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tionad hésitants devant la grave responsabilité & assumer par une prise d’armes. Cette petite coterie dambitieux égoistes, parvenue depuis longtemps & la direction du parti de Vopposition, recueillait tous les profits de cette position, dont les abus du sysieme représentatif avaient fini par faire quelque chose de fort sortable pour des épicuriens n’aimant pas moms & trdner dans les coutisses de POpéra qu’a tenir sous hur fér.'2 les auteurs et les comparses de la triste comédie politique qu’on persistait & appeler le gouvernement constitutiornel. Elle ne se souciait donc que médiocrement de compromettre la douce existence que lui avaient faite les fautes du pouvoir; et si dans laprés-midi du 24 février elle se décida enfin a se jeter a plein collier dans l’insurrection, c’est qu’elle comprit qu’une plus longue hésitation de sa part aurait pour résultat de livrer exclusivement aux énerguménes et aux bras-nus de la Réforme le pouvoir qu’elle entendait bien tout au moins partager avec eux.
Dans la distribution des portefeuilles et des départements. ministériels qui se fit alors, M. J. Bastide alla s’installer en qualité de délégué aux affaires étrangéres, ostensiblement chargé a ce titre de suppléer M. de Lamartine lorsqu’il se trouverait empéché par ses fonctions de membre du gouvernement provisoire d’expédier la besogne courante du ministére , et en réalité pour y surveiller, au nom du parti, les actes d'un homme qui avait pendart longtemps représenté au Palais-Bourbon l’élément conservateur et méme légitimiste, et dont la conversion au dogme républicain était encore trop récente et avait été trop brusque pour qu’on lui accordat une confiance absolue et sans réserve. Plus tard M. J. Bastide se donna la qualification de secrétaire général ; puis Je {0 mai, jour de l’institution d’une commission exécutive dont M. de Lamartine était appelé & faire partie, il devint ministre en pied du département qu’en réalité il avait jusque alors dirigé beaucoup plus que le titulaire lui-méme.
Vhistoire jugera sévérement le passage des hommes du National aux affaires. Certes les occasions et le temps nécessaire pour réaliser leurs belles promesses d’opposants et de rénovateurs ne leur manquérent pas. Mais jamais on n’eut d’exemples de tant de généreuses espérances anéanties, de tant d’engagements positifs honteusement oubliés ; et jamais non plus les intéréts d’une grande nation ne se trouvérent placés en des mains si impuissantes. Or, M. Bastide fut incontestablement la plus notoire des nullités poussées alors au pouvoir parle flot révolutionnaire. Aprés avoir tant déclamé dans leurs journaux contre les humiliations des traités de 1815 ignominieusement subies par les deux branches de la maison de Bourbon, les hommes de {848 les accepterent avec une couardise qui n’a d’égale que l’insolente jactance dont auparayant ils faisaient en toute occasion montre de loin 4 l’étranger. Au lien de songer a seconder aucun des mouvements révolutionnaires provoqués sur divers points de Europe par la commotion électrique de Février, ils se mirent 4 plat ventre, eux aussi, devant la Sainte-Alliance, et PAngleterre n’eut pas sur le continent dalliés plus dévoués.
