BATAILLE — BATALHA
en trouvons un indice dans une des batailles que Jules Romain peignit au Vatican, d’aprés le dessin de Ra- ~ phael, son maitre : est celle qui représente la défaite de Maxence par Constantin. Hagedorn, dans ses Ré/lexions sur la Peinture, a dit avec raison : « Constantin, ’ame grande, élevée, parait tranquille au milieu du fracas des vainqueurs et des vaincus; son image semble étre Pimage de la Victoire elle-méme. La sécurité avec laquelle il agit réunit dans le vainqueur les regards sereins d’un espoir fondé au sang-froid d’un général expérimenté. Cependant nos yeux, se promenant sur le champ de bataille, trouvent Maxence culbuté dans le Tibre : les chevaux, échauffés et les naseaux ouverts, se débattent autour de lui et fendent le courant, ou se précipitent du rivage sur les corps palpitants des soldats; mais nos regards se fixent sur Maxence. Ilramasse toutes les forces dun athléte pour se relever avec son cheval, dont la tournure fortifie le contraste. Le revers quwil éprouve contracte les traits de son visage; toute la physionomie du tyran décéle la détresse de son dame. Saisi Weffroi, il semble moins sentir que les flots vont l’ensevelir que regretter la perte qu'il fait par ce coup du sort, »
On peut ajcuter encore que ces deux méthodes si différentes viennent aussi du changement qui s’est fait dans Part de la guerre depuis invention du mousquet, et surtout de Vartillerie. Dans le moyen age, les batailles finissaient toujours par une mélée ou le nombre, le courage et la force des guerriers devaient l'emporter , tandis qu’anjourd’hui on se canonne pendant plusieurs heures. Le soldat n’a plus qu’a obéir sans s’inquiéter du résultat, et le devoir du général est de savoir manceuvrer avec assez Whabileté pour ménager la vie de ses soldats et tourner ou surprendre ses ennemis, puis enfin clore la journée par des charges de cavalerie qui, en quelques minutes, donrent un grand nombre de blessés, et heureusement encore plus de prisonniers.
Parmi les peintres qui ont traité le plus souvent des batailles, on doit citer de préférence, dans Vécole d’Italie , Antoine. Tempesta, né 4 Florence, en 1545; Michel-Ange Cerquozzi, né & Rome, en 1602, qui a recu le nom de Michel-Ange des Batailles ; Aniel Falcone, néa Naples, en 1600 ; Salvator Rosa, né A Naples, en 1615 : ces peintres ont laissé un assez grand nombre de batailles, soit de grande, soit de petite dimension; Antoine Calza, né 4 Vérone, en 1633, éléve du peintre francais Jacques Courtois, qui eut aussi pour éléve Ange Eyerardi; Francois Monti, néa Bologne, en 1685, et Francois Simonini, né en 1667; dans les écoles flamande et allemande, Robert van Hoeke, Henry Verschuring, né 4 Gorcum, en 1627; Antoine-Francois van der Meulen, né a Bruxelles, en 1634, et que la France pourrait revendiquer avec raison, puisqu’il a toujours travaillé a Paris et qu’il a représenté les glorieuses actions des campagnes de Louis XIV; Jean van Hugtenburg, et George Philippe Rugewlas, né 4 Augsbourg, en 1666, peu connu en France, et qui mérite assurément de l’étre davantage; Joaehim Brich, qui a beaucoup travaillé & Munich,
Enfin Pécole francaise doit citer avec orgueil Charles Le Brun, dont on admire avec raison les batailles d Alexandre ; Jacques Courtois, dit le Bourguignon, néa Saint-Hippolyte, en 1621; les Parocel, dont Joseph, le plus ancien, naquit a Brignoles, en 1648. Eléve de J. Courtois, il surpassa son maitre, et mit dans ses tableaux toute la vivacité de son fougueux caractére, qui ¢tait telle, que sur le pont du Rialto, a Venise, il paryint 4 mettre en fuite sept ou huit bandits apostés pour l’assassiner. Charles, son fils, eut peut-étre moins de chaleur, mais plus de vérité, et il eut un égal succes. Ignace, son neveu, s’est aussi fait remarquer dans le méme genre. Depuis, nous avons vu de belles batailles sorties du pinceau de Gros, de Gérard, de Girodet, de Carle et d’Horace Vernet. J. Ducuesne ainé.
