‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 401 sur 488 · BAUSSET — BAUTRU · texte numérisé non relu

BAUSSET — BAUTRU

Il vit ses premiers pas dans la carriére ecclésiastique soutenus par M. de Boisgelin, archevéque d’Aix, dont il devint le grand-vicaire, A trente-six ans il fut nommeé évéque d’Alais, diocése ot les protestants étaient nombreux, et se conduisit de maniére a se faire vénérer des hommes de toutes les communions, Siégeant aux états du Languedoc, il adressa, comme leur député, & madame Elisabeth, sceur de Louis XVI, une harangue qui a été imprimée dans divers recueils, et qui a été remarquée comme un modéle de gout et de délicatesse. [1 fut membre des deux assemblées des notables, mais non pas de Assemblée constituante, comme on la imprimé par erreur. Cette Assemblée ayant supprimé le siége d’Alais, il réclama par des lettres du 12 juillet et du 27 novembre 1790, qui ont été rendues publiques, refusa daccepter la constitution civile du clergé, quitta la France en 1791, et yrentra année suivante. Atteint par les mesures de la Terreur, il fut incarcéré, et passa plusieurs années dans le couvent de Port-Royal, qui avait éte transformé en prison. La chute de Robespierre l’ayant rendu a la liberté, il se retira & Villemoisson , prés Lonjumeau, dans une maison de campagne appartenant 4 madame de Bassompierre, sa parente.

L’évéque d’Alais s’empressa d’adhérer & la demande faite, en 1801, par Pie VII, aux évéques de France, de se démettre de leurs siéges. Une place distinguée lui était assurée dans le nouvel épiscopat de France , organisé en 1802; mais une maladie cruelle, la goutte, qui le privait presque entiérement de usage de ses jambes, lui était les moyens de remplir les fonctions ecclésiastiques. Napoléon le nomma en 1806 chanoine de Saint-Denis, puis, lors de la création de PUniversité, conseiller titulaire. Aprés le retour du roi, en 1814, il conserya cette place jusqu’au moment ou une ordonnance du 24 février {815 l’éleva A la présidence du conseil royal de l’instruction publique, d’aprés une nouvelle organisation du corps enseignant. Pendant les Cent-Jours, un décret le rétablit conseiller titulaire. Au second retour du roi, i] fut nommé pair de France, puis lordonnance de 1816 lui ouvrit les portes de Académie Francaise. Elevé au cardinalat le 28 juillet 1817, il recut successivement de Lonis XVIII les titres de duc, de commandeur du Saint- Esprit, de ministre d’Etat et de membre du conseil privé. Dans les délibérations de la Chambre des Pairs, il montra constamment une grande modération , jointe 4 une grande fierté dans ses principes. Le cardinal de Bausset était intimement lié avec le duc de Richelieu, dont il partageait les idées politiques , et les pairs de la méme nuance d’opinion se réunissaient chez lui pour se concerter sur leurs délihérations; ce qui leur avait fait donner le nom de cardinalistes. Il mourut a Paris, le 21 juin 1324.

Bien qu’académicien par ordonnance, le cardinal de Bausset avait les titres les plus réels pour le devenir par élection. Les Vies de Fénelon et de Bossuet, publiées, la premiere en 1808, la seconde en 1814, sont au nombre des ouvrages les plus remarquables de notre époque. La Vie de Fénelon avait été jugée digne du second prix dans le concours décennal. Le style en est généralement correct et élégant, quoiqu’on puisse y remarquer quelques taches ; la narration manque parfois de rapidité, mais jamais de clarté et rarement d’intérét. Le cardinal de Bausset avait fait

vendre son ouvrage au profit des pauyres, car la charité était |

une de ses vertus dominantes. Certaines personnes ayant paru craindre que I’ Histoire de Fénelon ne tendit a diminuer la haute réputation de ’évéque de Meaux, l’éveque @Alais répondit victorieusement & ce reproche ; il composa I'Histoire de Bossuet, qu’il avait achevée en 1812, mais qu’il ne publia qu’aprés la Restauration, 4 vol. in-8°. Ces deux ouvrages sont des monuments pour I’Fglise de France encore plus que pour la littérature. Ch. pu Rozorr. BAUTA (Pierres de). On désigne ainsi dans la pénin-

inscription qu’on élevait 4 la mémoire des héros morts dans les combats et d’autres personnages de distinction. Ce sont des monolithes de forme conique, de 4 a 10 metres de hauteur et placés perpendiculairement. On les rencontre surtout en Norvége et en Suéde, dans le Dalslande et dans le Bohuslan, Le plus souvent ces pierres se trouvent en grand nombre dans la méme localité, et elles indiquent alors qu’une sanglante bataille fut livrée jadis en cet endroit.

