BASTILLE — BASTONNADE
vendre. Les instructions du lieutenant général de police , prescrivant la rédaction de Pétat général des livres 4 mettre au pilon et le mode d’y procéder, s’exprimaient ainsi : « Aprés que l'état général sera fait, on tirera vingt exemplaires de chaque ouvrage pour ¢tre conservés au dépét de la Bastille, et douze ou quinze pour les distributions usage qui seront ordonnées. » Cette réserye pour les livres condamnés sla brilure par le parlement était beaucoup moins restreinte; elle était @’un ou deux exemplaires pour chacun de messieurs : c’était donc deux ou trois cents exemplaires rendus & la circulation, et le libraire privilégié du parlement en avait toujours un assortiment pour les amateurs. Durey (de ’Yonne).
BASTINGAGE. On nomme ainsi ces longs boyaux en toile peinte que l’on établit au-dessus des bords ou du pavois @un navire, et dans lesquels on place les effets, les sacs et hamacs des gens de ’équipage pendant le jour. Cette espéce d’appareil est destinée a servir A la fois de décharge et a garantir, pendant le combat, la téte des hommes placés sur le pont des atteintes de la mousqueterie de Pennemi. On congoit aisément qu’un tel blindage , composé de hardes et de matelas liés et pressés avec soin, doit offrir contre la fusillade un abri assez sir; mais il n’est pas de bastingage , quelque bien établi qu’il puisse étre, qui soit assez fort pour résister au choc d’un boulet lancé de prés.
Un navire est bien ou mal bastingué selon que ses bastingages sont plus ou moins susceptibles de garantir contre la fusillade oucontreles coups demer les gens de l’équipage que leur devoir appelle sur le pont pendant le combat ou la tempéte.
Pour recevoir et garantir le mieux possible les objets qu’on y dépose, les bastingages sont revétus intérieurement dun filet de corde de grosses mailles; la toile peinte qui les recouvre est destinée a les préserver de la pluie et a leur donner un peu d’élégance. Ed. Corpikre.
BASTION (traduction des augmentatifs italiens bastillione, bastione, dérivés de bastilia, bastille), partie saillante dune enceinte fortifi¢e, qui a remplacé les tours carrées ou rondes des anciennes forteresses. On reprochait aux tours le défaut, assez graye, de laisser au pied de leurs murailles un espace angulaire entiérement dérobé aux coups des armes de jet disposées au haut des remparts. Afin d’6ter 4 Passiégeant cet asile dont il ne manquait pas de profiter pour y placer ses moyens d’attaque, on vit enfin, mais trés-tard, qu’il suffisait d’ajouter au massif de chaque tour langle mort quelle laissait en avant. On s’étonne qu’un expédient aussi simple ne se soit pas offert plus tot a la pensée des hommes de guerre, qu’il nous vienne de PAsie, et quil faille chercher parmi les Turcs Yorigine de ce perfectionnement.
Les premiers bastions que l’on construisit ne furent que des tours plus spacieuses que celles dont l’enceinte des places fortes avait été flanquée jusque alors, et qui dirigeaient au dehors un angle saillant pour procurer a la défense des feux croisés sur les approches de l’assiégeant, tandis que deux autres cdtés donnaient aussi des feux croisés pou Ja défense du fossé. Peu a peu les bastions furent agrandis; la direction de leur capitale fut assujettie a la figure du terrain qui s’étend autour de la forteresse ; les faces (cdtés de Pangle saillant) furent soustraites 4 la vue et aux armes de l’assiégeant jusqu’au moment oui ses travaux d’attaque seraient parvenus a leur dernier période; les flancs (cétés intermédiaires entre la face et l’enceinte) furent déterminés de grandeur et de position pour qu’ils pussent défendre le fossé de la place, battre le pied de la bréche, empécher ou retar-
der Vassaut. Toutes ces acquisitions, faites au profit ces assiégés , en provoquérent d’autres, qui ajoutérent , dans la méme proportion, de nouvelles ressources a celles qui avaient décidé jusque alors la supériorité de lattaque.