Membre de Assemblée constituante, élu simultanément par trois départements, M. J. Bastide fit-il du moins preuve de quelque tact, de quelque habileté dans les discussions, ou encore dans les explications qu’il eut occasion de donner A ses collégues? A cette question, la vérité historique nous force de répondre que jamais on ne put arracher de lui quatre mots de suite, pas plus dans les commissions qu’a Ja tribune : aussi a-t-il laissé aprés lui la réputation du plus discret ministre qui oncques ait existé. Ce n’est pas pourtant qu’il n’apportat un sans-facon assez brutal dans ses relations avec les représentants des puissances étrangéres , ne quittant méme pas son inséparable breile-gueule quand ils venaient Je trouver le matin, 4 heure habituelle du travail diplomatique , et leur envoyant de temps a autre de grosses bouffées defumée de caporal au visage. C’est dela fumée de
canon, de la fumée de Jemmapes et de Fleurus, qu'il y edteu de la dignité & leur faire voir en perspective; mais M. J. Bastide et ses amis, c’est une justice a leur rendre, n’en eurent jamais la pensée. Le débraillé de ses réceptions officielles sexplique dailleurs tout naturellement par les étranges usages qui s’introduisirent dans le monde du pouvoir a cette époque de transition, ot lon vit les représentants du peuple frangais transformer le palais de la législature en une vaste tabagie. Nous croyons étre généreux en winsistant pas sur les choix étranges faits par M. J. Bastide pour représenter la France républicaine 4 l’étranger ; aussi bien la responsabililé de bon nombre de ces nominations revient de droit & M. de Lamartine, et les historiens futurs ne seront sans doute pas peu embarrassés quand il leur faudra décider, par exemple, si ce fut le tailleur du National ou bien celui du chantre d’Elvire qui se trouva un beau jour transformé en envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire
N’oublions pas de noter ici wn fait qui peint bien l’époque ; cest qu'il fut un instant sérieusement question dans les bureaux du National de faire élire M. J. Bastide membre de ? Académie Frangaise en remplacement.... de Chateaubriand !
Les élections de 1849, disons-le bien vite, réparérent toutes ces erreurs d’une premiére application du suffrage universel. Pas un seul homme de la coterie du National ne fut réélu; et, déja débarrassé des soucis de son existence ministérielle par l’élection du 10 décembre, M. J. Bastide est alors retombé dans toute son obscurité premiére. Aux électious générales de 1857 il fut proposé comme candidat 4 Paris et n’obtint que 3,600 voix. [1 échoua de méme dans le Cantal a celles de 1863. Il n’a joué aucun réle aprés la chute de empire. On a de lui les ouvrages suivants : De UVEducation publique en France (1847, in-32), Histoire de lV Assemblée législative (1847, in-12): le tome Ie" seul a paru; la République francaise et UV Italie en 1848, récits, notes et documents (Bruxelles, 1859, in-18); les Guerres de religion en France (1859, 2 vol. in-16), dans la Bibliotheque utile.
BASTILLE. On appelait ainsi, en général, les fortifications extra muros et temporaires construites pour le blocus ou la défense des villes. Lors du fameux siége d’Orléans sous Charles Vil par les Anglais, les tours que ceux-ci firent élever pour protéger leur camp étaient appelées basfilles.
Ce nom resta au chateau-fort destiné a défendre Paris contre les attaques extérieures, dans le quartier Saint-Antoine , lequel s’est considérablement agrandi depuis, mais dont emplacement était alors hors de la ville. La perte de la bataille de Poitiers, la capitulation du roi Jean, l’envahissement de plusieurs provinces par les Anglais, avaient fait sentir la nécessité de fortifier la capitale. Il n’existait que deux tours pour défendre l’entrée de Paris et la rive droite de la Seine, du cété du quartier Saint-Antoine. L’botel Saint-Paul était alors la résidence de la famille royale. Ces deux tours étaient séparées par le grand chemin. Hugues Aubriot, prévdt des marchands, en fit construire deux autres plus rapprochées des habitations. Elles furent ensuite réunies par une forte muraille, et l’édifice regut le nom de chateau de la Bastille. Les quatre autres tours furent construites plus tard. Aubriot avait fourni le plan des premiéres constructions; il en avait posé les fondements le 22 avril 1369. Tous les travaux ne furent cependant achevés que sous Charles VI, en 1383. Aubriot, qui avait été le premier fondateur du chateau, en fut aussi le premier prisonnier d’Etat.
La Bastille doit étre considérée sous deux rapports également intéressants : 1° comme chdteau-fort, 2° comme prison @’ Etat.
La Bastille chdteau-fort.
Comme chateau-fort, la Bastille était destinée & la dé fense de Paris. Aussi les frais de construction en furent-ils
faits avec le produit d’une imposition spéciale extraordinaire levée sur chaque propriétaire de maison. Le minimum de la taxe avait été fixé a quatre livres tournois, et le maximum a vingt-cing.