BAUTAIN (Lours-Evcéine-Manrie), théologien francais, né le 17 février 1796, a Paris, fit ses études 4 l’école Normale, ot i] eut pour maitre Victor Cousin et pour condisciple Jouffroy. En 1817 il fut envoyé a Strasbourg pour y professer la philosophie a la faculté des lettres. Le gouvernement un peu ombrageux de cette époque le suspendit de ses fonctions. M. Bautain suivit les cours des quatre facultes ; apres avoir pris le grade de docteur en lettres, sciences, droit et médecine, il dirigea ses travaux vers la théologie, et se fit prétre (1828). Des esprits superficiels ’'accuserent alors de se mettre en contradiction avec ses anciennes doctrines; accusation mal fondée, car rien dans ses antécédents n’était contraire a la foi catholique. Encore philosophe, M. Bautain avait publié en 1821 une charmaute traduction des Paraboles de Krummacher. Plus tard, il donna la Morale de lV’ Evangile compuree & la Morale des Philosophes (1827); De l’ Enseignement dela Philosophie en France au dix-neuvieme siecle (1833); Quelques Réflexions sur Vexplication des conférences religieuses (1834); Réponse d’un Chrétien aux Paroles d’un Croyant (1834); Philosophie di Christianisme (1835); Philosophie, psychologie expérimentale (1839) : c’est son cours a la faculté des lettres de Strasbourg, dont il conserva jusqu’en 1849 le titre de doyen. Remplacé par des suppléants, il accepta Ja direction du collége de Juilly. De nombreux sermons, des conférences 4 Notre-Dame, un cours trés-suivi au cercle catholique fondé par M. Doublet avaient fait 4 l’abbé Bautain une réputation d’orcteur aussi instruit qu’éloquent. M. Sibour le nomma promoteur de Parchevéché de Paris et ’un de ses vicaires généraux, fonctions dont il se démit en 1857. Bien qu’il edt pris sa retraite de l'Université, il se chargea en 1853 de la chaire de morale a la faculté de théologie de Paris, chaire qwil a occupée jusqu’a sa mort. « C’est le mélange du philosophe et du prétre, disait Rigault, qui fait Voriginalité de M. Bautain. Son caractére ecclésiastique donne du prix a la liberté de sa pensée; sa robe semble ajouter un certain imprévu a la grace piquante, a la familiarité spirituelle de sa parole. » Nous citerons encore de lui: Morale de UEvangile comparée aux divers systémes de morale (1855, in-8), discours couronné par l’Académie de la Marne, la Belle Saison & la compagne (1858, in-12), la Chretienne de nos jours (1859, in-18), la Conscience (1860, in-8), /e Chretien de nos jours (1861, in-18), Elude sur Cart de parler en public (1863, in-18), Manuel de philosophie morale (1866, in-18), Idées et plan pour la méditation et la prédication (1867). M. Bautain est mort le 18 octobre 1867, a Paris. ‘

BAUTRU (Guittavme), comte de Céran, était homme de cour et nullement homme de lettres, et n’en fut pas moins recu membre de l’Académie francaise ; mais elle ne faisait que de naitre, et il suffisait pour y étre admis d’étre bien auprés du mottre. Ce maitre était Richelieu. Né a Angers, en 1588, Bautru mourut en 1665. Il passait pour le plus grand menteur de la cour; aussi Marigni disait de lui qu'il était né d’une fausse couche, qu’il avait été baptisé avec du faux sel, qu’il ne logeait que dans les faubourgs, quw’il passait toujours par les fausses portes , cherchait toujours les faux-fuyants, et ne chantail jamais qu’en fauxbourdon. Ses rébus faisaient pamer d’admiration la haute société dudix-septidme siécle. Il évitait de se rencontrer avec

sule scandinaye les pierres- commémoratives sans aucune | Angeli, le fou du roi, qui usait largementdeson privilége

aux dépens de ’amour-propre de Bautru, et ne laissait échapper aucune occasion de mystifier le noble académicien. Sous le ministére de Mazarin, il eut Vinspection de la Gazette, et fut chargé de rédiger tous les éloges qu’elle adressait au cardinal.