Quoi qwil en soit, le sys¢éme bastionné de la fortifica-
perfection qui sera peut-¢tre sa limite, 4 moins que la portée des armes ne change considérablement. C’est Waprés cette portée que les dimensions des faces et des flancs des bastions sont réglées, ainsi que la longueur de la courtine, partie de lenceinte comprise entre deux bastions. Quant a la distance entre les deux courtines séparées par un bastion, elle dépend du tracé de Penceinte, des angles formés par les courtines, et de quelques circonstances locales; cette distance est ce qu’on nomme la gorge du bastion.
C’est aux bastions que l’assiégeant s’attache lorsqu’il est assez prés pour les battre en bréche. Tous Jes travaux du siége ont été dirigés vers le point d’attaque : ce point et ses approches sont le but des batteries qui lancent des projectiles de toute espéce contre les bouches a feu de l’assiégé, afin d’édeindre ses feux, tandis que les boulets tirés a ricochet sillonnent les remparts , et les rendent inabordables. En méme temps les batteries de bréche exécutent leur ceuvre de destruction; cest ordinairement dans lune des faces du bastion attaqué que Pouverture est faite; lorsqu’elle est assez grande, et que pour la rendre plus praticable dans toute son étendue, on |’a suffisamment aplanie & coups de canon, il ne reste plus qu’a traverser le fossé, et 4 donner Vassaut. Mais VPassiégeant peut ¢tre arrété au haut de la bréche par des obstacles qui retarderont encore sa victoire, et laisseront au moins a Vassiégé une derniére ressource pour obtenir une capitulation moins désavantageuse : si le bastion est plein, on n’aura pas manqué d’y faire des retranchements capables @arréter ’ennemi, et qui lui imposeront obligation de continuer les travaux d’attaque. On dit qu’un bastion est plein lorsque tout son intérieur est exlhaussé jusqu’au niveau du rempart; ’exhaussement dépasse méme quelquefois la gorge du bastion. La défense peut en tirer un trés-bon parti; mais le transport des terres qu’il faut accumuler pour remplir le vide des bastions ajoute beaucoup aux dépenses, d’ailleurs excessives , des fortifications modernes. Dun autre cété, les bastions vides laissent plus d’espace disponible dans l’enceinte des places fortes; ils conviennent mieux durant les longs intervalles de paix , auxquels if faut ajouter les temps de guerre oii la place n’est pas exposée aux dangers Wun siége.
Voila pourquoi le systéme des tours bastionnées de Vauban est demeuré sans autres applications que celles que ce grand ingenieur en a faites lui-méme. La défense y trouve, il est vrai, beaucoup plus de ressources que dans le systéme ordinaire; mais la depense est trés-certainement doublée, et son utilifé n’est pas aussi certaine.
Dans le cours d’une campagne , les ouvrages de fortification construits pour une courte durée, avec Jes matériaux que l’on a sous la main, admettent quelquefois la forme bastionnée. Cerfaines parties d’une enceinte sont terminées par des demi-bastions, composés dune face et d’un flanc. Enfin, les bastions peuvent étre détachés, et dans ce cas , il faut qu’ils soient fermés par la gorge, de peur qu’un ennemi enireprenant n’essaye de les fourner. FERRY.