Charles VII combattait encore pour chasser les Anglais dela capitale, qu’Isabeau de Bavieére leur avait livrée. Leur Henri V avait pris le titre de roi de France. Des officiers francais de l’armée de Charles VII avaient été enfermés a la Bastille; ils avaient formé de projet de favoriser l’entrée de ce prince dans la capitale. Un d’entre eux, prisonnier aussi, mais qui avait payé sa rancon et obtenu sa liberté, était revenu dans le chateau pour y voir ses compagnons d’infortune; il avait trouvé le guichetier endormi sur un banc, s’était emparé de ses clefs , avait délivré ses amis, et revenait avec eux pour se défaire du dormeur et surprendre la garde, lorsque le capitaine du chateau se hata de courir sur les prisonniers avec la garnison, et tua d’un coup de hache le premier qu’il rencontra; les autres furent pris, tués sur la place, et leurs corps jetés a la riviére.
Les Anglais, sous le regne du méme prince, eurent a soutenir une autre attaque, plus sérieuse et mieux concertée. Le 3 avril 1436 le comte de Richemond se présenta avec son armée a la porte Saint-Jacques, qui fut escaladée. Aussitdt les Parisiens se réunissent en groupes, tendent des chaines et poursuivent les Anglais, forcés de se réfugier dans la Bastille; ceux-ci étaient en si grand nombre dans ce chateau que les provisions furent bientdt épuisées. Ils capitulérent, payérent une forte rancon, et il leur fut donné un saufconduit pour sortir de Paris.
En 1588 le duc de Guise, soutenu par ses nombreux partisans, se rendit maitre de Paris, s’empara de la Bastille et de arsenal le 13 mai de la méme année, et donna le commandement du chateau a Bussy-Leclerc, procureur et ligueur foreené, A la nouvelle de la mort de Guise, assassiné 4 Blois par ordre de Henri II, Bussy-Leclerc prit toutes les précautions possibles pour défendre la Bastille contre Varmée royale; il se rendit au parlement, qu’il somma de signer le pacte de la Ligue. La cour délibérait. Bussy-Leclere fit arréter et conduire a la Bastille tous les magistrats. Ce chateau était encore au pouvoir des ligueurs quand Henri IV entra dans Paris. Trois jours apres, Debourg, gouverneur de la Bastille, ayant épuisé ses vivres, se rendit et obtint de sortir avec sa garnison, bague et vie sauves. Il avait été établi commandant de la forteresse par le duc de Mayenne, et ne s’était détermine a capituler qu’aprés avoir eu la certitude qu'il ne pouvait étre secouru,
Henri IV confia A Sully, avec la dignité de grand-maitre dartillerie, le commandement de la Bastille. I lui fallait dans ce poste important un homme dévoué; la Bastille lui assurait Paris, et Paris toute la France. Il y entassa beaucoup dargent. Ce dépots’élevaita l’époque de sa mort a 15,870,000 livres, argent comptant, qui furent dilapidees par sa veuve.
En 1649 cette forteresse fut investie par les frondeurs le 11 janvier, et capitula le 13, apres avoir essuyé cing ou six coups de canon. La garnison, qui ne se composait que de vingt-deux soldats, sortit avec du Tremblay, gouverneur , qui fut remplaeé par Broussel, conseiller a la grand’ chambre. Les frondeurs et la cour firent la paix le 11 mars de la méme année; mais il fut stipulé, par l'article 2 de ce traité, que la cour n’insisterait pas sur la remise de la Bastille, dont Broussel conserva le commandement. Ce chateaufort ne fut en effet remis au roi que le 21 octobre 1651. Ce fut dans le cours de la méme année qu’eut lieu le fameux combat de la porte Saint-Antoine entre Condé et Turenne, le premier commandant l’armée des frondeurs, le second celle du roi. Les deux armées combattaient hors des murs; Condé soutenait avec peine une lutte inégale, et allait succomber, quand es frondeurs pasisiens lui ouvrirent lea portes, et mademoiselle de Montpensier, file de Gaston d’Orléans, protégea la retraite de Condé dans 'in-
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térieur de la ville, en faisant tirer le canon de la Bastille sur les troupes de l’armée du roi.