BATAILLON. Ce mot est fort ancien. La langue frangaise se Pest approprié désle quatorziéme siécle. Il exprima
d’abord une troupe montant 4 8 ou 10,000 hommes et formant une grande subdivision d’exercite, c’est-a-dire d’armée agissante. Au seiziéme siécle ce qu’on appelait bataillon était encore une masse a peu prés carrée, a pied ou a cheval. Brantéme, dans son récit du siege de Metz en 1552, donne au marquis de Marignan un bataillon de 10,000 Allemands; mais depuis Henri IV ce terme prend plus de précision : il devient technique, surtout pour Vinfanterie; Louis XIV le rend enfin tout A fait réglementaire dans Varmée francaise. U commence dés lors 4 donner Vidée de la subdivision de troupes qui constituait chez les Romains la cohorte, chez les Byzantins le dronge, au moyen age )’échelle, dans les légions de Frangois 1° les bandes, et depuis 1635 les grosses fractions des régiments a pied. Enfin la langue francaise rend ce terme européen quand il sert au dénombrement des armées et représente lunité tactique de Pinfanterie.
Chez les nations modernes , un bataillon est en général une portion de régiment; cependant il y a des bataillons qui sont eux-mémes régiments, comme en Angleterre, en Portugal. Nous avons aussi chez nous des bataillons qui forment des corps distincts et séparés, comme les bataillons de chasseurs a pied, d’infanterie légére d'Afrique, de tirailleurs indigénes en Afrique, de sapeurs-pompiers de Paris. Dans toutes les armées les bataillons du systtme moderne ont varié de 300 & 1,560 hommes ; ils sont, en général, une association de compagnies ; cependant , en presque tous les pays, il se voit des compagnies non embataillonnées, c’esta-dire s’administrant ou servant 4 part. Le nombre des bataillons, considéré par rapport au corps dont ils forment une partie constitutive, n’a pas moins varié que leur force. Originairement il y en avait presque universellement deux par régiment. Sous Louis XV, quelques régiments étaient de quatre bataillons. Les demi-brigades étaient de trois bataillons. Sous le régime impérial ils ont été portés 4 cing et a six; un seul régiment a été de neuf : c’étaif le régiment des pupilles de la garde, fort de plus de huit mille hommes.
Les légions départementales de la Restauration ont été de deux, de trois, de quatre bataillons. Depuis le rétablissement des régiments, le nombre des bataillons s’est élevé jusqu’a six. Il est maintenant de trois pour la ligne et ’infanterie légare. Ces vicissitudes sont déplorables, et les variations ont presque toujours résulté des caprices des ministres. On a fait les bataillons petits et nombreux pour ayoir occasion de multiplier les états-majors. Des régles aussi peu fixes ont présidé longtemps a la formation des bataillons des: puissances étrangéres.
La quantité d’hommes dans les bataillons présente un chiffre inévitablement variable; mais les quantités prescrites par les lois de création et le chiffre des effectifs devraient étre invariables, sauf les pieds de paix ou de guerre.
G*! Barpin.
Le bataillon est sous les ordres d’un officier supérieur, auquel on donne le titre de chef de bataillon. L’étatmajor de chaque bataillon se compose, en outre, d'un adjudant-major , @un chirurgien aide major , d’un adjudant sous-officier et d’un caporal-tambour. En 1869, la garde mobile qui venait d’étre créée fut organisée par bataillons. Depuis 1852, on avait transformé en bataillons les an ciennes légions ‘de la garde nationale parisienne ; durant le siége, on en compte jusqu’a prés de trois cents.
BATAILLON (Chef de). Voyez Cner DE BATAILLON.
BATALHA,, bourg situé 4 12 myriamétres de Lisbonne, célébre par son couvent de dominicains placé sous Pinvocation de sania Maria da Vittoria, que \e roi Jean It de Portugal fonda en commémoration de la victoire remportée par lui le 14 aodt 1385, a Aljubarotta, sur le roi Jean I* de Castille. Il a été construit en style gothique par Virlandais Hachett. La population de ce bourg, silué sur la Lis, est de 1,600 Ames. On y exploite des sources salées.