BASTONNADE., coups de baton, peine anciennement et jusqu’a ces derniers temps appliquée aux esclaves. Elle était aussi infligée aux soldats romains. Ce chatiment, quoiqu’il fat celui des esclaves,ne déshonorait pas, au dire de Pline. Selon le méme auteur, ia simple bastonnade devait étre soigneusement distinguée du supplice des batons, fustuarium. On le comprend sans peine, puisque la mort devait étre le résultat de ce dernier supplice, infamant de sa nature, La bastonnade est fort en usage chez les Chinois, les Tures et !es Barbaresques. Elley est, dans une foulede circonstances, ordonnée comme correction pénale, et administrée de diverses fagons plus ou moins cruelles. La maniére la plus douloureuse de la recevoir, c’est, dit-on, sous la plante des pieds. On fait dans la discipline des armées allemandes un [réquent emploi de ce genre de chatiment. Ce ful sous le ministére
tion moderne a été porté par Vauban et Cormontaigne 4 une ; du comte de Saint-Germain que les coups de plat de sabre
(punition disciplinaire déguisée 4 la francaise, mais analogue a la bastonnade, et que nos soldats sobstinérent 4 nommer ainsi) furent introduits en France. Cela vint assez a propos aux approches de la réyolution pour achever d’aliéner les soldats , et les préparer au grand mouvement de 89. On rapporte un mot assez plaisant d’un vieil officier allemand qui contribua beaucoup pour sa part a introduction de ce supplice en France : « Pour moi, dit-il, je ne vois pas pourquoi on n’établirait pas les coups de baton dans ce pays. Dans ma longue carriére, j’en ai beaucoup recu, j’en ai fait beaucoup distribuer, et je m’en suis toujours trés-bien trouvé. »
Une ordonnance royale rendue en 1776 porte : « L’intention de Sa Majesté est que les fautes légéres qui jusqu’a présent ont été punies par la prison ne le soient plus dorénavant que par des coups de plat de sabre. » Tout est prévu avec une parfaite précision dans les nombreux articles de cette ordonnance : « Le grenadier, soldat, cavalier, chevauléger, dragon, chasseur ou hussard, y est-il dit, qui aura été condamné par le commandant du corps a recevoir des coups de plat de sabre subira cette punition ala téte de la parade particuliére du régiment, et ceux qui seront dans le cas d’étre punis de coups pour quelque faute contre |’ordre et la police établie dans la compagnie les recevront a l’appel du matin, par ordre de celui qui la commandera, » Cétait, d’aprés Vordonnance, une correction paternelle ; Varmée en jugea tout autrement. Un cri général s’éleva contre la nouvelle discipline. Au rapport d’un historien , les mots les plus énergiques furent proférés par les soldats de toutes armes, et produisirent le méme effet d’opposition qu’auraient pu faire d’éloquentes remontrances. Il en est ainsi en France, et souvent il y a lieu de s’en féliciter. Un grenadier avait dit : « Je n’aime du sabre que le tranchant.» Le mot était sublime : il fut répété avec enthousiasme. Le gouvernement se vit forcé de céder ; mais les soldats en gardérent toujours rancune a ancien régime, et prirent une part active, plus tard, ala grande insurrection qui consomma Ja rnine du vieil ordre de choses. Ch. Romey.
BAS-VENTRE. Voyez Ventre et ABDOMEN.
BASVILLE. YVoyez Uvnotcxon et Camisards.
BAT, espéce de selle grossitre, 4 usage des bétes de somme, composée tout simplement de deux fats de bois joints avec des bandes de méme matiére et garnie en dessous d’un panneau rembourré pour empécher l’animal de se blesser, et d’une sangle avec laquelle on assujettit le bat. Chaque coté de la carcasse est accompagné d’un fort crochet pour retenir les cordes auxquelles sont attachés des paniers, des paquets, des ballots, ete. Les bats communs, que l’on nonime aussi bdis & boutonnes , sont ceux dont se servent les gens de la campagne, spécialement les maraichers , les jardiniers qui approvisionnent les marchés et les halles. Le bdt trangais, ou bdt & fausses goutticres, est celui que portent les chevaux appelés chevaux de bdt, et destinés a transporter de lourds fardeaux , a la guerre et en route. On nomme enfin bdt d’Auvergne le bat de guerre des mulets.
En général, il faut avoir soin que le bd¢ dont on charge une béte de somme ne soit ni trop large ni trop étroit; s’il est trop large et s'il vacille sur le dos de l’animal , on aura beau sangler celui-ci, la charge tournera au moindre soubresaut; s’il est trop étroit, il pressera trop rigoureusement ses cOtes, génera sa respiration, le fatiguera, et finira par Vécorcher et lui occasionner une plaie.
Le mot bdé s’emploie aussi au figuré. Chacun sait ot son bdt le blesse, dit-on, pour faire entendre que chacun a ses souffrances secrétes. Et l‘homme de travail, trop souvent assimilé au pauvre animal portant bat et longues oreilles, a déja eu bien des fois l'occasion de répéter devant ses changements de maitre, comme !’Ane de Phédre ou de La Fontaine : quid refert mea
Cui serviam, clitellas dum portem meas?
Me fera-t-on porter double bat, double charge?