La Bastille fut assiégée pour la derniére fois le 14 juillet 1789. Sa position au centre du quartier le plus populeux de la capitale était d'une grande importance, et la cour avait pris quelques précautions pour mettre ce chateau a l’abri d’un coup de main. On avait évacué dés le commencement des troubles une partie des prisonniers; il n’en restait plus que sept a huit; la garnison avait été renforcée, elle se composait de 114 soldats. La Bastille renfermait 400 biscayens , 14 coffrets de boulets sabotés , 15,000 cartouches, beaucoup de boulets, 250 barils de poudre pesant 125 livres chacun. Le 9 et le 10 on avait transporté sur les tours une grande quantité de pavés et de vieux ferrements. De nouvelles embrasures avaient été pratiquées durant la nuit. Deux piéces avaient été placées en face de l’hétel du gouverneur. Ce plan de défense se rattachait a l’attaque qui
devait avoir lieu dans la nuit de 14 au 15, et pour laquelle on avait réuni autour de Paris 30,000 hommes, composés en grande partie de soldats étrangers, commandés par le maréchal de Broglie. Mais deux billets furent saisis par les insurgés; ils étaient adressés par Besenval, commandant de VJle-de-France, au gouverneur de la Bastilie, auquel il re-
-commandait de tenir le plus longtemps possible, Passurant d’un prompt.et puissant secours. Le plan de la cour edt néanmoins peut-étre réussi sans Vimprudence du prince de Lambesc, qui, a la téte d’un escadron de son régiment Royal-Allemand, chargeales groupes quise promenaient aux Tuileries. Cet incident irrita le peuple. Les électeurs , qui venaient de nommer les députés aux états généraux, se réunirent a l’hdtel de ville et s’emparérent du pouvoir municipal.
Le méme jour, 13 juillet, les Parisiens s’organisérent en milice bourgeoise ; le régiment des gardes francaises se réunit a eux. Le 14 la ville eut une milice sans expérience, il est vrai, mais nombreuse et dévouée, et tout le régiment des gardes francaises pour la diriger avec Vartillerie de ce régiment. Une députation de Phétel de ville alla proposer au gouverneur de la Bastille d’admettre la milice bourgevise 4 la garde du chateau, conjointement avec la garnisun. M. de Launay éluda, cherchant a gagner du temps. Mais @autres députations se succédérent, et une foule de citoyens pénétrérent dans la premiére cour, Le gouverneur fit alors lever le pont-levis et mitrailler cette masse confuse. Le canon tirait en méme temps sur la ville. La multitude pressée autour du chateau poussait d’épouvantables cris. Les assiégeants se rallient ; quelques-uns vont chercher des canons, enlevés a |’hdtel des Invalides ; d'autres courent demander des renforts aux districts, dont les bureaux sont en permanence; cing piéces arrivent, et sont servies par d’anciens artilleurs. Une troupe de bourgeois traverse les cours de l’Arsenal et arrive au pied des tours.
L'action s’engage sur tous les points ; des voitures de fumier laissées dans une des cours sont déchargées, et l'on y met le feu; la fumée dérobe aux assiégés les manmuyres des patriotes. Le gouverneur ne s’attendait pas a une attaque aussi vive. Convaincu qu'il ne peut tenir longtemps contre une armée qui fait pleuvoir sur le chateau une gréle de balles et de boulets, et qui a rompu a coups de canon les chaines du premier pont, il arbore un drapeau blanc, puis il fait. passer & travers les fentes du pont de lintérieur un billet dont on s’empare, et qui est ainsi congu : « Nous avons 20 milliers de poudre, et nouns ferons sauter le fort, la garnison et tout le quartier si vous n’acceptez point la capitulation, » Cette menace ne fait quirriter les assiégeants, déja trompés par un pareil signal, M. de Launay va exécuter son funeste dessein, un artilleur lui arrache la méche, Trois canons sont mis en batterie par les patriotes pour briser les chaines da dernier pont-levis. Le gouverneur fait baisser le petit pont de la gauche, & Pentrée du fort. Les Parisiens s’y élancent et
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iemandent l’ouverture de la derniére porte ; elle s’ouvre enin, mais les assiégés rangés derriére combattent encore. Les gardes frangaises se placent en colonne serrée de Pautre coté du pont pour arréter la foule qui se précipite vers cette issue. Cependant le flot populaire rompt cette barriére ; les citoyens s’élancent dans toutes les cours et tuent tout ce qui se présente. Les canonniers expirent mortellement blessés & cété de leurs pidces, et bientot le drapeau parisien flotte sur les tours aprés un combat de trois heures,
On cherche parfout le gouverneur. Un grenadier des gardes frangaises l’apergoit et l’arréte. On se dispose a le conduire & l'hotel de ville au milieu de la foule qui crie vengeance et mort. Malgré les efforts de ’escorte, de Launay lui est enlevé et tombe percé de coups.