BATARD, BATARDISE. On écrivait autrefois bastard. En parlant des plantes et des animaux, on nomme bdfards les produits dégénérés d’une espéce qu’on regarde comme type (voyes ABATARDISSEMENT). En parlant des hommes, on désigne par le méme nom ceux qni sont nés d’une union illégitime. Trop souvent ces enfants, produits dégradés d’une de ces erreurs de Ja jeunesse vague et inconstante, ne sont que de tristes et informes ayortons, abandonnés a la misére, ne subsistant que des charités publiques, sans éducation ni instruction, condamnés a devenir mauvais sujets. Les enfants abandonnés, manquant le plus souvent de moyens d’existence, sont presque inévitablement poussés par le malheur & des actes répréhensibles. Voila pourquoi la déprayation des meceurs dans les grandes villes, les pays de manufactures, de garnison, ot sont rassemblés beaucoup @hommes non mariés, donne naissance chaque année A des milliers de batards, dont la vie ne sera qu’opprobre ou infortune. On trouverait aussi dans la population des prisons, des bagnes, ou celle que le crime pousse jusqu’a l’échafaud, un plus grand nombre de batards que d’individus nés d’un mariage légitime.
La plupart des étres nés hors de cette condition, aussi mal nourris que mal élevés, sont donc réduits 4 une vie faible autant que douloureuse, faute de secours dans leur enfance, car ils ne doivent rien qu’a la pitié. On ne peut guére les soustraire, dans les établissements qui leur sont aujourd’hui consacrés, 4 fous les besoins de leur misére. Quelle race doit naitre de ces avortons? combien l’espéce doit-elle perdre desa vigueur, de la noblesse et de la beauté de ses formes, par cette énervation de labatardissement ! Joignez-y de plus ce dévergondage d’immoralité sans frein qui fait que ces étres se livrent 4 des voluptés désordonnées qui les épuisent bient6t, et vous reconnaitrez facilement les causes de cette dégénération remarquée dans lignoble population des villes les plus corrompues.
Cependant, quelques faits semblent contredire cette régle générale. Qui ne sait que des enfants naturels, fruit d’un amour violent et contrarié par l’empire des lois, sont nés d’autant plus vigoureux qu’ils ne doivent leur existence qu’a une passion insurmontable? N’y a-t-il pas une foule de batards illustres, depuis Homére (Mélésigéne) et Dunois, etle maréchal de Saxe, et d’Alembert, ef Delille , etc., jusqu’a tant d’autres hommes célébres que nous pourrions citer? Et de plus, combien ne faut-il pas de puissance d’esprit et de caractére pour s’élancer hors de cette situation inférieure aux rangs élevés dune société qui vous repousse! car les enfants de Vamour, s’ils naissent avec tous ses dons, sont plus ardents, plus spirituels, plus aimables lorsqu‘ils tirent ‘out de leur propre génie, et sont inspirés par la méme puissance qui les produisit.
£t d’ailleursn’est-ce point par le croisement qu’une race affaiblie se ressuscite dans ces illégitimes liaisons? S’il est défendu aux hautes et grandes familles de se mésallier, les trop faciles jouissances de la fortune peuvent les énerver. Il convient qu’un sang plus vif, qu’une complexion plus vigoureuse passe dans ces vieilles souches, pour en rajeunir l’energie par cette transfusion secrete et dérobée. Ainsi se sont relevées dillustres maisons. Lycurgue permettait ces alliances ou ces interpolations, dont les peres putatifs s’enorgueillissaient en voyant refleurir une fige menacée de stérilité.
Les batards peuvent done souvent protester contre labdtardissement. Ce n’est pas un motif pour faciliter la bdtardise. Aujourd’hui on recueille a Paris le tiers des naissances dans les hospices des Enfants-Trouvés. S’ensuitil que le tiers de la population se compose par la suite d’étveg sans nom, sans parents avoués, et méme sans patrie, ou qui ne tiennent 4 men? Non, car bientot tout s’incorpore, et le mélange des consanguinites spire pour former une masse homogéne. Les batards semblent ¢tre ainsi