Coryphée des grands salons , Bautru ne pouvait rien dire comme un autre; il lui était permis de dauber tout 4 son aise sur les pauvres poétes, les gens du commun, et il s’en donnait A cceur joie, mais il paya cher une plaisanterie sur le duc d’Epernon. 1 avait fait relier richement et distribuer a la cour un livre intitulé : les Beaux Traits de la vie de M. le duc d’Epernon; il n’y avait d’imprimé que Ie titre ; tout le volume était blanc. Le duc fit rudement batonner Bautru. Desbarreaux, auteur du fameux sonnet sur Jésus- Christ, ayant rencontré Bautru portant un baton, s’écria : « M. Bautru porte son baton comme saint Laurent son gril, pour nous faire souvenir de son martyre. »

Il était de bon ton a cette époque de traiter sans pitié la roture, qui prenait parfois cependant sa revanche avec avantage. Louis XIII écoutant avec une impatience marquée la harangue du maire d’une petite ville, Bautru, pour faire sa cour au prince, interrompit brusquement l’orateur plébéien par cette question impertinente : « Monsieur le maire, les Anes de votre pays, de quel prix sont-ils? » Le harangueur municipal , aprés avoir regardé Bautru de bas en haut, répondit : « Quand ils sont de votre poil et de votre taille, ils valent dix écus. » Et il continua son discours avec la plus flegmatique tranquillité.

Bautru était de bonne composition, et ne gardait pas rancune aux gens qui lavaient malmené de paroles ef de gestes. Quelques muis aprés la rude bastonnade que lui avait infligée le duc d’Epernon, un de ces hommes de main qui se mettent A la solde du premier venu, et qui avait joué le principal réle dans cette scéne, rencontra Bautru a Notre- Dame, et lui répéta mot pour mot les cris qu’il avait fait entendre en recevant les horions : Ah! messieurs , la vie! la vie! Bautru, se tournant vers l’assommeur, répondit, sans nullement se facher : « Je n’ai jamais yu d’écho pareil a celui-ci, qui répéte ce qu’on a dit trois mois aprés. »

Dans ce temps 1a, c’était une bonne fortune pour un seigneur de la cour que de mystifier un homme de robe. Un magistrat bordelais se présente un jour chez Bautru. Le laquais répond que son maitre y est, et se hate d’aller annoncer le président. « Dis-lui queje suis malade. » Le laquais rapporte cette réponse; mais le président insiste ; il veut tater Je pouls de monseigneur pour s’assurer de son mal. Nouveau message du laquais, et le maitre de reprendre . « Va lui dire que je suis mort, » Alors notre président déclare qu’il ne sortira pas sans avoir prié sur le défunt. Bautru n’a donc que le temps de se jeter sur son lit, et de s’envelopper d’un drap, Le président s’agenouille, et reste une heure en priéres ; puis, quand il se reléve enfin, c’est pour prendre un énorme bénitier qui était dans la ruelle, et le verser jusqu’a la dernitre goutte sur la téte du prétendu mort.

Bautru n’était rien moins qu’homme d’Etat , mais c’était le plus amusant personnage de la cour. Ses succés de salon lui valurent les charges les plus honorables et les plus difficiles : il fut successivement introducteur des ambassadeurs et ministre plénipotentiaire de France en Flandre, en Angleterre, en Espagne et en Savoie. Durey (de l’Yonne).

BAUTZEN ou BUDISSIN, ville de Saxe, a 50 kilom. de Dresde, sur la Sprée, avec 10,000 habitants environ, presque tous luthériens , un ancien chateau royal, dit d’Ortenbourg, église Saint-Pierre , l'hotel de ville, le théatre, deux bibliothéques, un gymnase, une école normale, des fabriques de draps , toiles , bonneteries de laine, des tanneries , des papeteries. Siége des états provinciaux de la haute Lusace et d’une cour d’appel, cette ville est célébre par la victoire que les Frangais y remportérent sur les coalisés, le 20 mai 1813,

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