Le pouvoir renonga alors 4 Pattaque qu'il avait projetée contre la capitale pour la nuit du 14 au 15 juillet. Toute la journée et une partie de cette nuit furent employées par les Parisiens & dépaver les rues, a élever des barricades, a creuser des fossés ; toutes les fenétres de la ville furent illuminées. On avait disposé & chaque étage des amas de baches, des ferrements, des paniers de cendre, des vases d’eau houillante , et toute la population armée bivouaquait aux barriéres. L’armée de Broglie se dispersa dans la nuit, abandonnant ses tentes, ses bagages et une partie de son artillerie.
La démolition de la Bastille fut exécutée immédiatement. Des fragments de ses pierres ornérent en médaillons le cou des femmes; et, en Angleterre, Puniversité de Cambridge donna pour sujet de prix a ses éléves la prise de ca bustille.
L’année suivante, les députés des départements vinrent visiter l’emplacement de la forteresse, et la municipalité concut le projet d’y célébrer une féte patriotique. Sur l’emplacement des tours on avait planté des arbres qui portaient chacun le nom d’un département; ils étaient entourés dune enceinte illuminée. Au milieu s’élevait une colonne également illuminée aussi haute que la Bastille, et au sommet de laquelle flottait un drapeau tricolore avec la devise : Liberté! Au pied de la colonne on avait disposé un nombreux orchestre, et sur chaque porte on lisait : Ici V’on danse. Les combattants du 14 juillet furent décorés d’une médaille et autorisés & porter le nom de vainqgueurs de la Bastille. Les premiers qui pénétrérent dans la forteresse:furent les nommés Hullin, Maillard, et Bonnemere de Saumur, soldat aux gardes francaises, qui sauva deux fois la vie a mademoiselle de Monsigny, qu'une multitude furieuse, la prenant pour la fille de M. de Launay, voulait braler au pied de la Bastille pour forcer le gouverneur a se rendre. Il arracha encore a la mort Thuriot de la Rosiere, entré dans la forteresse pour engager de Launay a mettre bas les armes, et délivra de son cachot le comte de Lorge, qui y était enfermé depuis trente-deux ans.
Plusieurs projets avaient été proposés pour ériger un monument national sur la place de la Bastille. On y a construit de nos jours une colonne de bronze en mémoire des journées de juillet 1789 et juillet 1830.
La Bastille prison d’ Etat.
Il serait vrai de dire qu’elle eut cette destination dés son origine si lon considére Aubriot comme prisonnier d’Etat, puisqwil y fut jeté dés qu’elle eut été construite. Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, y fut enfermé aussi, et condamné pour crime d’Etat. Biron y fut, comme d’Armagnac, détenu et jugé, et de plus exécuté. Ce procés est une page honteuse de la vie d’Henri IV.
