véronése avait déja fait prévaloir avec tant doriginalité , et qui créa en peinture ce qu’on a depuis appelé genre. Le Bassan y fut peut-étre porté par le caractére de l’endroit méme ow il avait vu le jour, simple et paisible ville de province, ou il revint se fixer aprés avoir étudié 4 Venise les ouvrages du Titien et de Bonifacio. Dans ses tableaux de genre et dans ceux ot i] représente la nature morte, les événements de l’Kcriture sainte ou de la mythologie ne sont que des prétextes. Ses toiles, et toutes les galeries en possédent, témoignent en définitive d’assez peu de diversité dans Pinvention. Un des traits particuliers qui les caractérisent, c’est le soin que Vartiste a toujours d’y cacher les pieds des personnages qu’il représente. Elles se bornent en général a l’imitation hardie et vivement accusée des objets les plus proches, imitation que V’artiste sait d’ailleurs unir 4 une ingénieuse disposition de ses groupes, @ un paysage riche et fantastiquement éclairé, et surtout ade charmants effets de lumiére et de couleur. Mais c’est surtout dans les portraits qu’il excelle. Dans le petit-nombre de sujets saints qu’on a de lui, on distingue les Vierges du chateau de Chiswick prés de Londres ; Jésus-Christ portant sa croix, dans la galerie de Holkham, et un Christ en croix dans le musée de Berlin. Notre musée du Louvre est riche en productions du Bassan : on y trouve |’ Entrée des animaux dans U Arche, Moise frappant le rocher, V Adoration des Bergers, etc. Pour ses nombreux tableaux de genre, il est exact de dire qu’il avait organisé une véritable fabrique, dans Jes travaux de laquelle il était secondé par ses quatre fils, qui tous s’étaient complétement assimilé sa maniére. Francesco et Leandro surtout se sont fait un nom; et on a d’eux un certain nombre de travaux originaux, notamment des sujets de piété, Le Bassan vantait la puissance d’imagination de Francesco et Vhabiletéde Leandro comme portraitiste, L’un des meilleurs ouvrages de Francesco est un plafond dans le palais des Doges, 4 Venise, qui représente la Prise de Pavie pendant la nuit. Le musée de Berlin posséde de cet artiste un portrait du Bon Samaritain ; la galerie de Dresde, une Ascension de la Vierge Marie, une Adoration des
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