Richelieu, qui contmua la politique de Louis XI, fit emprisonner et exécuter un grand nombre de nobles. Plusieurs de ses ennemis furent detenus a la Bastille. On cite dans le nombre Bassompierre, le comte de Roussy, le comte de la Suze, le marquis d’O-Segwier, l’abbé de Foix, Pabbé de Beaulieu , Dorval-Langlois, son frére; Vautier, premier mé-
decin de la reine-mére; le chevalier de Montaigu, le maréchal d’Ornano, de Marincourt, le comte de Cramail, le chevalier de Grignan, etc. Le cardinal Mazarin , successeur de Richelieu au pouvoir, avait rendu a la liberté presque tous les personnages politiques incarcérés par son prédécesseur, car les moyens acerbes lui répugnaient; il substitua la ruse a la force brutale, et la Bastille ne recut sous son ministére qu’un trés-petit nombre de prisonniers. Le régne de Louis XIV fut la grande époque des proscriptions, et depuis lors jusqu’d la révolution de 89 les prisons d’Etat ne cessérent d’étre encombrées. Cette ére de proscription politique et religieuse date de l’établissement d’un lieutenant général de police a Paris. Fouquet, surintendant des finances, fut détenu d’abord @ la Bastille, puis 4 Pignerol.
En ce temps-la le crime d’empoisonnement était devenu fort commun A la cour. Toutes les existences étaient menacées. Trois prétres obscurs, Lepage, Guignard et Davot, et deux femmes, la Vigouroux et la Voisin , furent condamnés 4 mort, et subirent la torture et le dernier supplice. Mais les nobles , les grands seigneurs , les dames de la cour qui les avaient poussés au crime, et que lon devait considérer comme les plus coupables, ne firent que paraitre a la Bastille ( 1680 et 1692); tous furent absous par la chambre de l’Arsenal ( voyez Cour pes Poisons). Les comtesses de Soissons, du Roure, de Polignac, la duchesse de Bouillon, contre lesquelles s’élevaient les charges les plus graves, furent également acquittées. La marquise de Brinvilliers, étrangére a la cour, avait été condamnée 4 mort ef exécutée en 1676.
Saint-Mars, qui depuis 1671 avait gardé le prisonnier connu sous le nom de Masque de fer, l’amena avec lui des iles Sainte-Marguerite quand il vint prendre possession de la Bastille en 1698.
Avant et aprés la révocation de Védit de Nantes, la Bastille ne fut pas assez vaste pour recevoir tous les proscrits pour cause de religion. Les nouveaux convertis qui avaient obtenu leur liberté étaient l’objet de la plus rigoureuse , de la plus active surveillance , et sur le plus léger soupcon ils étaient arrétés de nouveau, conduits ala Bastille, et de la & Vincennes et dans d’autres prisons d’Etat. Le nombre des détenus s’accrut encore au commencement du dix-huitiéme siécle, 4 la suite des querelles sur la bulle Unigenitus, des proscriptions du jansénisme et des convulsionnaires. Malheur 4 qui ne pensait pas sur la bulle comme les jésuites ! On évalue a quatre-vingt mille les lettres de cachet lancées a leur instigation contre les jansénistes et les convulsionnaires. Au nombre des prisonniers de cette catégorie figure la petite Lepére, agée de sept ans. Une femme, Jeanne Leliévre, atteinte d’épilepsie , éprouve un accés dans la rue; un commissaire de police passe et entend répéter le mot convulsion ; il s’approche, et fait conduire cette femme a la Bastille.
Le célébre Lally entra prisonnier dans cette forferesse le 1** novembre 1762; la procédure ne fut terminée qu’en mai 1766, et un arrét du 6 mai, qui le condamnait a la peine capitale, recut son exécution le 9 du méme mois, Six officiers avaient été impliqués dans ce procés et mis également a la Bastille. Deux furent bannis, un troisiémae monesté, les trois autres absous.
Sous Je long régne de Louis XV, les hommes de lettres étaient poursuivis 4 outrance. Il suffit de citer le savant abbé Lenglet-Dutresnoy. Il futmis quatre fois a la Bastille , et passa une partie de sa vie dans cette prison et dans celle de Vincennes. Mahé deLa Bourdonnais, gouverneur des fles de France et de Bourbon, accusé de concussion et de malversations , fut plus heureux que Lally. Il ne resta que huit ans a la Bastille. Renvoyé devant une commission, il fut absous ; et aprés une restitution de dixhuit millions au trésor public, il lui restait encore , dit-on, huit cent mille livres de rente.
Le 23 juin {769 onze prisonniers entrérent en méme temps a la Bastille : c’était tout le conseil supérieur du Cap-Francais, le greffier compris. Le gouverneur, Louis de Rohan, les avait fait enlever en pleine audience, jeter dans un navire et transporter en France. Leur crime était de n’avoir enregistré une ordonnance de M. le gouverneur sur les milices, qu’avec la réserve qu’il serait fait au roi des représentations 4 ce sujet. Entrés dans la forteresse le 23 juin 1769, ils en sortirent les 17 el 18 juillet suivant, pour é¢tre conduits & Rochefort et embarqués sur la frégate /’/sis pour Saint-Domingue. Ces magistrats avaient dés leur arrivée adressé au roi une plainte contre le gouverneur; mais la famille de Rohan était alors en grande faveur, et les ministres gardérent le silence. L’affaire La Chalotais, son emprisonnement et celui des membres les plus distingués du parlement de Bretagne, furent une nouvelle preuve que la magistrature était sans force, sans garantie contre la tyrannie des gouverneurs des provinces et des colonies. Parmi les autres prisonniers célébres de la Bastille, nous citerons le maréchal de Richelieu, LeMaistre deSeacy, de Renneville, Voltaire, Latude, Linguet.
On ne sayait & quoi attribuer la pénurie des grains dans les marchés et la hausse exorbitante des prix aprés une abondante récolte; on ignorait qu’une compagnie, a laquelle s’étaient associés des ministres, et jusqu’au lieutenant de police de Paris, accaparait les grains, et provoquait les diseltes, grace a ce fameux pacle de famine. Le Prévdt de Beaumont, agent du clergé, était parvenu 4 se procurer une copie du bail consenti par le ministre de Laverdy. Il se disposait 4 la transmettre au parlement de Rouen; son paquet ayant été intercepté, on Varréta; et il resta au secret pendant vingt-deux ans A la Bastille, & Vincennes, & Charenton. Sa famille ignora pendant dix ans ce qu'il était devenu. fl ne fut rendu 4 la liberté qu’aprés les journées de juillet 1789. L’un des originaux du bail des monopoleurs fut trouvé alors dans les archives de la Bastille; ce bail avait été renouvelé sous le régne de Louis XV{, il était en plein exercice en 1789,
Le procés du Collier fut plus qu’un scandale. Un cardinal, un prince de PEglise, grand-aumdnier de France , arrété en pleine cour, dans le palais du roi, pour une escroquerie! Le nombre des accusés était considérable; tous furent mis la Bastille. La procédure dura plus d’une année.
Les nobles de Bretagne, assemblés 4 Saint-Brieuc et a Vannes au nombre de douze cents, nommérent douze commissaires chargés de présenter au roi un mémoire contre les afteinfes portées A la constitution francaise et aux prérogatives de la Bretagne par les ministres et les gouverneurs de cette province. Ces envoyés se rendirent a Versailles pour remplir leur mission. Ils avaient demandé une audience au roi, et attendaient dans une parfaite sécurité le jour ot il plairait 8 Sa Majesté de les recevoir, lorsque, dans la nuit du 14 au 15 juillet 1788, ils furent arrétés en vertu de lettres de cachet et conduits a la Bastille. A cette nouvelle, toute la Bretagne jette un cri d’étonnement et d’indignation. Les nobles prisonniers sont rendus & la liberté, et leur retour dans la province est un triomphe.
En 1789 Réveillon, fabricant de papiers peints au faubourg Saint-Antoine, dont la maison avait été saccagée par des ouvriers qui laccusaient de vouloir diminuer leur salaire, demanda et obtint d’étre regu 4 la Bastille pour garantir sa vie. Ainsi, le dernier prisonnier regu dans ce chateau fut un prisonnier volontaire.
On évaluait & 60,000 livres les profits annuels du gouverneur de la Bastille, et cette évaluation est fort au-dessous de la réalité. Ses appointements fixes étaient considérables , et outre les sommes allouées pour chaque prisonnier il lui était remis en sus du nombre effectif un bon de quinze places, A 10 livres chacun, ce qui lui rapportait 150 livres par jour, sans la moindre dépense. Il recevait en outre, suivant
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le tarif établi par jour d’aprés la qualité ou la profession de chaque prisonnier, pour un prince 50 livres, un maréchal 36 livres, un lieutenant général 16 livres, un conseiller au parlement 15 livres, un juge, un financier ou un prétre 10 livres, un avocat ou procureur 5 livres, un bourgeois 4 livres, un valet, colporteur, un homme de bas étage 3 livres. C’était le minimum : la nourriture était & peu prés la méme pour tous, et ne codtait pas au gouverneur pour les premiéres classes ce qui lui était accordé pour la derniére. Il avait le privilége de faire entrer exenz)tes de tous droits deux cents barriques de vin, et il cédait ce privilége moyennant une forte prime qu’ilrecevait en nature. Aussicette place était-elle trés-recherchée, M. de Jumilhac n’avait obtenu la survivance de M. de Launay qu’aprés avoir payé a celui-ci une indemnité de 300,000 livres, ef avoir marié son fils avec mademoiselle de Launay.
Cependant, le gouverneur n’était dans le fait qu’un gedlier décoré et portant ’épée. Les réglements le placaient sous les ordres du lieutenant général de police. Il ne pouvait prendre aucune mesure sans y avoir été autorisé; il lui fallait un ordre du magistrat pour permettre a un prisonnier de se faire raser, de changer de linge, d’aller 4 la messe, de recevoir des visites , d’écrire & sa famille ou a ses conseils. Cette place n’était donnée qu’a la faveur. Bernaville, qui était gouverneur torsque le maréchal de Richelieu et Voltaire furent mis a la Bastille , avait été valet de M. de Bellefonds, gouverneur de Vincennes; il substitua 4 son nom de Lefournier celui de Bernayille, et fut successivement lieutenant de roi et gouverneur de Ja Bastille. C’était un homme aussi cupide que féroce; i] traitait les prisonniers avec une brutalité qui passe toute croyance.
Un pére de famille pouvait étre enfermé A la Bastille et y mourir sans que ses parents et ses amis fussent informés de sa captivité et de sa mort. Le lieutenant général de police indiquait sows quel nom un prisonnier devait étre enregistré 4 son entrée ou & son décts. On lit dans une instruction générale ou réglement : « Le magistrat ordonne que le médecin et le chirurgien seront tous deux appelés lorsqu’ils feront leurs visites, et qu’ils en dresseront le rapport le plus exact; aprés quoi le magistrat ordonne la sépulture et sous quel nom il doit étre inhumeé ; cette cérémonie doit se faire toujours la nuit, et deux porte-clefs y assistent comme témoins. » Il fallait un ordre exprés pour que le prisonnier mourant fat confessé, et, quelle que fat la gravité de la maladie, le médecin ne pouvait étre appelé que sur un ordre du méme magistrat. On trouve dans les registres originaux de nombreux exemples de substitutions de noms ; Latude fut d’abord enregistré sous son véritable nom, puis sous celui de Danry.
Les registres de la Bastille ne dataient que de 1668, Ils étaient tenus avec peu de régularité, ef souvent interlignés et surchargés. Le major Chevalier avait été chargé de la rédaction d’un registre secret. On avait pris bien des précautions pour la défense de ce chateau-fort en 1789, mais rien n’avait été prévu pour les archives, parce qu’on en regardait la prise comme impossible. On évalue 4 deux mille le nombre des prisonniers enregistrés, en y comprenant ceux qui ont eté inscrits sur des notes volantes, et ce nombre s’était accru dans une progression considérable sous les régnes de Louis XV et de Louis XVI. Les ministres Turgot et Malesherbes avaient proposé la révision de tous les dossiers et la mise en liberté de tous les incareérés qui ne pouvaient étre considérés comme prisonniers d’Etat, et c’était le plus grand nombre. Mais ils ne purent réaliser leur philanthropique projet. Ils ne restérent pas assez longtemps au pouvoir.
Les archives de la Bastille étaient aussi le dépdt de tous les livres prohines, destinés & étre broles ou mis au pilon, Ce double moyen de aestruction n’était jamais entidrement exécuté; on reservait toujours un certain nombre d’exemplaires, et le librarre du partement avait le privilége de les